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Le dieu situé

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210 pages
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Le présent ouvrage résulte d'une enquête menée auprès des praticiens et des théoriciens du christianisme catholique contemporain. En décrivant la façon dont ceux-ci procèdent concrètement à l'aménagement de leurs églises, il s'agit de repérer la place qu'ils assignent aux objets et, ce faisant, de comprendre la relation qu'ils instaurent entre le "Rituel romain" et l'"Art sacré", étant donné leurs modalités particulières de restauration sous le régime français de laïcité.

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Ajouté le 01 janvier 2017
EAN13 9782140026836
Langue Français
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Gaspard SALATKO
Le dieu situé
Une enquête sur la fabrique de l’art sacré dans le catholicisme contemporain
nthropologie du onde ccidental
Le dieu situé
2Le dieu situé Le présent ouvrage vise à identifier les formes de convenance esthétique à l’œuvre dans le christianisme catholique contemporain. Ce projet trouve son origine dans le séminaire Anthropologie des dispositifs cultuels, animé à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales par Jacques Cheyronnaud et Élisabeth Claverie. La réalisation de ce livre doit beaucoup à leurs conseils ainsi qu’à l’attention de Denis Laborde qui a accepté de l’accueillir dans sa collection. Elle doit encore au soutien de Sossie Andézian, Jean-Pierre Cometti, Sarah Cordonnier, David Douyère, Marc Maire, Pierre Lagrange et Emmanuel Pedler qui m’ont fait l’amitié de discuter certaines des idées développées dans ces pages. Que tous trouvent ici l’expression de mes remerciements.
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr ISBN : 978-2-343-10064-7 EAN : 9782343100647
Gaspard SALATKO Le dieu situé
Une enquête sur la fabrique de l’art sacré dans le catholicisme contemporain
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Le dieu situé
Je ne sépare plus l’idée d’un temple de celle de son édification. Paul Valéry,Eupalinos ou l’architecte, Paris, Gallimard, 1945, p. 15
ESTHÉTIQUE ET CONNAISSANCE DU CULTE CATHOLIQUE CONTEMPORAIN
La question de la représentation du Christ s’est posée avec une acuité particulière durant les périodes de requalification des normes théologiques et esthétiques. Les querelles portant sur l’emploi ou la vénération des images (iconoclasme byzantin, Réforme, Contre-Réforme…) font classiquement figure de controverses paradigma-tiques. Mais ces controverses, qui engagent la définition même du divin et des compétences que lui attribuent les chrétiens, ne sont-elles relégables qu’à de lointains passés ? Pour penser l’actualité même de ces disputes, l’enquête développée dans ces pages vise à rendre compte de la façon dont l’institution chrétienne catholique prend en charge les implications esthétiques du concile Vatican II. Depuis ce concile, l’adresse aux artistess’est affirmée comme une épreuve caractéristique de l’exercice de la fonction pontificale. Dès la clôture du concile, le 8 décembre 1965, le Pape Paul VI prononçait sonMessage aux artistes, leur demandant d’aider l’institution ecclésiale « à traduire son divin message dans le langage des formes et des figures, à rendre saisissable le monde
8Le dieu situé 1 invisible » . Cette thématique fut reprise, le 4 avril 1999, dans la Lettre du pape Jean-Paul II aux artistesqui réitérait l’invitation à « redécouvrir la profondeur de la dimension spirituelle et religieuse qui en tout temps a caractérisé l’art dans ses plus nobles 2 expressions » . Plus récemment, le Pape Benoît XVI reformulait cet appel dans sonDiscours aux artistesprononcé, le 21 novembre 3 2009, depuis la chapelle Sixtine . Sans doute, par cet exercice périodique, l’autorité vaticane s’efforce-t-elle de préciser les attentes institutionnelles liées à la conception d’une esthétique cultuelle. Mais, plutôt que de revêtir une simple dimension prescriptive, ces discours sont aussi à comprendre comme la manifestation d’une crise de l’image chrétienne catholique. Le présent ouvrage a pour projet d’identifier et de caractériser la relation que le christianisme catholique contemporain instaure entre l’« Art sacré » et le « Rituel romain ». Il résulte d’une enquête menée afin de repérer la façon dont les praticiens et les théoriciens de ce culte procèdent concrètement à l’aménagement de leurs églises. Une simple observation des lieux du culte catholiques contemporains permet de constater que ceux-ci tendent à s’équiper 4 de copies d’icônes* orthodoxes. Mais, dans le même temps, les acteurs du catholicisme, qui se disent informés des problématiques relatives à la création artistique, semblent déplorer que leur propre tradition religieuse ne dispose pas d’objets équivalents à ces images chrétiennes orientales.C’est notamment le cas d’Auguste Maurice Cocagnac, co-rédacteur de la revue dominicaineL’Art sacré,qu’à mieux saisir la traditionqui en 1968 avançait « iconographique orientale,[…] on lui trouverait, plus que l’on ne veut le dire, de profondes correspondances avec la tradition 5 occidentale ».
1 « Message du Pape Paul VI aux artistes », 1965. 2 « Lettre du Pape Jean Paul II aux artistes », 1999. 3 « Discours du Pape Benoît XVI aux artistes », 2009. 4 Les termes et acronymes marqués d’un astérisque sont repris dans un lexique en fin d’ouvrage. 5 Cocagnac, A.-M., « L’icône, miroir de l’invisible beauté »,L’Art sacré, premier trimestre 1968, p. 17.
Esthétique et connaissance du culte catholique contemporain
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L’évocation de ces « correspondances » amène à envisager les rapports sous lesquels ces images se distinguent des objets ordinaires du culte catholique contemporain. L’une des propriétés anthropologiquement repérables des icônes tient à la fonction d’opérateur de contact qu’elles assument, supportant l’établissement d’un accès au divin fondé sur une représentation visuellement perceptible d’une occurrence actualisée du dieu chrétien. Pour l’institution ecclésiale chrétienne orthodoxe, la production de ces images relève de la seule responsabilité des iconographes qui, face au clergé et aux fidèles, se posent comme 6 garants de la bonne mise en acte d’une théologie picturale . Par contraste, la gestion des formes esthétisées ordonnées au culte catholique relève de l’appréciation de commissions d’experts nommés par l’évêque : les commissions diocésaines d’art sacré. Ces experts homologués par l’institution ecclésiale présentent des profils variés : il s’agit d’ecclésiastiques, mais également de laïcs, souvent retraités, anciens professionnels des métiers de l’art, de 7 l’architecture et du patrimoine . Leur activité consiste notamment à penser localement l’agencement des églises et de leur sanctuaire* afin de les conformer aux recommandations du concile Vatican II, moment normatif conçu comme une « restauration » de la liturgie. Étant donné ce cadre d’action commun, tous s’accordent à penser la distribution spatiale des objets du sanctuaire (autel*, ambon*, baptistère, sièges de la présidence, sièges de l’assemblée,
6 Florensky, P.,La Perspective inversée, L’Iconostase, et autres écrits sur l’art, Lausanne, l’Âge d’homme, 1992. 7  Précisons ici que les entretiens menés auprès de délégués de Commissions diocésaines d’art sacré afin d’expliciter les conditions d’accès à leur fonction permettent d’identifier deux types de trajectoires : celle du laïc professionnel des métiers de la culture : « J’étais conservateur de musée, quand j’ai été à la retraite, ma femme est très pratiquante, alors forcément, moi aussi, et l’évêque est venu me demander si je voulais bien m’occuper de la commission d’art sacré, et j’ai accepté » (propos recueillis auprès du délégué de la Cdas de Caen). Et celle de l’ecclésiastique amateur d’art : « dès le séminaire je me suis toujours intéressé aux beaux-arts et à l’architecture, alors quand l’évêque m’a proposé de devenir délégué de la Cdas, j’ai accepté » (assertion relevée auprès des responsables des Cdas de Marseille).