Le nouvel âge à l
176 pages
Français

Le nouvel âge à l'oeuvre dans l'Église

-

176 pages
Français

Description

Pour nombre de catholiques, le Nouvel Âge est une nébuleuse sans lien avec leur univers religieux. Pourtant, le travail documenté de soeur Marie- Ancilla nous conduit à découvrir comment ce puissant courant spirituel est en réalité bien enraciné dans l'Église.
Cette étude sans compromis, appuyée sur les textes du Magistère et sur les Pères de l'Église, met au jour, au fil des pages, la dérive doctrinale qui mine l'Église.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 28 août 2018
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140098284
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

f
Sœur Marie-Ancilla
Le Nouvel Âge à l’œuvre dans l’Église
La gnose de retour
Pour nombre de catholiques, le Nouvel Âge est une nébuleuse sans
lien avec leur univers religieux. Le titre de ce livre risque donc d’en Le Nouvel Âgeétonner plusieurs. Pourtant, le travail documenté de sœur
MarieAncilla nous conduit à découvrir comment ce puissant courant à l’œuvre dans l’Églisespirituel est en réalité bien enraciné dans l’Église.
Après avoir rappelé les grandes lignes du Nouvel Âge, l’auteur
La gnose de retourprésente dans un premier temps les caractéristiques des nouveaux
courants spirituels. Dans un deuxième temps, elle en propose une
critique d’un point de vue théologique. Cette étude sans compromis,
appuyée sur les textes du Magistère et sur les Pères de l’Église, met
au jour, au l des pages, la dérive doctrinale qui mine l’Église. La
gnose est bien de retour, comme l’indique le titre de l’ouvrage.
Soulignons encore que ce livre est un pur produit de la culture
numérique : il a été élaboré à partir de documents trouvés sur
l’Internet.
Sœur Marie-Ancilla est moniale dominicaine à Lourdes. Elle est
l’auteur de nombreux ouvrages, notamment sur les Pères de l’Église
et la spiritualité. Depuis une quinzaine d’années, elle s’intéresse
aux nouveaux courants spirituels apparus dans l’Église. Elle a
notamment publié Foi et guérison, aux Éditions La Thune, en 2008.
Photographie de couverture © David Clode (Unsplash).
ISBN : 978-2-343-15350-6
18 e
Le Nouvel Âge à l’œuvre dans l’Église
Sœur Marie-Ancilla
La gnose de retour








Le Nouvel Âge
à l’œuvre dans l’Église





Religions et Spiritualité
fondée par Richard Moreau,
Professeur émérite à l’Université de Paris XII
dirigée par Gilles-Marie Moreau et André Thayse,
Professeur émérite à l’Université de Louvain
La collection Religions et Spiritualité rassemble divers
types d’ouvrages : des études et des débats sur les grandes
questions fondamentales qui se posent à l’homme, des
biographies, des textes inédits ou des réimpressions de
livres anciens ou méconnus.
La collection est ouverte à toutes les grandes religions et
au dialogue inter-religieux.
Dernières parutions
Jacques SUAUDEAU, Le linceul de Turin, de l’analyse
historique à l’investigation scientifique, Tome 1 : Face à
l’histoire, Tome 2 : Face à l’investigation scientifique,
2018.
Giraud PINDI, La procédure de nullité matrimoniale
devant l’évêque diocésain, 2018.
Gérard LEROY, L’Événement. Tout est parti des rives du
Lac, 2018.
Hélène BOUCHARD, Pascal et la mystique, 2018.
Francis WEILL, Les perles du midrach, 2018.
Paul BERNARD, L’enquête Jésus, 2017.
Grégoire-Sylvestre GAINSI, De l’amitié à l’eucharistie,
Un aller-retour, 2017.
Elie BOTBOL, Destin et vocation du peuple juif,
Réflexions sur les célébrations de Hanouka et de Pourim
et sur le destin du peuple juif depuis la destruction du
Temple, 2017.
Sœur Marie-Ancilla












Le Nouvel Âge
à l’œuvre dans l’Église
La gnose de retour






















































































Du même auteur
La Charité et l’unité, Une clé pour entrer dans la théologie de saint Augustin, Cahiers de
l’École Cathédrale, n° 6, Paris, Mame, 1993 (épuisé).
Saint Dominique et la vie apostolique dominicaine, Cahiers de l’École Cathédrale, n° 20,
Paris, Cerp-Mame, 1996 (épuisé).
èmeLa Règle de saint Augustin, Préface de Monseigneur P. Raffin, Cerf, Paris, 1996 ; 2
impression, 2017.
Chercher Dieu avec les Pères du désert et leurs héritiers, Vieille-Toulouse, Source de Vie,
1996 (épuisé). Traduction en tchèque, 1999.
Tu aimeras ton frère, À l’école des Pères du désert, Vieille-Toulouse, Source de Vie, 1997
(épuisé). Traduction en tchèque, 1999.
Se consacrer à Dieu, Une théologie de la vie consacrée, Préface du Fr. Timothy Radcliffe,
Paris, Téqui, 1998 (épuisé).
Saint Jean Cassien. Sa doctrine spirituelle, Marseille, La Thune, 2002 (épuisé).
A la Source de l’Ordre des Prêcheurs, une mystique, Marseille, La Thune, 2004.
Des Moniales dominicaines à Lourdes, Lourdes, autoédition, 2005.
Saint Augustin. Comme un cerf altéré, Mesnil Saint-Loup, Le Livre Ouvert, 2006.
Saint Antoine. Conduit au désert par l’Esprit Mesnil Saint-Loup, Le Livre Ouvert, 2006.
Le Royaume de Dieu est en vous. Une lecture symbolique du Cantique des Cantiques, Le
Muveran, Parole et Silence, 2008.
Foi et guérison. Repères et critères chrétiens, Marseille, La Thune, 2008 (épuisé).
Découvrir les Pères de l’Eglise à travers la Liturgie des Heures, Paris, DDB, 2010.
Dominique et Augustin, Saint-Maurice, Ed. Saint-Augustin, 2010.
Les Miracles de saint Dominique. Prières et textes, Saint-Benoît-du-Sault, Ed. Bénédictines,
2010.
Prier le Rosaire avec les saints, Saint-Benoît-du-Sault, Ed. Bénédictines, 2012.
Notre-Dame de Lourdes. Prières et textes, Saint-Benoît-du-Sault, Ed. Bénédictines, 2013.
L’Effusion de l’Esprit en Eglise, Préface de Monseigneur P. Raffin, Saint-Benoît-du-Sault,
Ed. Bénédictines, 2013.
Le Rosaire, une lectio divina avec Marie, Saint-Benoît-du-Sault, Ed. Bénédictines, 2014.
La Foi est un combat. Itinéraire d’une moniale, Paris, Salvator, 2015.
Sainte Mariam de Jésus Crucifié. Témoignage du chanoine Bordachar. Recueil de notes de
Mère Elie, Saint-Benoît-du-Sault, Ed. Bénédictines, 2016.
Sainte Catherine de Sienne, Saint-Benoît-du-Sault, Ed. Bénédictines, 2017.
Sainte Marie-Madeleine, Saint-Benoît-du-Sault, Ed. Bénédictines, 2017.
Les Pères de l’Eglise dans la Liturgie des Heures, L’âge d’or, vol. II, Les Pères latins, Le
Muveran, Parole et Silence, 2017.
Les Pères de l’Eglise dans la Liturgie des Heures, L’âge d’or, vol. III, Les Pères grecs et
syriaques, Le Muveran, Parole et Silence, 2018 (à paraître).

© L’Harmattan, 2018
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-15350-6
EAN : 9782343153506
Préambule

« Sachez que le Christ a apporté toute nouveauté
en apportant sa propre personne annoncée d’avance :
car ce qui était annoncé par avance,
c’était précisément que la nouveauté
viendrait renouveler et vivifier l’homme ».
(Irénée, Adv. Haer., IV,34,1)


1Dans un premier livre Foi et guérison , j’ai présenté
une réflexion philosophique et théologique sur les
nouveaux courants spirituels qui sont entrés dans l’Eglise. La
découverte de l’ampleur du phénomène m’a conduite
ensuite à écrire de nombreux articles sur divers aspects de la
question. Et pourquoi ne pas tenter d’en faire une
synthèse ? C’est le but que se propose le présent ouvrage.
Comme c’est un sujet qui évolue en permanence, je me
suis servie, pour mener à bien ce travail, de documents que
l’on peut trouver sur l’Internet : annonces, articles, livres,
publications du Saint-Siège, publicités, etc. Ces différentes
approches permettent d’enraciner la réflexion dans la
réalité contemporaine.
Le Nouvel Age, puissant courant culturel, se trouve être,
comme nous le verrons, la toile de fond des propositions
qui veulent répondre à la soif de spiritualité de nos
contemporains. Il m’a donc semblé indispensable de
commencer par en décrire les grands axes et de montrer son
impact sur l’Eglise.
Puis, dans une première partie, j’ai examiné les
principales propositions spirituelles qui relèvent du Nouvel Age

1 Marie-Ancilla (Sœur), Foi et guérison. Repères et critères chrétiens,
Marseille, La Thune, 2008.
— à l’honneur dans bien des centres catholiques —, et j’ai
souligné leur incompatibilité avec la foi catholique.
Dans un second temps, j’ai cherché comment ces
nouvelles pratiques propagent une gnose voilée sous des
apparences catholiques. Le P. Le Guillou a donné une
explication claire de la gnose qui nous servira tout au long de ce
livre : « La gnose se présente comme une perversion de la
vérité chrétienne. Son exceptionnelle gravité est due à son
caractère insidieusement équivoque : à la foi elle emprunte
son langage et ses thèmes, mais c’est pour les entendre à
sa manière. Le gnostique, bien qu’il ne croie jamais à tous
les articles du Credo révélé, utilise cependant dans son
2discours un certain nombre d’entre eux.  » Mais « le
gnostique ne se détermine pas en ses convictions d’après la foi
théologale. Formellement, le motif de sa foi est une
con3viction humaine  ».
Nombreux sont les points théologiques mis en cause
par la nouvelle forme de gnose qui sévit. Les principaux
changements dans la foi concernent le Saint-Esprit, le
salut et l’ecclésiologie, la grâce et la liberté. Comme le
Renouveau charismatique a été le principal canal par lequel
le Nouvel Age a pénétré dans l’Eglise, par le biais d’une
effusion mondiale de l’Esprit, c’est l’effusion de l’Esprit
qui retiendra surtout notre attention, ainsi que la remise en
cause des ministères qui en découle.
2 Le Guillou (Marie-Joseph), Le Mystère du Père. Foi des apôtres.
Gnoses actuelles, Paris, Fayard, 1973, pp. 11-12.
3 Ibid., p. 12.
8
Le Nouvel Age
La religion du monde
La lecture d’un sermon de Newman prêché le 26 août
1832 fut pour moi une révélation. Le pasteur anglican
invitait ses auditeurs à réfléchir sur « la religion du
moment », forme particulière de la religion du monde plus ou
moins puissante selon les époques. La religion du monde
en effet a connu divers avatars au cours des siècles, qui ont
eu tendance à se substituer au christianisme. L’arianisme
en a été la forme la plus réussie, si l’on peut dire, au vu de
son impact sur l’Eglise : plus de la moitié des évêques
étaient ariens.
Le monde, pour séduire le plus grand nombre de
chrétiens possible, se revêt périodiquement d’une apparence
qui leur présente leur religion sous le jour le plus propre à
les séduire. Satan se transforme ainsi habilement en ange
de lumière ; il met la religion au goût du jour si bien que
beaucoup s’y méprennent. Les jeunes sont sa cible
préférée et, par ses prophètes, il les prend dans son filet.
Newman s’est demandé « en quoi consiste actuellement la
religion du monde ? » Sa réponse : « Elle s’est emparée du
côté lumineux de l’Évangile, de son message de réconfort,
de ses préceptes d’amour ; tous les aspects plus sombres et
plus secrets de la condition et de la destinée humaines sont
4plus ou moins passés sous silence . »
Il constatait une recherche de sensations fortes, de
nouveautés, de nouvelles doctrines, le changement finissant
par être recherché pour lui-même.

4 Newman (John-Henry), Sermons Paroissiaux, vol. I, 24, Paris, Cerf,
1993,
http://www.newmanfriendsinternational.org/fr/la-religion-dumoment/
9La religion du monde, voilà la clé qui donne sens à tous
les courants spirituels que j’ai trouvés présents dans
l’Eglise, depuis une vingtaine d’années. Chaque
découverte a fait l’objet en son temps, d’un article plus ou moins
long que l’on peut retrouver sur l’Internet ; mais j’étais
loin de pouvoir saisir la cohérence de ces doctrines parfois
contradictoires.
Parmi les propositions qui se prétendent explicitement
catholiques, on peut relever l’ennéagramme, la guérison
de l’arbre généalogique, les agapè ou agapèthérapies, les
sessions de guérisons intérieures ou de délivrance, les
« écoles de guérison » pour obtenir des guérisons de tous
ordres, y compris physiques ; les guérisons divines ; mais
aussi le Reiki, le Feng Shui, le néo-chamanisme, la
méditation de pleine conscience, et toutes les variantes du
développement personnel qui attirent les catholiques en quête
de nouvelles spiritualités.
Ces multiples formes d’expériences de transformation
psycho-spirituelle individuelle, que des catholiques de
bonne foi considèrent comme analogues à une authentique
expérience religieuse chrétienne, sont véhiculées en fait
par le Nouvel Age. Une question se pose. D’où viennent
ces chemins spirituels recherchés par des chrétiens ? Le
Canada de toute évidence est une voie de transit, mais la
source est ailleurs. Où ?
Une petite enquête sur G. Gurdjieff, a fini par me
donner une certitude : il a mis en place la racine de tout ce qui
afflue dans notre univers religieux contemporain et le
Nouvel Age s’est chargé de le véhiculer en l’habillant de
concepts empruntés à l’Eglise catholique pour ne pas
éveiller de défiance. Les amalgames du Nouvel Age,
puisés dans les religions archaïques, comme dans les
découvertes faites en psychologie, tel est bien le contenu de la
religion du monde, habillée bien sûr avec des valeurs
chrétiennes : la miséricorde, la consolation, la puissance de
10
Dieu qui guérit l’homme, la liberté, le pardon, le salut. Le
tout au service de la quête de nos contemporains : le
bienêtre.
Une position officielle de l’Eglise
Une étude sur le Nouvel Age a été réalisée grâce à un
travail mené en commun par les Conseils Pontificaux de la
Culture et pour le Dialogue Interreligieux, la Congrégation
pour l’Evangélisation des Peuples et le Conseil Pontifical
pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens. Un document,
« Jésus-Christ, le porteur d’eau vive », paru en 2003, en
indique bien l’enjeu : le Christ qui est venu nous apporter
« l’eau jaillissante en vie éternelle » (Jn 7,37-39) à travers
l’eau du baptême.
On peut y lire : « Il est impossible de se laisser bercer
par l’illusion que le retour de la gnose préluderait à un
renouveau de la religion. Il s’agit tout simplement de la
version moderne d’une attitude spirituelle qui, au nom
d’une prétendue connaissance supérieure de Dieu, finit par
rejeter définitivement sa Parole en la remplaçant par des
paroles toutes humaines.
La gnose n’a jamais disparu du champ du christianisme.
Elle a toujours cohabité avec lui, parfois en tant que
courant philosophique, plus souvent sous des formes
religieuses ou parareligieuses, en opposition nette, même si
elle n’est pas explicite, avec l’essentiel du
christia5nisme . »
Il faut reconnaître que « Jésus Christ porteur d’eau
vive » a été mis sous le boisseau, tout au moins en France.
Ce document constitue pourtant une réflexion majeure

5 Conseil pontifical de la culture, Conseil pontifical pour le dialogue
interreligieux, « Jésus-Christ, le porteur d’eau vive. Une réflexion
chrétienne sur le ‟Nouvel Ageˮ », 2003,
http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/interelg/docu
ments/rc_pc_interelg_doc_20030203_new-age_fr.html
11pour un catholique qui cherche des points de repère au
milieu d’un foisonnement de propositions dites spirituelles.
L’infiltration de l’Eglise
Une constatation s’impose : le Nouvel Age n’est pas en
dehors de l’Eglise ; il a pénétré dans l’Eglise. Que ne
feraient pas bien des chrétiens aujourd’hui pour augmenter
leur bien-être ? Ce n’est pas une doctrine spirituelle où le
renoncement a sa place, où la croix est à l’honneur, qui
fait courir les foules. Le christianisme n’est pas en vogue.
Par contre, si on l’agrémente de quelques ingrédients qui
assurent le bien-être, beaucoup accourent, séduits par cette
mystification… et n’hésitent pas à alléger leur portefeuille
car le bien-être a un prix.
Le monde du bien-être est vaste. Il concerne bien des
domaines : la santé, l’environnement, l’habitat, le
développement personnel et l’estime de soi, la psychologie, la
qualité des relations…
Tout est bon à prendre, dans cette recherche éperdue
vers un bien-être toujours plus grand. Mais pour cela, il
faut un guide. Il n’est pas difficile à découvrir, car les
propositions ne manquent pas dans la pléthore de formateurs
que l’on peut trouver par relation ou sur l’Internet : coach,
gourou, médecin, accompagnateur, psychologue, ou autre
personne à titre non identifié.
Si cette personne se réclame d’une reconnaissance
ecclésiale, elle emporte d’emblée la confiance, sans chercher
plus loin. Tout n’est pas à rejeter, loin de là, car beaucoup
ont de réelles compétences qu’ils mettent au service des
autres. Mais il existe aussi des mystificateurs, qui ne sont
pas les derniers pour le succès. Ce qu’ils ont en commun,
c’est un schéma de base plus ou moins dilué, que nous
allons essayer de résumer.
Tout commence par l’attirance, en apparence anodine,
qu’exerce une promesse de bien-être et la rencontre de
12
l’initié qu’est le formateur, le plus souvent sans
qualification professionnelle réelle. Par un jeu de séduction qui
capte la personne en recherche, donc en attente de celui
qui sait, une fusion s’établit avec ledit formateur,
entraînant une dépendance, avec abdication de la volonté et de
la raison ; la personne ne doit pas chercher à comprendre,
mais suivre l’intuition, plonger dans les émotions,
expérimenter le sensible, pour découvrir ce qui est caché,
profondément enfoui, et qui est supposé provoquer souffrance
ou mal être.
Enfermée dans cette démarche et subtilement amenée
sur le terrain de l’irrationnel, la personne risque de se
trouver livrée sans le savoir, soit directement à un médium,
soit à quelqu’un formé par un médium : l’influence peut se
répercuter par personnes interposées.
Le guide-formateur, qui est censé avoir une
connaissance (gnosis) particulière de chemins cachés, commence
à dévoiler, ou conduit à dévoiler, des événements passés
qui s’avèrent exacts ou ont toutes les apparences de la
réalité ; cette prise de conscience semble avoir un pouvoir de
guérison dont la rapidité dépasse l’action d’un thérapeute
classique.
Ce qui n’est pas perçu, c’est que derrière le médium il y
a le monde occulte et, à sa source, le diable. Une grande
importance est même souvent accordée au diable et les
soi-disant exorcismes risquent fort de mettre sous
l’emprise du diable plutôt que d’en libérer.
La doctrine présentée est agrémentée d’éléments de la
foi catholique, mais elle fait basculer l’axe qui les organise.
Leur amalgame à des propositions étrangères les déforme
à leur racine ; en réalité, la doctrine catholique n’est là que
pour donner du crédit aux propos, comme peut le faire
équivalemment une doctrine bouddhiste ou autre. Il n’est
donc pas étonnant que souvent ces sessions soient ouvertes
aux croyants et aux incroyants. Il y a à l’arrière la volonté
13
de conduire à une religion mondialiste,
transconfessionnelle.
La Bible n’est d’ailleurs pas proposée à des incroyants
comme chemin de conversion, mais comme moyen pour
régler des problèmes. Elle est utilisée en réalité à des fins
de bien-être. L’axiome « vivre et prier comme l’on croit »
n’est plus un critère clé. Peu importe de quel Dieu il s’agit.
Qui dit bien-être dit aussi nuisances. Tout ce qui fait
obstacle au bien-être doit être éliminé. Il faut nettoyer,
purifier, guérir, aussi bien la mémoire, que la famille,
l’arbre généalogique, etc. : la prière est alors utilisée pour
couper les liens, pour purifier et libérer. On en attend des
changements positifs.
Mais ce bien-être entraîne souvent des ruptures
familiales ; ceci est dans la logique même du chemin emprunté
qui conduit à regarder l’autre sous l’angle du bien-être
qu’il doit m’apporter. Si je perçois sa présence ou son
influence comme contraire à mon bien-être, la solution
radicale sera de le repousser à cause de sa nuisance.
Nous sommes dans le même contexte que la recherche
d’émission de bonnes vibrations, d’ondes harmonieuses,
d’énergie positive, que l’on trouve dans le Nouvel Age.
Les personnes ne comptent plus, quoi qu’on en dise ; c’est
une spiritualité de l’exaltation du moi : le moi est au centre
et les autres ne doivent en aucun cas perturber mon
bienêtre ; ils sont en réalité asservis. Ils deviennent étrangers à
celui qui emprunte ces nouveaux chemins spirituels.
Dans cette spiritualité, l’amour est le grand absent,
même si l’on n’a jamais autant parlé du Dieu amour et
miséricorde. Et l’attention portée en permanence sur l’ego
ne laisse pas de place à l’autre, noyé que l’on est dans les
méandres de cette recherche utopique du paradis perdu.
N’est-on pas face à une religiosité méphistophélique
introduite subtilement dans l’Eglise, sous couvert de psycho-
14
spirituel, par un Nouvel Age masqué, prometteur du
meilleur avec son cortège du pire ?
Un changement de paradigme
Avec le Nouvel Age — nouvelle ère — nous sommes
confrontés à un tournant de l’histoire : le passage de l’ère
des Poissons où le christianisme était la religion
dominante, à l’ère du Verseau qui est une nouvelle vision des
choses véhiculées par les diverses branches de
l’ésotérisme : la théosophie, le spiritisme,
l’anthroposophie. Cela se traduit par une tentative de changement
de paradigme au plan social et spirituel qui doit conduire à
un changement du système mondial des croyances et
contribuer à faire advenir un nouvel ordre mondial.
Pour certains en effet, c’est un nouveau paradigme de
vie qu’il faut mettre en place. « Popularisé par Marilyn
Ferguson (papesse du Nouvel Age), le ‟nouveau
paradigmeˮ a été créé au début des années 1960 par un penseur
allemand, Thomas Kuhns. Cela signifie un changement de
point de vue, la substitution d’un nouveau cadre
interprétatif à l’égard de la réalité. Dans le cas du Nouvel Age, le
changement est total, car c’est toute la réalité qui est
réinterprétée, et conséquemment, toute l’échelle des valeurs
6qui est remise en cause  ».
Mais qu’est-ce que le Nouvel Age apporte de vraiment
nouveau ? Le changement se manifeste par le passage de
la physique mécanique newtonienne à la physique
quantique ; de l’exaltation de la raison à une large attention
accordée aux sentiments et aux émotions ; des valeurs
viriles aux valeurs féminines. Ce changement rejette la
modernité et se traduit par le retour aux religions ancestrales.
L’intérêt pour les religions orientales a refait surface à
epartir de la fin du XIX siècle sous l’influence du mouve-

6 Fortin (André), Les Galeries du Nouvel Age, Ottawa, Novalis, 1993,
p. 14.
15ment théosophique ; c’est un signe, en Occident, d’une
prise de conscience de plus en plus forte : il faut tendre à
mettre en place une spiritualité globale qui incorpore
toutes les religions.
Le changement de paradigme implique un passage de
l’ancien au nouveau ; les deux ne peuvent cohabiter, même
si certains courants plus modérés envisagent leur
coexistence. L’ancien regard sur le monde sera remplacé par le
nouveau regard à dimension planétaire, tant au niveau de
la politique, que de l’économie ou de la spiritualité. Le
nouveau paradigme est une machine à broyer l’ancien
monde. Il traduit une aspiration à une vie dégagée de
l’aliénation où se trouve la société occidentale. Le
christianisme, pour sa part, est entièrement remanié par la
vision du monde ainsi véhiculée.
Mais comment se manifeste l’introduction du nouveau
paradigme dans l’Eglise ?
— Une anthropologie holistique remplace
l’anthropologie dite dualiste des catholiques. La vision de
l’Homme sous-jacente est une unité corps-âme-esprit :
physique, psychique et spirituelle. L’homme est regardé
comme une capacité à recevoir l’amour et à le donner et il
doit libérer l’amour de tout ce qui l’entrave : la parenté
avec le bouddhisme est claire. Il doit participer à sa
croissance et à son épanouissement en mettant en œuvre ses
capacités. Le développement personnel est au service d’un
messianisme terrestre.
Qui ne reconnaît en tout cela les maîtres-mots du
Nouvel Age ?
— L’auto-guérison, est une conséquence immédiate de
cette anthropologie holistique : ce que l’homme vit dans
son corps est en relation avec ce qu’il vit dans son âme et
avec ce qu’il vit dans son esprit. Elle se démarque de
16