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Le pape des surprises

De
128 pages
Le pape François a été élu en mars 2013. Depuis son installation sur le trône de Pierre, il suscite l'intérêt, la curiosité, l'admiration, la ferveur. Le pape argentin bouscule, surprend, il ne se laisse pas emprisonner par l'appareil ecclésiastique, il se dégage d'une certaine pompe romaine, se montre proche des fidèles, il revient toujours aux sources du message évangélique. L'élection d'un pape argentin fut une surprise et son pontificat est une succession de surprises. François fascine ou dérange, il attire ou inquiète : peu lui importe, il va de l'avant, convaincu sans doute que le temps lui est compté.
Après avoir consacré deux romans à des papes imaginaires, Le dieu noir (1987) et Lepont des anges (2012), Philippe Le Guillou s'est intéressé à ce pape réel qui, par son audace, sa singularité, la force de sa personnalité, dépasse toutes les fictions. Le pape des surprises est le récit d'un séjour à Rome en juin 2014, tissé de rencontres, d'observations, mais aussi de déambulations et de pèlerinages dans une ville que l'auteur connaît bien. Le pape François est au cœur de ce voyage ; à travers les entretiens et les témoignages recueillis, c'est un portrait plus intime qu'en brosse l'écrivain, celui d'un homme venu de loin, d'un jésuite habité par la noirceur du monde, d'un pontife résolu, saisi par l'urgence de sa mission et certainement moins lumineux que le visage qu'il offre aux pèlerins de plus en plus nombreux qui se pressent place Saint-Pierre.
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couverture
PHILIPPE LE GUILLOU

LE PAPE
DES SURPRISES

GALLIMARD

Je n’avais plus franchi le seuil de la Villa Bonaparte depuis le mois de mai 2012, je n’avais pas revu le beau jardin enclavé entre les immeubles, cette sorte d’éden romain dissimulé derrière les bâtiments austères de la chancellerie, les pelouses impeccablement tondues, les orangers, les jets d’eau, les rosiers aussi dont le premier occupant de ces lieux, en sa qualité d’ambassadeur de France près le Saint-Siège, Wladimir d’Ormesson, avait tenu, au printemps de 1951, à cueillir quelques fleurs pour aller les déposer sur le cercueil de celle qui a donné son nom à la villa – Pauline – dans la crypte de Sainte-Marie-Majeure. En mai 2012, le pontificat de Benoît XVI commençait à chanceler à la suite des révélations d’un majordome indélicat. Sans doute parce que celui qu’on avait appelé un peu vite le panzer kardinal, lorsqu’il dirigeait la Congrégation pour la doctrine de la foi, n’avait pas manifesté dans l’exercice de son métier de pape la même fermeté, la même autorité que dans ses fonctions précédentes. Benoît XVI ne serait jamais un panzer papst. L’image resterait sans doute d’un pontife doux et affable, plus théologien que grand pasteur, aimant la compagnie des livres et des chats, les dentelles, les mosettes bordées de duvet d’eider, les chapes et les croix utilisées par ses prédécesseurs du XIXe siècle, lui qui avait été élu au début du XXIe, un pape intellectuel et spéculatif, claquemuré dans sa bibliothèque du palais apostolique, un pape craintif, nostalgique, affolé par la modernité, ses débordements, le maniement des hommes, un pape plus porté à la méditation et à la prière qu’au management de l’Église universelle.

Je marchais ce soir de juin 2014 dans le jardin de la Villa et il me semblait qu’un siècle avait passé depuis ma dernière visite. Je me souvenais de mes conversations avec l’ambassadeur au mois de mai 2012, l’impression qui s’imposait alors d’un pontificat en train de s’éteindre doucement, de suivre son erre dans le froissement des dentelles et des dalmaticelles sorties du trésor de la basilique Saint-Pierre, un pontificat qui laissait trop de place à la curie romaine, à quelques prélats, à quelques intrigants ou profiteurs placés dans leur orbe, sans que le pape manifestât l’intention ou la volonté de reprendre en main ce petit monde. Qui, en effet, en mai 2012, au moment où surgissaient les salissures du majordome, la publication de papiers privés du pape annotés par lui, aurait pu prévoir l’incroyable événement du 11 février suivant, la renonciation annoncée en latin et de manière feutrée, sous les fresques du palais apostolique, qui aurait pu se représenter les images étonnantes de l’hélicoptère du Saint-Père survolant une dernière fois Rome avant de se poser sur l’héliport du domaine de Castel Gandolfo au moment où s’ouvrait la vacance du siège romain ? Qui aurait pu, de la même manière, prédire ce qui allait suivre, un temps de réflexion et d’échanges entre des cardinaux décidés à ne pas laisser couler la barque, un conclave court et l’élection d’un non-Européen, un Argentin d’ascendance italienne dont le nom n’avait figuré à aucun moment dans la liste des papabili, un homme qui se présenterait à la loggia de Saint-Pierre en simple soutane blanche, sans les insignes habituels de la fonction – le rochet de dentelle, la mosette rouge rangés dès le premier soir au magasin des accessoires et des vieilleries –, un homme qui déclarerait être l’évêque de Rome, saluant la foule rassemblée sur la place avant de l’inviter à prier en silence ? Benoît XVI, par son nom même, rappelait les grandes heures de l’Église européenne, un nom jailli de la généalogie des papes, un nom qui aurait pu être déjà porté par un pape si intimement pétri de tradition et de continuité vaticane. Tel ne serait jamais François, fugacement appelé François Ier par les commentateurs avant de perdre, en l’espace d’une nuit, son chiffre pour être François, seulement François, essentiellement François, l’homme à la soutane blanche, l’archevêque de Buenos Aires devenu évêque de Rome, gardant pour la circonstance sa croix pectorale argentée, modeste, sans fioritures, presque nu et sacrificiel sur ce balcon où son prédécesseur avait tardé à apparaître parce qu’il voulait porter une croix d’émeraude sortie du trésor…

C’était ce François que je voulais voir, ce pape si radical et novateur qu’on pourrait presque le croire surgi de l’imagination d’un romancier ou d’un cinéaste. Il me semblait qu’en venant à Rome, en l’apercevant au milieu de son peuple, j’approcherais un peu plus son mystère. Je n’allais pas mener une enquête. Ce voyage tenait plus de la retraite et du pèlerinage. Je voulais simplement comprendre cet engouement, cette attraction, cette curiosité qui font que s’intéressent aujourd’hui au pape des gens – y compris parmi les intellectuels – qui sont toujours restés jusque-là en marge de l’Église, et qui, s’ils ont rendu à Jean-Paul II la place qui lui revient dans une certaine libération de l’Europe, continuent à brocarder Benoît XVI avec une sévérité injuste. Après avoir consacré deux livres à des papes imaginaires – l’un zaïrois, l’autre irlandais –, je voulais voir à l’œuvre le nouvel évêque de Rome, comme il se nomme souvent, en demeurant ce qu’il convient d’être toujours à Rome : un promeneur – un pérégrin.

La veille, avant de quitter Paris, je l’ai longuement observé à la télévision comme il présidait l’étonnante cérémonie pour la paix, dans un angle sans charme des jardins du Vatican, en compagnie des présidents israélien et palestinien, sa concentration extrême, sa gravité. On est loin à cet instant du visage de l’homme jovial qu’acclame la foule de la place Saint-Pierre les jours d’audience générale, ce visage grave, austère, presque dur qu’il a en fait souvent si on y regarde de près, particulièrement lorsqu’il célèbre, à sa cathèdre d’évêque de Rome ou à l’autel. Cet air sombre qu’on lui voit aussi sur des photographies anciennes, à Buenos Aires, une surtout où il semble surpris dans un bus ou un métro, intense, recueilli, bougon, sans le moindre signe d’aménité. Il n’y a donc pas seulement la solennité de cette prière pour la paix qui puisse justifier cette sorte de tension qui assombrit le pape, tension qui est plus que de la concentration, le vrai visage du souverain pontife peut-être.

C’est une cérémonie qu’il a souhaitée au cours de son récent séjour en Terre sainte : faire venir dans sa maison, selon sa formule, les dirigeants de deux États empêtrés dans un conflit sans issue. Sa maison, c’est-à-dire pas la bibliothèque d’apparat du palais apostolique, non les pièces blanches, carrelées et sans grâce de la résidence Sainte-Marthe où il s’est établi le soir de son élection et qu’il n’a plus quittée depuis, manière de signifier aux éminences romaines et aux princes pourprés qu’il est avant tout un pèlerin, un hôte de passage qui a déposé là ses bagages, réduits au strict minimum, dans ce que les images nous montrent comme une demeure utilitaire et fonctionnelle, sans décorum, sans beauté. C’est dans sa maison, dans ce coin de jardin aussi astucieusement choisi pour qu’on n’y voie rien qui puisse rappeler la prééminence d’une religion que François a choisi de célébrer cette étrange Pentecôte faite de psalmodies et de mélopées, d’incantations et de prières dans la touffeur du soir romain. Pas de langues de feu, pas de dais, de trône, de flabelli et de gardes en grande tenue, les représentants des trois religions rangés en trois carrés, des estrades modestes, des fauteuils identiques – rien qui ne signale la suprématie du pape –, une forme d’austérité et de simplicité qui s’accorde si bien à la gravité de ce qui est en train de se jouer. La scène paraîtrait presque normale et elle sort en tout de l’ordinaire, que ces ennemis historiques soient ainsi là, assis de part et d’autre de l’homme en blanc, tient du miracle et c’est le charisme du pape de rendre ces miracles évidents et comme allant de soi. C’est une forme nouvelle de diplomatie aussi, sans négociation, sans affrontement, sans médiation ou plutôt par l’entremise de la seule qui vaille, celle de la prière et de l’effusion de l’Esprit.

Sans doute cette rencontre vaticane aurait-elle été inenvisageable si, quelques jours plus tôt, le pape n’avait pas pris son bâton de pèlerin, allant lui-même à pied jusqu’au Mur des Lamentations et jusqu’à tous les murs de la honte, s’il ne s’était montré tel qu’il est, soucieux de paix, d’apaisement véritable, de conversion des cœurs. Certains commentateurs chagrins s’étaient étonnés que ce fût à bientôt soixante-dix-huit ans son premier pèlerinage en Terre sainte. Il n’est jamais trop tard pour commencer et le pape rapporte de ce pèlerinage cette Pentecôte unique dont l’absence de spectacle est la première force. Deux hommes que tout oppose, réunis dans ce triangle délimité par des haies d’un beau vert pour planter un olivier. Deux hommes dans le calme d’un soir romain, loin des armes et des bombes. Le pape n’est pas naïf. Il sait bien que l’effet ne sera pas miraculeux. Il ne peut pas l’être. Cette rencontre est seulement un geste en ce soir d’une fête qui vient clore la séquence pascale, ce soir précisément où dans la liturgie on éteint le cierge allumé entre le vide du Samedi saint et le matin de Pâques.

Si portés d’habitude à surcharger de leurs commentaires ce que les images disent avec éloquence, les journalistes se sont tus et c’est une grâce. Les mélopées, les prières montent dans le soir de Rome. Dans ces recès des jardins, les bruits urbains semblent ne plus avoir d’existence. Les psaumes de la première Alliance, les versets des imams, les prières chrétiennes, dont une très belle empruntée à saint François d’Assise, emplissent l’espace. Une émotion visible transparaît sur le visage de Shimon Peres qui est, pour quelques jours encore, le plus vieux chef d’État du monde : dignité d’un patriarche qui s’est rendu à l’invitation du Saint-Père. Une ultime rencontre à la Casina Pie-IV est prévue entre les politiques. Le pape s’efface. Il regagne sa cellule austère de la maison Sainte-Marthe. Il a scellé l’essentiel : la force de la prière, l’abandon total à l’Esprit.

Le souverain pontife a beau être enfermé depuis l’unité italienne dans les quarante-quatre hectares du modeste État du Vatican, Rome demeure sa ville. Ses armes figurent sur les façades de toutes les églises avec, au centre, le monogramme de la Compagnie de Jésus. Le siège du gouvernement central de l’Église est bien au Vatican, les cardinaux sont titulaires d’une paroisse romaine et leur blason est en général apposé à droite de celui du Saint-Père, au-dessus du porche des églises.

Je commence ce matin par pénétrer, à quelques pas de la Villa Bonaparte, dans cette délicieuse bonbonnière baroque qu’est Sainte-Marie-de-la-Victoire. Les cardinaux rennais, primats de Bretagne, furent longtemps titulaires de cette paroisse, et le premier d’entre eux, au XIXe siècle, le majestueux et aquilin Godefroy Brossay Saint-Marc, a étrenné en ces lieux l’impressionnant chapeau à trente houppes que lui avait remis le pape Pie IX. Les flots soyeux de son interminable cappa magna ont glissé sur le pavage de marbre de Sainte-Marie-de-la-Victoire, tout près de la sainte extatique du Bernin foudroyée par l’ange au glaive d’or. Autres temps, autres rites : les derniers cardinaux créés par François n’ont eu droit qu’à une modeste barrette pourpre, certes ils n’ont pas eu à subir comme leurs lointains devanciers la prostration devant l’autel de la chapelle de Sainte-Pétronille, mais le pape leur a administré une sévère leçon en leur rappelant qu’ils étaient là pour faire le don, jusqu’au sang, de leur personne et non pour se muer en d’habiles courtisans. Le cadre de la grandeur et du faste persiste, les bonbonnières baroques attirent peut-être plus les visiteurs et les esthètes que les pèlerins, en un siècle et demi l’esprit de l’Église a changé et de manière sans doute plus radicale encore depuis l’arrivée de François. Sont-ils pour lui – il n’apparaît pas le mardi –, pour les deux papes récemment canonisés ou pour la beauté des lieux, ces innombrables visiteurs qui se pressent place Saint-Pierre ? Il me semble n’en avoir jamais vu autant un jour ordinaire : la queue commence, sous un soleil déjà ardent, le long du bras gauche de la colonnade du Bernin, la façade de la basilique a des reflets légèrement rosés, la colonnade et les statues qui la surplombent, nettoyées il y a peu, sont d’une blancheur mate dans la lumière vive de juin. Écrasée par le soleil, dans la mâchoire des deux bras de la colonnade, la place a tout d’un théâtre ou d’un cirque, d’une scène sans acteur aujourd’hui où s’agglutine une foule affublée de tout ce que le matérialisme mercantile a produit de plus laid, shorts, polos aux couleurs criardes, vêtements informes qui soulignent la disgrâce des corps, coiffures, parapluies et ombrelles à l’unisson. C’est un tortillard de l’humanité bariolée et hideuse, tout entière livrée au dieu loisir, adepte des migrations mondiales, curieuse, immédiate, comme indifférente à la charge du lieu et à ce qu’il porte. Peu semblent avoir conscience de la vertu terrible et intimidante de l’endroit, de ce qu’il représente, de la longue lignée des acteurs et des hérauts de l’Église qui l’a habité. Peu regardent la loggia aux croisées et aux rideaux fermés, ce balcon dans l’axe de l’obélisque qui est une des fenêtres les plus connues et les plus fascinantes de la planète et à laquelle, les jours d’avènement d’un nouveau pape et de grande bénédiction, tant de regards sont suspendus. Sans doute les portiques de sécurité ralentissent-ils la progression de la foule – un fou ne pourrait plus s’aventurer, comme au temps de Paul VI, avec un marteau et venir défigurer la Pietà de Michel-Ange – mais l’impatience croît et avec elle la clameur. Déjà perceptible sur la place, elle enfle dans le narthex et la nef de la basilique, c’est la rumeur d’une Babel bariolée, hébétée, peu sensible au sacré, à ce qu’il impose de distance, de vénération et de silence. La hauteur et la vastitude du sanctuaire doivent encore accentuer l’égarement stupide du tortillard enfermé dans le canal de palissades qui empêchent une dispersion en tous sens. Comprennent-ils où ils sont, ce qu’ils voient ? Savent-ils que c’est sous le baldaquin immense qu’officie celui qu’ils aimeraient tant voir, est-ce lui, l’absent, qui aimante à ce point une foule de plus en plus nombreuse, ou ses deux prédécesseurs indirects, Jean XXIII et Jean-Paul II, tout nouvellement admis au chœur des saints ?

La foule qui passe devant l’autel-tombeau du pape polonais semble déçue, elle ne voit rien, tout juste la plaque, plutôt laide, d’une tristesse sans nom, qui dissimule le cercueil du visionnaire de Cracovie. Rien, dans cette chapelle voisine de la Pietà, ne rend ce que fut Jean-Paul II, le saint est bien là, enfermé dans le coffre de l’autel, mais ses reliques sont invisibles… Or les fidèles, les pèlerins, les voyeurs veulent des reliques, des signes, le sommeil d’un gisant, quelque chose à scruter, peut-être même à toucher. La chapelle-reliquaire du grand pape est décevante, frustrante même, en ce qu’elle ne montre rien. À Nevers et à Ars, on voit – et on aime voir. Difficile de s’arrêter, de prier, dans le flot et la clameur, ou bien alors il faut prendre la tangente et s’enfermer dans la chapelle du Saint-Sacrement, devant le tempietto du Bernin, comme dans un îlot de ferveur loin de la masse et du bruit. Je devrais au sortir de cette enclave silencieuse éviter de retrouver la foule, elle défile devant l’autel qui contient la dépouille momifiée – trop blanche, trop cireuse – de saint Jean XXIII, elle semble surprise à la vue de ce gisant antique, portant camauro, mosette, rochet et mules de la plus haute et belle tradition ; des gardes dépassés par les événements ont beau rappeler qu’il ne faut pas prendre de photos, qu’il ne faut pas troubler le sommeil du saint, personne n’en a cure, les flashes illuminent la châsse de cristal et le petit vieillard allongé dans son cercueil translucide semble une incongruité, une extravagance plus grandes encore.

Il faudrait la plume féroce de Jean Clair pour dire cette barbarie ordinaire où se loge peut-être un grain de ferveur. Car c’est là tout le miracle aussi de cette foule trop bruyante, trop séduite par l’apparence, à mes yeux insuffisamment intimidée par le baldaquin, sa masse de bronze, le berceau de la Confession et l’arrondi des lampes, l’entrée des grottes vaticanes et la sépulture de Pierre que l’on devine, une foule si décontenancée par ce qu’elle voit, la majesté d’une Église triomphante, le luxe absolu des marbres, des sculptures et des cénotaphes, l’invisible chaise suspendue du premier des papes dans le haut reliquaire noir du Bernin : elle voit et on ne sait pas ce qu’elle retient, ce avec quoi elle repart, charmée, victime d’un éblouissement passager ou travaillée en profondeur par le mystère de ce que ce bâtiment – un des plus grands et des plus beaux au monde – donne à méditer sur la permanence et la beauté de la papauté, depuis le premier titulaire de la charge, l’apôtre sacrifié, jusqu’à l’actuel, invisible, caché dans un dédale impénétrable de cours et de longs couloirs, dans la citadelle du gouvernement central de l’Église, tout près de la basilique qui est une nécropole, un promenoir et la première des sources vives de la chrétienté.

Philippe
Le Guillou

Le pape
des
surprises

Le pape François a été élu en mars 2013. Depuis son installation sur le trône de Pierre, il suscite l’intérêt, la curiosité, l’admiration, la ferveur. Le pape argentin bouscule, surprend, il ne se laisse pas emprisonner par l’appareil ecclésiastique, il se dégage d’une certaine pompe romaine, se montre proche des fidèles, il revient toujours aux sources du message évangélique. L’élection d’un pape argentin fut une surprise et son pontificat est une succession de surprises. François fascine ou dérange, il attire ou inquiète : peu lui importe, il va de l’avant, convaincu sans doute que le temps lui est compté.

 

Après avoir consacré deux romans à des papes imaginaires, Le dieu noir (1987) et Le pont des anges (2012), Philippe Le Guillou s’est intéressé à ce pape réel qui, par son audace, sa singularité, la force de sa personnalité, dépasse toutes les fictions. Le pape des surprises est le récit d’un séjour à Rome en juin 2014, tissé de rencontres, d’observations, mais aussi de déambulations et de pèlerinages dans une ville que l’auteur connaît bien. Le pape François est au cœur de ce voyage ; à travers les entretiens et les témoignages recueillis, c’est un portrait plus intime qu’en brosse l’écrivain, celui d’un homme venu de loin, d’un jésuite habité par la noirceur du monde, d’un pontife résolu, saisi par l’urgence de sa mission et certainement moins lumineux que le visage qu’il offre aux pèlerins de plus en plus nombreux qui se pressent place Saint-Pierre.

DU MÊME AUTEUR

Aux Éditions Gallimard

LA RUMEUR DU SOLEIL, 1989 (Folio, no 2662).

LE DONJON DE LONVEIGH, 1991 (Folio, no 5870. Avant-propos inédit de l’auteur).

LE PASSAGE DE L’AULNE, 1993 (Folio, no 2859).

LIVRES DES GUERRIERS D’OR, 1995 (Folio, no 4182. Nouvelle édition).

LE SONGE ROYAL. Louis II de Bavière, coll. L’un et l’autre, 1996.

L’INVENTEUR DE ROYAUMES. Pour célébrer Malraux, 1996.

LES SEPT NOMS DU PEINTRE. Vies imaginaires d’Erich Sebastian Berg, 1997. Prix Médicis 1997 (Folio, no 3473).

DOUZE ANNÉES DANS L’ENFANCE DU MONDE, 1999.

STÈLES À DE GAULLE, 2000 (Folio no 5057).

LE ROI DORT, 2001.

LES MARÉES DU FAOU, 2003 (Folio, no 4057).

APRÈS L’ÉQUINOXE, 2005.

LA CONSOLATION, 2006.

LE DÉJEUNER DES BORDS DE LOIRE, suivi de MONSIEUR GRACQ. Édition revue et augmentée, 2007 (Folio, no 4512).

FLEURS DE TEMPÊTE, 2008 (Folio, no 5443).

LE BATEAU BRUME, 2010 (Folio, no 5223).

L’INTIMITÉ DE LA RIVIÈRE, 2011.

LE PONT DES ANGES, 2012 (Folio, no 5675).

LES ANNÉES INSULAIRES, 2014.

PARIS INTÉRIEUR, 2015.

Aux Éditions Gallimard Jeunesse

SUR LES TRACES DE JÉSUS (illustrations de Maurice Pommier), 2002.

Aux Éditions du Mercure de France

L’INVENTAIRE DU VITRAIL, 1983.

LES PORTES DE L’APOCALYPSE, 1984.

LE DIEU NOIR, 1987 (Folio, no 2195).

LES PROXIMITÉS ÉTERNELLES, 2000.

LE DÉJEUNER DES BORDS DE LOIRE, 2002.

LE DERNIER VEILLEUR DE BRETAGNE, 2009.

LE CHEMIN DES LIVRES, 2013.

Aux Éditions de La Table Ronde

JULIEN GRACQ, Fragments d’un visage scriptural, 1991.

Aux Éditions Artus

LA MAIN À PLUME, 1987.

IMMORTELS, MERLIN ET VIVIANE (dessins de Paul Dauce), 1991.

UN DONJON ET L’OCÉAN (photographies de Jean Hervoche), 1996.

L’ARCHANGE ET LE DRAGON (photographies de Bernard Galeron et de Jean-Baptiste Grison), 1996.

L’ORÉE DES FLOTS, 1997.

DES BRETAGNES TRÈS INTÉRIEURES (photographies d’Yvon Boëlle et de Jean Hervoche), 2000.

Aux Éditions Ouest-France

BROCÉLIANDE (photographies d’Yvon Boëlle), 1996.

Aux Éditions Christian Pirot

CHATEAUBRIAND À COMBOURG (photographies de Jean Hervoche), 1997.

Aux Éditions Terre de Brume

ÎLES (photographies de Jean Hervoche), 1999.

Aux Éditions Blanc Silex

CHATEAUBRIAND ET LA BRETAGNE, 2000.

Aux Éditions Berg International

LE DÉPAYSEMENT, 2002.

Aux Éditions de La Bibliothèque des Arts

BERNARD LOUÉDIN (avec Patrick Granville et Bernard Duplessis), 2002.

Aux Éditions Pygmalion - Gérard Watelet

JÉSUS, 2002.

DÉAMBULATIONS, 2004.

DÉAMBULATIONS II, 2006.

Aux Éditions Dialogues

GUÉNOLÉ OU LE SILENCE DE L’AULNE, 2012.

SAINT PHILIPPE NÉRI. Un ludion mystique, 2014.

MA PRESQU’ÎLE (avec Matthieu Dorval), 2015.

Aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux

À ARGOL IL N’Y A PAS DE CHÂTEAU, 2014.

Cette édition électronique du livre Le pape des surprises de Philippe Le Guillou a été réalisée le 14 septembre 2015 par les Éditions Gallimard.

Elle repose sur l’édition papier du même ouvrage (ISBN : 9782070149667 - Numéro d’édition : 287324)
Code Sodis : N75225 - ISBN : 9782072623028. Numéro d’édition : 287325

Le format ePub a été préparé par PCA, Rezé.