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Le quiétisme

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Description

L'auteur expose la doctrine essentielle du soufisme dans l'amplitude coranique, et ce, dans la continuation dynamique d'une somme d'énoncés traditionnels. Le Quiétisme, en tant que finalité de la confrérie musulmane d'Abdul Abbass At Tidjani (Tidjaniya) est le thème majeur de ce livre. Ce quiétisme peut être décrit comme étant une attitude fidéiste construite autour de la soumission consciente aux canons de la Religion.

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Date de parution 01 février 2012
Nombre de lectures 66
EAN13 9782296482586
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

LE QUIÉTISME
Doctrine de la confrérie musulmane tidjaniya

Croyances du monde
Collection dirigée par Babacar Sall

Aussi longtemps que l’on remonte dans l’histoire, les
croyances ont toujours permis aux sociétés humaines de
faire face à l’incertitude et à l’angoisse existentielle. Elles
ont fini par construire des identités fortes autour
desquelles des groupements ont forgé des communautés
de destin à partir desquelles ils pensent le monde et
bâtissent des fraternités universelles.
Les croyances sont aussi l’objet d’identités
conflictuelles qui génèrent des formes de violences aux
conséquences multiples et tragiques sur l’actualité et le
devenir des sociétés. Lues à travers les exigences de la
modernité, elles présentent bien des questions qui
montrent toute l’acuité de les replacer dans la
problématique contemporaine du monde.
Cette présente collection contribue à la meilleure
connaissance de ces phénomènes et de leur rôle dans le
développement du genre humain.

Déjà parus

Alassane Wade,L^islam et le monde moderne, 2010.
Sidi Mohamed Mahibou, Abdullahi Dan Fodio et la théorie du
gouvernement islamique, 2010.

PAPA ASSANE DIOUF

LE QUIÉTISME
Doctrine de la confrérie musulmane
tidjaniya

Préface de Cheikh Ahmadou TALL

L’Harmattan

Le présent ouvrage est inscrit au registre de la Propriété Intellectuelle sous la
référence 11679 du 15 Février 2006 (BSDA – Accord Banjul révisé du 24 Février
1999). Les Lois et Règlements en vigueur autorisent, d’une part les copies ou
reproductions strictement réservées à l’usage privé, et d’autre part les analyses et
citations dans un but didactique. La reproduction intégrale ou substantielle du
présent ouvrage suppose le consentement préalable de l’auteur, de ses ayants-droit,
ou de ses ayants-cause. Toute reproduction totale ou substantielle qui n’obéit pas à
ces prescriptions expose son (ses) auteur (s) aux poursuites et peines de rigueur.

© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55792-5
EAN : 9782296557925

PREFACE
Au Nom deDieu leclément,le tout-miséricordieux.Gloireàl’Eternel,le
souverainde l’univers.Qu’Il répande salutairement sa bénédiction pleine et
entière sur ledominiumde ses théophanies,notreSeigneur et guide
Mouhammad, critériumde l’axialitédesdegrés etdes subtilitésduTrône
sous lequelcoulent les océansbéatifiquesde l’amour, de lasincérité etde
l’humilité.
MonDieudaigne multiplier pérennement ton salut sur leMaître
incontestéde tes messagers,l’indexdesConnaissants,lebaume salvateur
des rapprochés,prière qui s’actualise également sur safamille sanctifiée et
sanctificatrice, ainsi que sur ses sublimescompagnons.Et sur eux le salut.

Papa AssaneDIOUFest l’auteurdecet ouvrageaux enseignements
lumineux,sanctificateurs et rédemptionnels.L’auteurcompte parmi les
plusavertisdeschercheurs en sciences religieuses ; issude l’Ecole tidjânî,
cetanthropologue, avu le jourdans lavilledeSaintLouisduSénégal,qui
est l’unedescitésde référencedu soufisme enAfrique.Avantd’abonder
dans l’explicitation sommairede son livre,nous invitons quiconque se
l’approprie, de le lireavecuneattention soutenue et méthodique, afind’en
tirer lajouvence sacralisatrice et salvatrice.

Les fondamentauxduQuiétisme sontàlafois unedemeure spirituelle et
unchamp paradisiaque, d’où s’énoncent,et s’annoncentàlafois,les
axiomes sanctissimesde l’Etredivin.A ce propos, Papa AssaneDIOUF
nous inviteàplongerdans l’océancharismatiquede lasapienta coranique,
par lebiaisduVrai par leVrai,que ni laraison ni laprétention ne peuvent
cerner.L’auteur,penseur éclairé,estaussi un intellectuel responsable et
pondéré.Il nousapportedansce livre une relecturede la Gnose sous
l’éclairage seigneurialde la Tidjâniya.

Saméthodologie est fondée sur une réévaluationdes enseignementsde la
philosophieclassique et singulièrementdesaxiomesdu siècledes lumières.
A cet égardildémontre queHeidegger s’est noyédans l’océan tumultueux
de questionnementscomplexes et néantiels (référentielsau non être).Hegel
s’estcramponnéau logos tout le temps en voulant sedébarrasser, dans
l’impossible, du réel tropconcret pour être vrai.Sur leKantisme inquiétant,
qui pose l’éternel questionnementde l’aventurisme rationnel,l’auteur nous
décille les yeuxducœur,endessinantdansce livrede métaphores etde
paraboles,la carte universelledudroitd’être etdedevenir, dans le prismede
la co-naissanceSoufique.

Pour lui,il ne s’agit pasde se projeterdans l’autre pour être, carc’est
encore philosophercommeHeidegger pour fuir le statutde lavolontéd’être.
L’humanisme moderne, avecses prétentions universalistes et
paraspirituelles,inscritesdans une tramededésacralisation etde narcissisme

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coupable, est dénoncé par l’auteur avec une rare éloquence digne de l’Imam
Ghazali, à l’instar deCheikh IbnArabi (Dieu lesAgrée).
Clit ce livre peut à prime abord être fasciné par son langageelui qui
académique.La cohérence mystique qui émanedes thèmes élaborés, avec
une fermeté initiatique teintéedecandeur etde sagesse,est remarquable.
L’auteur estconsidéré parceuxdudedanscomme trèsattentifauSoufisme
Vrai, dans le prismede lamodernité.Il explicite les fondementsdu
tidjânisme originel et montre sasuzeraineté et saprééminence sur toutes les
confréries islamiques.
Commenterce livre est une tâche lourdecarchacunede ses lignes est une
orfèvrerie multidimensionnelleaux parures multicolores quiapporteaux
esseulés, auxassoiffés, aux extatiques,le réconfort et lasérénité.
L’ouvrage est une mine florissanted’enseignements mystiques.L’auteur
y expose la doctrine essentielledu soufismedans l’amplitudecoranique,et
ce, dans la continuationdynamiqued’une sommed’énoncés traditionnels.
En effet,se référantauSaint-Coran etàl’enseignementduSaintProphète,il
nous expose lathéorie vraie et évolutivede la HaqîqatulMuhammadiyah (la
réalité mouhammédienne).C’estainsi que pour lui,lalumière
mouhammadienne estd’une indicible et profonde réalité.
L’auteuraffirme,entreautre,que les lettres gouvernent les univers ; elles
en sont les sphèresd’où procèdent lesdifférentes spécificitésde l’existence,
sous tous sesaspects.Relevons,notamment,que l’éminencede lapenséede
l’auteur est mise en relief par samajestueuse maîtrisede larelation entre les
phonèmes et les nombres.Al’instardeCheikhAbdoulAzizDabbaghAl
Maghribî (DA), Papa AssaneDIOUFnote queseule« La Voie droite est la
justification de l’existence de la créaturecontingente ; c’est celle de la
promesse de l’anoblissement véritable et absolu.Elle est un pont entre l’Alif
d’Allâh et le Sîn d’UNSIYA(toponyme duLégataire Universel dans le
processus de laCréation), entre la compassion, la mansuétude et la
miséricorde divines d’une part, et l’authenticitédu message ahmadien
d’autre part ».
Nous pouvons égalementconstater que la"thématique de la Lettre
Cachée"(référentielleàla Gnose opérationnelle) estconçue et formulée par
Papa AssaneDIOUF dans un style qui évoqueIbnArabi, Roûmî, Hâfiz,et
fondamentalement leMaîtredes maîtres,lecentredémiurgiquedes
intelligences suprématielles,le rédempteur triomphaldu magistèredes
Connaissants,le vicairede laprophétie, Seydina Ahmad TidjânîCherif, Pôle
incontesté et incontestablede tout temps et pour tout le temps (RTH).
LeVicariat prophétique estactualisédudedans etdudehors par la
confrérieTidjâniya.Il est vrai que pour le soufi,laquêtedeDieudoit être
mue par les feuxde l’amour,qui embrasent lescieux et laterre.Car il ne

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saurait exister d’autre être queDieu (SHT), causaliteur de toute chose. Il
n’est d’élu que le Saint Prophète qui est l’amour divin, ou causalité de
l’existentiation de toute chose.Finalement le sens des secrets de l’amour et
des étincellements fusionnels entre les amants et l’Aimé, le principat de la
sauvegarde du Tawhîd, c’est assurémentCheikhAhmad Tidjânî (DA).
En vertu de cela, l’auteur nous montre que la Tidjâniya est une.Elle est
salutairement typifiée par un seulMaître, CheikhAhmad TidjânîCherif
(RTH).En effet,tous sesdisciples (considéréscommedeGrandsMaîtres et
citésdans plusieurs sectionsdu livre) tirent leurs gradations mystiquesde
CheikhAhmad Tidjânî, Sceaude lasainteté mouhammadienne (RTH).Cette
affirmation est lecritérium incontournablede la doctrine tidjani.
Dans le présent ouvrage,l’auteur nous inviteà cheminerdans lavoie
lumineuse etbéatifiquedu zikrdesNomsdivins.Etc’estainsi qu’il explicite
lesdifférents tableauxdévotionnelsde la Fatiha, de la SalâtoulFâtihi etde la
DiawharatoulKamâl.
Lascience, dansce livre,est largementconvoquée pourdémonter l’erreur
des rationalistes qui radicalisent le ratioaudétrimentde l’esprit.Ainsi
l’espritde justice quianime l’auteur le pousseàessayer,pour les initiés
vrais,les 78 lettres syriaquesduSaintCoran.La Tidjâniya apparaîtcomme
larépubliquedes véritables soufis ; la doctrinedes véridiques et l’essencedu
vrai soufisme (ascétisme)dépouilléde toute facétie etde surnaturalité
magique.
Ce qui est intéressantdansce livre, c’est la clarificationdu rôlede la
Prophétie mouhammadienne, de la Saintetéahmadique, dans la Demeure
illuminativedesThéophanies etdesEpiphanies originelles.Le rôleduPôle
Suprême ouGhaws,illustré par lesCompagnonsde la Caverne,est explicité
par lePèlerin spirituel qu’estPapa AssaneDIOUF, de manièreclaire et
précise.En effet il montre que l’Amour,la Compassion et leSavoir sont les
trois éléments essentielsde la Gnose.
L’auteur est un gnostique tidjânî qui peutdérouter les scientistesdu
moment ou les raisonneurscartésiens sans foi.Laphilosophie est une
démarche souvent tropacrobatique,qu’on peutassimileràundragonàla
queuecoupée qui nage maladroitementdans les eaux troublesde l’intellect.
L’ImamGhazali en fait un être mutilé,qui se perd dans lesconjecturesd’une
raisonamorphe etdépouilléede laviede l’esprit.Celaestcontraireàl’esprit
duCoran etde la Sounna.D’ailleurs le nomde philosophe s’applique
traditionnellementàun sage solitaire qui, commeDiogènedeSinope,
cherchedans son tonneau (dominium rationnel) le sensde lavie.
De nos jours,laphilosophie est passéede laspéculationàl’appropriation
d’idéesarbitraires quiattaquent la cité moderneavecl’armede l’impudence
intellectuelle etde laraison,sans raison.Les philosophes sont pleinsde

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préjugés à l’égard des soufis.Car préjuger, c’est méconnaître la vérité
expérimentale.C; c’est en quelque’est même présumer de son "pouvoir"
sorte probabiliser l’avenir dans l’incertain.On sedemanded’ailleurs si les
philosophes modernes ne forment pas les piliers préjudicielsde laquêtede la
vérité.D’ailleursPapa AssaneDIOUF a dénoncé sanscontours lecaractère
déicidede l’exotéricitédecertains théologiens paradoxalement frèresde
certains penseurs occidentaux ;ce sont plusau moinsdes émanatistes
décadents.

Sachez en outre que l’existentialisme n’ajamais été un modede pensée
opérationnel.Car, ce qui le préoccupe, c’est l’êtrede laraison.JeanWALL
dit« qu’exister signifie par lui-même qu’une chose a consistance à partir de,
c’est-à-dire à partir d’autre chose. Il s’agira de savoir à partir de quoi ce
qui existe aura son existence : à partir du néant, comme le penseHeidegger,
àpartir des causes comme le pensaient les scolastiques.Existere signifiait
pour eux : exalio sistere ».

Ce pointde vue est trop insuffisant pourSartre,qui référencie l’existence
de l’êtreauchoixd’exister.Parailleurs, celui quiaurait pu être un grand
soufi, Heidegger,s’est fourvoyé encroyant que l’existant estcelui qui se
tient ou qui surgitàpartirde …Cela a aboutiàuncompendiumde
néologismes héctoriens tels que "Dasein","Menshein",qui rappellent
d’autres "constructs"comme "dudedans","en soi",jadis tant prisés parde
grands penseurscommeAverroès, Avicennes parmi tantd’autres,qui sont
allésbeaucoup plus loin.

Papa AssaneDIOUFestà coup sûr un esseulé, c’est-à-dire unchercheur
pugnace,qui nousaideà comprendre que lastructure primitivede l’Univers
ne peut êtrecomprise quedans la connaissance vraie,projective,
captationnelle,élective et illuminativede lasapientamystique.Pour l’auteur,
même si l’isotropie et l’homogénéité sont mises en exergue par laphysique
théorique,il faudrait toutde mêmedépasser les indicesdecausalités
premières.
L’essentiel estde "s’extraire"du module illusoiredes instances pour
renaîtredans laviede l’esprit,qui n’est nid’Orient nid’Occident.
L’Univers,selon lui,n’est pas un édificed’étagescubiques semblablesà
l’acropole.Nous savons par expérience,que l’auteurcomprendla causalité
fonctionnelledes "états crépusculaires"etdes"dominiums spirituels",pour
avoir vuavecl’œilde la certitude,lalumière unidimensionnellede"l’être
indivis", dans sonamplitude seigneuriale,typifiée par leSaintProphète
(PSL).
Les fondamentauxduQuiétisme tidjâni offrent, donc,un moyen salutaire
pourdécoder les signesannonciateursdu messagedivin.Qu’est-ce que le
zikr ?Quels sont ses fondamentaux ?Qu’est-ce que la Maîtrise spirituelle ?

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0

Quels sont les signes fécondateurs de la sagesse coranique? Est-il bon de
nier la science? Faut-il la dépasser? Pourquoi?Comment ?Qu’est-ce que
la sainteté mouhammadienne? Quelles sont les conditionnalités requises
pour obtenir l’Illumination ?
Atous ces questionnements, le chercheur PapaAssaneDIOUF, dansces
conditions,répond avecsagesse et prudence,par une logiquecohérente.
Endéfinitive, àl’heure où l’Islam estdésacralisé pardes us etcoutumes
dignesdu paganisme néronien,un homme s’appuie sur les enseignements
authentiquesdu fondateurde la Tidjaniyaetadresse un rappelau pèlerin
spirituel:qu’il faut accepter, c’est que les communautés dominées ou« ce
assujetties ne le sont, du point de vue des épiphanies, qu’en fonction de leur
propre léthargie ; la signification ésotérique de la domination politique, ou
culturelle, est celle d’une situation propice à la repentance accordée par le
Créateur (SHT)àdesCroyants sujets à l’errance (ou à lamécréance), ouà
des peuples infidèles dans le dessein de leur inculquer lesbases de la
théodicée.
Al’opposé, ladominationactive politique, économique ou culturelle est,
sous l’angle des épiphanies, une épreuve grandissime imposée parDieu
(SHT)au conquérant, dans le dessein de le conduireàsaperte, ouau
contraire dans celui de lui ouvrir de réelles perspectives de salut,àtravers
laprise de conscience sereine de l’imparité de laseuleSouveraineté
transcendante, celle duCréateur (SHT)".
Fidèleàl’orthodoxie sunnite et malékite,l’auteur ne manque pas
d’affirmeràsamanière etavec conviction l’impérieuse nécessité pour tout
enseignement ésotériquede s’établirdans lescanauxconsacrés par les
oulémas et leconsensus.
Ainsi il estime que,les imams,les oulémas et leschouyoûkhsconsacrés
par leurscommunautés,selon les règles établies par les traditions
authentiques,sont les guidesdescroyants.Ils sont lesdépositairesdu flux
sanctificateurde la Présence prophétique.L’auteur ne prétendenaucune
manièredisposerde telles prérogatives.Son ouvrage est une revuede
questions,un peucomme s’ilavoulu partageravec ceux que lesarcanesde
la Tidjaniyaintéressent,les fruits provisoiresd’une quêted’information
assidueauprèsdesMaîtresd’un ordre religieuxauquel ses parents et
grandsparents, comme lui-même,sontaffiliés.
Poser unactede foi, ce n’est pas fairedu prosélytismeconfrérique ;c’est
encore moins mettre encause lavaliditédes statuts religieuxconsacrés.La
Volontédivine n’étant pas soumiseaux règles et loisdes logiques
conventionnelles humaines, chaque écoleconfrérique estcomme telle,une
singularité ; la cohérence internede ses postulats ne met guère encausecelle
desautres.Parailleurs,l’auteur proclame ici et maintenant que sonapproche

1

1

de la Tidjaniya est de nature strictement spirituelle, à l’exclusion de toute
autre considération. Sous ce rapport, les canons, tableaux et autres
configurations numériques ou synthétiques utilisés dans le texte sont d’une
haute portée pédagogique.
Louangeà DieuSeigneurdesMondes.Paix etSalut sur leProphète
Mouhammad,sur safamille et sescompagnons.Et sur eux leSalut.

CheikhAhmadouTALL
ServiteurdeDieu etChantreduSaintProphète

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2

Bismillâhi Rahmâni Rahîm
Al hamdou lilLâhil lezî hadânâli hâzâ
wamâkounâli nahtadayalaw lâ ane hadânâ Lâh
WasalalLâhoualâ Sayidinâ Muhammad‘abdikawanabiyika
warasûlika an nabiyil umiyi wa alâ âlihî wasahbihî wasallamataslîman

AVANT-PROPOS

Undiscoursà caractère religieux peut-il êtred’actualité encedébutdu
ème
XXIsiècle ?Laréponseà cette question est nécessairement plurielle, car
la conditionde l’homme restece qu’elleatoujours été,malgré les progrèsde
lascience et les prouessesde latechnologie.Qui est plus, ce progrès etces
prouesses rendent encore plus poignant le statutdel’être-homme, àla
mesurede l’élargissementde l’horizonde nosconnaissances etde nos
perceptions.
L’instructionduditstatutne peut enconséquence êtreabandonnéeaux
bons soinsde laseule philosophie, dont lamarque insigne estde toujours
référerde manière implicite ou expliciteaux substrats idéologiques forgés
dans le prismedéformantdesantagonismes sociopolitiques et économiques,
oud’êtreconstruite sur un mode spéculatif, commedérivéeau énième rang
des théories générées par les mêmesantagonismes.
Les théories philosophiques n’ont qu’un intérêtanecdotique pour la
problématique et le statutde l’être-homme qui est laquestioncentralede la
religion.Ces théoriesauront faitcortèges, au plan historique, à
l’épistémologie,entenduecomme leconcertdescheminements intellectuels
etdes procéduresd’acquisitiondeconnaissances.Pour lareligion,
l’épistémologie estdigned’intérêt parce que l’une et l’autre se
projettentaudelà descontingences et tendent, constamment, à dévoiler ouàs’incruster
dans l’universel.
ème
EncedébutduXXIsiècle,l’idée-forcede l’épistémologie est la
disqualificationdu raisonnement hypothético-déductifcomme unique
panacéedu savoir.Cette prisede position fait suiteàtoute une sériede
découvertes,successivement rendues pardesconcepts tels questructures,
univers chaotiques,objets fractals,etc.
Du pointde vuediscursif, cesdécouvertes sont étroitement liéesàlamise
en œuvrede procédures intellectuelles spécifiques tels que:la
déconstruction/reconstruction,les géométries non commutatives,et les
algèbres déformées.Nousdéfinirons et ferons l’économiedecesconcepts et
procéduresdans lecorpsdu présent ouvrage.Ordonc,lanotionde

1

3

singularitéqui regroupeces procédures et notions nouvellesaété formulée
et utilisée par le fondateurde la Tidjâniya dans ses écritscommedans le
corpus secretde son enseignement.
Il ne peut yavoir une meilleure illustrationde l’actualitédudiscours
religieux !
Laleçon (d’ordre idéologiquecette fois) qu’il faut en tirer,est qu’il se
produit, de par le monde,sous nos yeux,une révolutionculturelle
d’envergure qui remet encause les schémas usuelsde l’acquisitiondu
savoir, autant qu’elleainstitué larelativisationdece savoir lui-même.
Désormais, ce qui est intellectuellementcorrect, ce n’est pas seulementce
qui estde l’ordrede lalinéarité, c’estaussice qui estchaotique ou fractal, de
même que le virtuel (ce qui est immatériel) estdevenu l’assiette
incontournabledes progrèsdu futur.Pour traiterdes fondementsde la
doctrineTidjaniya,nousavonschoisi l’épistémologie modernecomme
instrumentd’analyse.
Celane tendnullementàlégitimer l’enseignementde lareligion par les
découvertesde lascience,maisàintroduiredes modèles explicatifs
pertinents et récents, dans l’exposédes invariants etdes fondamentauxdu
tassawûf en général etde la doctrinede la Tidjâniyaen particulier.
Auboutdu parcours,lamodernité pour ne pasdire l’actualitédudiscours
religieuxdans son ensemble peut êtreconstatée,et l’adepte ou le fidèle est
réconfortédans sasérénité,faceau manquedediscernementdes
contempteursde lareligiondeNotreSeigneurMouhammad(PSL).
Ence quiconcerne la doctrinede la confrérieTidjaniya comme telle,
nousavonscirconscrit sonchamp sémantique, dans lechapitre introductifdu
présent ouvrage.Lequiétisme(en arabe : as sakîna) est leconcept qui s’est
imposéànotrecompréhension pour une qualificationaussi exacte que
possiblede laposition spirituelledecetteconfrérie.L’examendirect et
approfondides principales thèsesdu fondateur n’est pas étrangerà cette
qualification.

Ces thèsessunniteetmalékite(doncorthodoxes) fontdroitàtous les
articlesdudogme,sansconcessionaucune, autant qu’elles prônent l’effort
continud’adaptationdudroitcanonique (charria)auxconditionsde
l’époque,et le souciconstantde larecherche individuellede laperfection
dans l’adorationduCréateur (SHT).

Le reste,tout le reste,s’imposealorscomme l’expressionde lavolontéde
Celui (Dieu –SHT)dont l’harmonie universelle manifeste la
Toutepuissance.Le quiétisme est une doctrine de l’instant(en arabe: al hîne).
Cettedoctrinedu fondateur s’appuie sur une visioncirculairedu temps.
Celui-ci n’est pas réparti entre le passé,; l’instle présent et le futurant est

1

4

aussi la prééternité et la perpétuité.Laresponsabilitéducroyant estainsi
constamment engail répongée ;d àtout instantde sesactes, de lamême
manière que lasollicitudedeDieu (SHT) lui estacquise souscesconditions.
Laquestion qui vientàl’esprit lorsqu’on prend connaissancedecette
doctrine,estcellede ses fondamentaux.Le présent ouvrage s’attacheà
indiquerdes repères susceptiblesd’aider les pèlerins spirituels ou le
chercheur profaneàse faire une idéedeces fondamentaux que la Tidjaniya
partage en partieavectoutes lesconfréries.
Ce trésorcommun est notamment l’objetde la deuxième partiedu présent
ouvrage:la lettre et l’esprit du cultesont le patrimoinede tous les
musulmans.Lesmarqueurs confrériquesviennent,ensuite,selon les
sensibilités (maisaussi lesdons et méritesdesdifférents guides).Ces
1
marqueurs ont,essentiellement, descaractéristiques ésotériqueset
2
mystiques .Pourainsidire,les fondamentauxconstituent lapartie invisible
de l’iceberg qu’est unedoctrine religieuse, à côtédudogme qui en est la
partie émergée mais qualitativement moins importante.
Ledécryptagedes marqueursconfrériques est rendudifficile par leur
nature ésotérique et mystique.Par lavolontédeDieu (SHT) nousavons
bénéficiéde lasollicitudede quelques maîtres soufis qui ontbien voulu nous
instruirede l’essentieldanscedomaine.Il s’agit en particulierdeAsSaïd El
HadjMalickDia(RTH), disciple et héritier spiritueldeCheikhAhmad
DiagneDâhira(RTH),qui tenait ses pouvoirs mystiquesd’ElHadjiMbacké
Tandiang etdeMawlâya Ousmane (RTH)deTim-Boukoutou.Noschaînes
d’affiliationàla Tidjâniyaoudeconsécrationdanscette voie,passent
invariablement par leVénéréSaïd HadjMalickSy (QLS) etaboutissentà
3
son père spirituel putatifCheikhOumaralFoutiyouTall (QLS) .

1
Esotérique: dont la compréhension est réservéeàune minorité ;caché ; non manifeste ; le
contrairede ésotérique est exotérique.
2
Mystique: dérivéde mystère ; mystère = réalité pouvant être expliquée par la croyance ou la
foi.
3
Ces maîtresde noschainesde transmission sont tous ouest-africains.

1

5

PARTIE I : METHODOLOGIE GENERALE

1.1 Introduction
Bien des ouvrages ont été consacrés à l’ésotérisme et aux confréries
musulmanes. Il est par conséquent illusoire d’envisager dans ces domaines
une démarche novatrice à proprement parler. Pourtant, les travaux dont
l’objet est l’archéologie approfondie de la doctrine d’une confrérie à partir
des fondamentaux de la Tassawûf (ou soufisme) ne font pas légion.
Le présent ouvrage s’inscrit précisémentdanscette perspective là.Sa
rédactionaété motivée par le fait que leschercheurs enanthropologie
religieuse ou sociale sontconfrontésaux silences ouaux lacunesdes textes
de référencedans ledomaine encause,lorsqu’ils souhaitent effectuerdes
comparaisons,toujours utiles,pour réussir lescadragesculturelsactualisés
que requiert leur profession.

Alavérité,s’agissantde l’Afriquede l’Ouest,les rares tentativesde
4
cadragedoctrinalque nousconnaissons,n’abordent l’apportculturelde
l’Islam en général quede manière très superficielle,et l’Islam n’y est jamais
présentécomme un élément fondamentalde l’héritagecultureldesAfricains
5
de l’Ouest ;c’est juste s’il n’apparaît pascomme un patchworkbigarré
d’oripeaux idéels sansconsistance et,surtout,sans lien objectivableavecles
patterns originaires.

Le modedominantdu traitementde l’information relativeauxconfréries
est notoirementdérisoire.Il l’estd’autant plus quecelles-ci sontcensées
aen mvoir prospéréanièrede réactionàlaphase violentede la colonisation
ème
de l’AfriqueNoireauXIXsièclede l’èrechrétienne.

Il s’yajoutedeux traits qui renforcentcette fâcheuse impression: d’une
part laproduction littérairedesMaîtresdeconfréries,quoiqueabondante,ne
témoigne pas, dans son ensemble, d’une vision oud’un projet personnalisé
de gestionaffranchiedu monothéisme par lesAfricains ;d’autre part,hormis
des pétitionsde principe sur l’anciennetéde laprésencede l’Islam en
Afrique (on penseaucélèbre pèlerinageàla MecquedeMoussa Kangouau
MoyenAge etau rôle historiquede la Cité-EtatdeTim-Boukoutou, comme
foyerdediffusionde la culture islamique, avant etaprès lesAskyasau
MoyenAge),le monothéisme n’est jamaisconvoqué pour expliquer
l’actualité et les faits historiques récents ouappartenantau passé plus ou

4
Voir notammentMonteil (Vincent): L’IslamNoir ;Paris ;Seuil ; 1980 ; 465 pages ; etS.H.
Nasr: Essai sur le soufisme ;Paris ;A.Michel ; 1980 ; 145 pages.
5
L’oeuvredoctrinaledes guides historiques (ElHadjOmarTall etElHadjMalickSy)de la
Tidjâniya constitueà cet égardune exception notoire.

1

7

moins proche; il l’est encore moins lorsque les experts "glosent" sur une
prétendue personnalité de l’Africain.

Dans ces cas, on déterre, autant par commodité que par condescendance,
les bons vieux lieux-communs desAfricanistes, c’est-à-dire "des rapports
fusionnels" avec la nature et des fratries ethno-centrées, avec comme
corollaires, toutes les formes possibles et imaginables de prétendues
solidarités communautaristes, le tout bâti sur des soubassements
pseudoreligieux et pseudo-spirituels: le polythéisme, les rites initiatiques, les
masques et les "pensées syncrétiques".

Tous ces clichés étriqués, contribuent au brouillage de la dynamique
réelle de l’Islam et des confréries enAfrique de l’Ouest, au point où la
Oummaelle-même ignore, dans son écrasante majorité,que les replisde
l’âme ouestafricaine sont richesdu limonapporté enAbyssinie par
l’AmbassadedépêchéeauprèsduNégusKhaïssar parN.S Mouhammad
(PSL),sous la conduiteduCompagnonJahfarB.A.Taleb(RTH).

Ence quiconcerne l’histoiredes hommes,etceci est surtout valable pour
la chronologie longue,les faits s’emboîtent les unsdans lesautres en un
faisceaude précédences rigoureuses, dans lequelchaque évènement estàsa
place.Ici,le hasardn’a aucune placecomme le montre l’évocationde la
réalitéde la TableGardéedans laseconde partiedu présent ouvrage.

L’AmbassadedeNotreSeigneurJahfarBounAbouTaleb(RTH)asemé
les germesdu monothéisme sansconcession enAfrique,etc’est un
descendantduProphète (PSL) par son petit-filsNotreSeigneurAlHassan
(RTH) quiainspiré la Tidjâniya,le mouvement islamiquede revivification
spirituelle le plus orthodoxe, douze siècles plus tard,etde nouveau en
Afrique.Nousappréhendonscesdeux moments historiques, commedes
6
temps fortsde l’Emmanuel,uncontinuum sacré,sur fond de "transfertsde
compétences" successives.

La Tidjâniyatrouve salégitimitédans larationalitéde l’Emmanuel.C’est
qu’en effet,leProphètede l’Islam (PSL) est l’IntellectPremierdont la
7
concrétion par excellence estLeLégataireUniversel,leSceaudesSaints,le
8
CanonDiscretdes existences significatives etcontingentes.Si l’Envoyé,
9
NotreSeigneurMouhammad(PSL) est laréificationde l’IntellectPremier
10
en tant queLettrede la Prophétie,sondescendantNotreSeigneurCheikhna

6
Emmanuel musulman: deAMÂNUELen hébreu,qui signifieDépôtdeconfiancvoire ;
plus loin lasection 2.7consacréeà ce sujet.
7
Au sens ésotériquec’est un produit virtuel et réelde l’effusion existentielle sainte (laréalité
prophétique).
8
Canondiscret:étalonde mesuresà caractère ésotérique (repère ou référence)
9
Réification:incarnation
10
Lettrede la Prophétie: Modèle parfaitdu prophète législateur

1

8

11
Ahmad Tidjânî (RTH), l’Africain, a incarné physiquement la réalité du
12
LégataireUles trniversel sousaitsduSceaudesSaints, Régentdans
l’éternité et pour laperpétuitéde latradition mouhammédienne.
L’expansionde la Tarîqa Tidjâniya aété fulgurante,tant son orthodoxie
13
par rapportau rituelcommun (rite etdroitcanon maest rigoureuselékite ),
et sesbases ésotériques justes,saines et libératrices, au regard des
fondamentauxde lamétaphysique musulmane,toutes obédiences
confondues.
L’Asiecentrale,la Turquie,l’Afriquede l’Ouest,leSahel et leSahara,
une partieduMaghreb, duPakistan, de la Chine, de l’Indonésie, de
l’Amérique etdesBalkans ontaccueilli la Tarîqa Tidjâniya aveclamême
ardeur, délivrant ses liturgiescaractéristiques,et psalmodiant ses litanies très
typéesaveclamême régularité,fondée sur une égaleconviction quantàleur
14
forced’épiphanisation.

Dansce mouvementample,empreintd’une quiétude sereine,l’Afriquede
l’Oprésenteuest secomme une figurede proue,en raisonde l’ancrage
millénairedu monothéismedans son paysage, dans ses mythes, dans ses
rêves, dans ses habitudesalimentaires et vestimentaires et,pour toutdire
dans sesangoissescommedans ses espérances.

Toutefois,lecontextecultureldans lequel la Loi monothéiste et plus
singulièrement la Tidjâniyaontconstitué, depuisdes temps immémoriaux,
un limon fédérateur et un régulateur quiaestompé lesaspéritésdes
particularismes infrahumains (ethnocentrisme,tribalisme etautres
différentiateurscentrifuges),l’écriture,médium pour les échanges ou
supportdesacquisculturels,est réputéed’intérêt secondaire,voire
négligeable,même lorsqu’elle estconnue.Etdanscecas son usagea
longtemps été réservéà des élites.

Voilàpourquoi la doctrine tidjâni,quoique théorisée par ses principaux
propagateurs,est méconnuede lamassedesadeptesde la confrérie,en
Afriquede l’Ouest.Laproduction littéraire surce sujet resteconfinée entre
15
les mainsdesdescendantsdesMaîtresdesZawâyâ.s historiques

11
CheikhAboulAbbassAhmad bounMouhammad bounMoukhtarbounSâlimTidjani
(RTH) est leFondateurde la Tidjâniya; né en 1732/1150 (h)à AïnMahdi (Algérie),il est
décédé en 1815/1230 (h)à Fez (Maroc).
12
LégataireUniversel: Celui qui est investide lalieutenance (intérim) prophétiquede
l’éternitéàlaperpétuité.
13
Inspiré par latraditionde l’ImamMalikIbnAnas qui est l’undes fondateursdes quatre
voies orthodoxes (sunnites).
14
Epiphanie:impactd’odre idéel ou imaginalde lalumièredivine sur la conscience
individuelle (oucollective).
15
Zawiya(pl. zawâyâs):foyerdediffusionde l’Islaplus spém ;cifiquement oratoire (ou
mosquée)consacré par un ordre religieux

1

9

Les seuls ouvragesde vulgarisationdisponibles sontdesbréviairesà
l’usagedesadeptes.Mais quoiqu’on endise,lascolarisationde massedes
populationsdans les languesdites "officielles"des états qui ontaccédéàla
souveraineté internationale,le longdes quatredécennies écoulées,ouvredes
opportunités réelles pour lamassification souhaitabledecertainsaspectsdu
Savoir religieux (théosophie).

D’aucuns estiment que les languesdites "officielles"comme le français et
l’anglais ne sont pasaptesàvéhiculeravecfidélitédesconcepts religieux.A
lavérité,les tenantsdecette thèseavouent indirectement que leur
connaissancedeces langues n’est que superficielle.Pour illustrerce propos
je rappellerai que lapropagationde l’Islam,jusquedans sesdimensions
ésotériques et métaphysiques,s’est faite pendantdes sièclesdans les langues
originellesdesAfricainsavec, aubesoin,lamiseau point ex nihilode
systèmesdecryptageappropriés.

Je tiens pour indiscutable que les maîtresdeZawâyâs oud’écoles
coraniquesclassiques,ou leursancêtres,qui ont étéainsi formés,sont parmi
les meilleurs exégètesduCoran et quelques unsdescritiques les plusavisés
en sciences religieuses.La décence voudrait que l’on gratifie lesauteurs
africains,francophones ouanglophonesdecapacités intellectuellesau moins
comparablesà cellesdesarabophones,surtout lorsque l’on sait que les
langues européennesdeculture véhiculent lesconcepts et les idéauxde tous
les monothéismes, depuisdes temps immémoriaux.

On peut toutefoisconcéder que le vocabulaire religieux français ou
anglaisappartientaux registresdes langages techniques ;ce sontdescodes
professionnels réservés, auxquelsceux qui prétendentapprendre l’Islam en
français ou enanglaisdoivent se familiariser.Sous lebénéficedeces
précautions,l’approchedoctrinalede l’Islamcommede sesdéveloppements
confrériques en français ou enanglais est parfaitement possible.

Au risquede nous répéter nousassénons que notre propos n’est en rien
une innovation.Biendes ouvrages en français et enanglais sontconsacrésà
des thématiques religieuses voisines et, ànotreconnaissanceaucun
anathème n’afrappé leursauteurs qui, contrairementànous,ne sont pas nés
musulmans,et ontde l’Islam,le plus souvent,uneconnaissance livresque,
même sicelle-ci estapprofondie.

Qui plus est,l’ésotérisme estaffairede foi etd’initiation.Le savoir
livresque seul,quelle que soit son étendue ne suffit pasàs’en pénétrer.Si tel
devait être lecas,leProphètede l’Islam (PSL) ne serait pas la Lumièredes

2

0

16
Temps, et leCheikhAbdoulAzizDabbâghAlMaghribî (RTH) resterait un
"illustre inconnu".
Par laforcedeschoses,etàtout le moins ence quiconcerne l’Afriquede
l’Ouest,l’Asiecentrale et leMaghreb,lesconfréries figurent parmi les
principauxcanauxde socialisation.Il estdoncinadmissible que les langues
écritesd’origine européenne partagées par le plus grandnombredecitoyens
soientdisqualifiées,et victimesd’un misonéismearchaïque, dès lors qu’il
s’agitde les utiliser pour propager les fondamentauxdesconvictions les plus
fortesdes hommes etdes femmesdecesaires socioculturelles.
Toutes les subtilités philologiques,grammaticales,sémantiques ou
logiquesde lalanguearabe peuvent être renduesdans les langues latines,
anglo-saxonnes ou locales,pourautant que l’on sedonne lapeinede
dialogueravecles vraisMaîtresdeZawâyâs.LesOfficiersdesAffaires
Musulmanes,pendant lapériodecoloniale ou les expertsde l’EcolePratique
desHautesEtudesaujourd’hui enFrance,sontdes sommitésdans la
connaissancedesdoctrines monothéistes,et pourtant ils ne sont pas
originairesde nos latitudes.

Nousdevons faireconfiance en nos propres ressources intellectuelles,en
noscapacitésànousappuyer sur notre propre génie,pour réaliser lafusion
avecles valeurs sûresdu monothéisme,pourvu quecesdéveloppements se
cantonnentdans les limitescanoniques établies pour les exégèses
unanimementacceptées par lesEcoles religieuses orthodoxesde toutes
obédiences.

Au-delà decetargumentaired’ordre linguistique,laprésente partie
introductive estaussi et surtoutaxée sur trois points focaux.Le premier
s’attacheà clarifier leconceptde "docle setrine" ;condmet l’accent sur
l’intérêt qu’il peut yavoiràs’appuyer sur les sciences formelles (plus
communémentappelées sciences pures),lorsque l’on essaied’exposerau
grandpublicles réalitésd; le troisième poursuites phénomènes ésotériques
le même objectif mais en partantdes sciences humaines.

Le soucide mettre l’accent sur uneapproche interdisciplinaire pour
circonscrire etdécrire la dynamiqued’un faitdecivilisation,est l’empreinte
de l’épistémologiedont laméthode est l’identificationdes filiations entre
différentsdomainesde l’activité etde larecherche scientifiques,pourasseoir
17
une perspective unifiéede la RaisonPure .

16
AbdoulAzizDabaghAlMaghribî:soufi marocaindécédé en 1720, dont lesdires forment
uncompendium publié sous le titredeKitâb-al-Ibrîzcité plus loin.
17
RaisonPure:signifiedanscet ouvrage,lasommedes modalités et procéduresde
l’intellection ; le rêve,l’intuition,l’imagination,le sentimentet le raisonnementdiscursif ou
inductif en font partie.

2

1

ème
Il est inconcevable, en ce début du XXIsiècle qu’un objet
épistémologique aussi complexe que la religion dont le sujet transcende les
existences individuelles et les siècles, puisse être traité autrement que sous
un angle interdisciplinaire.

1.2 Un Essai d’ordre doctrinal: champ sémantique du concept et
structure de l’ouvrage
Il n’est pas superfétatoire d’apporter des éclairages sur nos propres
choix lexicologiques car, de notre point de vue, des concepts tels que:
religion, dogme, doctrine, ésotérisme et mystique, se recoupent et se
fécondent tout en gardant, chacun en ce qui le concerne, son propre champ
sémantique.
Des données factuelles (historiques) ou supposées telles, et plus souvent
des mythes et des légendes, contribuent à camper les arcanes d’une religion,
laquelle assoit sa pérennité sur des principes et des règles constititutifs d’un
dogme. Par définition, le dogme reflète un consensus a minima; il est
intangible, pour une religion donnée.Généralement, il inspire un droit canon
qui traite des procédures du rituel aussi bien que des affaires séculières.
L’Islam est une religion monothéiste, construiteautourd’uncrédo,ou
Tawhîd,lui-mêmearticulé en 5 principauxarticles,qui sont les principes
intangiblesdudogme.Il s’agitde:
•Lashahada :il n’ya dedieu queDieu (SHT) et
Mouhammadest sonProphète (PSL) ;
•Lescinq prières quotidiennes: aux heures etdans les
modalités prescrites ;
•Le jeûnedu moisde ramadan ;
•L’aumône légale ;
•Le pèlerinageàla Mecque (si possible).
L’Islamàproprement parlerdésignecescinq piliers.A cedogme
s’articulentdesarcanes ouconditionsde validitéde lasoumission (ou
souscription)à ces principes.L’ensembledecesconditionsconstitue le
champde la doctrinede l’Islam ;cettedoctrine estappeléeImâne ou éthique
du musulman.

Cette éthique,pour les musulmansde rite malékite, culmine (mais ne se
résume pas)dans lavolontédeconformer leursattitudes etcomportements
aux enseignementsduProphète (PSL) tels qu’ils sont transmis par les
Savants (oulémas),lesGuides (Imams),et la Tradition prophétique
(hadiths).

2

2

Ce substrat doctrinal initial, a donné naissance dans des circonstances
18
historiques connues à des rites et des rituels divers, centrés sur la recherche
de la perfection dans l’adoration deDieu (SHT); cette recherche de la
perfection constitue un chapitre important de l’Islam appelé Ihsân.Ainsi sont
nées les cinq grandesEcoles de l’Islam dont quatreEcoles orthodoxes, et
19
l’Ecole shiite qui comprend plusieurs démembrements.

Ce souci de perfection est dans un troisième temps, la source des
enseignements spécifiques développés par des "Guides religieux" ou
"Chuyûkhs", singulièrement à partir du moment où la civilisation islamique
a perdu son lustre, sous la férule de souverains (khalifes) attirés par le
20
néoplatonisme etles sirènes de la laïcisation de l’Etat.C’est alors que des
hommes deDieu (SHT) se sont appuyés sur le corpus ésotérique de la
religion (Wâsi’ât) qui a toujours été transmis dans le plus grand secret, de
maîtres à disciples, depuis les premiers siècles de l’hégire, pour initier les
musulmans, sur un mode sélectif, aux arcanes de ce corpus secret.

Cette initiation aux voies de la perfection est devenue, avec les siècles, de
moins en moins "confidentielle", pour être, aujourd’hui, la filière
polymorphe de socialisation que constituent les confréries.Celles-ci reposent
par conséquent sur le pilier qu’est l’Imâne, et leur vocation est naturellement
d’inspiration exclusivement doctrinale.

Dans le présent ouvrage consacré à la confrérie Tidjaniya, le rituel propre
à cette confrérie n’a pas été décrit.Cela n’aurait été d’aucun intérêt car
l’objet du livre est la spiritualité tidjani à proprement parler, en tant que
système de valeurs liées à une perception définie de l’univers et de
l’êtrehomme dans cet univers.
Pour les mêmes raisons, les biographies duFondateur, de ses épigones et
de ses continuateurs ont à peine été campées. Par contre un accent particulier
a été mis sur le ressort intime de ce qu’on peut appeler "la pensée tidjaniya" ;
c’est-à-dire :les fondamentaux du soufisme, les avatars ésotériques de ces
fondamentaux adoptés par la Tidjaniya, et les procédures intellectuelles très
typées qui caractérisent les méthodes d’analyse duFondateur.
Ce sont là en effet les principaux référents qui distinguent la Tidjaniya
des autres confréries.

18
Ces circonstances comme les contenus et différences des rites et rituels ne sont pas l’objet
du présent ouvrage.
19
Ecoles musulmanes officielles :
-Ecole de l’ImamMalik ibnAnas (école malékite)
-Ecolede l’ImamAbûHanîfa(école hanafite)
-Ecolede l’ImamChâfî (écolechafiite)
-Ecolede l’ImamAhmadibnHanbal (école hanbalite)
-Les écoles shiites (plusieurs variantes).
20
Voir partieIII du présent ouvrage.

2

3

Si le ritueld’une religion est,en tant queconsensus, bâti surdesdonnées
factuelles,mythologiques,ou légendaires,il n’en vapasde mêmedes rites
car,en tant que systèmede valeurs, chaque religion véhicule une manière
d’êtreau monde ;elle estdonc assujettieàl’épreuvedu temps qui est
l’échelle véritablede touteRévélation.

LeFondateurde la Tidjaniyaexpliquedans son ouvrage majeur,sur
lequel nous reviendronsdans lecorpsdu présent ouvrage,que la Révélation
est uncontinuumd’énoncés référésàun mêmedogme,et modulant les
rapportsde l’HommeavecleMonde.Maiscelui-ci étantde nature
chaotique,sondévoilement est un processus évolutifàl’imagede la
compréhension que l’être humain peut enavoir.
Lesdoctrines religieuses sont, ainsi que nous l’avonsdéjàénoncé, des
voiesde perfectionnementde lapratique individuelle etcollective,établies
sur les modulations singulièresde la Révélation quiestcontinue ; elles ne
sont pas en porte-à-fauxavecledogme et lesarcanes,mais elles sont,pour
laspiritualitéd’une époque et pour uncollectif plus ou moins étendu
d’adeptes,une lectureactualisée (Tassaruf)du rituel référé.
Encela,toutedoctrine véhiculedes valeurs intellectuelles et morales,
ainsi qu’une éthique personnalisées.La doctrineTidjaniyaou voie spirituelle
duCherifCheikhAboulAbassAhmed BounMouhamed BounSalimBoun
MoukhtarTidjani (RTH) n’échappe pasà cette règle.
NotreCheikh est sunnite et malékite ;c’estdoncun traditionnaliste pour
qui, cependant,latradition prophétique ne se résume pasàl’enseignement
desImâmsclassiquesde son obédience.Ilconsidère en particulier que la
Charriapeut etdoit évoluer et,il ena administré lapreuveàtraversbiendes
21
"fatwas" quiont révolté les exotéristesde son époque.
Pour leFondateurde l’OrdreTidjanî,"ceux qui croient que tout ce qui est
écrit dans les livres (gloses, exégèses, commentaires) est vrai sont des
bourriques".Car ici et maintenant,leWâlidont l’existence est le refletde la
vie quotidienneduProphète (PSL) et qui,parailleurs, contemple le secret
bien gardé (AsSirulMasûn) et laréalité occultée (AlGhaïbulMaknûn) est
indemnede toute méprise ou jugement erratique.

SescommentairesduLivre-Sacré reposent presque exclusivement sur le
22
procédéde "l’allusion-subtiledominicale", contrairementàlapratiquedu
23
Tahwîl largement répanduechez les exégètes.Mais "l’allusion subtile
dominicale" est une voied’excellence réservéeàune élite, car les signifiés

21
Fatwa : arrêt rendu par un jurisconsulte
22
Allusion subtiledominicale: dévoilementdu senscachéd’un paradigme parconnaissance
infuse ou pardes procéduresde logique formelle.
23
Tahwîl:procédé par lequel plusieurs versets sont mis en perspective réciproquement pour
éclairer le sensd’un énoncé ; on l’appelleaussi procédéde lareconduction.

2

4

duLivre-Sacré échappentaucommundesCroyants en vertude la
superpositiondes paradigmes (passés, actuels et futurs) qui lescaractérisent.
Les gensde "l’allusion subtiledominicale" ont reçuduSeigneurdes
Mondes (SHT)des grâces particulières en vertudesquelles ils ontaccédéau
rangde "Guide"desCommunautés musulmanes.Par les effetsdes mêmes
grâces, chacund’entre eux est en mesured’établir uncorpus initiatique fait
de prières surérogatoires etde litanies inédites,qui orientent l’énergie initiale
desdisciples sur lecheminde lavéritable ouverture,qui mène
immanquablementàl’apaisement puisàlasagesse, c’est-à-direàla
considération positive inconditionnelledu monde en tant que refletde
l’Unicitéde l’ExistencedeDieu (SHT).
Lecheminement vers l’apaisement est par essencechaotique,parce qu’il
en estainsidudéterminisme en général.Mais unGuidedans lavoiede la
sagessea certainement su moissonner "l’Amour qui fait mouvoir le soleil et
les étoiles"au longde soncursus,etdisposerainsid’un viatique
indispensableàuneaction performante.
La Clémence et la Miséricorde procèdentde la Mansuétudedivine mais
ne seconfondent pas.La Clémence est laface exotériquede l’Amour
UniverseldeDieu (SHT) pour sescréatures, cetAmour étant le sceaudeSa
Volonté (Mashî’a) sous laquelle la Création et l’Existence sedéroulent.La
Miséricorde est lagrâce singulière sous l’empirede laquelle lapurification
des existences s’opère ou non,préalablementàleurdissolution finaledans
l’essencedivine.
La Miséricorde est sélectivealors que la Clémence ne l’est pas.Les
différences entre les rangs et statutsdes serviteursdeDieu (SHT) sont
imputéesàl’intensitéde lamiséricorde qui leur estaccordée par
prédétermination ou selon leur mérite,lequeldépend dans ledeuxièmecas,
de l’Amourde reconnaissance qu’ils vouent,en retour, auSeigneurdes
Mondes (SHT),par le relaisde leurImâne.
Cetamour qui est reconnaissancede la Toute-PuissanceduCréateur
(SHT) etcorrélativementde saprésence proactivedans lesdestins singuliers,
est le levierde l’incommensurableMansuétudedivine.Sousce rapport la
conquêtede la Sagesse (Sakîna) est le tréfonds spiritueld’un idéal quiétiste
quel qu’il soit, ce par quoi la doctrineTidjani s’estdistinguéedes
mouvementsde revivification religieuse (Salafisme) originels.
L’ésotérisme, c’est l’ensembledesdéterminants et réalités voilésd’un
dogme oud’unedoctrine.Ces entités et forces sontcommunémentappelées
des mystères.Nousavons évoqué lecaractère sélectifde l’aptitudeàrecourir
à"l’allusion subtiledominicale".Cetteassertion introduit laquestiondes
statutsdes hommesdeDieu (SHT).Sur la basede leurs niveauxd’aptitudeà

2

5

la réception de la Révélation, le Fondateur de laConfrérie Tidjaniya a établi
une hiérarchie ésotérique qui, en fin de compte, différencie tous les hommes.
Il explique dans ses écrits spéciaux:"le Livre deDieu (SHT) contient
quatre choses : l’expression (khibârât), l’allusion (ishârat), les touches de la
grâce (latâ’if), puis les réalités essentielles (haqâ’iq) ; l’expression est pour
le commun, l’allusion pour l’élite, les touches de lagrâce pour les wâlî
(auxiliaires ouamis deDieu), et les réalités essentielles pour les prophètes ;
seule l’ishârat est communicable ;latâ’if et haqâ’iq relèvent exclusivement
du goût (zawq)".
Il faut ajouter à cela toute l’architecture duCosmos qui est, selon les
Connaissants enDieu (SHT) organisée en enceintes, cénacles et assemblées
(Hadrâts) peuplés de créatures diverses dont l’étude des eschatologies révèle
l’ordonnancement rigoureux.

Lavitalité et l’originalitéd’unedoctrine religieuse sontdoncétroitement
liéesàses mystères fondateurs.Unaperçu,même sommaire,sur
l’eschatologie et le mysticisme propresà chaquedoctrine est indispensableà
la compréhensiondesarticlesdecettedoctrine.

Pource qui estde la Tidjaniya, cette question revêt une importance
d’autant plus grande que leFondateurde la Confrérie revendique,par
rapportaux ordres religieux musulmans,un rang prééminent, àl’instarde
l’Islam par rapportaux religions révélées qui l’ont précédé.

Sans lesdéveloppements ésotériquesabondants etdétaillés qui émaillent
le texte (sans jamaisdéflorer lescodesdont lateneur et laportée ne peuvent
être rendus publics),sansces éclairages sur le mysticisme tidjanidans sa
singularité,notrearchéologiedu quiétisme serait orpheline,et notre intime
perceptiondece qu’est une réalitédoctrinale (dans lecadre strictde la
religion) serait trahie.
Pourautant,le présent ouvrage n’est pas un traitéd’ésotérisme.Il
s’autorise par endroitsdes incursionsdans les "significations" intrinsèques
des formes etdesapparences pourdes raisons pédagogiques.Toutefois il
demeureconstant qu’enaucun moment il ne tented’exposer une quelconque
recette mystique ou ésotérique.
Le titre et le sous-titrede l’ouvrage ont une finalité et une tonalité
inspirées par lecrédo spirituel tidjani qu’est lecheminement vers
l’apaisement et lasagesse inscritsdans laparoledivine:"Toute chose périra
24
àl’exception de sa NobleFace";ce qui se traduit,enclair,par lecaractère

24
Coran ;Sourate 28 ;Verset 88

2

6