//img.uscri.be/pth/30247da7459d1c4e77b70e7bc309446f840eb33a

Le R. P. Alexis Pouplard

-

Livres
164 pages

Description

(1854-1866)

Alexis Pouplard naquit à Gesté au diocèse d’Angers, le 3 Mai 1854. Son père exerçait la profession de menuisier, et sa mère, tout en s’occupant des soins du ménage, tenait un petit commerce d’étoffes.

Sans être riches, ils jouissaient de ce que l’on appelle communément, dans nos bourgs de la Vendée angevine, une modeste aisance. Travailleurs honnêtes, bons chrétiens, ils étaient universellement estimés et considérés à Gesté.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 06 juillet 2016
EAN13 9782346085491
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Signaler un abus
Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Avertissement de l’auteur

Conformément au décret d’Urbain VIII, nous déclarons que, si dans le cours de ce volume, nous avons employé le nom de « saint et de martyr » ce n’est que dans le sens autorisé par l’Église aux jugements de laquelle nous nous soumettons avec le respect le plus sincère et le plus filial amour.

Fr. Brébion

Le R. P. Alexis Pouplard

Des Pères Blancs, 1854-1881

LETTRE DE MONSEIGNEUR LIVINHAC

A L’AUTEUR

                Cher Monsieur l’abbé,

Vous avez voulu sauver de l’oubli une vie bien courte el bien modeste si on en excepte la dernière heure marquée par un acte héroïque.

Est-ce celle mort glorieuse du Père Ponplard qui a tenté voire plume ? je ne le crois pas. Les relations intimes que vous avez eues avec sa famille, vos conversations avec sa pieuse mère vous ont fait admirer le travail de la grâce dans une âme que Dieu appelle à la vie apostolique.

Ce travail, vous l’avez suivi dans voire héros, depuis le premier réveil de sa raison, jusqu’à son départ pour ce voyage qui devait être si long et qui se termina tragiquement après la première étape. Et vous y avez trouvé de si précieux enseignements que vous avez voulu en faire bénéficier les jeunes aspirants au sacerdoce, car c’est bien à eux que s’adresse cet ouvrage.

Avez vous réussi à peindre au naturel Alexis Pouplard, à faire revivre l’enfant candide, le pieux adolescent, le fervent séminariste, l’apôtre brûlant de zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes ?

Oui, à mon humble avis.

Vous pouvez donc espérer que votre livre sera la avec intérêt el édification et suscitera des apôtres qui iront féconder de leurs sueurs et peut être de leur sang, ce vaste champ de l’apostolat africain, comme vous l’auriez fait vous-même si une santé débile n’avait opposé à vos saintes ardeurs un invincible obstacle.

Je ne puis donc qu’encourager lu publication de ces pages touchantes et former des vœux pour leur, diffusion. C’est ce que je fais de tout cœur en vous priant d’agréer, cher Monsieur l’abbé, avec mes félicitations, l’expression de mes sentiments affectueux et dévoués en Notre Seigneur Jésus-Christ.

† LÉON
Evêque de Pacando
Sup. Gén. des Miss. d’Afrique
(PÈRES BLANCS)

PRÉFACE

Il y a quelques années, j’avais accepté, à la demande de Monseigneur Livinhac, supérieur général de la Société des Pères Blancs, de rédiger quelques notes sur la jeunesse du P. Pouplard, jusqu’au moment de son entrée au noviciat des Missions d’Afrique. Depuis, on m’a engagé à compléter et à continuer mon travail.

Telle est l’origine de ce modeste ouvrage.

Il ne faut pas y chercher l’attrait du roman ni les récits fort intéressants qu’on trouve parfois dans la vie de certains missionnaires, puisque le P. Pouplard est tombé précisément à l’heure où, sorti du noviciat, il voyait s’ouvrir devant lui, les immenses régions du Sahara.

En revanche, le lecteur y trouvera nombre de traits pieux et touchants. Il assistera à la naissance et au développement d’une vocation apostolique et, pour ainsi dire, à la formation d’une âme. Il admirera ce qu’une mère vraiment chrétienne peut faire de ses enfants. La « mère Pouplard », (qu’on me permette de l’appeler ici comme on l’appelait de son vivant), a été le premier guide et le principal soutien de son fils. Sans grande instruction, elle le dirigeait et l’encourageait dans des lettres admirables où brillent son bon sens, son cœur et sa foi.

N’eût-il pas été regrettable que de pareils trésors restassent oubliés au fond des tiroirs ?

Je les en ai retirés avec tout l’amour que peuvent inspirer les liens du sang et de la reconnaissance, et toute la piété, due au souvenir d’un martyr.

Daigne celui, en mémoire duquel ces pages ont été écrites, les bénir du haut du ciel.

 

 

StMartin de Beaupréau,

Le 21 Décembre 1902

Vingt et unième anniversaire de la mort du R.P. Pouplard.

Illustration

Vie
du
R.P. POUPLARD

CHAPITRE PREMIER

SA NAISSANCE. SES PREMIÈRES ANNÉES

(1854-1866)

 

Alexis Pouplard naquit à Gesté1 au diocèse d’Angers, le 3 Mai 1854. Son père exerçait la profession de menuisier, et sa mère, tout en s’occupant des soins du ménage, tenait un petit commerce d’étoffes.

Sans être riches, ils jouissaient de ce que l’on appelle communément, dans nos bourgs de la Vendée angevine, une modeste aisance. Travailleurs honnêtes, bons chrétiens, ils étaient universellement estimés et considérés à Gesté.

Madame Pouplard surtout alliait admirablement à une foi vive, une piété franche, solide, agissante, une probité et une honnêteté à toute épreuve. « Elle était, dit Mgr Dupont2, qui l’a connue dans l’intimité, une de ces femmes, comme on en chercherait peut-être en vain une par département. »

Elle se livrait à ses exercices de piété avec la régularité d’une religieuse, faisant chaque jour son oraison, puis assistant à la Messe. Elle communiait presque tous les matins, du moins dans les dernières années de sa vie. Dès cinq heures en été, dès cinq heures et demie en hiver, on la trouvait à l’église. Il fallut lui faire violence, quand l’âge et la maladie l’eurent affaiblie, pour l’obliger à retarder un peu son lever. La lecture spirituelle, le chapelet, la visite au Saint-Sacrement sanctifiaient ses soirées ; le vendredi, elle y ajoutait le Chemin de la Croix. Elle ne montait pas en voiture, pour entreprendre un voyage, sans se signer avec dévotion et réciter meutalement une courte prière. Dans quelque endroit de sa maison qu’elle se trouvât, quand la cloche sonnait, elle se mettait à genoux et récitait l’Angelus. Ce n’était point là chez elle de l’ostentation et du pharisaïsme ; elle s’abstenait de ces pratiques, en présence de personnes étrangères qui auraient pu s’en étonner. Membre de la Confrérie du Rosaire perpétuel, ainsi que son mari, elle faisait fidèlement avec lui l’Heure de Garde, le premier vendredi de chaque mois, de minuit à une heure. Elle était de la Confrérie des Mères chrétiennes, du Tiers-Ordre des femmes, et M. Barrau, curé de Gesté, déclara, quand elle mourut, qu’il perdait en elle « son bras droit pour ses œuvres. »

Sans autre instruction que celle reçue à l’école primaire, elle était douée d’un grand bon sens et d’un jugement sûr.

« Souvent, raconte Mgr Dupont, quand nous étions séminaristes, il nous arrivait dans les discussions de cas de conscience d’exposer nos doutes à Madame Pouplard. — Bah, disait-elle en souriant, que me demandez vous ? Vous savez ça mieux que moi ! — Mais sur notre insistance, elle nous donnait une solution qui nous laissait dans l’étonnement et l’admiration par sa justesse et par sa précision. »

Sa conversation n’était jamais banale. Elle y mêlait, à une très grande simplicité, je ne sais quelle grâce charmante et quel sérieux, qui faisaient qu’on l’écoutait toujours volontiers et avec profit. Avec un à-propos merveilleux, elle savait y amener des pensées pieuses et édifiantes, ou des traits de vie des Saints, lecture qui la ravissait et dont elle aimait à se nourrir.

Quand on parcourt ses lettres à son fils, dont nous avons tenu du reste à donner de larges extraits dans le cours de cet ouvrage, on est étonné de trouver sous la plume de cette humble femme du peuple, des pensées et des accents, dignes d’une sainte Thérèse et d’une sainte Chantal. Elle le dirigeait, (le mot n’est pas trop fort), avec un tact merveilleux, inspiré et éclairé par une foi admirable.

Elle supportait les peines et les misères de la vie avec patience et résignation. Aussi Dieu, voyant quel profit elle en tirait pour sa sanctification, ne les lui ménagea point. On peut dire même qu’il les lui prodigua. La mort lui enleva coup sur coup, presque dans la même année, son mari, sa mère, son fils Joseph ; ce dernier, en pleine fleur de jeunesse était alors élève de réthorique au collège de Beaupréau. Mère de neuf enfants, il ne lui en resta bientôt plus que deux. Ces deuils répétés lui percèrent le cœur. « J’ai tant pleuré dans ma vie, disait-elle dans ses dernières années, que je ne puis plus verser de larmes. » Mais elle savait se consoler par la pensée qu’elle trouverait un jour au ciel ceux que Dieu avait rappelés à lui. Aussi, lorsqu’elle voyait la mort menacer quelqu’un de ces êtres qui lui étaient si chers et pour lesquels elle avait tant de sollicitude, sa première préoccupation était de les préparer elle même au terrible passage. Pendant la maladie de son fils Joseph, voyant qu’il allait bientôt mourir, elle pria M. l’abbé Terrien, son cousin, professeur au Petit Séminaire de Beaupréau, et confesseur du jeune agonisant, de venir le voir une dernière fois. En même temps, cette mère héroïque se désolait de ce que son fils « ne se réjouissait pas de mourir. »

Un dernier trait achèvera de la peindre. Elle était fière de la mort glorieuse de son fils missionnaire, mais la consolation d’avoir un tel protecteur auprès du bon Dieu, ne dissipait point ses craintes pour son salut personnel. Quand on lui représentait qu’il n’était pas possible que la mère d’un martyr ne fut pas sauvée elle faisait cette réponse judicieuse et spirituelle : « Dans ces choses-là, voyez-vous, chacun fait son petit « ballot » qu’il emportera avec soi, et ce n’est pas celui d’autrui qui grossira le nôtre. »

Ce fut dans les leçons et les exemples d’une telle mère, que Alexis Pouplard, l’aîné de la famille, puisa dès sa plus tendre enfance les premières notions de la vertu. Il était encore incapable de marcher et de parler qu’elle aimait déjà à le porter à l’église, à l’offrir à Notre-Seigneur et à la Très Sainte Vierge. Elle le lui rappelait avec une grâce et une naïveté charmantes, quand il reçut la tonsure.

A l’école des Frères, Alexis Pouplard, sans faire preuve d’une intelligence exceptionnelle, fut toujours parmi les bons élèves, parmi les plus pieux surtout. Patient à supporter les taquineries de ses camarades, il montrait cette douceur, mêlée parfois d’une légère teinte de mélancolie, et cette charité qui restèrent toujours deux traits distinctifs de son caractère.

M. Cailleau, curé de Gesté, frappé du sérieux et de la piété d’Alexis, et voyant en lui toutes les marques d’une vocation sacerdotale, résolut de le faire entrer au Petit Séminaire. L’enfant accepta avec joie ; quant aux parents, ils s’en seraient voulu de s’opposer au désir de leur fils et à la volonté de Dieu. C’était pourtant une grave décision qu’ils prenaient ; l’accroissement de leur famille les mettait dans la gêne, et les études d’Alexis, au Petit et au Grand Séminaire, ne pouvaient durer moins de douze ou quinze ans ; mais ils ne reculèrent cependant pas devant la perspective de si longs efforts, de tant de privations et de sacrifices.

Illustration

CHAPITRE II

LE PETIT SÉMINAIRE

(1866-1874)

 

Alexis Pouplard entra en huitième au Petit Séminaire de Beaupréau. Il s’y montra tout de suite ce qu’il avait été à l’école des Frères, un élève pieux, aimable, charitable envers tous les camarades. Il eut peu de succès dans ses études et son nom ne parut que très rarement dans les palmarès. Il travaillait assez pour satisfaire ses maîtres, mais on eut désiré chez lui plus d’ardeur et plus d’entraînement. Il était un de ces élèves qui passent presque inaperçus, dans lesquels il ne se trouve, extérieurement du moins, rien de bien remarquable, ni en bien ni en mal.

Une chose cependant paraît déjà digne d’attention chez lui. Il ne restait point au Petit Séminaire, comme le font certains enfants, sans avoir d’idées bien arrêtées, et simplement pour obéir à la volonté ou au désir de leurs parents. Il eut dès les premières années un but bien déterminé : devenir prêtre. Le trait suivant qui arriva pendant ses vacances de sixième, deux ans après son entrée au collège, montre combien cette pensée était fortement arrêtée dans son esprit.

Gesté comptait alors plusieurs petits séminaristes. Ils aimaient à se réunir au presbytère où le curé, M. Cailleau, les recevait avec une bonté toute paternelle. Mais que faire en vacances, sinon des espiègleries ? Sans parler des noisettes cueillies en cachette, au grand désespoir de la servante, des bateaux construits et lançés sur la douve, et de mille autres inventions, on ne saurait compter toutes les escapades, dont le jardin de la cure et la cure elle-même furent le théatre.

Un jour, l’idée leur vint de pendre le chat. Aussitôt fait qu’imaginé, et bientôt le malheureux animal a passé de vie à trépas. Mais ils n’avaient pas pensé aux suites de leur forfait. La domestique qui choyait la pauvre bête, courut raconter le fait à son maître, sans plaider, on le pense bien, les circonstances atténuantes, et cria si haut que les souris allaient désormais ronger tout le linge de la cure, que M. Cailleau crut de son devoir d’intervenir. Il donna une verte semonce à nos écoliers et, dans l’émotion du premier moment, il alla même jusqu’à leur dire que l’on ne se conduisait pas ainsi quand on était séminariste, et que des jeunes gens qui agissaient de la sorte, ne seraient jamais prêtres. Alexis prit tellement à cœur ces reproches qu’il ne put s’en consoler.

Le lendemain, il allait à Nantes, avec sa mère. Pendant tout le voyage, il fut triste et rêveur ; dès son arrivée il achète une boucle de tablier, raconte à sa mère la faute commise, les reproches de M. le Curé et ajoute : « Puisque je ne ferai jamais un prêtre, je ferai un menuisier, ce n’est pas la peine que j’aille au collège pour cela. » Les parents racontèrent à M. Cailleau la résolution subite et imprévue de leur enfant. Le bon curé, qui ne se serait jamais douté que ses paroles eussent pû produire un tel effet, accourut aussitôt à la maison, tout désolé. « Comment, dit-il, c’est dans Alexis que j’avais le plus de confiance, et c’est lui qui veut quitter le petit Séminaire ! »

Monsieur Pouplard appela alors son fils et lui dit :

  •  — Combien y a-t-il de temps que tu es au séminaire ?
  •  — Deux ans, répondit Alexis étonné de la question.
  •  — Qui t’a dit d’y aller ?
  •  — C’est moi qui l’ai demandé.
  •  — Eh bien ! si tu y as déjà fait deux ans parce que tu « me l’as demandé, maintenant, moi, je te demande d’y faire deux autres années et après nous verrons. »

Alexis se soumit sans grande difficulté à la volonté paternelle et rentra à Beaupréau. Malgré cette intention bien arrêtée d’être prêtre, il eut plus tard, comme bien d’autres, des accès d’incertitude et de découragement ; en troisième, il voulut même quitter le séminaire On le décida pourtant à rester et son père, en récompense de sa docilité lui acheta une montre.

Les vacances se passaient agréablement pour les séminaristes de Gesté. Mais Alexis, tout en aimant les parties de plaisir, ne fut jamais un élève turbulent. Sa nature en cela contrastait étrangement avec celle de son jeune frère Joseph qui était vif, alerte, toujours en mouvement. En dehors des récréations à la cure, des promenades, des parties de pêche avec ses condisciples, il aimait à rester à l’atelier avec son père et à manœuvrer la scie à découper. Très adroit, il confectionna la table et la bibliothèque qui meublaient sa chambre. Dans la tonnelle du jardin, on pouvait voir une petite chapelle de la Sainte Vierge, qu’il y avait construite lui-même avec beaucoup de goût.

Cependant, à mesure que les années s’écoulaient au Petit Séminaire, le jeune écolier envisageait l’avenir avec plus de sérieux. Sa mère surtout voyait avec une certaine anxiété arriver la fin de ses études. Elle n’avait point ménagé à son fils les exhortations et les avertissements de toutes sortes. « Ne reculons devant aucun sacrifice, lui écrivait-elle le 15 Décembre 1872. Le Maître pour qui nous devons travailler est généreux ; il ne se laisse pas vaincre en générosité. Je pense que tu dois voir, car tu n’es plus un enfant, que dans la vie, il ne manque pas d’occasions de faire des sacrifices. »

« Il en coûte quelquefois d’obéir surtout à ton âge, mais c’est le moment de mériter. Défie-toi du démon qui ne va pas manquer d’essayer de te tromper, car il sait que cc sont les années de jeunesse où il a le plus à gagner. S’il peut te détourner du chemin de la volonté du bon Dieu, il sera sûr de te vaincre. Le moyen de déjouer ses ruses, c’est d’avoir une grande simplicité et une entière ouverture de cœur à ton confesseur. De plus, mon enfant, prie, la prière fera descendre du ciel, dans ton âme, toutes les grâces qui te seront nécessaires. Sois surtout fidèle à communier aux fêtes de la Sainte Vierge, si celui qui te conduit le juge à propos. J’ai éprouvé de la peine, en voyant que tu ne faisais pas assez d’efforts pour te préparer à célébrer ces fêtes par la sainte Communion. Je t’en conjure, écoute les représentations d’une mère dont la plus grande éloquence est son cœur. »

Cette année de seconde est une date dans la vie d’Alexis Pouplard. Il venait de perdre sa sœur Marie âgée de douze ans, véritable ange de piété qui manifestait déjà des aspirations à la vie religieuse. Cette mort fit sur lui la plus grande impression, et s’il n’en parut rien extérieurement, à partir de ce jour, il ne s’en opéra pas moins au dedans de lui une véritable révolution qui eut sur son avenir la plus heureuse influence. Il est regrettable que sa correspondance d’alors avec ses parents soit perdue. Nous pouvons cependant en avoir un aperçu par la lettre suivante, que sa mère lui écrivait dans ces circonstances.

« Je profite de ce moment, pour te parler de ta dernière lettre, dans laquelle tu nous demandes de prier pour toi, afin que tu suives le chemin que le bon Dieu t’a tracé. Ah ! cher fils, puisque maintenant, tu as entendu l’appel du Seigneur, je t’en conjure, sois fidèle à sa voix, car Dieu ne parle pas en vain ; songe qu’il est doux de se consacrer tout entier au service de Celui de qui nous avons tout reçu. Je ne laisse pas passer un seul jour sans prier et faire prier tes petites sœurs, qui invoquent Sainte Anne pour toi. »

« Vois, mon cher enfant, le chemin que tu as à parcourir, n’en détourne pas la vue. Ton bonheur en dépend, Quand Dieu a parlé, il n’y a plus à reculer. Ne craignons pas les obstacles ; si les difficultés sont grandes, les secours seront plus grands encore. Prie, sois fidèle à fréquenter la sainte Communion. Tu es faible, c’est le pain des forts. Avec la prière et la sainte Communion, il n’y a rien à craindre, et point d’excuses à objecter. Je no t’en dis pas plus long aujourd’hui. Je garde ta lettre comme un souvenir, et je te mets de nouveau sous la protection de la Sainte Vierge et de Sainte Anne. Tu m’as dit plusieurs fois que tu aimais à recevoir de moi quelques petits avis, aussi, quoique tu en entendes de bien meilleurs que les miens, je profite de l’occasion pour t’en donner quelques-uns. »