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Les communautés ecclésiales de base

De
185 pages
Des communautés ecclésiales de base existent un peu partout dans le monde. Mais c'est en Afrique sub-saharienne qu'elles sont particulièrement nombreuses, vivantes et dynamiques. Qu'est-ce qu'on entend exactement par "communautés ecclésiales de base" ? Comment s'organisent-elles concrètement en Afrique ? Et quelle place l'Eglise Catholique leur fait-elle dans son droit canonique ? C'est à ces questions que l'auteur tente de répondre, en s'appuyant sur l'exemple d'une paroisse africaine d'aujoud'hui.
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LES COMMUNAUTÉS ECCLÉSIALES DE BASE

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl@wanadoo.fr
«;)L'Harmattan, 2006

ISBN: 2-296-01528-X EAN : 9782296015289

Lucie BRUNET

LES COMMUNAUTÉS ECCLÉSIALES DE BASE
L'exemple de Bangui en Centrafrique

L' Hannatlan 5-7, me de l'École-Polytechnique; FRANCE
L'Harmattan Hongrie Kënyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 Espace Fac..des L'Harmattan Sc. Sociales, Kinshasa Pol. et

75005 Paris

L'Harmattan

Italia 15

L'Harmattan

Burkina

Faso

Via Degli Artisti, 10124 Torino

1200 logements 12B2260 Ouagadougou

villa 96

Adm. ; BP243, Université

KIN XI - RDC

1053 Budapest

de Kinshasa

ITALIE

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Collection EGLISES D'AFRIQUE
Dirigée par François Manga-Akoa
Depuis plus de deux millénaires, le phénomène chrétien s'est inscrit profondément dans la réalité socio-culturelle, économique et politique de l'Occident, au point d'en être le fil d'Ariane pour qui veut comprendre réellement les fondements de la civilisation judéo-chrétienne. Grâce aux mouvements d'explorations scientifiques, suivis d'expansions coloniales et missionnaires, le christianisme, porté par plusieurs générations d'hommes et de femmes, s'est répandu, entre autres contrées et à différentes époques, en Aftique. D'où la naissance de plusieurs communautés ecclésiales qui ont beaucoup contribué, grâce à leurs œuvres socio-éducatives et hospitalières, à l'avènement de plusieurs cadres, hommes et femmes de valeur. Quel est aujourd'hui, dans les domaines économiques, politiques et culturels, le rôle de l'Eglise en Aftique ? Face aux défis de la mondialisation, en quoi les Eglises d'Aftique participeraient-elles d'une dynamique qui leur serait propre? Autant de questions et de problématiques que la collection «EGLISES D'AFRIQUE» entend étudier.

Déjà parus
Emmanuel BIDZOGO, 2006. Marcus NDONGMO, Afrique Noire, 2006. Eglises en Afrique et autofinancement, Éducation scolaire et lien social en

« Gloria Dei, homo vivens » « La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant»
Saint Irénée

REMERCIEMENTS
Mes remerciements vont d'abord à tous ceux qui, en Centrafrique, ont permis la réalisation de cette étude. En tout premier lieu, Monseigneur Paulin POMODIMO, Archevêque de Bangui et Yves GAUTIER, vicaire épiscopal. Ensuite l'équipe pastorale de la Paroisse Notre Dame d'Afrique, Benoît LANG LÉ LANGLÉ, et Moïse TCRIPENDE, curés, Parick NGUEMA EDOU et Jean Simon NGELE EYENE, vicaires: sans leur collaboration ce travail n'aurait tout simplement pas été possible. Je remercie aussi les laïcs, paroissiens de Notre Dame d'Afrique, en particulier Yvon Martial AGBOKO, sociologue, qui m'a accompagnée dans les CEB, Antoinette BIRO-ZOUTE et Marcel DOUZIMA, les «anciens », qui m'ont raconté l'histoire de leur parOIsse. Je voudrais aussi exprimer ma reconnaissance à Sœur ANA MARIA et Sœur MARL!, originaires du Brésil, qui ont pris le temps de me parler des Communautés Ecclésiales de Base de leur pays. Enfin, mérite une mention spéciale Sœur Maryvonne PALESSONGA, de la congrégation centrafricaine des Petites Sœurs du Cœur de Jésus, dont la constante et fidèle amitié m'a soutenue non seulement dans ce travail mais tout au long de mes études canoniques. Mes remerciements vont aussi à mes Maîtres de l'Institut de Droit Canonique de Strasbourg qui m'ont guidée dans ce travail, en particulier Monsieur Jean Luc RIEBEL et Madame Jeanne Marie TUFFERY.

SOMMAIRE
Introduction
1EREPARTIE: LES « COMMUNAUTES DE BASE»

2EME PARTIE: LES COMMUNAUTES ECCLESIALES DE BASE DE LA PAROISSE NOTRE DAME D'AFRIQUE DE BANGUI (REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE) Introduction: repères géographiques et historiques Chapitre 1 - Description des communautés ecclésiales de base de la paroisse Notre Dame d'Afrique de Bangui Chapitre 2 - Les communautés ecclésiales de base de la paroisse Notre Dame d'Afrique de Bangui: commentaires et analyse 3EME PARTIE: QUESTIONS CANONIQUES AUTOUR DES COMMUNAUTES ECCLESIALES DE BASE Chapitre 1 - Le Code de 1983 et les Communautés Ecclésiales de base Chapitre 2 - La nature juridique des CEB Chapitre 3 - Les CEB et les ministères des laïcs Conclusion Bibliographie Annexes Table des matières

SIGLES UTILISES

ADAP

Assemblée Dominicale en l'Absence de Prêtre

C.B. / CB C.E.B. / CEB

Communauté de base Communauté ecclésiale de base

C.E.C.A. / CECA Conférence des Evêques de Centrafrique

D.C.
N.D.A. / NDA

Documentation Catholique Notre Dame d'Afrique République Centrafricaine République Démocratique du Congo (ex Congo Belge et ex Zaire)

R.C.A. / RCA R.D.C. / RDC

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INTRODUCTION
Depuis qu'un homme politique français! a parlé de la «France d'en bas », forte est la tentation de parler aussi de 1'« Eglise d'en bas ». Certains jugeront l'expression peu canonique, d'autres peu convenable2, mais c'est bien elle qui me vient à l'esprit en abordant les «Communautés Ecclésiales de Base» (CEB). Mais pourquoi avoir envie de parler des CEB ?

Le fait de rencontrer des CEB, bien vivantes et dynamiques, dans certaines paroisses africaines a été pour moi une découverte. Preuve s'il en est que l'on en parle fort peu en dehors du continent africain. Si les comunidades de base d'Amérique Latine ont parfois défrayé la chronique, si les expériences communautaires post conciliaires en France ont aussi fait parler d'elles - je pense par exemple à communauté de Boquen - qui parle des CEB africaines en dehors de ce continent? C'est la première raison qui m'a donné envie de les faire connaître.
1

2

Il s'agit de Jean Pierre RAFFARIN, premier ministre de la France de 2002 à 2005.

L'expression existe cependant depuis longtemps dans la pastorale
allemande, où chaque Katholikentag se double rassemblement de la Kirche von unten (L'Eglise d'en bas). 13 d'un

La deuxième est l'image souvent dramatique qui est donnée du continent africain dans les medias occidentaux: famines, épidémies, pillages, guerres et massacres en tout genre s'étalent sur nos écrans de télévision, jusqu'à nous faire croire que l'Afrique serait le continent de tous les malheurs. Si rien de ce que montrent nos téléviseurs n'est faux, cependant le choix des images constitue en lui-même un prisme terriblement déformant de la réalité. J'en choisirai un exemple récent: la République Centrafricaine (RCA) a connu en mars et en mai 2005 des élections générales, présidentielles et législatives, qui se sont globalement bien passées, en ce qui concerne la campagne électorale, le déroulement des scrutins, le dépouillement des votes, le décompte des voix, la proclamation et l'acceptation des résultats. Qui en a parlé en dehors des frontières de la RCA, mis à part Radio France Internationale dans ses éditions africaines qui ne sont reçues que sur le continent africain et en région parisienne? Quelle télévision occidentale en a retransmis la moindre image? A peu près à la même époque se tenaient au Togo des élections similaires qui ont été entachées de fraudes et de violences: les images des militaires togolais emportant sous leurs bras des urnes arrachées dans les bureaux de vote ont été diffusées plusieurs jours de suite au journal de vingt heures de toutes nos grandes chaînes nationales. Ce «deux poids, deux mesures» est général et il est vrai aussi pour notre actualité nationale. Mais c'est encore plus caricatural en 14

ce qui concerne l'actualité africaine, un peu comme s'il fallait, paradoxalement, ne pas « choquer» le téléspectateur en lui montrant tout à coup des images d'une Afrique qui travaille, qui s'organise, qui se prend en main et qui finalement réussit. Les CEB, telles que je les ai vues vivre dans la paroisse Notre Dame d'Afrique de Bangui - vu de

mes yeux vu, ai-je envie de dire - m'ont remplie
d'étonnement et d'admiration. Arriver dans un quartier périphérique de Bangui, un jour de semaine, en plein après-midi, sans avoir prévenu de sa visite et trouver dans la chapelle d'une CEB une chorale en pleine répétition, et autour, sous les arbres, ici un groupe de servants de messe recevant les instructions d'un «encadreur », dans un silence et un ordre parfait, et plus loin une « fraternité », hommes et femmes de tout âge, avec des jeunes, réunie pour échanger et prier ensemble: on ne peut manquer d'être stupéfait! Certains, aimables, rétorqueront: «Ils n'ont rien d'autre à faire! » : s'il est vrai que le taux de chômage dans ces quartiers est impressionnant, et que les moyens financiers manquent cruellement pour aller en ville ou se payer quelques loisirs, dans laquelle de nos banlieues cependant, où règnent aussi désoeuvrement et pauvreté, trouverait-on la même chose? Face à la sinistrose généralisée de nos medias en ce qui concerne l'Afrique, et à l'« afro pessimisme» ambiant, je suis contente de mettre en lumière une réalité africaine qui force l'admiration par son originalité et sa vigueur. Les CEB sont, à n'en pas douter, une des gloires des paroisses 15

d'Afrique et de l'Eglise d'Afrique en général: je serais très satisfaite d'avoir contribué à le faire savoir.

En ce qui concerne la méthodologie adoptée, elle a été différente selon les diverses parties de ce travail. Pour ce qui est des considérations générales, c'est-à-dire surtout la première et la troisième partie, j'ai fait une revue, la plus exhaustive possible de la littérature concernant les CEB et toutes les expériences communautaires similaires. Mais même en ce qui concerne les parties les plus théoriques de mon étude la littérature ne m'a pas semblé suffisante, tant il est vrai que la CEB est une réalité si vivante que même la mise en mots risque d'en détruire certains aspects. J'ai donc multiplié les contacts: j'ai pu assez facilement interroger à Bangui des ressortissants de la République Démocratique du Congo (RDC), ex-Zaïre, berceau des CEB africaines. J'ai rencontré des membres du clergé gabonais. J'ai découvert aussi dans un quartier très périphérique de Bangui des Sœurs brésiliennes, toutes vibrantes de l'expérience des comunidades de base de leur pays d'origine. Pour ce qui est de la deuxième partie consacrée aux CEB de la Paroisse Notre Dame d'Afrique de Bangui, la tâche m'a été facilitée par le fait que cette paroisse a été la mienne pendant deux ans. J'en ai été

chassée à coups de cailloux - au sens strict - dans la folie
populaire qui a suivi le coup d'Etat du Général Bozizé, en 16

mars 2003, qui a donné lieu à de multiples pillages et exactions de toute sorte. Le calme étant revenu et maintenant résidant au centre-ville de Bangui qui ressort de la paroisse cathédrale, j'ai cependant gardé des liens très forts avec la paroisse Notre Dame d'Afrique. C'est ainsi que j'ai pu recueillir les témoignages des membres de l'équipe pastorale et glaner grâce à eux de nombreux textes locaux, qu'ils soient nationaux, émanant de la Conférence des Evêques de Centrafrique (CECA), ou paroissiaux. J'ai réalisé plusieurs interviews de paroissiens âgés de Notre Dame d'Afrique - dont certains ont dû être

traduits du sango, langue nationale, en français - sur la
création des premières CEB dans la paroisse et sur leur perception des aspects positifs et négatifs de cette réalité paroissiale. Enfin, j'ai visité, au moins une fois et parfois plus, chacune des douze CEB de la paroisse afin de cerner au plus près la réalité des CEB sur le terrain. Partout et de tous, j'ai reçu le meilleur accueil. La plupart des gens que j'ai rencontrés sur le terrain se sont montrés à la fois étonnés et flattés que ce qu'ils considèrent comme une réalité banale et peu remarquable de leur quotidien puisse susciter l'intérêt de quelqu'un de l'extérieur et faire l'objet d'un travail universitaire. Je préparais en effet, à l'époque, un mémoire dans le cadre d'une maîtrise en droit canonique sur ce thème, mémoire qui constitue la base de cet ouvrage. Passé ce premier étonnement, ils devenaient en général très prolixes pour vanter les mérites et les charmes de « leur» CEB, preuve s'il en est qu'il s'agit d'une réalité 17

populaire et non d'une institution plaquée et imposée par la hiérarchie ecclésiastique.

Malgré ce tableau qui peut sembler idyllique les difficultés n'ont pas manqué, on s'en doute. La première difficulté de cette étude a été le foisonnement des concepts et des publications concernant les communautés de base. Ce foisonnement correspond à la grande diversité des réalités, diversité qui se vérifie à travers le temps d'abord: depuis l'émergence de ce terme dans les années soixante jusqu'à nos jours, que de chemin parcouru dans l'Eglise au cours de cette période qui a vu se tenir le concile Vatican II, suivi d'un bouillonnement d'espérances et d'expériences post -conciliaires immédiates. Ensuite, est intervenu un certain « recadrage », marqué par les grandes encycliques de Paul VI et de Jean Paul II et la promulgation du nouveau Code de droit canonique en 1983. Parallèlement, l'Eglise devait faire face à de nouveaux défis: déchristianisation de la société et pénurie de prêtres en Europe, construction d'une Eglise autochtone dans des contextes politiques et économiques difficiles, dans les régions du Sud. Il faut donc bien définir de quelle période on parle quand on parle des Communautés de Base, si l'on veut éviter les contresens. La variété des Communautés de Base se vérifie aussi dans l'espace: si l'on considère les trois grands espaces où elles ont fleuri, quoi de commun entre 18