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Les Vigiles nocturnes

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Livres
78 pages

Description

L’office de nuit dans l’église aux trois quarts sombre, les génuflexions des lecteurs chantant le Tu autem Domine, la longue série des psalmodies et les lectures closes par l’hymne triomphale du Te Deum, comme tout cela est peu familier à la plupart de nos contemporains !

Cependant, il n’est point besoin de remonter à beaucoup d’années en arrière pour constater, même en de petites églises, la célébration des nocturnes, au moins aux grandes fêtes.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Ajouté le 08 juillet 2016
EAN13 9782346085330
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Amédée Gastoué

Les Vigiles nocturnes

LES VIGILES NOCTURNES

L’office de nuit dans l’église aux trois quarts sombre, les génuflexions des lecteurs chantant le Tu autem Domine, la longue série des psalmodies et les lectures closes par l’hymne triomphale du Te Deum, comme tout cela est peu familier à la plupart de nos contemporains !

Cependant, il n’est point besoin de remonter à beaucoup d’années en arrière pour constater, même en de petites églises, la célébration des nocturnes, au moins aux grandes fêtes. Et, si l’on me permet un souvenir personnel, cet office si touchant m’était presque familier lorsque j’étais enfant : je voyais arriver avec une sorte de satisfaction intime le moment où Noël allait ramener l’émotion toute particulière de l’office de nuit, auquel le chantre convie avec entrain les fidèles : Venite exsultemus Domino : venez, soyons pleins de joie devant le Seigneur.

A l’heure actuelle, à part quelques confréries qui le font par dévotion, et les prêtres auxquels la règle ecclésiastique ordonne de les réciter chaque jour, il n’est presque plus personne qui connaisse l’organisation de cet office. Et, à peu près seuls, les moines le célèbrent quotidiennement en commun, à l’heure traditionnelle, au « chant de coq » du milieu de la nuit.

C’est avec regret que l’historien et le liturgiste constatent la disparition progressive de la célébration publique des veilles nocturnes, devant d’autres formes, moins officielles, de la piété moderne. Mais si l’Eglise, gardienne des saines traditions, en prescrit toujours l’observation, au moins privée, à l’ordre sacerdotal, c’est qu’il y a là une des plus anciennes coutumes chrétiennes, qui a son histoire intéressante, sa célébration captivante, un charisma liturgique indéniable. Dès les origines de notre culte, qui se confondent avec les prédications apostoliques, nous rencontrerons la veillée de chants et de prières à travers les siècles ; nous verrons comment elle fut organisée, sous quelles inspirations et dans quel but ; nous conclurons en terminant que cette prière antique n’a point démérité des suffrages du peuple chrétien, et que la piété ne saurait que gagner à en relever la célébration solennelle.

*
**

I

Aux temps des Apôtres et des persécutions

La vigile nocturne, dans quelque rite que ce soit, tombé en désuétude ou demeuré en usage, comprend plusieurs éléments principaux : 1° la prière ; 2° le chant des psaumes et de quelques autres pièces d’origine ecclésiastique ; 3° de longues lectures de l’Ancien et du Nouveau Testament auxquelles on a joint celles de la vie des saints ; et par suite, 4° des homélies ou sermons explicatifs de la lecture qui vient d’être faite ou consacrées à la solennité qu’on célèbre. En plus, nous remarquerons le choix du psaume invitatoire Venite exsultemus Domino, et la division tripartite de ces éléments.

Chez les Juifs, dont liturgie a été fixée dès le début de notre ère, on ne trouve point les nocturnes tels que nous les avons, mais leurs principaux éléments, séparés d’abord, puis réunis par les apôtres de la foi chrétienne en une seule célébration. Un coup d’œil jeté sur la liturgie des synagogues sera le meilleur point de départ de notre étude sur les vigiles nocturnes.

La veille du sabbat et des grandes fêtes, l’office hébraïque célèbre le soir l’heure liturgique nommé : Qabbalath-Schabbath. Elle débute par le magnifique psaume que j’ai cité déjà, la plus belle invitation qui soit pour inviter les enfants d’Israël à louer le Seigneur : le psaume « invitatoire », mentionné par l’auteur de l’épître aux Hébreux (IV, 3-9), qui l’attribue à David lui-même, pour célébrer le repos sabbatique ; le chantre l’entonne solennellement au début de l’office :

« Venez, soyons joyeux en présence de Jéhovah : jubilons devant le rocher de notre salut ;

Présentons-nous devant sa face en le louant ; et témoignons-lui notre joie par nos psaumes...

Venez, prosternons-nous et adorons notre Dieu ; fléchissons les genoux devant Jéhovah qui nous a créés...

Parce qu’il est lui-même notre Dieu ; pour nous, nous sommes son peuple, et le troupeau de ses pâturages. Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez point vos cœurs... »

Cet invitatoire terminé, on exécute trois psaumes, les 95, 96 et 28 de la Vulgate, une hymne, et l’office se termine comme à l’ordinaire.

Voilà donc la louange ancienne, fidèlement conservée par l’Eglise. La prière, en plus des oraisons finales de l’office qui précède, est représentée par de belles invocations nocturnes, longues oraisons où les diverses fins de la prière sont remarquablement traitées1. Enfin, la lecture des livres saints, quoique tout à fait exceptionnelle dans les veillées juives, existe aussi ; et son origine, celle par conséquent de la coutume chrétienne, remonte à l’histoire d’Esther.

En effet, comme souvenir de la délivrance du peuple de Dieu par l’héroïne sacrée en cette nuit des Pourim où son massacre était décidé, une fête fut instituée sous le même titre. Sa caractéristique est précisément la vigile, avec la lecture du livre qui raconte les faits commémorés. Le même usage fut plus tard étendu à d’autres fêtes ; après la destruction de Jérusalem par Titus, une célébration annuelle en ramena le souvenir. Une vigile nocturne, semblable à celle de la fête des Pourim, comprend le chant solennel des lamentations du prophète Jérémie, tandis qu’un seul candélabre est allumé devant le tabernacle où repose le livre de la loi.

Voilà donc, pris sur le vif, les éléments liturgiques de la vigile nocturne, tels à peu près que les premiers chrétiens, Juifs convertis, les trouvèrent en usage et les célébrèrent. C’était au culte nouveau de les développer.

La réunion en un seul office du Qabbalath hébraïque, de la lecture des livres saints et de la prière nocturne se fit tout naturellement. Dès le début de la prédication apostolique, l’usage s’établit de la longue veillée commençant le soir du sabbat pour se prolonger à travers toute la nuit du samedi au dimanche, jour où Jésus s’était relevé d’entre les morts. Telle est l’origine de la vigile nocturne. C’est pendant une célébration de ce genre que se passa le fait raconté par saint Luc dans les Actes des Apôtres (XX, 5-11) :

« [Nos amis] nous ayant précédés, nous attendirent à Troade ; pour nous, ne nous étant embarqués à Philippes qu’après les jours des Azymes, nous les rejoignîmes à Troade au bout de cinq jours et nous y demeurâmes sept jours. Or, celui du sabbat, les disciples étant rassemblés pour la Fraction du pain [c’était le soir], Paul discutait avec eux, car il devait partir le lendemain, et prolongea son discours jusqu’au milieu de la nuit... Or, un adolescent, du nom d’Eutychus, s’étant assis sur la fenêtre, s’endormit profondément, tandis que Paul discutait encore, et, emporté par le sommeil, tomba du troisième étage en bas, et on le releva mort. Mais Paul étant descendu se pencha vers lui, et l’ayant pris dans ses bras, dit : « Ne vous troublez pas, son âme est en lui. » Et étant remonté, ayant rompu le pain et goûté, il prêcha encore beaucoup jusqu’au jour et partit ensuite »

Nous voyons ici la célébration de la Cène intercalée dans la réunion nocturne, et cette réunion prolongée par l’importance des discours de saint Paul expliquant évidemment la sainte Ecriture dont on vient de lire une partie. La même ordonnance exista longtemps dans la nuit de Pâques.

A supposer même que la réunion dont on vient de parler n’ait pas été strictement liturgique, un texte un peu moins ancien nous laisse entrevoir que son organisation n’a pas dû tarder à s’imposer. La Didascalie, qui renferme des coutumes en usage vers l’an 150, prescrit en effet : « Le jeûne... vous est donc tout particulièrement recommandé, ainsi que, la veille du samedi [au dimanche], la lecture des livres et des psaumes et les prières et supplications pour les pécheurs, ainsi que l’attente et l’espérance de la résurrection2. »