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Médecine et Bible

De
180 pages

La Bible, texte fondateur de l'humanité, serait-elle aussi un traité médical ?

De la prévention des maladies aux vertus des plantes décrites dans le jardin du Cantique des Cantiques, des remèdes bibliques aux régimes alimentaires, on y trouve un grand nombre de connaissances médicales qui étonnent par leur modernité.

Comment prévenir les maladies ? Comment mieux vivre et augmenter sa longévité ? Quels sont les remèdes décrits dans la Bible ? À partir de sa pratique de médecin et de sa connaissance des écrits de la tradition juive, Ariel Toledano répond à ces questions et nous entraîne dans un véritable voyage au sein du texte biblique. Il nous invite aussi, à travers les portraits inédits de personnages bibliques, à révéler leur rapport à la maladie et à la santé : la naissance d'Ève, la grossesse de Sarah, la génétique selon Jacob, David le roi guérisseur...

Revenir aux textes de la Bible, ce qui fonde notre civilisation, c'est aussi aller à la découverte du sens de l'humain et de la vie. Un livre passionnant, une formidable aventure médicale, intellectuelle et humaine.


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couverture
pagetitre

À la mémoire de Nejma Elkouby (zal’) (1928-2017).

À la mémoire de Gérard Elie Tuil (zal’) (1940-2016), de Elie Wiesel (zal’) (1928-2016) et du Grand Rabbin Joseph Haïm Sitruk (zatsal’) (1944-2016).

« L’âme de l’homme est un flambeau divin, qui promène ses lueurs dans les replis du cœur. »

Proverbes 20-27

« À jamais il anéantira la mort, et ainsi le Dieu éternel fera sécher les larmes sur tout visage et disparaître de toute la terre l’opprobre de son peuple. »

Isaïe 25-8

Table des matières

La Septante, histoire d’une traduction, ou l’idée de l’Unité comme principe fondateur
Chapitre 2 - L’art médical dans les civilisations environnantes de la Bible
La Mésopotamie : des praticiens guérisseurs
L’Égypte : formules magiques et remèdes
La Grèce : Hippocrate, le père de la médecine
Chapitre 3 - Tu choisiras la vie !
Chapitre 4 - La prévention médicale, la prière et la Bible
Les origines bibliques de la prévention médicale
Maladies bibliques ou malédictions ?
Apparition conjointe de la notion de guérison et de la prière dans le texte biblique
Chapitre 5 - Le médecin dans la Bible
L’origine de la légitimité du médecin dans la Bible
Le médecin dans la Bible
Le médecin selon Ben Sira : « Honore le médecin avant d’avoir besoin de lui »
Chapitre 6 - Les remèdes dans la Bible
La vertu intrinsèque des remèdes est impartie dès le commencement
Téroupha ou remède selon la Bible
Téroupha ou l’origine biblique de la psychanalyse
Les remèdes décrits dans la Bible
Le baume de Guilead (tsori)
Le cumin noir (ketsah)
La myrrhe (mor)
L’astragale (nekhoth)
Le labdanum (lot)
Les plantes du jardin du Cantique des Cantiques
Chapitre 7 - L’alimentation dans la Bible
Le régime alimentaire de la Bible
Les sept espèces ou fruits de la Bible
Le blé et l’orge : le spirituel et le matériel
La vigne : le vin à consommer avec modération
La figue, énergétique
La grenade, symbole de longévité
L’olive riche en huile
Le miel : la douceur
Chapitre 8 - Le mieux-vivre selon la Bible
Va vers toi-même – Lekh Lekha
Le shabbat, ou savoir prendre du temps pour soi
Le bonheur rime avec longévité
Méditations, Bible et prophéties
La subjectivité à travers une expression biblique
La reproduction selon la Bible
Zakhor ou « Souviens-toi »
2e partie / - PORTRAITS INÉDITS DE PERSONNAGES BIBLIQUES
Adam, l’être le plus évolué
La naissance d’Ève ou la première intervention chirurgicale de l’Histoire
Noé ou l’art de la consolation
La grossesse tardive de Sarah
Abraham ou l’instauration de la vieillesse
Isaac ou l’expression de la douleur
Laban ou comment ne pas se fier aux apparences
Les grossesses gémellaires de Rebecca et de Thamar
Jacob, le premier malade
La génétique selon Jacob
La blessure de Jacob
Rachel et les mandragores
Rachel et les Téraphim
Les yeux fragiles de Léa
Moïse, le grand prophète aux lèvres incirconcises
Origine biblique du bâton d’Esculape, emblème des pharmaciens
Les troubles bipolaires du Roi Saül
David le roi guérisseur
Salomon le roi au « cœur intelligent »
La chute mortelle du Grand Prêtre Héli
La maladie du Roi Assa
La maladie du Roi Ezéchias
Le prophète Elie ou l’immortel
Les actions miraculeuses d’Élisée
Job ou l’incarnation de la souffrance
Conclusion - « Soigner, c’est dire espérance »
Bibliographie
Du même auteur
Chez le même éditeur

« L’invisible de la Bible est l’idée du Bien au-delà de l’être. »

Emmanuel Levinas, Humanisme de l’autre homme.

« La poésie comme la musique qu’on devine dans le texte original en hébreu de la Bible sont, à mes yeux, des tremplins, des relais venus du fond de notre passé pour nous aider à rebondir à notre tour dans la vie inconnue. »

Claude Vigée, Le fin murmure de la lumière.

Introduction

Soigner, c’est avant tout se soucier de l’autre. Cette notion d’altérité est constitutive de mon identité et a probablement été décisive dans ma vocation de médecin. Se soucier de l’autre, c’est préserver sa santé, son identité et son bien-être. Ce besoin de renforcer autrui est l’un des principes de l’enseignement de Moïse : « Si ton frère vient à déchoir, si tu vois chanceler sa fortune, soutiens-le, fût-il étranger et nouveau venu, et qu’il vive avec toi »1. Le terme en hébreu pour exprimer le soutien est véhéhézakta2, qui évoque la notion de renforcement. Il n’est nullement question d’une aide exclusivement financière, mais bien d’un soutien moral qui vise à renforcer l’autre dans l’épreuve pour qu’il retrouve son autonomie et son bien-être.

Tels sont les objectifs des prescriptions bibliques qui font du respect de la vie, un principe essentiel et suprême. Comme l’écrivait Benjamin Gross : « Toute l’histoire juive témoigne de cette attention à la vie et de la ferme décision de la prendre en charge, de l’accomplir sur cette terre où se joue le destin de l’homme »3.

C’est sans doute pour cette raison que le peuple juif depuis l’Antiquité a toujours accordé une grande place à la médecine, participant à son développement et à sa diffusion. La sagesse juive à travers la Bible, le Talmud et la Kabbale apporte de nombreuses informations médicales qui peuvent surprendre tant par leur diversité que par leur originalité. Les rabbins du Talmud ont nourri leurs réflexions des écrits de la Bible mais également des découvertes menées par les grandes civilisations. Les kabbalistes, de leur côté, ont développé une philosophie de vie devenue très moderne qui tend à orienter l’existence vers un équilibre physique et psychique ; il s’agit d’une réelle complémentarité entre le corps et l’esprit qui vise à l’unité. C’est ce qui fonde le judaïsme et qui l’oppose aux philosophes grecs jusqu’à Descartes qui voient une dichotomie entre le corps et l’esprit. Cette unité, selon la Bible, prend sa source dès l’origine dans l’unité de la Création.

Soigner, c’est donc aider l’autre à retrouver l’unité de son essence, à prendre du temps pour lui. Apprendre à « être » plutôt que passer du temps « à faire ». Cet apprentissage est nécessaire pour permettre à chacun de mieux se découvrir et supporter les tensions et les épreuves de la vie. L’homme doit se construire, se réinventer à chaque instant.

Soigner, c’est enfin avoir confiance en l’avenir. C’est d’ailleurs ce message d’espérance qui fonde la relation à l’autre dans la logique des récits bibliques. Comme l’écrivait le philosophe Emmanuel Levinas4 : « répondre d’autrui, c’est se fier à l’avenir ».

Les récits bibliques ont bercé mon enfance et ont forgé l’homme que je suis devenu. Ils m’accompagnent au quotidien et cette qualité d’espérance inscrite dans l’idée même d’avenir, selon l’esprit de la Bible, m’aide à exercer le métier de soignant. Ce métier qui, très tôt, vous confronte à la maladie, à l’épreuve. Je pense souvent à cette patiente atteinte de la maladie de Charcot5, ne pouvant plus parler, consciente de voir inexorablement son corps se paralyser, m’écrivant sur une ardoise qu’elle souhaitait mourir. Cette femme qui, dans mon souvenir, avait une quarantaine d’années, je revois aujourd’hui encore son visage, et je pense à cette innocence perdue, à ces maladies que la médecine ne peut soigner, à ces malades qui se sentent condamnés. J’étais alors en quatrième année de médecine, j’avais une vingtaine d’années, et je n’imaginais pas un instant que nous n’avions aucune ressource thérapeutique à proposer. Je repense souvent aussi au médecin qui dirigeait ce service de neurologie qui m’a accueilli pendant plusieurs mois et qui avait voué sa vie à l’étude de cette maladie, espérant un jour avoir à proposer une autre issue à ses patients. Voilà comment une rencontre vous entraîne dans une dimension qui vous fait prendre conscience de la dure réalité du métier que vous avez choisi. Tout récemment, en juin 2016, je me surpris à raconter l’histoire de cette malade au cours d’une conférence que je donnais dans les locaux de l’École normale israélite orientale (ENIO) à Paris. J’expliquais à mon auditoire le plaisir que j’avais à revenir pour la première fois dans cette école plus de trente années après y avoir étudié et comment les stages hospitaliers au cours des études de médecine peuvent vous amener à être confronté à des situations difficiles auxquelles vous n’êtes jamais réellement préparé.

C’est à cette époque, et dans ce même lieu, que j’ai eu le privilège d’assister au cours d’Emmanuel Levinas sur la Bible à travers le commentaire de Rashi. Il dirigea cette école durant trente-cinq années jusqu’en 1981, et c’est dans le sous-sol de l’ENIO, aménagé en théâtre, qu’avaient lieu les premiers colloques des intellectuels juifs de langue française. Abandonnant la direction de l’ENIO, il continua à délivrer un enseignement le samedi en fin de matinée après l’office du shabbat jusqu’au début des années 1990. Je faisais partie des quelques élèves sélectionnés pour lire et traduire le texte biblique ainsi que le commentaire de Rashi en hébreu. C’est dans une forme de face-à-face public qu’il donnait son enseignement devant une assistance toujours plus nombreuse. Je revois la silhouette d’Emmanuel Levinas arrivant discrètement à la fin de l’office du matin, un grand livre de Torah à la main.

Ce face-à-face entre l’élève et le maître, symbole de cette transmission si chère au judaïsme, m’a profondément marqué et je n’aurais jamais osé évoquer ces souvenirs de jeunesse si une personne qui assistait à ma conférence à l’ENIO ce soir-là ne m’avait fait remarquer que Franz Rosenzweig6, dont l’œuvre a fortement inspiré Levinas, avait également été atteint à l’âge de trente-cinq ans par cette maladie de Charcot. Malgré la paralysie progressive de son corps, Franz Rosenzweig continua avec l’aide de son épouse à poursuivre son œuvre philosophique et sa traduction de la Bible en allemand. Il mourut huit ans plus tard à peine âgé de quarante-trois ans, laissant des ouvrages tels que L’Étoile de la Rédemption, considéré aujourd’hui comme l’un des chefs-d’œuvre de la pensée du XXe siècle. Selon Rosenzweig, la pérennité du judaïsme est en lien avec son rapport à la loi et à la langue hébraïque – une loi considérée plus importante que l’histoire et une langue renfermant une part de sacré à la base de l’étude et de la transmission. Ces deux éléments, la loi et la langue, constituent l’essentiel du texte biblique, ce texte considéré par Levinas comme une expérience pré-philosophique et dont la lecture appartient à ces expériences qu’ils considéraient comme fondatrices7. Ainsi à travers l’évocation du lien entre la maladie neurologique qui m’a profondément marqué au début de mes études de médecine et mes souvenirs de jeune lycéen découvrant la pensée d’Emmanuel Levinas, je pouvais constater que même inconsciemment je revenais à cette expérience fondatrice qu’est la lecture de la Bible.

Aujourd’hui, cela fait plus d’une vingtaine d’années que j’exerce la médecine, et ces lectures continuent à me nourrir, à me renforcer comme le décrit si bien l’écrivain Erri De Luca8 : « Le matin, je lis les Saintes Écritures dans leur emballage d’origine, l’ancienne langue hébraïque. Je le fais en lecteur encore glacé dans son réveil et qui a besoin de café et de lettres voyageant dans le sens contraire de mon écriture. J’ai besoin d’opposé pour inaugurer ma journée. Mes yeux lents sur les lignes anciennes créent la fiction qui déclenche l’énergie de la nouvelle journée. L’hébreu des origines est ma protéine. » Ces lectures bibliques tentent aussi d’apaiser les inquiétudes des premiers jours qui restent malheureusement toujours présentes. Je crois que nous avons tous conscience que les grands enjeux et défis de la médecine de demain visent justement à faire reculer les affections neurovégétatives et autres maladies incurables. Les nombreux travaux de recherche, notamment sur le fonctionnement du cerveau, apporteront prochainement des options thérapeutiques inédites. C’est pour cette raison que je reste convaincu qu’il faut continuer d’espérer.

Soigner, c’est donner de l’espoir à ceux qui sont malades. Et pour aider mes patients, pour trouver la force d’exercer mon métier, être pleinement à leur écoute, j’ai besoin de renouveler cette étude émerveillée des textes de la Bible qui refusent toute forme de résignation. Ces récits imposent des règles d’étude car les paroles bibliques se présentent sous forme d’énigmes et d’allégories, ainsi que l’écrit Maïmonide9 dans son introduction au Guide des égarés10 : « Il faut faire ressortir le véritable sens qu’on a eu en vue dans chaque endroit selon le sujet qui y est traité, et ce sera là une clef pour entrer dans les lieux dont les portes sont fermées. Et quand ces portes auront été ouvertes et qu’on sera entré dans ces lieux, les âmes y trouveront le repos, les yeux se délecteront et les corps se délasseront de leur peine et de leur fatigue ».

Revenir aux textes de la Bible, aux fondamentaux, à ce qui fonde notre civilisation, c’est l’objet de cet ouvrage qui apporte une nouvelle facette à l’étude initiée il y a quelques années à travers le Talmud et la Kabbale.

Fidèle à l’esprit de Maïmonide, je souhaite, par la présentation de ces personnages bibliques, vous initier à ces textes et au message d’espérance dont ils sont porteurs.

1. Lévitique, chapitre 25, verset 35.

2. Si l’on veut être fidèle au texte hébraïque, il faudrait traduire par un futur « tu le soutiendras ou tu le renforceras ». Mais si l’on analyse le mot véhéhézakta, on s’aperçoit qu’il s’agit du verbe « renforcer » décliné au passé précédé d’une lettre vav. On est donc face à une règle grammaticale appelée vav hahipoukh ou vav conversif qui vise à transformer un verbe au passé en un futur ou inversement en y faisant précéder la lettre vav. Ce mode d’expression au futur est très courant dans la Bible. Il nous invite à concevoir l’avenir uniquement en étant conscient que nous n’existons que grâce aux acquis de ceux qui nous ont précédés. Exprimer le futur en incluant le passé est une forme d’hommage à notre histoire que l’on retrouve même dans une règle grammaticale. Notons également que le verbe « renforcer, vayithazek » apparaît dans la Genèse (48-2) pour qualifier la réaction de Jacob après l’annonce de sa maladie.

3. Extrait du livre Choisir la vie, Le judaïsme à l’épreuve du monde de Benjamin Gross, Éditions de l’éclat, avril 2014.

4. Emmanuel Levinas (1906-1995), philosophe dont l’œuvre est centrée sur l’éthique et la métaphysique d’autrui. Citation extraite de De Dieu qui vient à l’idée, Vrin, 1982.

5. La maladie de Charcot, ou sclérose latérale amyotrophique (SLA), est une maladie neuro-dégénérative qui provoque une paralysie progressive de l’ensemble des muscles. Cette maladie évolue inexorablement dans la majorité des cas vers le décès du patient par asphyxie suite à la paralysie des muscles respiratoires.

6. Franz Rosenzweig (1886-1929) est un philosophe allemand dont l’œuvre maîtresse est L’Étoile de la rédemption, publiée en 1982 aux Éditions du Seuil. La revue Le Débat de juin 1981 évoque l’ouvrage comme l’un des plus importants du XXe siècle.

7. Éthique et infini, Livre de Poche, 1984.

8. Conversation avec Paolo Sassone-Corsi publiée sous le titre Le Cas du Hasard, Escarmouche entre un écrivain et un biologiste, aux Éditions Gallimard, 2016.

9. Maïmonide (1138-1204), rabbin médecin et philosophe, est considéré comme la plus grande figure du judaïsme médiéval.

10. Moïse Maïmonide, Le Guide des égarés, traduit de l’arabe par Salomon Munk, aux Éditions Verdier.

1re partie /

MÉDECINE ET BIBLE

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Chapitre 1

Quelques repères bibliques

« Quand je cherche les vestiges que les patriarches et les matriarches de mon peuple ont laissés dans mon pays, je n’y trouve ni des arcs de triomphe, ni des pyramides… Mon archéologie à moi est d’abord inscrite dans un livre (la Bible) – dans les paroles des prophètes – et ensuite seulement dans les pierres. »

Shalom Rosenberg1

La Bible ou l’éloge de la transmission

Transmettre l’histoire du peuple juif, ses origines, sa culture, l’essence de sa vocation, tels sont les objectifs des rédacteurs de la Bible. Les scribes (soferim en hébreu) sous l’égide d’Ezra2 vont rédiger, classer, organiser le canon biblique entre le VIe et le Ve siècle avant notre ère. Le traumatisme provoqué par la destruction du premier Temple en 586 av. J.-C. et le déracinement induit par l’exil vont considérablement marquer les esprits. L’identité juive ne devra plus dépendre exclusivement du culte lié au Temple mais plutôt d’une histoire collective relatée autour d’un Livre : la Bible. Après la conquête de la Babylonie par les Perses en 539 av. J.-C., Ezra conduira le retour des exilés de Babylone vers la terre de Judée. Il va fonder la Grande Assemblée (Knesset Haguédolah) et se chargera de rédiger certains livres de la Bible. Il institutionnalise l’étude des textes sacrés comme fondement de la spiritualité juive. Ezra le scribe se présente comme l’héritier des traditions mosaïques, faisant ainsi l’éloge de la transmission pour assurer la pérennité du peuple juif.

La Bible est composée d’un ensemble de livres datant de périodes historiques très différentes dont le classement et le contenu diffèrent selon les juifs et les chrétiens. La Bible juive est composée de 243 livres sous la dénomination hébraïque de Tanakh. La Bible chrétienne se compose quant à elle de l’Ancien et du Nouveau Testament. L’Ancien Testament correspond à la Bible juive se référant à la traduction grecque, intégrant des livres4 qui n’ont pas été adoptés dans le corpus juif.

Structure de la Bible juive ou Tanakh

Le Tanakh correspond au mot formé par l’association des lettres initiales5 des trois parties qui constituent la Bible juive. Elles sont représentées par la Torah (le Pentateuque), les Néviim (les prophètes), et les Kétouvim (les écrits ou hagiographes).

La structure définitive de la Bible juive est l’objet d’une longue discussion rabbinique en trois temps évoquée dans le traité talmudique Baba Batra.

Les rabbins du Talmud abordent dans un premier temps6 un aspect pratique et s’accordent sur la possibilité pour le scribe d’écrire dans un même rouleau de parchemin tous les Néviim ou tous les Kétouvim.

Dans un second temps7, la discussion porte sur l’ordre dans lequel les livres doivent être écrits dans un même parchemin. Les échanges entre rabbins sont le reflet d’une réflexion visant à structurer la Bible de manière à en faciliter la lecture et l’étude de chaque livre qui la compose. L’ordre choisi n’est pas obligatoirement l’ordre chronologique des événements car nous voyons que le livre du prophète Osée est classé après celui d’Isaïe alors qu’il a vécu avant ce dernier. Les rabbins du Talmud évoquent deux raisons à ce classement : le livre d’Osée ayant été rédigé postérieurement en même temps que ceux d’Agée, Malachie et Zacharie, ils l’ont donc inclus dans les douze petits prophètes. Autre explication, le texte d’Osée serait trop court, le placer avant le livre d’Isaïe risquerait de l’isoler et il ne serait alors pas suffisamment mis en valeur. Notons au passage que l’appellation « douze petits prophètes » n’est pas en lien avec l’importance de leurs prophéties mais avec la longueur de leurs textes. Il s’agit en effet de textes courts pour les douze prophètes. Le choix de la période de rédaction n’est pas toujours celui opté par les rabbins comme critère structurel, le livre de Job, par exemple, inclus dans les Kétouvim, aurait été rédigé par Moïse et devrait être le premier dans cette troisième partie de la Bible. Les rabbins évoquent cette fois une raison sur le contenu du livre, ils ne souhaitent pas débuter les Kétouvim par un livre qui traite des souffrances de l’homme. Encore une fois, nous voyons que tout est minutieusement réfléchi, l’ordre des textes et notamment la juxtaposition des thèmes.