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MIROIRS D'EVE

De
227 pages
LA PREMIÈRE PAROLE HUMAINE DANS LA BIBLE EST CELLE D'ADAM. LORSQUE LE SEIGNEUR LUI AMÈNE SA COMPAGNE, IL S'ÉCRIE " VOICI CETTE FOIS L'OS DE MES OS, LA CHAIR DE MA CHAIR ". A CE CRI JUBILATOIRE QUE RÉPOND LA FEMME ? RIEN. SILENCIEUSE ELLE EST. COMME SI LA PAROLE DE L'HOMME SUFFISAIT À LA DÉFINIR TOUTE ENTIÈRE…
Au jardin d'Eden, Eve se taisait. Le silence infini d'Eve ouvre un espace vierge, neuf, où des paroles sans fard peuvent se donner à entendre. Paroles de femmes et d'hommes aussi. Une nouvelle Alliance.
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MIROIRS D'ÈVE
Quand des hommes font parler Dieu à propos des femmes...

Collection Chrétiens Autrement dirigée par Pierre de Givenchy

Appel aux chrétiens: Croyons-nous comme avant? Croyons-nous tout ce qui est affirmé dans les Églises? Que disons-nous? Nous sommes nombreux à souhaiter nous exprimer en toute liberté, dans des groupes de réflexion, dans des associations diverses de chrétiens, mais aussi dans des revues et des livres. Beaucoup désirent aussi célébrer leur foi chrétienne dans des cérémonies qui tiennent compte de la culture moderne. Nous proposons à ceux qui le désirent d'écrire leur livre personnel, de participer à des livres collectifs pour dire publiquement une foi chrétienne digne du XXIe siècle. C'est le but de cette collection, laisser la liberté de parole à tous ces chrétiens en recherche.

Déjà parus

SOUBISE Louis et Geneviève, Le Phénomène christique et sa rencontre avec la sagesse d'Orient..., 2000 DOGNETON Pierre, Ambassadrice auprès des plus pauvres (entretiens avec Alwine de Vos van Steenwijk), 2000 KABUNDI Muanga, Le fils du prêtre, 1999 BOISSON Albert, Provocation au goût de vivre: la résurrection de la chair, 1998 GUINOT Jean-Louis, L'essentiel est d'être au rendez-vous, 1998 RIOBÉ Guy-Marie, La passion de l'Évangile, écrits et paroles, 1998 LUZSÉNSZKY Guy, Quand on afait tant de chemin..., 2001 OGÉ Yvonne, Judaïsme, christianisme, islam, 2001

Myriam Tonus

MIROIRS D'ÈVE
Quand des hommes font parler Dieu à propos des femmes...

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@L'Hannatlan,2001 ISBN: 2-7475-1958-9

A Judith, Gabrielle et Noé, mes petits-enfants, en leur devenir de femmes et d'homme.

A Babette, qui poursuit son chemin de femme dans la divine éternité.

Dessins: Sean O'Brien

Méfiez-vous à jamais de tout jardin clos, fût-il aux dimensions des galaxies! Maurice Bellet

L 'homme sans lafemme diminue dans le monde l'image de Dieu. Talmud

Comme celui qui s'éteint dans la soif Et souffre sans le savoir, L'enfant parfois s'avance et pleure La mort jamais tout àfait terminée Des mères. Jacques Vandenschrick

PROLOGUE

Mais un jour la terre s'ouvre Et le volcan n'en peut plus Le sol se rompant découvre Des richesses inconnues La mer à son tour divague De violence inemployée Me voilà comme une vague Vous ne serez pas noyés... Anne Sylvestre

La première parole humaine, dans la Bible, est celle d'Adam. Lorsque le Seigneur lui amène sa compagne, il s'écrie: «Voici cette fois l'os de mes os et la chair de ma chair. Celleci, on l'appellera femme car c'est de l 'homme qu'elle a été prise» (Gn, 2,23). Cri d'émerveillement qui ratifie la semblable nature, l'égale dignité de l'homme et de la femme, et non une quelconque infériorité originelle de celle-ci par rapport à celui-là. Le jeu phonétique, dans le texte hébreu est évocateur: homme se dit 'îsh et femme, 'isha. Donnant son nom à la femme, l'homme découvre en quelque sorte le sien: jusque-là, le terme qui le désignait était âdâm, le «terreux», celui qui vient de I'humus (en hébreu adâmâ), I'humain en général... Homme et femme, créés à l'image de Dieu, selon sa ressemblance, recevant l'un de l'autre leur identité foncière: tout cela, oui, habite la première parole humaine, celle d'Adam. A ce cri de jubilation, que répond la femme? Rien. Silencieuse, elle est. Comme si la parole de l'homme suffisait à la définir toute entière. Comme si cette parole épuisait à elle seule, en la magnifiant, toute la signification de leur union. La première parole de la femme, ce n'est pas à l'homme qu'elle l'adresse, mais au serpent, pour rappeler l'ordre divin: «du fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n'en mangerez pas...». Allant même jusqu'à redoubler cet
ordre, en ajoutant: «... et vous n 'y toucherez pas»

- ce

que le

créateur n'avait point ordonné...

La voici donc, la première parole de femme, dans la Bible: une parole qui ne dit rien d'elle-même, mais semble ordonnée à la parole d'autrui, celle de Dieu, celle de l'homme. Inutile de s'appesantir ici sur les débordements d'interprétation qui vont, au fil des siècles, se gonfler à partir de ce décalage initial. Qu'il suffise de rappeler l'exemple illustre d'Isidore de Séville, dernier Père de l'Église qui, dans ses Étymologies, relie le nom de l'homme (en latin vir) à la force (vis) et celui de la femme, mulier, à la mollesse (mollities)... Ces images, et d'autres, ainsi que les représentations qu'elles véhiculent, ne manqueront pas d'être évoquées au fil de ces pages. Ce qui me préoccupe et me taraude, en l'instant, c'est la parole. Oser une parole de femme Oser une parole qui ne s'autorise de rien d'extérieur à elle, sinon de cette séculaire mémoire des femmes, tissée de silences et de cris, de chants et de blessures, et qui est au plus près de notre vérité, celle du dedans. Sans doute les hommes aussi portent-ils leur immémoriale empreinte. Combien de poèmes, combien de discours sondent, scrutent, cherchent à dire - de manière sublime, souvent - la vérité première de l'hommel ? Exaltent la virilité, au sens d' «être-homme», la fraternité? Moins nombreuses, sans doute, et infiniment moins familières, ces pages qui chantent la féminité, ou la «sororité»... Nécessaires, pourtant, sauf à dire qu'à l'instar du
Le fait a déjà été maintes fois souligné: le français, à la différence d'autres langues, ne possède qu'un terme unique pour désigner l'Homme (en tant qu'être humain, qu'il soit mâle ou femelle) et l'être sexué masculin. Pour la clarté du propos et en concordance avec la logique biblique qui propose d'emblée la différenciation, j'utiliserai le mot «homme» dans son sens restreint (être sexué masculin); le terme «être humain» gardera son acception générale et générique, indiquant ce que l'homme et la femme ont en commun. 12

genre grammatical, tout discours sur l' «homme» englobe de fait ce qui concerne la femme. Sauf à dire, en fin' de compte, qu'il n'y a pas plus d'identité masculine que féminine, et que la parole de l'homme peut se constituer en universel... Ce que démentent, dès l'origine, les hommes eux-mêmes, qui voient dans la femme un être foncièrement différent, objet d'attirance ou de répulsion, déconcertant, voire incompréhensible. Cette différenciation extrême se cristallisant dans des formes qui marquent clairement la distance: l'on parlera ainsi de «littérature féminine» (le plus souvent, des œuvres exagérément sentimentales, voire à l'eau de rose), d' «art féminin» (comme la dentelle, ou la miniature), les chefsd'œuvre de Racine, de Beethoven ou de Michel-Ange étant, eux, de l'art tout court. Si l'on reconnaît volontiers à bien des femmes le génie de l'inspiration (rôle de muse) et celui de l'interprétation (divas, pianistes, danseuses étoiles...), l'on ne s'émerveillera que davantage à l'évocation de créatrices telles que Christine de Pisan, Virginia Woolf ou Marguerite y ourcenarl. Heureuses encore sont-elles si leur gloire n'est pas redevable à celle d'un homme proche (Fanny Mendelssohn, sœur de Félix, Claire d'Assise) ou au rapport sulfureux qu'elles entretiennent avec les hommes (George Sand, Colette), voire aux deux à la fois (Camille Claudel, couverte par l'ombre de son immense frère et s'épuisant dans sa passion pour le sculpteur Auguste Rodin)... Si aujourd'hui les femmes sont cinéastes, sociologues, pilotes, ministres ou chefs d'entreprise, si de souriantes astuces de langage leur octroient le statut d' écrivaine ou d' auteure, il n'est pas
Lucide et indulgente, M. Yourcenar écrira, dans son discours de réception à l'Académie française, en 1980, qu'elle comprenait fort bien que cette vénérable institution n'ait point accueilli d'autre femme avant elle, se conformant simplement «aux usages qui volontiers plaçaient la femme sur un piédestal, mais ne permettaient pas encore de lui avancer officiellement un fauteuil»... 13

certain, pour autant, qu'elles puissent penser et agir tout à fait en dehors des catégories qui sont celles de leurs confrères masculins. Quelle parole propre pour les «dames de fer» et les superwomen?. Paradoxale égalité, qui finit par récuser toute différenciation, allant jusqu'à poser l'androgynie en horizon
désirable 1

.

Des femmes parlent, pourtant. Des femmes tentent de se frayer un passage singulier dans le flot de paroles d'hommes. Doucement ou avec des cris de rage. De façon mesurée ou avec maladresse. Elles s'appellent Simone de Beauvoir, Annie Leclercq, Luce Irigaray, Anne Sylvestre, Élisabeth Schüssler-Fiorenza. Le projet de cette dernière, théologienne américaine, est le leur à toutes: «Briser le silence. Devenir visibles»2. Briser le silence d'Ève, être présence parlante, corps de femme devenant parole
-

de femme. Pour elles toutes, une étiquette, unique: «féministes»! Avec, en prime, la brassée de représentations que charrie ce mot: féministes, c'est-à-dire agressives, acariâtres, antihommes, revanchardes, revendicatrices voire refoulées, mal dans leur peau, en un mot hystériques. Les plus indulgents verront en elles d'amusantes suffragettes, des femmes, au fond, «très bien» mais comme égarées dans un moment
Élisabeth Badinter, à la pensée tellement tonifiante, par ailleurs, s'oriente dans cette direction dans XY De l'identité masculine, éd. o. Jacob, 1992. Ce courant, qui vise à faire se réapproprier aux hommes des valeurs et des modalités d'être plus spécifiquement féminines, ne laisse pas
d'interroger bien des hommes

-

des femmes aussi. N'est-il

pas comme

l'inversion de cette position par laquelle un sexe s'approprie la vérité de l'autre? Rêve d'une fusion imaginaire, idéale, qui devient confusion.

Titre de son article paru dans Concilium, 202, 1985. 14

d'exaltation, à qui il manque juste le déclic de réflexion et de pondération qui leur fera raison retrouver. Sans doute y eut-il des excès et une démesure, peu soucieuse de nuances, qui marquèrent le début de ce qu'il est convenu d'appeler le «féminisme». Sans doute la «guerre des sexes» à laquelle appelèrent certaines égéries est-elle aussi redoutable et navrante que la confusion des sexes que certaines, aujourd'hui, appellent de leurs vœux. Cependant, condamnera-t-on tous les partisans de la liberté et de l'égalité parce qu'il y eut Saint-Just et Robespierre? On peut bien sûr rêver d'un changement en douceur, mais lorsque cède une digue trop longtemps contenue, la première vague, souvent, est déferlante, démesurée, menaçante. Elles n'entendent pourtant pas noyer les hommes, ces femmes qui parlent du fond d'elles-mêmes, qui tentent simplement de dire leur différence, de devenir visibles, de faire comprendre que l' «être-femme» a autant de poids, de richesse et de singularité que l' «être-homme». Que la différence reconnue, acceptée et vécue est une chance, pour les femmes sans doute, mais aussi pour les hommes. Des hommes, du regard d'homme, elles savent beaucoup - si elles ont écouté avec le cœur -, parce qu'euxmêmes ont parlé, ont montré, depuis toujours. Du regard des femmes, du rapport aux êtres et aux choses que celles-ci entretiennent, que savent les hommes... sinon à travers ce qu'ils ont dit d'elles? Si le mot «féminisme» n'a pas de strict équivalent masculin, c'est qu'au cours de I'histoire, les hommes n'ont guère eu à promouvoir leur identité; ils n'ont pas dû mener de combat «masculiniste» pour faire entendre leur voix. «Regardez-moi' je suis vraie... S'il vous plaît, ne m'inventez pas!», chante Anne Sylvestre. Il est sans doute là, 15

le cœur profond du vrai «féminisme» : écoutez-moi, voyez qui je suis. Rien de plus, rien de moins. Aux antipodes d'une concurrence avec les hommes (qui n'est qu'une guerre déguisée), bien des femmes que l'on qualifie de féministes (avec tous les relents évoqués plus haut) souhaitent au contraire que soit pleinement reconnu leur «être-femme», au sein d'une relation pleine, enrichie, avec l'autre sexe. Loin de gommer leur différence, sans en faire non plus un privilège, beaucoup d'entre elles s'efforcent de la faire voir, de la faire entendre, convaincues qu'elles sont que c'est de la différence, de la différenciation que surgit le neuf, l'inouÏ, l'improbable. Peut-être le savent-elles de manière particulière, puisque l'enfant qu'elles mettent au monde, ce surgissement de vie, est le fruit même de la différence. Puisqu'il n'est ni tout à fait sa
mère, ni tout à fait son père, mais un peu des deux même temps tout à fait unique.

- et

en

Féministes, donc, toutes les femmes (et les hommes, car il y en a !) qui cherchent à défendre et à promouvoir l'identité de la femme, lorsqu'elle est battue en brèche ou insuffisamment reconnue. Mais, ainsi qu'on le verra plus loin, à l'identité sont étroitement liées des questions de statut, de reconnaissance sociale, voire de droits. Défendre et promouvoir la reconnaissance de ces droits ainsi que du statut dont les femmes peuvent jouir dans la société mobilise donc aussi toutes celles et tous ceux qu'englobe la qualification décidément bien étroite - de «féministe». Le point de départ de la réflexion présente est fort simple. Il trouve son origine dans la multitude de discours que tant et tant, en Église (des hommes, pour la plupart) ont tenus, tiennent encore à propos des femmes. Discours hétérogène, on
le verra, oscillant entre mépris et vénération

- avec

tous les

intermédiaires possibles. Discours qui prend assez souvent 16

une forme révélatrice, puisqu'il entend faire connaître aux femmes qui elles sont, quelle est leur mission, quel rôle elles ont à tenir et comment. Face à ce «miroir de la vérité», nimbé d'autorité sacrée, les femmes réagissent de manières diverses. Certaines s'identifient, totalement ou en partie, à ce que leur
révèle le miroir

-

surtout lorsqu'il

leur renvoie une image

auréolée d'une gloire que leur refuse largement la société. D'autres s'en détournent en haussant les épaules, dans un grand rire ou un cri de colère, considérant qu'il y a erreur sur la personne. D'autres, enfin - et c'est à cette place que je voudrais me tenir -, quittant des yeux le miroir, portent leur regard sur ceux qui le leur tendent, s'efforcent à la bienveillance pour écouter
ce qu'il en est de leur vérité à elles dans le regard d'autrui

-

cette part, toujours, existe. Mais elles s'attachent aussi à confronter cette vérité à celle, très intime, toute charnelle, qu'elles savent la leur. Elles s'attachent aussi à entendre, en amont du discours tenu à leur propos, ce qu'il en est du rapport avec les femmes de celui qui parle: parler d'autrui, n'est-ce pas toujours un peu parler de soi? Ainsi décentrée du miroir, la femme n'est plus objet de discours, objet d'identification réduite au «tu es» du miroir que lui tendent les hommes. La femme se pose véritablement en sujet, en je, capable de dire à l'autre sa propre parole; capable, quand il le faut, de refuser le miroir qui déforme sa vérité parce qu'en fait, ce miroir n'est que la représentation que se fait d'elle celui qui parle. Le sacré, même, dont se revendique souvent la parole des hommes d'Église, ne lui fait plus peur. Parce que le lieu qu'habite le sacré, ou le divin (ou quelque nom que l'on veuille donner à cela qui est originel et nous fonde en nous transcendant infiniment), ce lieu s'ouvre dans l'espace même de la rencontre, de la parole échangée. Lorsqu'Ève se tait devant Adam, le serpent est prompt à occuper la place... 17

Voilà donc balisé le chemin où je voudrais marcher: prendre la parole, ma parole de femme, dans une conversation à propos des femmes... tenue en grande majorité par des hommes. Le lieu de la conversation est doublement redoutable. D'abord parce qu'elle se tient en un endroit l'Église - où le divin, toujours, entre-tisse l'humain et qu'en cherchant à séparer fil de trame et fil de chaîne, toujours l'on risque la déchirure. Redoutable, ensuite, parce que parler de femme et parler d'Église - «femme et Église, Église et femme» - c'est parler, ultimement, d'identité. J'ai l'intuition que c'est à ce niveau-là, profond et pour une part ignoré, refoulé, que se situe, que s'est probablement toujours situé l'enjeu de la relation des femmes à l'Église et de celle-ci (d'une partie de ses membres et de sa hiérarchie, au moins) aux femmes. Aborder la question de l'identité - ce qu'il en est de moi et de l'autre, mon vis-à-vis, pour la part dont nous sommes conscients -, c'est s'aventurer au plus intime, au plus obscur, que l'on redoute parfois de voir au jour. Parler du regard posé sur la femme, en Église, risquer une parole propre, qui n'apparaisse ni comme une contestation ni comme une revendication, l'affaire est délicate. D'autant plus qu'à l'identité de la femme comme à celle de l'Église sont attachés une ou plutôt, on le verra, des traditions ainsi qu'un discours théologique ancré dans ces traditions, tenu parfois pour sacré. Interroger ce discours, chercher à en saisir la genèse peut apparaître à d'aucuns comme d'une prétention insupportable, voire sacrilège. A quel titre, donc, pourrais-je prendre la parole? Excellente question. Il est vrai que je ne suis pas théologienne de métier. Autres questions, pourtant: pourquoi faudrait-il un titre et quel droit présupposé outrepasserais-je, en disant ma parole de femme, catholique, attachée à son Église? Entrer dans la conversation n'est pas forcément un 18

acte de provocation, sauf à envisager les relations sur un mode où l'autorité a force de loi. Je n'entends pas provoquer. Je voudrais ne blesser personne. Et je voudrais préciser ceci d'emblée: si mon propos évoque la question de l'accès des femmes au ministère presbytéral et du refus qui leur en est fait, ce n'est pas de manière revendicative, encore moins sous l'inspiration d'un désir personnel. Il m'a semblé simplement que se cristallisent, autour de la question du ministère presbytéral, toute une série d'enjeux quant aux rapports Église/femmes. Il ne s'agit donc là que d'un prétexte c'est-à-dire une parole première ouvrant, par son tranchant, d'une possible autre parole. Chacun parle d'où il peut, comme il peut. Il se fait que mon chemin, aux confins de la philologie, de la philosophie et des sciences humaines, m'a amenée à me poser un certain nombre de questions, à analyser leur problématique, à avancer quelques conclusions - toutes provisoires. Nulle vérité à proposer, donc, nulle certitude, sinon celle qu'indique le poète Antonio Machado «Marcheur, il n y a plus de chemin. Le chemin se fait en marchant»... Expression de la plus grande fragilité. Mais peutêtre est-ce à la source de cette fragilité extrême que s'abreuvent les quelques assurances quant à ce qui touche notre vérité la plus intime. Peut-être enfin le lecteur, la lectrice s'étonneront-ils de ne trouver qu'un appareil critique fort léger, relativement peu de citations et de références. Cet état de recherche n'a pas de prétention scientifique. Je l'ai voulu ainsi, tissé comme la vie, avec la raison et les sentiments, la logique et le poème. La foi l'habite, mais aussi l'attention la plus extrême aux avancées du savoir, notamment dans le domaine anthropologique. Les 19

livres que je cite sont ceux qui, parmi tant d'autres lectures, demeurent pour moi des compagnons fidèles, précieux à bien des titres. Mais surtout, chaque pensée, chaque parole sont filles d'autres pensées, d'autres paroles qui les ont précédées, qui ont été comme le terreau nourricier où elles ont pu prendre forme et se fortifier. Si limitée soit-elle, ma réflexion est redevable à toutes celles et tous ceux qui l'ont engendrée, soutenue, critiquée aussi. Personnes vivantes et auteurs anciens, théologiens et laïcs, étudiants et collègues, amis et détracteurs, femmes et hommes, leur parole à tous s'inscrit en filigrane de la mienne et je voudrais, à travers elle, les remercier, les honorer. Puissent ces pages éveiller chez la lectrice, chez le lecteur, quelle que soit leur opinion, le désir d'entrer, à leur tour, dans la conversation!

20

Sf in
({

Dieu créa l'homme
homme

à son image;
et femme

il les créa. »

à l'image de Dieu il le créa; (Gn 1,27)