Monde unique projet commun
264 pages
Français

Monde unique projet commun

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Description

Le pape François met aujourd’hui en lumière une riche dimension de l’Église : son engagement social.
Ce livre propose un passionnant tour d’horizon de cet engagement souvent méconnu. Défini dans ses grands axes par la pratique des premiers chrétiens et par la réflexion des Pères de l’Église, il s’est précisé et enrichi au contact des grands mouvements de l’histoire, particulièrement à partir du XIXe siècle. L’Église du Concile Vatican II a par la suite établi un nouveau rapport d’ouverture au monde, jusqu’à y déceler des « signes des temps » qui allaient désormais façonner sa réflexion. Le sens de l’universelle dignité humaine, la liberté et la mondialisation, en particulier, allaient inspirer plusieurs prises de position et lignes d’action dans les décennies suivantes.
Le pape actuel, convaincu qu’il ne saurait y avoir d’évangélisation véritable sans promotion humaine, poursuit ce développement de la pensée et de l’action sociale de l’Église aux dimensions d’un monde de plus en plus unifié. Les sujets brûlants dont il traite, comme l’écologie et l’immigration, sont l’occasion de découvrir cette tradition d’une grande fécondité.
Jacques Racine est professeur émérite de théologie de l’Université Laval. Il s’intéresse particulièrement à l’éthique sociale et politique. Il a siégé au sein de plusieurs organismes d’État (Conseil supérieur de l’éducation, Comité sur les affaires religieuses) et d’Église (Comité des affaires sociales). Il a publié chez Médiaspaul Rebâtir l’avenir, comprendre et surmonter la crise financière (2013).

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Date de parution 29 janvier 2016
Nombre de lectures 14
EAN13 9782897600440
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Racine, Jacques, 1941- Monde unique, projet commun. L’engagement social de l’Église  Comprend des références bibliographiques et un index.  1. Doctrine sociale de l’Église. I. Titre. BX1753.R32 2016 261.8088’282 C2015-942407-0
ISBN 978-2-89760-043-3 (papier) ISBN 978-2-89760-045-7 (epub) ISBN 978-2-89760-044-0 (PDF) Composition et mise en pages :Robert Charbonneau Maquette de la couverture :Ann-Sophie Caouette Illustration de la couverture :http://paisajesybodegonesaloleo.blogspot.ca/2015/ 03/coloridos-cuadros-de-campesinas-perunas.html Conversion au format ePub :Studio C1C4 er Dépôt légal — 1 trimestre 2016 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada © 2016 Médiaspaul 3965, boul. Henri-Bourassa Est Montréal, QC, H1H 1L1 (Canada) www.mediaspaul.ca mediaspaul@mediaspaul.ca Médiaspaul 48, rue du Four 75006 Paris (France) distribution@mediaspaul.fr Tous droits réservés pour tous les pays.
« Personne ne peut exiger de nous que nous reléguions la religion dans la secrète intimité des personnes, sans aucune influence sur la vie sociale et nationale, sans se préoccuper de la santé des institutions de la société civile, sans s’exprimer sur les évènements qui intéressent les citoyens. » o Pape FRANÇOIS,La joie de l’Évangile,n 183.
Introduction
N A BEAUCOUP PARLÉ des réactions suscitées dans le monde par le pape François au cours O de la première année de son ministère. On s’est int éressé à ses attitudes et à ses gestes : sa demande adressée à la foule de le bénir au début de son pontificat ; la simplicité de son mode de vie ; son empathie envers les personnes et particulièrement les enfants, les pauvres, les immigrants ; son ouverture d’esprit et son rappel de la toute-puissance de la miséricorde du Père ; sa démarche pour l’unité des chrétiens et la rencontre des religions ; ses appels répétés pour la paix.
Time l’a reconnu comme personnalité de l’année 2013 ;Fortune comme premier leader mondial. Le pape François a même fait la première page de la revueRolling Stone. Beaucoup de croyants, pratiquants ou distants, ont accueilli, pleins d’espoir, son désir de renouveler l’Église à la lumière de l’Évangile et du concile Vatican II. Beaucoup de personnes de toutes tendances, croyantes ou incroyantes, ont reconnu son humanisme et ont ét é interpellées par sa vision de l’avenir de la planète.
Il est aujourd’hui en communication avec plus de qu inze millions de personnes sur Twitter et la personnalité la plus recherchée sur Google ; même l eQuotidien du peuple, journal chinois, lui consacre de nombreux articles. Il attire les foules au Vatican et dans les divers pays qu’il visite. Les gens apprécient sa simplicité, sa liberté d’action, sa façon d’approcher les gens.
Dans l’Église, François a remis en marche des réformes importantes commencées par Paul VI sur le plan de l’administration de la curie, de la collégialité, de la compréhension du rôle de l’évêque et de l’engagement du laïcat. Il s’est attaqué avec vigueur à la gestion financière du Vatican et de ses œuvres ainsi qu’au scandale de la pédophilie. Il a changé la formule du synode des évêques en appelant à la confrontation fraternelle et à la participation des croyants.
Tout en faisant nôtre cette appréciation du pape François, nous avons aussi été interpellé par sa critique radicale de l’économie d’exclusion, de la nouvelle idolâtrie de l’argent qui gouverne au lieu de servir, de la disparité sociale qui engendre la violence, du paradigme technocratique et de l’anthropocentrisme moderne. François ne cesse de s ’insurger contre « la mondialisation de l’indifférence » devant le sort des immigrés et des laissés-pour-compte. Il invite à la construction d’une économie au service du bien commun et à un di alogue social au service de la paix et de la « maison commune » que sont l’univers et ses habitants.
Ses prises de parole prophétiques ont provoqué l’ir e de quelques médias américains, du Tea Party et de certains milieux financiers qui lui ont reproché sa méconnaissance de l’économie, son socialisme primitif, sinon ses attachements marxistes de tradition latino-américaine. Dans l’Église catholique même, des évêques et des croyants sont r estés perplexes, ont été dérangés par un tel discours ou l’ont ignoré ; des cardinaux ont contesté son modèle de leadership, sa compréhension de la tradition et sa gestion du Synode des évêques. C ertains espèrent que son règne sera bref. Pour d’autres, les propos de François ont été perçus plu tôt comme un appui à certaines positions
courageuses qui les avaient menés à exprimer leur solidarité dans des luttes de libération contre la pauvreté, les nouvelles formes de colonisation et de mal-développement, l’atteinte à la dignité des personnes liée aux diverses formes d’esclavage contemporain.
François ne s’inspire ni du marxisme ni du socialis me ou de toute autre idéologie, mais de l’Évangile, source première, et de l’enseignement s ocial de l’Église qui se préoccupe de la construction d’un monde meilleur, espace de fraternité, de justice, de paix, de dignité pour tous. « On ne peut plus affirmer, écrit-il, que la religion do it se limiter à la sphère privée et qu’elle existe 1 seulement pour préparer les âmes pour le ciel . » Elle doit chercher à avoir une incidence concrète sur la vie sociale, se préoccuper de la qualité des institutions, s’exprimer sur les évènements qui ont une influence sur la qualité de vie des citoyennes et des citoyens.
Dans le contexte du débat sur la laïcité que nous c onnaissons au Québec, ces dernières affirmations, nous en sommes conscient, vont à l’encontre du désir exprimé par certains que la religion soit réservée au domaine privé, qu’elle ne se manifeste pas sur la place publique, que l’on réduise au maximum l’influence qu’elle peut avoir dans une société par tous les moyens disponibles. Au nom du rationalisme, on condamne ou ridiculise plus ou moins directement toute religion. On reconnaît un certain patrimoine matériel, on déplore que telle ou telle église disparaisse du paysage, mais on a peine à considérer que l’adhésion de foi, faite en toute liberté, fait germer, encore aujourd’hui, le service du bien commun, l’attention à l’autre considéré comme frère ou sœur universel, le souci de l’avenir de la planète. Cette position idéologique du retrait de la religion dans le privé influence même une bonne partie des croyantes et des croyants et favorise un certain repli sur soi des catholiques dans une recherche identitaire, fermée sur elle-même et coupée de la réalité du monde. La vision de François est radicalement différente. Son projet est collectif. Il est en lien avec la venue du Royaume. Il interpelle toutes les sphèr es de la vie en société. Il s’inscrit dans la continuité de la constitution pastoraleL’Église dans le monde de ce temps. François invite non seulement à ouvrir grandes les portes de l’Église, mais à sortir, à aller aux périphéries en investissant les grandes villes de l’Amérique du Sud, de l’Afrique, de l’Asie, comme l’ont fait les apôtres en quittant Jérusalem pour se rendre à Rome.
Ce livre cherchera à rendre compte de la grande tradition de l’enseignement social qui inspire François et de l’engagement des chrétiens dans le monde, vécu comme dimension constitutive de la foi chrétienne et contribution essentielle à la mission première de l’évangélisation. On y soulignera la réception de cet enseignement au Québec et les fruits qu’il a portés.
Nous revisiterons d’abord certains textes du Nouveau Testament qui nous rapportent les propos et les gestes de Jésus et des apôtres ainsi que les interprétations qu’en ont faites les Pères de l’Église aux premiers siècles de cette ère. Ce sont les références fondatrices de l’élaboration de cette tradition. e Dans un second temps, nous nous arrêterons à la fin du XIX siècle, date de parution de l’encyclique Rerum novarum de Léon XIII, qui est reconnue par la papauté comm e le point de départ de la doctrine sociale de l’Église et de l’ouverture de celle-ci à la pensée et aux problèmes de l’époque.
Nous traiterons par la suite des réactions de la papauté aux grands bouleversements causés par e les guerres du XX siècle, par le concile Vatican II, par les crises économiques et sociales, par la mondialisation financière et par l’interdépendance entre les nations et les peuples. Dans un dernier
chapitre, nous nous arrêterons aux nouveaux défis que le pape François pose aujourd’hui à l’Église et au monde, entre autres dans l’encycliqueLaudato si’sur l’écologie intégrale.
En annexe, nous proposerons aux lecteurs un certain nombre de clarifications sur les fondements, la méthode de l’enseignement social, se s principaux principes, son caractère interdisciplinaire et son autorité. L’objectif est de faciliter la compréhension de cette tradition à ce jour et d’en spécifier les caractéristiques.
De la foi à l’action : les premiers chrétiens et la question sociale
1
ESPREMIERSCHRÉTIENnSavaientàleurdispositionaucunécritsinonlaBiblejuive,qui L deviendra plus tard l’Ancien Testament dans la Bible chrétienne. Les quatre Évangiles tels que e nous les connaissons ne seront reconnus officiellement qu’au II siècle. Mais peu à peu, une tradition orale se formait. Elle se nourrissait de la parole des apôtres, qui en assuraient l’authenticité. Ils rappelaient les faits, les gestes et les enseignements du Christ : sa mort et sa résurrection, ses attitudes envers les pauvres, les pécheurs et les étrangers, son annonce du Royaume. Ils le désignaient comme le Seigneur, le Christ, le Messie annoncé qui venait remplir la Promesse. C’est par l’écoute que l’on prenait acte de l’enseignement de Jésus caractérisé par l’usage de paraboles, d’images et de miracles ou par le récit de rencontres et d’échanges situés dans le contexte du monde juif.
C’est ainsi que les premiers chrétiens ont pris connaissance du récit du jugement dernier. Jésus y révèle qu’il s’identifie à tous les miséreux. Il do nne un sens profond aux gestes d’entraide ou de soutien et aux comportements envers les autres. « C haque fois, dit-il, que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères [recueillir l’étranger, vêtir celui qui est nu, donner à manger et à boire à celui qui a faim et soif, visiter un malade ou un prisonnier], c’est à moi que vous l’avez 2 fait . » Cette affirmation a donné un sens nouveau au plus grand commandement, celui de l’amour de Dieu et du prochain. Il ne s’agit plus seulement d’aimer le prochain comme soi-même, mais de l’aimer comme s’il était Jésus lui-même. On trouve là le fondement de la reconnaissance de la dignité de toute personne. Ce texte de Matthieu ne cessera d’interpeller les communautés chrétiennes dans leur fonctionnement et dans leur rapport au mo nde. Il en sera ainsi de beaucoup de gestes et de paroles de Jésus.
Par son enseignement, le Christ soulève des questio ns, souligne des attitudes, suggère des comportements. Tout n’est pas clos. On est loin d’u ne attitude déontologique. Une part d’interprétation et d’analyse est laissée à la conscience de celui qui entend la Parole et à l’Église, qui en est, pour une part, la gardienne et la promotrice.
Ainsi, longtemps dans l’histoire de l’Église, on s’est interrogé pour savoir qui étaient désignés par « les plus petits », expression utilisée par Ma tthieu dans le récit du jugement dernier. Une tradition identifiait ceux-ci aux disciples de Jésu s persécutés ; une autre à toutes celles et tous ceux qui dans le monde vivaient ces situations difficiles. Cette dernière interprétation appelait l’Église à chercher les causes de ces situations, à agir pour combattre les injustices, à créer des institutions pour s’occuper des veuves, pour soigner les malades, pour accueillir les pauvres et les orphelins.
Cette interprétation peut s’appuyer sur le texte de saint Paul aux Romains qui affirme : « Si ton 3 ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire . » Elle est une source lointaine de ce que l’on appelle aujourd’hui l’enseignement soci al de l’Église, terme que nous préférons à doctrine sociale. Cette dernière expression semble négliger le contexte dans lequel une position est prise et l’analyse qui y a conduit en tenant compte des idéologies, des sciences et des institutions du temps.
Dès les origines de l’Église, des questions importantes se sont posées sur le sens et la portée des gestes et des paroles de Jésus dans la vie sociale et le comportement des gens. On a traité des problématiques telles que la mise en commun des bie ns et la question de la propriété privée, la condamnation de la richesse, la place importante faite aux pauvres, la reconnaissance des différentes cultures, les rapports des chrétiens et de l’Église avec l’État. La plupart de ces thèmes ont encore u n intérêt pour nous aujourd’hui.
Voyons quelles sont les positions adoptées sur ces thèmes par des responsables ecclésiaux aux premiers siècles. Les Actes et les épîtres des apôtres de même que les textes des Pères de l’Église nous en ont laissé des traces. Les travaux récents des historiens qui ont eu accès à de nouvelles sources telles que les manuscrits de Qumrân ou de N ag Hammadi ainsi que d’autres sources juives er du I siècle après Jésus Christ permettent de mieux situ er les choix qui ont été faits. Laissons-nous interpeller une fois de plus par quelques textes forts qui font sens encore aujourd’hui.
De la mise en commun au droit de propriété
« Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs 4 biens et en partageaient le prix entre tous selon l es besoins de chacun . » Cette description de la première communauté chrétienne que nous retrouvons tout au début des Actes des apôtres est au fondement des interrogations que l’on s’est posées sur la nécessité de tout mettre en commun de même que sur le droit de posséder une propriété privée. À la fin du chapitre 4 de ce même livre, Luc récidive et écrit : « Parmi eux, nul n’était dans le besoin ; car tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres. On 5 distribuait alors à chacun suivant ses besoins . » Il évoque même l’exemple de Barnabé, qui possédait un champ, le vendit et apporta l’argent aux apôtres. Dans ces textes, on trouve un écho à l’apostrophe adressée au jeune homme riche par Jésu s dans les Évangiles : « Va, vends ce que tu 6 possèdes et donne-le aux pauvres . »
L’union fraternelle entre les premiers chrétiens résulte de leur foi commune au Seigneur Jésus et de l’expérience que les apôtres ont vécue avec l ui. Dans l’Église primitive de Jérusalem, elle a conduit à la mise en commun des biens, alors qu’un peu plus tard, dans les communautés venues du paganisme, elle s’est traduite par des collectes qu i jouent le rôle de caisse commune et que 7 recommande saint Paul dans la seconde épître aux Corinthiens .
La découverte et l’étude des manuscrits de Qumrân o nt permis aux historiens de constater une certaine parenté entre la description que l’on y trouve de la communauté de la secte essénienne et le 8 portrait que Luc propose de l’Église de Jérusalem dans les Actes. Pour l’historien Jean Daniélou , le fait que les juifs esséniens, dont plusieurs se convertiront au christianisme, pratiquent la mise en
commun des biens vient renforcer l’affirmation de L uc quant à cette même réalité dans l’Église primitive. Il affaiblit, du coup, l’interprétation de certains exégètes et historiens qui mettaient en doute l’existence d’un tel type de communauté et qu i présentaient la description de Luc comme un simple idéal abstrait.
Cette expérience concrète se limiterait cependant au temps de la naissance de l’Église et serait circonscrite à Jérusalem. Une telle mise en commun serait trop complexe si elle concernait un grand nombre de fidèles et difficilement envisageable dans les milieux païens. On ne peut non plus négliger le fait qu’assez rapidement les chrétiens ont subi des persécutions de la part de certains groupes juifs, puis de païens. Étienne a été martyrisé vers les années 36 ou 37, Jacques le Majeur décapité en 43 ou 44, Paul arrêté en 58 à partir d’interventions juives. Sous le règne de Néron, en 64, commencèrent les persécutions plus systématiques des chrétiens par l’Empire romain. Dans de telles circonstances, les chrétiens ne cherchaient certes pas à se distinguer des autres citoyens par leur mode de vie et à se rendre plus vulnérables en vivant en communauté. Ils cherchaient à vivre comme les autres citoyens tout en évitant tout ce qui pourrait ressembler à de l’idolâtrie.
Malgré ce contexte, cet idéal de la communauté de biens est demeuré comme une interpellation qui donna naissance à différentes pratiques, dans les premiers siècles, soit en termes de partage, de contribution à la vie de l’Église, de fonds de seco urs pour les veuves et les pauvres. Avec le temps, comme la chasteté, la vie commune devint peu à peu l’expression de ce que l’on a appelé plus tard la voie des conseils évangéliques. Elle n’avait aucun caractère obligatoire et n’était pas un trait des Églises qui croissaient en Asie, en Afrique et en E urope. Elle inspira cependant les premières formes e de communautés monacales au IV siècle. Saint Pacôme, en 323, rédigea une première règle monastique comprenant 194 articles qui déterminaient avec précision le rythme de la vie quotidienne et les services généraux offerts par sa communauté. Vers 357, saint Basile mit l’accent sur la vie en communauté et proposa comme idéal et cadre normal du développement spirituel le tableau de la vie 9 des premiers chrétiens de Jérusalem telle que la décrivent les Actes des apôtres .
La question de la propriété privée suscita beaucoup plus de débats chez les Pères de l’Église, qui commentaient diverses citations du Christ reprises dans les Évangiles, dans le texte des Actes des apôtres sur la première communauté ou encore dans les propos des philosophes du temps. Il n’est pas toujours facile de connaître le point de vue précis de saint Basile, de saint Jean Chrysostome, de saint Ambroise, de saint Augustin et d’autres. L’interprétation des experts diverge fréquemment. Il ne faut pas s’en surprendre, puisque les Pères s’adressent à des auditoires différents, font face à des situations distinctes et n’écrivent pas de traités qui abordent directement le droit de propriété. Dans certains cas, ils semblent totalement réprouver la propriété privée. Saint Basile, un moine, écrit :
Jésus Christ a déclaré : « Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce point à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple. » Par conséquent, nous estimons que ce précepte du Seigneur exige le renoncement le plus complet, puisqu’il s’étend aux nombreux biens et 10 avantages dont il est nécessaire que nous nous détachions .
Pour sa part, saint Jean Chrysostome proposa divers exemples de vie vertueuse : Parmi eux, tel brilla par la pauvreté, et tel par les richesses : ainsi Élie fut pauvre, Abraham opulent ; prenez la voie qui vous paraît la plus aisée, la plus à votre portée. […] Ainsi