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Naître

De
96 pages

Le temps de la naissance est un temps de crise, de joie, mais aussi de fragilité et les rituels de la naissance font partie de ceux qui ont le mieux résisté à l’érosion contemporaine. Certains sont clairement destinés à protéger l’enfant, en particulier au moment crucial de la nomination. D’autres affirment son appartenance à un groupe religieux ou à une communauté. Depuis le modèle archaïque et brutal du sacrifice du premier né, auquel le geste d’Abraham met fin, ils ont connu une évolution que cet ouvrage tente de cerner.Cet ouvrage comprend un cahier hors-texte d'illustrations en couleurs.

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Préface
La connaissance des religions fait l'objet depuis plusieurs années d'une attention renouvelée, chaque religion étant traitée isolément. La collection « Rituels » propose, au milieu de présentations souvent redondantes, une approche originale, volontairement ciblée en direction des profes-seurs des écoles, des collèges et des lycées, des étudiants, et d'un public plus large avide de comprendre que les grandes religions ont accompagné, par leurs rites et leurs croyances, la vie concrète des femmes et des hommes d'hier et encore d'aujourd'hui. La naissance, le mariage, la mort, les calendriers et les rites festifs, l'alimentation et le vêtement, la femme, la sexualité… Tels seront les sujets traités ici. Chaque thématique fera l'objet d'un volume particulier, illustré par une iconographie choisie. Cette nouvelle collection « Rituels » se décline donc en mettant en rapport les textes fondamentaux des grandes traditions religieuses avec les pratiques du quotidien, familiales et sociales tout à la fois, des plus « domestiques » aux plus publiques, des plus acceptées aux plus controversées. Procéder ainsi permet de voir combien, dans une France sécularisée, dans une France républicanisée aussi, la religion a une présence plus importante qu'on ne le pense, pourvu qu'on en regarde avec attention les mani-festations les plus courantes. Cette approche rend possible
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surtout une comparaison effective entre les religions actuellement présentes sur le sol français, religions chré-tiennes, judaïsme, islam particulièrement. Cette religion du quotidien, souvent festive, permet la comparaison, indépendamment du poids respectif de chaque confession voire de sa présence plus ou moins ancienne sur le sol national. La comparaison rend possible, paradoxalement, de mesurer la différence, parce que les pratiques ne sont pas également fondées sur des croyances, parce qu'aussi les pratiques s'inscrivent dans des héritages culturels eux-mêmes variés. Mais compa-rer c'est aussi mettre en évidence des ressemblances, suggérer parfois des rapprochements suggestifs. Les religions sont en négociation constante avec la modernité qui les sollicite et avec leurs traditions qui les légitiment. Et les « rituels » ici étudiés se présentent, d'une certaine manière, comme des « lieux de mémoire » sans cesse réappropriés, contestés parfois de l'intérieur, réac-tualisés souvent pour garder sens et lisibilité.
Claude Langlois, ancien directeur de l’Institut Européen en Sciences des Religions
APERÇUS HISTORIQUES ET THÉOLOGIQUES
[Les communautés juives, chrétiennes et musulmanes en France
L’histoire des juifs, installés en France, depuis le plus haut Moyen Âge, est une histoire de persécu-tions : ils furent expulsés une première fois par Philippe le Bel en 1306 ; rappelés peu après, ils furent défini-tivement chassés en 1394. Dès lors, si l’on excepte quelques communautés qui échappèrent à cette pros-cription, comme celle d’Avignon, qui appartenait au pape, ou celle d’Alsace, qui n’était pas une terre fran-çaise, le judaïsme tient pour une part à une immi -gration de l’Europe de l’Est ashkénaze, survivante des pogroms, poussée par des siècles de persécution (la communauté a appris à fermer ses portes, même lors des rites qui commandaient qu’elles fussent ouvertes), et d’autre part de l’Afrique du Nord séfarade, avec les exilés d’Algérie arrivés après 1962 ou les immigrés du Maroc et de la Tunisie. L’ironie de l’histoire veut que certains d’entre eux soient les descendants des juifs déjà expulsés d’Europe au Moyen Âge. Les communautés musulmanes, quant à elles, sont liées au passé colonial de la France ; elles sont issues de l’immigration d’Algérie, du Maroc, de la Tunisie, mais aussi d’Afrique subsaharienne. Bilal, que la Tradition présente comme le premier converti à l’enseignement du Prophète en dehors de sa proche famille, était noir. D’autres groupes plus réduits proviennent d’Inde (anciens comptoirs, Pondichéry par exemple), de Turquie, du Pakistan, d’Iran, mais on compte aussi des Français de souche convertis, 30 000,
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dit-on. Il faut distinguer également une immigration temporaire (qui pratique les rites essentiels lors de son retour dans son pays d’origine) d’une immigration définitive qui doit trouver un moyen de les pratiquer en France. Comme d’autres pays d’Europe, celle-ci a pris du retard dans l’acceptation et l’intégration de sa com-munauté, qui compte plusieurs millions de fidèles ; les lieux de culte mais aussi les carrés musulmans dans les cimetières sont trop peu nombreux. Depuis peu, il existe en France un Conseil fran-çais du culte musulman (CFCM). La toile de fond est constituée par l’Église catho-lique : la France de l’Ancien Régime était la fille aînée de l’Église. Son histoire religieuse est marquée par des conflits avec Rome. L’Église française, dite galli-e cane, a été influencée puis dominée auXVIIIsiècle par la sévérité janséniste. Elle a nourri une certaine méfian-ce envers les fastes de la ritualité romaine. Elle a aussi beaucoup lutté contre les coutumes populaires qui fai-saient preuve d’une inventivité parfois subversive. L’importation du père Noël, par exemple, a provoqué les foudres de l’Église de France dans les années 1950. Elle est actuellement en crise, au moins en ce qui concer-ne les vocations, et change de visage ; ses prêtres sont de plus en plus souvent originaires de Pologne ou d’Afrique subsaharienne et, dans les églises pari-siennes, les fidèles sont fréquemment réunionnais ou antillais. Il se trouve que la république française s’est construite en opposition à un catholicisme, dont les e choix politiques, tout au long duXIXsiècle, allaient à l’encontre de ses principes. Cependant, son calen-drier scolaire, ses décors de clochers et de calvaires, et nombre de ses habitudes, comme le poisson du vendredi à la cantine de l’école, y trouvent leurs racines. À la fin du second millénaire, l’Église a commencé à
réfléchir à l’inquisition, à son rôle dans la diffusion de l’antisémitisme qui a conduit à la Shoah. Les Églises protestantes calvinistes sont issues d’une révolte à la fois politique et religieuse du début e duXVIsiècle qui a tenté une refondation du christia-e nisme. Après les guerres de religion duXVIsiècle, e leurs membres seront martyrisés auXVIIsiècle et finalement forcés à l’exil, sauf en Alsace. Cependant, les compétences politiques et financières des pro-testants leur assureront à nouveau un rôle important juste avant la Révolution française ; aujourd’hui, ces Églises demeurent actives dans le secteur associatif. On trouve également en France des Églises baptistes, des Églises mennonites*, revenues en Europe après s’être développées aux États-Unis, et d’autres Églises encore, nées aux États-Unis, comme l’Église pente-côtiste (active en particulier chez les Tsiganes). Née des immigrations russe, roumaine et grecque, l’Église orthodoxe, ou Église des sept conciles (alors que l’Église catholique en compte vingt-et-une et les protestants quatre seulement), dont la séparation d’avec l’Église d’Occident s’est consommée en 1054, est le fait d’une minorité russe, roumaine et grecque e installée en France à partir duXIXsiècle. La premiè-re église orthodoxe a été construite en 1816, à Paris, rue de Berri. Tout cela dans une France laïque, dont la laïcité n’est pas sans présenter quelques traits relevant du sacré (représentation de la République, hymne…) issus de la Révolution de 1789 ; également dans une France médicalisée et réglementée, ce qui influence aussi la ritualité. En effet, la naissance et la mort se passent
* Églises issues de la Réforme. Le terme se réfère au théologien e et prédicateur hollandais Menno Simons (XVIsiècle). Les adversaires de ce mouvement le désignent par « anabaptisme » car il ne reconnaît que le baptême des adultes.
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à l’hôpital ; le mariage civil est précédé d’un examen de santé prénuptial ; l’abattage des animaux, par exemple, est soumis à des règles qui ne sont pas com-patibles avec les sacrifices selon les rites musulmans.
[Le judaïsme et ses sources
Dépouillés de leur royaume et de leur capitale, les juifs se sont retrouvés dans des livres. La référence essentielle, c’est bien sûr la Torah. La Torah, que l’on traduit souvent par « La Loi », désigne les cinq livres du Pentateuque. Elle constitue la première partie de la Bible hébraïque. Celle-ci comprend deux autres parties,Les ProphètesetLes Écrits. Le corpus des 24 livres qui constituent le canon biblique a été établi e vers leIIsiècle. Le judaïsme nomme ce corpus TaNaKh, du nom des initiales des trois divisions de la Bible hébraïque. Par extension, le terme de Torah désigne aussi le canon juif de la Bible. Il exclut les livres que les catholiques appellent deutérocano-niques, c’est-à-dire les livres de Judith, de Tobie, des Maccabées (1 & 2), Sagesse, Siracide, Baruch (chap. 1-5), la Lettre de Jérémie (Baruch 6) et les complé-ments grecs d’Esther et de Daniel, ce qui n’empêche pas le judaïsme de les connaître et d’y avoir recours. L’étude de la Torah et la tradition orale ont très tôt donné naissance à d’autres ouvrages, qui pour certains sont encore plus souvent consultés que la Torah : La Mishnaest l’enseignement de la Loi orale (la Torah orale Tchébéal péh), transmis oralement en e hébreu et codifié auIIsiècle avec Judas le Saint, dit Rabbi (le Prince). Le Talmud, constitué de commentaires de la Mishna, a été produit par les maîtres des académies de Palestine et de Babylonie, lesamoraim. Il en exis-te en fait deux : le Talmud de Jérusalem (ou plus
exactement de Palestine), compilé à Tibériade vers la e fin duIVsiècle, et le Talmud de Babylone, d’une influence supérieure sur la diaspora juive, fixé vers la e fin duVsiècle. Ils contiennent les discussions rabbi-niques de laGemara. Le Talmud a subi régulièrement e des autodafés jusqu’auXVIsiècle. C’est souvent vers la lecture et l’étude du Talmud qu’on se tourne quand on veut retrouver ses racines juives. Le Zohar*, bien que largement postérieur, a fina-lement pris une importance presqu’égale à celle du Talmud. C’est l’œuvre majeure de la traditionmystique juive ; il est écrit en araméen. Attribué traditionnelle-e ment à Siméon bar Yohai, il fut en réalité rédigé auXIII siècle par Moïse de Leon et son école. Il traite des points les plus ardus de la kabbale théosophique, mais son étude rythme les moments importants de la vie ; on l’étudie lors des fêtes qui accompagnent une nais-sance, le jour de la mort d’un homme pieux… Le croyant respecte les dix commandements mosaïques mais aussi les 613 commandements** de la tradition (mitsva, plurielmitsvot), à accomplir en y mettant une intention particulière (kavana) et sans considérer de rétribution dans ce monde ni dans l’autre… Le culte se célèbre en hébreu, certaines prières en araméen. La liturgie et certains points du dogme pourront varier selon qu’on se trouve dans un milieu ashkénaze ou séfarade, orthodoxe ou réfor-mé… De même, certaines cérémonies varieront, selon qu’on se trouve en Israël ou dans la diaspora. Le judaïsme est également une religion qui porte le deuil de son Temple, à Jérusalem, dont la destruc-tion a rendu caduques certaines prescriptions et dont l’absence se manifeste en creux dans le rituel.
* Souvent traduit par « splendeur ». ** 365 interdits et 248 commandements positifs.
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