Notre-Dame de La Salette et son message authentique
181 pages
Français

Notre-Dame de La Salette et son message authentique

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Description

Sous le titre de « Secret de La Salette » circule une masse de prédictions censées avoir été révélées par la Vierge Marie, lorsqu'elle apparut le 19 septembre 1846 à 1 800 mètres d'altitude dans les Alpes. Paradoxalement, ce fut saint Jean-Marie Vianney, humble curé d'Ars, qui discerna la faille par laquelle ces additions inauthentiques ont réussi à s'introduire. Autre découverte faite par l'auteur de cet ouvrage : le discernement exercé à ce propos par le pape Pie IX. Quant au message de La Salette lui-même : les récits pris en 1846-47 sous la dictée des deux jeunes témoins, Maximin et Mélanie, montrent un message centré sur le Christ Sauveur, un Sauveur dont l'humanité, créée d'après la Bible à l'image et ressemblance de Dieu, a un besoin absolu.

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Date de parution 24 août 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140155635
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Jean SternNotre-Dame de La Salette
et son message authentique
Un discernement amorcé par le saint curé d’Ars
Sous le titre de « Secret de La Salette » circule une masse de Notre-Dame de La Salette
prédictions censées avoir été révélées par la Vierge Marie,
lorsqu’elle apparut le 19 septembre 1846 à 1 800 mètres et son message authentiqued’altitude dans les Alpes. Paradoxalement, ce fut un humble curé
de campagne, saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars, qui discerna
Un discernement amorcé par le saint curé d’Arsla faille par laquelle ces additions inauthentiques ont réussi à
s’introduire. Autre découverte faite par l’auteur du présent livre :
le discernement exercé à ce propos par le pape Pie IX.
Quant au message de La Salette lui-même : les récits pris en
1846-47 sous la dictée des deux jeunes témoins, Maximin et
Mélanie, montrent un message centré sur le Christ Sauveur,
un Sauveur dont l’humanité, créée d’après la Bible à l’image et
ressemblance de Dieu, a un besoin absolu.

Jean Stern est né en 1927 à Vienne en Autriche, dans une famille juive.
Devenu chrétien, il a reconnu en Jésus de Nazareth le Messie d’Israël. Entré
en 1948 dans la Congrégation des Missionnaires de Notre-Dame de la
Salette, il a été ordonné prêtre en 1953. Docteur en théologie (Lyon, 1965),
il a longtemps été archiviste de sa Congrégation à Rome.
Préface de Mgr Guy de Kerimel
Illustration de couverture : détail de la statue de Notre-Dame
parlant à Maximin et Mélanie (située sur les lieux de l’apparition).
Cliché : Archives des Missionnaires de Notre-Dame de la Salette.
ISBN : 978-2-343-20891-6
19 e
Jean Stern
Notre-Dame de La Salette et son message authentiqueReligions et Spiritualité
fondée par Richard Moreau,
Professeur émérite à l’Université de Paris XII
dirigée par Gilles-Marie Moreau et André Thayse,
Professeur émiversité de Louvain

La collection Religions et Spiritualité rassemble divers types
d’ouvrages : des études et des débats sur les grandes questions
fondamentales qui se posent à l’homme, des biographies, des
textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou
méconnus.
La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au
dialogue inter-religieux.


Dernières parutions

Jean-François FYOT, Guillaume de Saint-Thierry pour nous
aujourd’hui, Actualité des Pères cisterciens, 2020.
Pierre Holvoët, Les Évangiles bibliques de l’enfance de Jésus,
2020.
Roger GIL, Hilaire de Poitiers et l’humanité souffrante du
Christ, 2020.
Ngoc Tiem TRAN, L’Homo sapiens et l’émergence de la
conscience. L’émergence de la conscience émotive,
cognitive et spirituelle, 2020.
Stanislas LONGONGA, Initiation à la lecture du Nouveau
Testament, 2020.
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sentiment patriotique royal / national, 2020.
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Histoire bimillénaire et géographie mondiale, 2020.
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françaises de Christophe Colomb à nos jours, De la
catholicisation à l’évangélisation, 2019.
Sylvie GUERINEAU, Bouddhisme de tradition tibétaine
en France. Lignée Karma Kagyu. Etude de la première
Jean STERN






NOTRE-DAME DE LA SALETTE
ET SON MESSAGE AUTHENTIQUE
Un discernement amorcé
par le saint curé d’Ars




Préface de Mgr Guy de Kerimel

















Du même auteur :

Bible et tradition chez Newman. Aubier, Paris 1967
(collection ‟Théologie”, 72).
La Salette Documents authentiques. 3 tomes, Association des
pèlerins de la Salette, 1980-1991.
L’évêque de Grenoble qui approuva la Salette. Philibert de
Bruillard (1765-1860). Signe, Strasbourg 2010.
Jean-Paul II et le mystère d’Israël. Parole et Silence, Paris,
2014.
Le curé d’Ars et le message authentique de La Salette.
L’Harmattan, Paris, 2018.
Le lien entre catholicisme et Israël d'après le cardinal Henri
de Lubac. L’Harmattan, Paris, 2019.
















© L’Harmattan, 2020
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-20891-6
EAN : 9782343208916



Préface


L’apparition de la Vierge Marie à La Salette, le 19
septembre 1846, aux deux enfants Maximin et Mélanie, a
très vite attiré les foules sur ces montagnes, situées à
l’extrémité sud du diocèse de Grenoble-Vienne. Durant
l’apparition la Belle Dame a confié à chacun des enfants
un secret personnel. Ces secrets de La Salette ont suscité
la curiosité des gens et ont donné lieu à des révélations
très fantaisistes, semant le trouble et la confusion, jusqu’à
remettre en cause l’authenticité de l’évènement, reconnu
par mon prédécesseur, Mgr Philibert de Bruillard. Il
convient donc de rétablir sans cesse la vérité, en faisant un
travail de précision et de distinction.
À propos des ‟secrets ˮ venant du ciel comme ceux de
Fatima, le cardinal Josef Ratzinger, préfet de la
Congrégation pour la Doctrine de la foi et futur pape
Benoît XVI, a formulé une distinction capitale, à savoir la
distinction entre ‟prophétiser ˮ et ‟prédire ˮ : « prophétiser
au sens biblique ne signifie pas prédire, mais exposer la
volonté de Dieu pour le présent, et donc montrer la voie
juste vers l'avenir ». Par contre prédire, c’est satisfaire « la
curiosité de la raison désireuse d’écarter le voile qui cache
1l'avenir » .
La distinction opérée par le futur pape Benoît XVI est
capitale pour discerner correctement le contenu du

1 Cardinal Josef Ratzinger, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine
de la Foi, « Commentaire du secret de Fatima », in : CONGREGATION
POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Le message de Fatima. 26.6.2002
(traduit de l’allemand).

5 message que nous a donné la Vierge Marie à La Salette.
La Mère du Christ y a ‟prophétisé ˮ que l’humanité a
besoin, absolument, de se soumettre à Dieu,- cela non pas
simplement parce que Dieu est le plus fort, mais parce que
Dieu est la Source absolue de tout bien et qu’il a créé
l’homme à son image et à sa ressemblance. En omettant
d’écouter Dieu, de rendre grâce à Dieu, de demeurer dans
une relation de confiance avec Lui, les êtres humains
créent leur propre malheur.
Malheureusement sous le titre de « Secret de La
Salette » circule sur internet ou sous forme imprimée une
masse de prédictions censées toutes révélées par la Vierge
Marie lorsqu’elle apparut le 19 septembre 1846 dans nos
montagnes. La Salette présentée de cette façon a
dégénérée en arsenal à prophéties s’ajoutant à d’autres
prophéties circulant depuis des siècles. La Vierge Marie
est utilisée pour donner poids et autorité à des messages
qui ne sont que le fruit d’imaginations inquiètes. Dans ces
annonces tout n’est pas nécessairement faux, de même que
les enseignements d’un hérétique ne sont pas tous
nécessairement faux. Mais le résultat global est pervers.
Dans le cas du message de La Salette cette accumulation
de prédictions produit un résultat doublement pervers :
notre message a dégénéré en un type de prédictions
menaçantes qui se reproduit depuis des siècles ; quant à ce
que la Vierge Marie a voulu nous rappeler à La Salette au
sujet de son Fils notre Sauveur et de ses prières à elle, cela
devient peu de chose face à cette accumulation de
catastrophes annoncées. Les « pseudo-secrets » rendent
inaudibles le message authentique qui, lui, s’inscrit dans le
cadre de la Révélation, renvoyant à la Parole de Dieu.
De plus, on a osé soutenir qu’ajouter foi à ces
prédictions est obligatoire sous peine de sanctions venant
du ciel ! Or jamais l’Église n’a fait d’une apparition
mariale et de messages de la Vierge Marie un dogme de
6 foi. En effet, la Révélation est close depuis la mort du
dernier Apôtre de Jésus. Notre apparition, ayant eu lieu
postérieurement aux temps des apôtres, n’est pas un
dogme de foi et ne peut pas l’être. Puis, en ce qui regarde
les prédictions en question : ceux qui dans la sainte Église
ont reçu la charge de se prononcer à leur sujet, se sont
prononcés négativement.
Le Père Jean Stern, durant de longues années archiviste
des Missionnaires de Notre Dame de La Salette, a pu
explorer l’ensemble de la documentation qui existe au
sujet de notre apparition, non seulement en France mais
également à Rome. Il a ainsi fait une découverte en ce qui
concerne le problème des pseudo-secrets de La Salette :
paradoxalement, ce fut un humble curé de campagne, saint
Jean-Baptiste Vianney, curé d’Ars, qui le premier discerna
la faille par laquelle ces additions inauthentiques ont réussi
à s’introduire.
Deuxième découverte, encore plus importante, celle du
discernement opéré par le pape Pie IX lui-même, ment qui tient compte de la psychologie des
jeunes. Enfants et adolescents étant des êtres
influençables, Pie IX estimait qu’il pouvait fort bien
arriver qu’à la suite de contacts avec certains adultes, de
jeunes témoins d’une apparition authentique y ajoutent des
éléments inauthentiques. Il y a donc lieu de discerner,
mais non pas nécessairement de rejeter globalement.
Tout cela a déjà été exposé dans un premier livre, Le
curé d’Ars et le message authentique de La Salette. Ce
nouveau livre contient au sujet des pseudo-secrets des
informations complémentaires. Parmi celles-ci, une est
particulièrement intéressante : à savoir les données à partir
desquelles le bienheureux Pie IX formula son jugement.
Je remercie le Père Stern pour son engagement
persévérant au service de la transmission du message
authentique de Marie à La Salette. Ce message est
7 pleinement d’actualité, comme invitation à la conversion
et à la réconciliation avec Dieu, y compris dans la
dimension écologique de cette conversion.

13 mai 2020
Fête de Notre-Dame de Fatima

† Guy de Kerimel
Évêque de Grenoble-Vienne
8


Note préliminaire


On trouvera les précisions techniques sur les documents
cités - lieu de conservation, variantes éventuelles, etc., -
dans La Salette Documents authentiques (=LS Doc.
auth.) : 3 tomes, Association des pèlerins de la Salette,
1980-1991 ; sur l’affaire d’Ars en particulier dans le
tome 3, qui porte sur la période 1849-1854.

EG = Évêché de Grenoble. Archives, fonds « La
Salette »

Sauf indication en sens contraire, dans les textes cités
on a cherché à conserver l’orthographe ancienne.


***


Pourquoi ce nouveau livre ?

« Le critère pour établir la vérité d’une révélation
privée est son orientation vers le Christ lui-même »
(BENOIT XVI, Exhortation apostolique post-synodale
Verbum Domini du 30 septembre 2010, n. 14).
L’apparition de la Salette répond positivement à ce critère.
La Vierge Marie y présente en effet son Fils comme étant
notre Sauveur, crucifié pour nous et ressuscité. Elle se dit
chargée de prier, afin qu’il ne nous abandonne pas. Or des
récits de notre apparition continuent à être diffusés,
contenant toutes sortes de prédictions fantaisistes.
Celles9 ci détournent l’attention de ce qui se trouve au cœur de
notre message : à savoir le Christ crucifié et ressuscité,
Sauveur du peuple de Dieu. Dans le présent livre, le
lecteur trouvera des données complémentaires,
susceptibles de l’aider à voir clair. Parmi ces données
complémentaires figurent en particulier celles que le
bienheureux Pie IX prit en considération pour discerner.
J. St.
10


Introduction


Au cours de l’été 1891 le sanctuaire de la Salette reçut
la visite de l’écrivain Joris Karl Huysmans (1848-1907). Il
y avait été amené par un certain Dr Johannès. Les deux
noms figurent sur le registre de l’hôtellerie à la date du 21
juillet. Johannès, de son vrai nom Joseph Antoine Boullan,
était un prêtre apostat, entré dans une secte peu avant le
décès en 1875 du fondateur de celle-ci, un certain Vintras.
1Boullan se voulait même son successeur, paraît-il . Initié
au message de l’apparition du 19 septembre 1846 par ce
guide, Huysmans, qui n’était pas encore le converti qu’il
deviendra bientôt, conclut dans l’immédiat à propos de
notre message que l’Église « a volontairement falsifié les
faits et fabriqué une madone qui débite des discours
2médiocres sur les récoltes » . Le Dr Johannès, en effet, lui
avait fait lire un récit de l’apparition où figurait le trop
fameux ‟secret de la Salette”.
Le Huysmans qui vient de monter à la Salette en
compagnie de Boullan est encore l’esthète à l’affût
d’expériences. Il franchira le pas décisif vers le Christ
seulement l’année suivante, en 1892. Une fois converti,

1 Cf. l’article “Boullan”, dans J.-P. CHANTIN (sous la direction de), Les
marges du christianisme..., Paris, Beauchesne, 2001, (Dictionnaire du
monde religieux..., 10), p. 21-22.
2 Lettre de Huysmans du 26.7.1891 à Berthe Courrière, dans J.K.
HUYSMANS, Là-haut, suivi du Journal d'En-route, Tournai, Casterman
1965, p. 242 (cf. aussi J.K. H., Là-haut ou Notre-Dame de la Salette.
Édition critique de M. Barrière. Nancy, Presses Universitaires de
Nancy, 1988). Sur la destinataire de la lettre, cf. R. BALDICK, La vie
de J.K. H., traduit de l'anglais, Paris, Denoël, 1958.
11 l’écrivain évoquera sa visite au sanctuaire dauphinois dans
La Cathédrale (1897). Or l’œuvre ne contient pas la
moindre allusion aux prophéties contenues dans la
brochure que Boullan lui avait glissée entre les mains.
Avant son décès l’écrivain demandera que soit détruit le
manuscrit où il racontait la visite faite au sanctuaire
dauphinois sous la conduite d’un guide perverti qui l’avait
égaré. La Cathédrale contient en revanche la description
d’un groupe de pèlerines savoyardes. Huysmans les
présente avec sympathie et même admiration. Ces bonnes
paysannes devaient connaître l’apparition de la Salette à
partir des récits donnés par Maximin et Mélanie au cours
des tout premiers mois après leur expérience du 19
septembre 1846.
Mais de quoi s’agissait-il dans ces récits ? Il s’agissait
de la Vierge Marie montrant son Fils en croix et nous
rappelant que, pour vivre heureux et éviter les désastres, il
nous faut absolument vivre unis à ce Fils, nous ouvrir à
lui, l’écouter.
Et le curé d’Ars dans tout cela ? - Saint Jean-Marie
Vianney fut le premier à discerner la voie par laquelle les
aberrations prises au sérieux par le Dr Joannès ont pu
atteindre les alentours du message authentique,- les
alentours mais non pas le message lui-même, demeuré
toujours le même depuis les débuts.

12


1

Le problème du curé d’Ars


L’exemple de Jean-Marie Vianney (1786-1859), curé
d’Ars de 1818 jusqu’à son décès et saint canonisé, montre
qu’en matière d’apparitions il est parfaitement légitime,
pour un catholique, d’exercer son esprit critique. Le saint
avait reçu des informations au sujet de l’apparition de
Notre Dame à la Salette le 19 septembre 1846, peut-être
par l’intermédiaire de son ami, l’abbé J.B. Gerin
(17971863), curé de la cathédrale de Grenoble et fervent pèlerin
de la Salette : lors du premier anniversaire de l’apparition
le 19 septembre 1847, Gerin fut présent sur les lieux et y
prononça une allocution. Le curé d’Ars, assiégé par une
multitude de fidèles cherchant à se confesser à lui, était
dans l’impossibilité de monter à la Salette. Mais il aimait
parler de l’apparition aux fidèles rassemblés dans son
église. Il en parlait même dans ses catéchismes. « Je crois,
Monseigneur, qu’il y a peu de prêtres dans votre diocèse
qui aient autant fait que moi pour la Salette », écrira-t-il en
décembre 1850 à Mgr Philibert de Bruillard, évêque de
Grenoble.
Mais pourquoi cette lettre à Mgr de Bruillard ? Tout
simplement parce que celui-ci, ayant appris que le curé
d’Ars avait changé d’avis, lui avait demandé le motif de ce
changement. En tant qu’évêque responsable de porter un
jugement sur le fait de la Salette, Mgr de Bruillard
demanda au saint curé de bien réfléchir à nouveau et de lui
communiquer le résultat de ses réflexions. Le saint curé
répondit en justifiant son doute par un motif d’une
13 simplicité extrême. Il avait rencontré Maximin, l’un des
deux témoins de l’apparition. Or Maximin lui avait avoué
te « qu’il n’avait pas vu la s Vierge ».
À l’évêché de Grenoble on crut qu’il y avait eu un
malentendu entre le curé et le garçon. Début 1851 la thèse
du malentendu fut diffusée dans le public par un opuscule
intitulé M. Viannay [sic] curé d’Ars et Maximin Giraud
berger de la Salette, ou La vérité récupérant ses droits,
puis par un autre opuscule intitulé Défense de l’événement
de la Salette contre de nouvelles attaques. Le premier
opuscule était dû au chanoine Nicolas Bez (1796-1857),
auteur du premier livre sur l’apparition composé à la suite
d’une enquête sur les lieux. Le second opuscule eut pour
auteur le chanoine Rousselot, bras droit de l’évêque de
1Grenoble pour ce qui touchait à notre apparition .
Le chanoine Émile Millon (1864-1944), qui fut
professeur au grand séminaire de Grenoble et chapelain au
sanctuaire de la Salette, a consacré à l’affaire d’Ars une
importante étude (284 pages dactylographiées). Il y
remarque avec raison que la thèse du malentendu est
insoutenable. Le curé d’Ars en effet entendait fort bien.
D’autre part, il n’était ni sot ni entêté : s’il y avait eu
possibilité d’un malentendu de sa part, pourquoi aurait-il
fait difficulté de l’admettre, lui qui ne demandait pas
mieux que de croire en la réalité de l’apparition ? Or il
persistera à soutenir que, devant lui, l’enfant avait reconnu
qu’il n’avait pas vu la sainte Vierge. Millon conclut que le
démenti de Maximin fut « un mensonge simulé, un
mensonge à mystification ». Avant de rencontrer le saint
curé, le garçon avait rencontré son vicaire, l’abbé
Raymond. Celui-ci, voulant impressionner Maximin, avait

1 Sur Rousselot, voir Richard Moreau, « Le chanoine Pierre-Joseph
Rousselot (1785-1865). De la Franche-Comté à la Salette », in
Mémoires de la Société d’Émulation du Doubs. Nouvelle Série, n° 44,
2002, p. 139-163.
14 soutenu devant lui que le curé lisait dans les consciences.
Piqué au jeu, le garçon aurait relevé le gant et menti de
1propos délibéré .
L’explication donnée par Millon va dans la bonne
direction, en ce sens qu’elle présente la dénégation de
Maximin comme une réaction face à une influence venue
de l’extérieur. Or, comparées à ce que le garçon avait
entendu et vécu avant de venir à Ars, les paroles de
Raymond ne furent qu’une goutte d’eau, même si ce fut la
goutte qui fit déborder le vase.
En apparaissant le 19 septembre 1846 à Maximin et à
Mélanie, la Vierge leur avait confié, outre un message
destiné à tout le peuple, des ‟secrets”. Et Maximin était
venu à Ars en compagnie de gens qui s’intéressaient tout
particulièrement aux ‟secrets” en question. Ces
mystérieux secrets ne contiendraient-ils pas des annonces,
des prédictions, en particulier au sujet de la situation
politique en France, une situation quelque peu embrouillée
à la suite des récents bouleversements politiques,
Révolution de février 1848, etc. ? Maximin et Mélanie
purent ainsi entendre, évoquées devant eux, toutes espèces
de prédictions. La matière ne manquait pas. L’historien
Pierre Chaunu a ainsi pu parler d’une « cavalerie de
2l’Apocalypse » qu’il avait rencontrée dans l’Amérique du
dix-huitième siècle, mais le phénomène n’est propre ni à
l’Amérique ni au dix-huitième siècle. En ce qui concerne
notre apparition, les préliminaires de l’affaire d’Ars aident
à voir clair au sujet de l’origine des additions au message
authentique de Notre Dame de la Salette, qu’on rencontre
diffusées sous forme imprimée comme aussi sur internet.


1E. MILLON., L’incident d’Ars. Essai d’histoire documentaire. 1932
ème(dactylographie). 4 partie, ch. II, 2.
2 Cité dans Henri de LUBAC, La postérité spirituelle de Joachim de
Flore. Paris, Cerf, 2014 (Œuvres complètes XXVII-XXVIII), p. 14.
15
Mais avant de remonter aux préliminaires de l’affaire
d’Ars, nous essayerons de préciser ce que l’apparition du
19 septembre 1846 et son message furent pour Jean-Marie
Vianney, lorsqu’ils parvinrent à sa connaissance. Sous
quelle forme a-t-il connu le message ? Quelles sont les
correspondances qui existent entre ce message d’une part,
et les enseignements donnés par le saint dans sa catéchèse
et dans ses prédications, tels que ces enseignements nous
sont parvenus, de l’autre ?
Ajoutons ici seulement la remarque par laquelle saint
Jean-Marie Vianney termina sa lettre à l’évêque de
Grenoble, citée plus haut : « Après tout, Monseigneur, la
plaie n’est pas si grande, et si ce fait est l’œuvre de Dieu,
l’homme ne le détruira pas. » Le saint retrouva
effectivement sa pleine confiance en la réalité de notre
apparition.
16


2

Le garçon rencontré par le curé d’Ars

Le curé d’Ars a donc rencontré Maximin en septembre
1850 et des doutes se sont levés dans son esprit au sujet de
l’apparition. Mais qu’en était-il du Maximin de 1846 et
qu’en était-il de la Mélanie, en compagnie de laquelle il
vécut son expérience du 19 septembre 1846 ?

Le cadre géographique et social

Les familles de Maximin et Mélanie, les deux témoins
de l’apparition, habitent Corps, gros bourg du Dauphiné, à
la frontière entre les Alpes du sud et du nord. Les deux
enfants y retourneront après l’apparition, le garçon le
lendemain de celle-ci, la fille vers la fin de l’automne.
Relais sur la route royale de Grenoble à Antibes
(actuellement route Napoléon), chef-lieu du dernier canton
de l’Isère avant les Hautes-Alpes, le bourg offre des
possibilités de séjour aux visiteurs qui viendront interroger
les enfants. Toutefois malgré ses 1451 habitants
(recensement de 1846), la commune est de niveau modeste
quant aux institutions. L’année où la Vierge apparaît à
Bernadette, Lourdes possède un tribunal d’arrondissement,
une ‟école supérieure”. Corps n’a jamais dépassé
l’échelon de l’école primaire et de la justice de paix.
Beaucoup de gens continuent à s’exprimer en patois
provençal, en provençal du nord pour être précis. Même
par la route royale les communications reviennent cher.
Aussi vit-on en autarcie. Il suffit d’une mauvaise récolte
17 pour qu’il y ait disette. Au cours de l’hiver 1845-46 les
familles pauvres de ce canton montagneux, dont la
population vit surtout des produits de la terre, ont
effectivement faim, en particulier en raison de la maladie
de la pomme de terre, qui s’aggravera l’hiver suivant. En
1846 la récolte de céréales s’écroule à son tour à la suite
d’un printemps trop sec suivi d’un été trop pluvieux. Le
prix du pain de troisième catégorie, celui des pauvres,
passe à Grenoble de 24 centimes le kg en 1845 à 45
centimes en avril 1847. Entre temps des troubles ont éclaté
en divers points du territoire, avec attroupements au
passage des convois de céréales ou de pommes de terre.
La crise frappe d’autres pays en Europe. En Irlande la
population, affamée, finit par manger herbes, cadavres de
bêtes.

Situation religieuse

Le doyenné de Corps, dont la paroisse de la Salette fait
partie, appartient au diocèse de Grenoble. La région
possède une présence protestante relativement importante.
À en croire des ecclésiastiques qui ont visité les lieux
après l’apparition du 19 septembre 1846, la population de
Corps et des environs immédiats était autrefois endormie
dans l’indifférence religieuse et ne pratiquait guère. 0n
entendait autrefois les blasphèmes retentir de toute part.
Dans une lettre envoyée en décembre 1847 à l’évêque de
Grenoble par Pierre Mélin (1810-1874), curé de Corps à
l’époque de l’apparition, on peut lire que « le canton de
Corps, il n’y a pas bien longtemps, était habité par des
1demi sauvages » . Cependant l’ancienne correspondance
du même curé Mélin contient également des appréciations
positives. « La religion, cette fois, est rentrée triomphante
dans la paroisse de Corps », lit-on dans une lettre de Mélin

1 Lettre du 9.12.1847 (EG 96).
18