Petit précis d

Petit précis d'islamisme : des hommes, des textes et des idées

-

Livres
162 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Cet ouvrage vise à donner au lecteur francophone qui s'intéresse au monde arabe et musulman contemporain des éléments de compréhension globale de l'islamisme. Ne cherchant pas à coller à l'actualité, il se concentre sur l'histoire des idées et des textes qui ont servi de ressources au courant islamiste depuis le milieu du XXe siècle. Cette idéologie n'est accessible et intelligible qu'à la seule condition d'en retracer, de façon aussi critique que rigoureuse, la genèse.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 01 janvier 2014
Nombre de lectures 1
EAN13 9782336333786
Langue Français
Signaler un abus
Haoues Seniguer
Petit Précisd’islamisme :des hommes,des textes et des idées
Dans la même collection : 2012 e Mounir Corm,Pour une III république libanaise. Étude critique pour une sortie de Taëf Marc Lavergne(Dir.),Égypte une société en quête d’avenir, an 2 de la révolution, Marc Lavergne(Dir.),Égypte, l’émergence d’une nouvelle scène politique, an 2 de la révolution Sébastien Abis,Pour le futur de la Méditerranée, l’agriculture Sylvia Chiffoleau,Sociétés arabes en mouvement, trois décennies de changements Faouzia Zouari,Pour un féminisme méditerranéen Abdelatif Idrissi,Pour une autre lecture du Coran
2013 Gilbert Meynier,Pour repenser l’Algérie dans l’histoire Olivier Marty et Loïc Kervran,Pour comprendre la crise syrienne, éclairages sur un printemps qui dure Nicolas Dot Pouillard,Tunisie : la Révolution et ses passés Catherine Wihtol de Wenden,Pour accompagner les migrations en Méditerranée
© L'Harmattan, 2013 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02217-8 EAN : 9782296
Petit précis d’islamisme : des hommes, des textes et des idées
La bibliothèque de l'Iremmo
Collection dirigée par Pierre Blanc et Bruno Péquignot
Cette collection se propose de publier des textes sur tous les aspects de la vie sociale de la Méditerranée et du Moyen-Orient. Tous les domaines sont concernés, de la politique à la culture et aux arts, de l’analyse des mœurs et des comportements quotidiens à l’économie, de la vie intellectuelle à l’étude des institutions et organisations sociales, sans oublier la dimension historique ou géographique de ces phénomènes. L’objectif est de créer une sorte d’encyclopédie, au sens historique de ce terme, présentant, de façon claire et rigoureuse, toutes les connaissances produites par la recherche scientifique, mais aussi par les réflexions des acteurs impliqués à tous les niveaux de la société. Chaque ouvrage vise à faire le point sur un sujet traité dans un souci de le rendre accessible au-delà des cercles des spécialistes.
Haoues Seniguer
Petit précis d’islamisme : des hommes, des textes et des idées
L’HARMATTAN
● ● ●Dédicace
À mon épouse et à notre petit Adam arrivé, tel un rayon de soleil dans un printemps pluvieux, un inoubliable matin de 4 juin 2013.
● ● ●Introduction
Le malaise occidental vis-à-vis de l’islamisme, et le fait que ce phénomène improprement identifié à une relation singulière entre le politique et le religieux, le temporel et le spirituel, qui serait de surcroît le propre de l’islam, défie depuis des siècles toutes nos catégories d’analyse et de pensée. Il n’est au fond que le prolongement ou un succédané des fantasmes et amalgames occidentaux nourris dès les origines au sujet de l’islam scripturaire (Coran et paroles prophétiques essentiellement), véhiculés notamment par l’orientalisme français. L’originalité de l’islamisme réside certainement en son caractère récent et éminemment contemporain. C’est un millénarisme, qui recèle une eschatologie et une sotériologie qui dédoublent en quelque sorte l’islam lui-même, dans sa version plus piétiste ou mystique. Il est, en effet, en rupture radicale, contrairement à ceux qu’affirment ses fers de lance, avec les expressions séculaires de l’islam des plus lointaines origines. Il esta contrarioinhérent à des situations socio-historiques précises. Les raisons de son émergence sont essentiellement, mais pas exclusivement, d’ordre conjoncturel. Il puise, selon nous, son fondement dans une conscience aiguë, inédite, ou bien encore paroxystique, des rapports entre religion et politique portés à un haut niveau de conflictualité. Si le phénomène de confusion entre religion et politique, qui n’est au reste pas propre 1 à l’islam ou aux musulmans , est ancien, couvrant essentiellement
1. Olivier Carré,L’islam laïque ou le retour à la Grande Tradition, Paris, Armand Colin, 1993, p. 56-65.
7 ● ●
e e une période comprise entre le VII et le XI siècles, en revanche, c’est la volonté d’imposer la centralité de l’islam dans les champs politique, social et économique, en politisant à outrance la lecture des dogmes consacrés par la religion musulmane, qui est à coup sûr inédite. À cet égard, l’islamisme, cette « orthodoxie déviante » selon l’expression d’Olivier Carré, instaure, dans les mondes islamiques, une rupture majeure dans l’histoire des relations entre islam et politique, entre espace privé et espace public, entre ordre moral et ordre social. Pour ce sociologue, cette orthodoxie, qu’incarne parfaitement l’islamisme, « affirme l’identité de la religion, de l’État 2 et du temporel en général ». Il a vocation, aussi bien par le haut (par le bras séculier de l’État) que par le bas (apostolat), à systématiser le recours à un islam méta-social, hyper normatif et conservateur, en le naturalisant, c’est-à-dire en le banalisant dans la conscience musulmane collective. L’islamisme devenant, au bout du compte, le niveau normal, normalisé ou non altéré, d’un islam prétendument un et absolument homogène du point de vue des idées et des pratiques, depuis les origines jusqu’à nos jours. En cela, il sera montré que l’islamisme est à la fois un essentialisme et un culturalisme. Il est, à ce titre au moins, la version arabe et/ou islamique de l’orientalisme occidental. L’islamisme est le pendant « arabe » ou « musulman » de l’orientalisme européen et nord-américain. Il en est une espèce de réponse, de réaction narcissique. L’islamisme est un « occidentalisme », qui procède à la fois par réaction et affirmation ; il est au monde arabe ce que l’orientalisme est à l’Europe ou à l’Occident : une image « négative » ou dépréciative de l’Autre, celui qui, prétendument, ne partagerait pas son histoire, ses mœurs, sa religion, sa culture, etc. Il permet, à moindre frais, de construire une identité par la négative : ce que nous ne sommes pas et ce à quoi nous ne voulons surtout pas ressembler.
2.Op. cit., p. 34.
8 ● ●
C’est pourquoi, un bref détour par Edward Saïd est ici incontournable ; il a des vertus curatives. L’orientalisme « crée » l’Orient, une image repoussoir de l’identité occidentale. Cet orientalisme croit en dire autant sur l’Autre (l’Oriental, l’Arabo-musulman) que sur nous (notre façon d’objectiver cet Autre, de le faire déchoir de son statut de sujet à part entière et de nous placer en position de surplomb). Il y a un orientalisme intellectuel, savant, qui a souvent dérivé en une islamophobie savante, et un orientalisme vulgaire, de la masse (islamophobie vulgaire), qui tend à faire florès aujourd’hui sous nos latitudes. L’orientalisme s’est substitué 3 à l’Orient, et a puisé dans une logique idéologique de conquête , tandis que l’occidentalisme voit l’Occident moins en adversaire qu’en ennemi, qui poursuivrait continument des desseins hégémoniques à l’égard des musulmans en portant atteinte à l’intégrité de leur identité, leur culture et leur foi.
3. Edward W. Said,L’Orientalisme. L’Orient crée par l’Occident, traduction de l’américain par Catherine Malamoud et Sylvestre Meininger, Paris, Éditions du Seuil, p. 38-39.
9 ● ●