Peut-on être catho et écolo ?
84 pages
Français

Peut-on être catho et écolo ?

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Description

Il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans le coeur des disciples du Christ. (Gaudium et spes, 1) Encourager une écologie respectueuse de l'homme autant qu'une vraie théologie de la création est aujourd'hui nécessaire. Il est urgent que les chrétiens prennent conscience de l'évangile dont ils sont dépositaires en matière d'écologie. La société entière a tout à gagner de cet engagement. Il ne s'agit pas d'imposer une perspective de foi, mais d'interpréter et de défendre des valeurs fondées sur la nature même de l'être humain. Cet ouvrage invite à une lecture de la crise écologique à la lumière de la Parole de Dieu et donne de nombreuses clés pour un engagement affirmé et responsable dans le débat écologique. L'auteur : Mgr Dominique Rey est évêque de Fréjus-Toulon depuis 2000. Il a déjà publié de nombreux ouvrages et porte régulièrement la parole de l'Église sur les sujets de société fondamentaux.

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Date de parution 01 avril 2012
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EAN13 9782360400690
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Peut-on être catho et écolo ?
Mgr Dominique Rey
PEUT-ON ÊTRE CATHO ET ÉCOLO?
Lettre sur l’écologie
ARTÈGE
© Droits photo couverture : Ludovic Margot
© 2012, Éditions Artège, France
ISBN 9 782360 400706
ISBN epub : 9-782360-400690
Éditions Artège 11, rue du Bastion Saint-François – 66000 PERPIGNAN
www.editionsartege.fr
«La famille a beSoin d’une maiSon, d’un milieu à Sa meSure où puiSSent Se tiSSer deS relationS entre SeS membreS. Ś’agiSSant de la famille humaine, cette maiSon c’eSt la terre, le milieu que Dieu Créateur nouS a donné pour que nouS y habitionS de manière créative et reSponSable. NouS devonS avoir Soin de l’environnement : il a été confié à l’homme pour qu’il le garde et le protège danS une liberté reSponSable, en ayant toujourS en vue, comme critère d’appréciation, le bien de touS. »
Benoît XVI, Message de la Journée mondiale pour la paix 2008, 7
Introduction
Pas un jour ne se passe sans que la question de l’en vironnement ne soit abordée. Cette attention croissante à la protection de la nature est de l’ordre des signes des tempsglise d’être, auxquels le Concile Vatican II recommandait à l’É 1 attentive . Parmi les inquiétudes majeures et les préoccupati ons contemporaines figure en bonne place lacrise écologique, à laquelle personne à vrai dire ne peut être totalement étranger. Les problèmes liés à la p ollution, le traitement des déchets ou encore le gaspillage et l’épuisement des ressour ces naturelles sont devenus des sujets extrêmement sensibles. Le large retentisseme nt des catastrophes naturelles récentes (tsunamis, tremblements de terre, inondati ons…) a certainement contribué à la prise de conscience que nous nous trouvons fac e à des bouleversements qui touchent la terre tout entière et non à de simples crises limitées. L’écologie concerne les chrétiens au même titre que le reste de l’humanité, et même à un titre supplémentaire, car la terre et tou s ses habitants appartiennent à Dieu : « Au Seigneur est la terre et ce qu’elle ren ferme, le monde et tous ceux qui l’habitent. Car c’est lui qui l’a fondée sur les me rs, qui l’a affermie sur les fleuves. » (Ps 24, 1-2) Pour comprendre l’univers et ses lois, il n’est pas indifférent de connaître celui qui en est l’artisan. On pourrait dire qu’il en possède le mode d’emploi. On ne peut que regretter que les chrétiens ne parti cipent pas plus activement à ces questions et à cet engagement avec leur spécifi cité. Il y a en effet dans la Révélation de quoi participer audacieusement à l’an nonce d’unévangile écologique, capable de donner la profondeur qui fait défaut aux débats sur l’écologie, lorsqu’ils ne remontent pas aux causes véritables. « La questi on écologique ne peut se 2 réduire ni à des perspectives énergétiques, ni à de s questions techniques . » Face au scandale de la dégradation de la création, qu’on peut qualifier de tragédie écologique, il s’agit de ne sombrer ni dan s le catastrophisme, ni dans le négationnisme. Le regard chrétien ne peut être que profondément réaliste d’une 3 part , et empreint d’espérance d’autre part. En accueill ant le plan de Dieu, l’homme est en mesure de retrouver le chemin d’un juste équ ilibre dans ses relations au monde créé. L’écologie ne se réduit pas à une mode ou un courant de pensée : elle requiert un minimum de compétences techniques et de principes de réflexion pour permettre un vrai discernement à la lumière de la P arole de Dieu. Les chrétiens ne peuvent se dire indifférents face aux graves questions écologiques ; ils ne pourront pas échapper non plus à un sérieux examen de conscience face aux menaces de dégradations irréver sibles de la création. « Au seuil du nouveau millénaire, les chrétiens doivent se mettre humblement en présence du Seigneur pour s’interrogersur les responsabilités qu’ils ont, eux aussi, dans les maux de notre temps.effet, à côté de nombreuses lumières, l’époque En 4 actuelle présente beaucoup d’ombres . » Responsabilités, qui, on l’imagine bien, ne sont pas seulementtechniquesnts. Il n’est pas possible de considérer que les coura les plus radicaux de l’écologie ne sont que le frui t d’une vision utopiste et idéaliste de la réalité. Au contraire, on doit lire à leur or igine, comme en creux, une intuition, une attente déçue qui n’a pas trouvé de réponse. À cette soif de réconciliation avec
la nature n’a pas correspondu la proposition renouv elée d’une théologie de la création… Pour reprendre les mots de Chesterton,l’écologie moderne est pétrie 5 d’idées chrétiennes devenues follesL’écologie est un domaine d’application de la Doctr ine sociale de l’Église, dont le 6 premier principe est la centralité et la dignité de la personne humaine . C’est parce qu’il y est question de l’homme et de sa vocation, de son milieu de vie, de son écosystème, que nous ne pouvons nous désintéresser de l’écolo gie. Parce que le 7 Christ s’est fait homme, « l’homme est la route pri ncipale de l’Église . » De Jésus on peut véritablement dire : « Voici l’homme ! » (Jn 1 9, 5), voici le vrai visage de 8 l’homme ! Nous ne pouvons garder sous le boisseau cette Bo nne Nouvelle. L’Évangile est à la source d’un humanisme authentiq ue : « Éveille-toi, homme du troisième millénaire ! (Dieu s’est fait homme) ; sa façon d’être Dieu provoque notre 9 façon d’être hommes ! » On s’est, il est vrai, interrogé sur les réticences ou retards des chrétiens à se prononcer dans ce domaine, comme si l’on attendait que l’Église corrobore seulement les diagnostics, confirme les analyses et encourage une certaine attitude éco-citoyennetion, sans se limiter à. En réalité, si l’on veut bien approfondir la ques l’étude de sa position sur le réchauffement climati que, on est surpris par la tonalité de ses interventions en la matière. Certains ont sa lué en Benoît XVI l’avènement d’unPape vert, oubliant un peu vite l’abondance du Magistère du Bienheureux Jean-Paul II dans ce domaine. Il y a une véritable nouveauté dans l’enseignement de l’Église, qui ne se limite pas à répéter uncredosur la manière de mondain sauver la planète. Benoît XVI a magistralement résumé sa position dans l’encycliqueCaritas in veritateà propos des 10 relations entre l’homme et son environnement nature l . La conversion nécessaire aujourd’hui ne consiste pas dans le fait de savoir si l’on est convaincu ou non que nous nous trouvons face à uneurgence écologique. On n’a peut-être pas assez entendu les mots du Pape en Allemagne lorsqu’il a s alué dans le mouvement écologique des années 1970 « un appel d’air frais e t un cri qui ne doit pas être 11 ignoré ni mis de côté ». Lorsque quelque chose ne va pas dans notre rapp ort à la réalité, il faut le dire ; et le Saint-Père de se r éjouir que certains aient osé dénoncer les désordres dans nos relations à la nature : « la matière n’est pas un matériau brut à façonner à notre guise », on ne peut user et abus er arbitrairement des ressources de notre monde. Aux jeunes réunis à Sydney pour les JMJ en 2008, il avait détaillé les plaies qui marquent la surface de la terre. Il convient néanmoins de s’entendre sur le motécologieer un regardrecouvre des réalités très diverses et d’adopt  qui critique sur les conceptions incompatibles avec la foi chrétienne. Cette lettre pastorale s’adresse en premier lieu au x catholiques du diocèse de Fréjus-Toulon, qu’elle invite à une lecture de la c rise écologique à la lumière de la Parole de Dieu, en leur fournissant des critères de discernement, afin de les aider à suivre un chemin de lumière dans le foisonnement de s idéologies en présence, et à construire le monde présent et futur davantage sur le modèle d’une véritable « Civilisation de l’amour ». Nous voudrions également pouvoir toucher tous les h ommes de bonne volonté désireux de connaître la position authentique de l’ Église sur la question de l’écologie : qu’ils puissent goûter combien la trad ition biblique représente un patrimoine inestimable, un vrai trésor de sagesse e t une ressource terriblement
sous-exploitée pour guérir l’humanité d’une folie d ont la crise écologique n’est que le symptôme. La crise écologique que nous vivons vient en derniè re analyse du fait que l’homme a perdu la juste place qui était la sienne dans une nature sortie bonne et ordonnée des mains de Dieu à l’origine. Il ne sera ultimement possible de retrouver cette harmonie perdue qu’en changeant profondément le cœur de l’homme.
1. « L’Église a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile… Il importe donc de connaître et de comprendre ce monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations… »Gaudium et spes, 4. 2. Conférence des évêques de France, communiqué de presse, novembre 2011. 3.Cf.XVI, Exhortation apostolique Benoît Verbum Domini, 10 : « La Parole de Dieu nous pousse à changer notre idée du réalisme : la personne réaliste est celle qui reconnaît dans le Verbe de Dieu, le fondement de tout. » 4. Bienheureux Jean-Paul II, Lettre apostoliqueTertio Millenio Adveniente(1994), 36. 5. G. K. Chesterton,Orthodoxie, 1908 : « Le monde moderne est envahi de vieilles vertus chrétiennes devenues folles. » 6.Cf. Introduction du Compendium de la Doctrine sociale de l’Église intitulé « Humanisme intégral et solidaire » (2005). 7.Cf.Bienheureux Jean-Paul II, Lettre encycliqueRedemptor hominis, 13-14. 8.Cf.Gaudium et spes22 : « Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation. » 9. Benoît XVI,Message de Noël, 2005. 10.Caritas in Veritate,nn° 48-52. 11. Benoît XVI,Discours au Bundestag, 22 septembre 2011.