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POSSIBLE FOI AU CUR DE LA LAÏCITE

De
134 pages
Pourquoi tant d'obstacles à la pratique religieuse ? Publication de la liste des sectes, loi anti-sectes jettent le discrédit sur toute démarche religieuse. Comment comprendre cette méprise sur la place du religieux dans la société ? Mais alors, s'interroge l'auteur, la religion n'est-elle pas précisément l'essence même de la société ? Et si la laïcité, après tout, était la formation d'un peuple dont les valeurs sont agréables au cœur de Dieu, ne parlerait-on pas d'une possible foi au cœur de la laïcité ?
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Dominique KOUNKOU

POSSIBLE FOI AU CŒUR DE LA LAICITE

Collection:

Théologie

et vie politique KOUNKOU

de la terre

dirigée par Dominique

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

A Hélène Assimacoupolos, à Marie-Andrée et Dominique Dusigne, longtemps j'ai cherché comment vous rendre tant d'amour... Voici
enfm la Possible Foi pour la fécondité de l'avenir à partager.

Mon oreille avait entendu parler de toi; Mais maintenant mon ceil t'a vu Job 42, 5.

@ L'Harmattan, 2002 ISBN: 2-7475-3468-5

AVANT-PROPOS

Plusieurs Eglises, communautés et mouvements religieux sont soupçonnés d'être des sectes. Certains sont mis en examen et bientôt, peut-être, seront condamnés devant les tribunaux. L'urgence est donc signalée. Il y a nécessité à réfléchir pour se préserver du trouble à l'ordre public, mais aussi pour éviter l'injustice contre les Eglises et mouvements religieux. Dans La Gazette du Val d'Oise du 19 décembre 2001, l'adjoint au maire de Sannois assimile sans hésitation les Eglises chrétiennes d'expression africaine, antillaise et haïtienne aux sectes. Tout cet amalgame ne peut me laisser indifférent à cause de la charge que j'asswne : celle de président du Conseil des Communautés chrétiennes d'expression africaine en Europe. Voilà pourquoi il m'a semblé nécessaire de partager mes idées à travers cet essai. On se propose d'étudier ici des faits religieux. On choisit ceux qui sont susceptibles d'éclairer toute personne de bonne volonté et toutes institutions judiciaires, politiques ou autres. Le but recherché est d'éviter que le soupçon d'illicite ne recouvre à tort tout acte religieux. Car une telle démarche nous entraînerait dangereusement sur la pente risquée de l'inquisition. Fatalement, dans la même France et dans la même Europe, dans le même monde, des citoyens se sentiraient dans une sorte de

légitimité de persécuter d'autres citoyens qUI exerceraient leurs libertés, garanties par la loi: la liberté religieuse et la liberté de
conSCIence.

La morphogenèse des institutions ecclésiales incriminées est variée et longue à étudier. Voilà pourquoi nous avons choisi d'analyser le système religieux chrétien. L'économie y est décrite avec l'exactitude et la fidélité du théologien et du sociologue des religions.

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1

Guérir ou ne pas guérir

Guérir ou ne pas guérir ? C'est peut-être la question de fond de toutes religions. Par la guérison, les religions seront discriminées! Qu'on la regarde ou

qu'elle ne nous regarde pas, en tout cas, elle nous concerne. Si on accepte de reconnaître l'importance de la question, il devient urgent de postuler que la guérison spirituelle, physique, sociale, politique ou économique..., a rang de vérité première par rapport à tout sens religieux. Il devient alors fondamental de qualifier l'espace de questionnement des religions, afm que la scène d'une telle rencontre rende disponible la vérité qui guérit et ainsi libère vraiment. Quoique la phénoménologie la plus répandue du

christianisme se traduise par les libertés dont l'universalité est incontestable, on remarque que cette dimension phénoménologique ne s'est déployée que pour des motifs historiques: d'une part, la très grande influence judéo-chrétienne dans les siècles de lumière,

d'autre part, la contribution, au tnoins en partie, de la civilisation judéo-chrétienne dans la construction de la civilisation occidentale qui s'est exportée et a servi de modèle sur toute la planète. Une telle phénoménologie, purement historique, démontre la puissance du christianisme dans sa capacité à réduire les forces qui

empêchent le développement de l'homme et de la société, partout sur ten-e, afm d'ouvrir les voies de la prospérité. Ce qui est dangereux, c'est qu'elle laisse planer une incertitude pour l'avenir sur la situation des Eglises, de leurs membres dirigeants et éventuellement de leurs membres fidèles au regard des lois pénales. Dès lors que les Eglises, les communautés et tout mouvement religieux dépassent la typologie phénoménologique
testée, attestée et reconnue par tous, ils ne peuvent qu'être inquiétés. En pratiquant la guérison et en pratiquant la dîme selon une loi

religieuse, n'entrent-ils pas, en quelque sorte, en conflit avec la loi laïque et républicaine? Aussi, il semble nécessaire d'analyser cette phénoménologie à titre principal, et directement, en dépassant le cadre typologique des phénoménologies socioculturelles déjà reconnues. Cette analyse sera conduite en deux mouvements: Dans un premier temps, il sera nécessaire d'étudier la situation de la guérison dans la Bible, et à cette fm, on arrivera à dégager les critères par lesquels une théologie de guérison peut se démontrer comme une raison d'être à part entière de la vie des Eglises, des
communautés et mouvements religieux. comme

Dans un deuxième temps, l'Eglise étant caractérisée

une religion d'engagement personnel, par la foi, il y aura lieu de rechercher les justifications bibliques qui fondent les

comportements de don des membres, qui incluent bien évidemment la notion de service. D'autant que c'est sur ce point que peuvent être les interférences de la religion avec le droit pénal. 10

Les avis qu'on est amené à émettre ne peuvent s'étendre aux nouveaux mouvements religieux, selon la typologie sociologique, que dans la mesure où ils ne s'inscrivent pas en contradiction avec la théologie chrétienne. Par ailleurs, donner ces quelques précisions théologiques ouvre l'esprit sur la splendide grandeur de la foi chrétienne. Elle sert en réalité de fondement à l'expression religieuse de beaucoup de nouveaux tnouvements religieux. Mais poser en modèle cette foi chrétienne n'implique nullement d'appartenir soi-même à d'autres systèmes de croyance, ni de les cautionner. C'est, au contraire,

déplacer l'espace public de contestation. Il appartient, en effet, à l'espace théologique de blâmer une déviance ou de contester une hérésie. Dès lors que l'espace public étatique se charge de qualifier de secte une déviance ou une hérésie théologique, il y a lieu de s'inquiéter des atteintes qui pOUlTaientêtre portées à la liberté religieuse, à cause de la méconnaissance de toute la phénoménologie religieuse d'un Etat en principe laïc. La liberté religieuse englobe aussi le respect de toutes les dimensions que racte religieux implique.

Que la guérison puisse donc être une activité à part entière de l'Eglise, on croit pouvoir en apporter la preuve positive. Mais, au préalable, il est important de dissiper quelques préjugés dans l'opinion qui présentent la foi chrétienne uniquement préoccupée par le péché dans sa dimension spirituelle sans en
mesurer les conséquences sociales~ psychologiques hic et nunc.

Il

Beaucoup d'Eglises se sont préoccupées de la guérison physique, sociale et économique de leurs membres. Elles ont eu à souffiir de ces préjugés. Ainsi les Pentecôtistes, longtemps

suspectés, le sont de moins en moins, puisque beaucoup d'Eglises pentecôtistes sont, à part entière, membres de la très respectueuse et très officielle Fédération protestante de France. D'ailleurs, elles fonnent actuellement l'aile la plus florissante du protestantisme français. A cause de la dimension théologique de leur guérison, les Pentecôtistes ont longtemps été tenus pour des charlatans. On peut citer dans le même cas les Eglises apostoliques ou néo-apostoliques. Elles sont une des fonnes de manifestation pentecôtiste. Elles mettent un accent très fort sur la guérison par imposition des mains. Depuis lors, elles ont tellement fait preuve de sérieux que, non seulement elles ont été admises dans la Fédération protestante de France dès 1972, mais, en plus, elles ont donné un secrétaire général à la Fédération protestante de France. Car l'actuel secrétaire général de cette Fédération n'est autre que M. le Pasteur Christian Seytre. Il est pasteur de l'Eglise de l'aile apostolique d'Epinay-sur-Seine dans la région parisienne en Seine-Saint-Denis. Il n'a pas pour autant cessé d~ croire ni de pratiquer la guérison selon la Bible. Par conséquent, il y a lieu de dégager une loi propre à la sociologie des religions: la cristallisation des croyances et de la théologie

l'institutionnalisation religieuse, favorisant l'intégration religieuse
dans la société globale, traversent fatalement un premier mouvement

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de rejet. Celui-ci peut conduire même à des condamnations pénales où l'irrationalité des peurs personnelles poun-aient l'emporter sur les véritables faits. Il est bien connu que tout ce qui est nouveau nous introduit dans une étrange irrationalité qui étonne les historiens bien des années plus tard. C'est pour cela que, hâtivement, un juge pOUITait rendre un verdict sur une doctrine religieuse d'un groupement donné sans crainte de s'en justifier: soit le groupement est si insignifiant qu'il ne saurait même pas comment se défendre, soit le groupement est si rejeté socialement que le jugement plébisciterait la vindicte populaire! Or un tel jugement hâtif sur la doctrine religieuse d'une institution aussi reconnue que l'Église catholique est inimaginable. Il ne saurait se prononcer sans mettre vite en cause le fondement même de l'article 2 de la loi du 9 décembre 1905, selon lequel" la République ne reconnaît aucun culte... ". L'erreur vient de l'a priori favorable qui entoure les privilèges des cultes reconnus au détriment de l'expression religieuse née de nouvelles découvertes bibliques dans le champ immense de la phénoménologie religieuse et biblique. Ce qui conduit à l'eITance, c'est la connotation péjorative de la notion de secte. Elle tend, dans le même mouvement, à sortir du combat théologique de l'hérésie, toute fonne nouvelle de la foi, comme la guérison, pour en faire, au contraire, un élément caractéristique de la qualification de secte. Qualification d'autant plus dangereuse qu'elle est malléable pour une application aisée de la loi pénale. A cette fin, assurément, la notion de secte a toujours été mise en avant en négligeant, volontairement, la notion plus théologique 13

de l'hérésie qui, seule, aurait pourtant aidé à discerner si une théologie de la guérison est ou non biblique.

Qu'est ce que la Bible dit vraiment sur la guérison? Ici, on part d'une analyse de la maladie. La pratique récUlTente des Eglises chrétiennes ne paraît pas ravoir répudiée. Dans l'Ancien Testament, l'hébreu emploie divers tennes. Le plus fréquent est hâlâh, mot générique signifiant: faible. Quels sens concrets donner à hâlâh ? Plusieurs. Selon le contexte, on peut les décliner ainsi: être, devenir

- Dans
fatigué.

le Livre des Juges au chapitre 16, verset 17, hâlâh

signifie être, devenir faible. - En Esaïe chapitre 57, verset 10, on le dit pour celui qui est

- En 2 Rois chapitre 13, verset 14, on parle d'Elisée atteint de la maladie dont il mourut. Il fut donc malade et diminué.
- En 2 Rois chapitre 1, verset 2, on parle d'Ahazia qui tomba par le treillis de sa chambre haute à Samarie et se blessa grièvement. TIen mourut.

D'ailleurs il lui fut reproché d'avoir envoyé consulter Baalzébu!, dieu d'Ekron, au lieu de consulter le Dieu d'Israël (2 Rois chapitre l, verset 3). Dans cette démarche, on voit dans quelle angoisse plonge la maladie. Cette angoisse poursuit la femme et l'homme de tout temps et en tout lieu. L'homme demeure le même. La femme et l'homme d'aujourd'hui qui consultent les horoscopes 14

ou les voyants sont bien en tout point semblables à Ahazia. Ils font le choix d'un dieu qui n'a pas la puissance de guérir une blessure
comme le Dieu d'Israël qui est aussi le Dieu de Jésus-Christ. - En 1 Rois chapitre 15, verset 23, la maladie est une infnmité

des pieds due à la vieillesse. Mais le champ de la maladie réserve des surprises, puisque le Cantique des Cantiques chapitre 2, verset 5 et chapitre 5, verset 8 parle d'être malade d'amour. La maladie peut résulter aussi du Dieu qui frappe son peuple pour le faire revenir à Lui (Deutéronome 28,59 s. et 29,21). Le serviteur de l'Etemellui-même peut être frappé à cause de
son peuple (Isaïe 53,10). Généralement, la vision vétéro-testamentaire part de la vie,

comme une force vitale dont l'intensité est variable.

Dès lors, comme l'indique le teffile hébreu principal, la maladie est une diminution, un affaiblissement de cette force vitale. Il s'ensuit un état d'impureté comme une conséquence du caractère anonnaI de la maladie, puisque la maladie était considérée comme la punition du péché. (Exode 4,5 ; Ezéchiel18,20 ; Psaume 38,2 s. ; Job 7,20). Il faut partir de cette vision vétéro-testamentaire pour donner un sens à la procédure de guérison. Car la guérison consistera à rendre à la force vitale sa puissance nonnale. Une fois délivrée de ce qui la ruinait, cette force vitale, qui est l'Esprit de Dieu dans la personne, rétablit la relation
avec Dieu. L'homme retrouve sa force et sa prospérité.

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