Pour une Eglise juste et durable
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Description

Cet ouvrage répond au synode des évêques à Rome en octobre 2005 sur l'Eucharistie, suivi de l'exhortation apostolique de Benoît XVI, en février 2007. Pour célébrer l'Eucharistie, il faut des prêtres. Or, leur nombre décline. L'auteur dénonce ici les injustices, contradictions et erreurs de l'Eglise romaine, la seule à maintenir l'obligation du célibat qui n'est pas imposée par Jésus dont le célibat est d'une autre nature théologique.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2009
Nombre de lectures 60
EAN13 9782336266473
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Du même auteur :
Construire des églises. Les dimensions des paroisses et les contradictions de l’apostolat dans les villes , Paris, Le Cerf, 1957.
Vers un renouveau du diaconat , Paris, Discale de Brouwer, 1958.
Langues vivantes et liturgie, Paris, Le Cerf, 1961.
Les diacres. Histoire et avenir du diaconat , Paris, Le Centurion, 1968. La vanité dans l’Église, Paris, Le Centurion, 1968.
Ordonner des prêtres. Le célibat une loi, le ministère une nécessité, Paris, Le Centurion, 1977.
Les missions paroissiales en Alsace de 1958 à 1967 , Strasbourg, Ercal Publications, 1994.
Art sacré et nouvelles églises en Alsace de 1945 à la fin du siècle, Strasbourg, Ercal Publications, 1994.
Les séminaristes du diocèse de Strasbourg pendant la guerre 1969-1945.
Clermont-Ferrand. Fribourg-en-Brisgau, aux armées , Strasbourg, Ercal Publications, 1996.
Gunstett. L’église Saint-Michel , Paroisse de Gunstett, 1996.
En collaboration, sous la direction de l’auteur :
Le livre de la famille , Encyclopédie des fiancés, des époux et des parents chrétiens, Paris, Bayard-Presse, 1965 ; nouv. éd., 1975.
Le diacre dans l’Église et le monde d’aujourd’hui, Paris, Le Cerf ( Unam Sanctam 59), 1966.
Religions et Spiritualité
collection dirigée par
Richard Moreau, professeur honoraire à l’Université de Paris XII, et André Thayse, professeur émérite à l’Université de Louvain
La collection Religions et Spiritualité rassemble divers types d’ouvrages : des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent à l’homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus. La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue interreligieux.
Titres déjà parus  :
Christine Brousseau, Les vies de saint Étienne de Muret. Histoires anciennes , fiction nouvelle , 2008.
Yves Bourron, Philippe Van Den Bogaard, Tu t’appelleras Felipe. Un prêtre au coeur des communautés de base du Chili. Interviews et rédaction d’Yves Bourron, 2008.
Pour une Eglise juste et durable
Célibat Libre et Appel à la Prêtrise

Paul Winninger
© L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296073371
BAN : 9782296073371
Sommaire
Du même auteur : Religions et Spiritualité Page de titre Page de Copyright Introduction 1 - L’Eucharistie fait l’Église 2 - Arguments en faveur du maintien de la loi 3 - L’Exhortation postsynodale de Benoît XVI 4 - Contradictions 5 - Écclésiologie et Christologie 6 - Presbytérat — Célibat — Eunuque 7 - Mission ou démission Conclusion - Le Bon Pasteur multiplie les pains (Marc 6,30 — 8,21) Annexe - Diaconesses de Marie (suite et fin des titres parus)
Introduction
L’encyclique de Jean-Paul II, l’Eucharistie fait l’Église (17 avril 2003) a ouvert une année de l’eucharistie et a suscité le Synode des évêques d’octobre 2005, suivi de l’Exhortation apostolique postsynodale de Benoît XVI sur l’Eucharistie (22 février 2007). Parmi les problèmes évoqués, le plus important fut sans doute le dramatique manque de prêtres sans lesquels il n’y a pas d’eucharistie, et donc pas d’Église. L’obligation du célibat est actuellement le plus grave obstacle au recrutement sacerdotal. Le synode n’apporta aucune ouverture. Néanmoins, il offrit enfin l’occasion d’un débat public, de la part des 252 évêques convoqués. Au cours de l’heure de libre discussion, au soir de chaque journée, des problèmes qui seraient autrefois restés sous l’eau ont pu émerger , a dit le cardinal Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, en particulier l’éventualité d’ordonner prêtres des hommes mariés, des viri probati déjà évoqués au concile Vatican II. (Je garderai ce terme tout au long de cette étude. Traductions plus ou moins synonymes : hommes probes, honnêtes, intègres, vertueux, expérimentés). Jusque là cette éventualité était officiellement tue. Les organismes et personnes qui en parlaient étaient suspectés, en particulier moi-même qui ai publié dès 1977 un premier appel : Ordonner des prêtres. Le célibat une loi, le ministère une nécessité (Éditions du Centurion, Paris). Maintenant des évêques s’expriment publiquement. Tel Mgr Roland Minnerath, archevêque de Dijon, qui fut secrétaire du synode : C’est une question de discipline (c’est-à-dire de législation canonique, pas de vérité dogmatique)... S’il s’avère un jour que cette tradition risque de priver de prêtres des communautés au point de les amener à disparaître, pourquoi ne pas la faire évoluer ? (Entretiens avec Bernard Lecomte. Éditions Bourgogne). De même Mgr Georges Gilson, dans son opuscule Les prêtres, parlons-en (Desclée de Brouwer 2006), rappelle que chez le prêtre, qui n’est pas un « religieux », le célibat n’est pas prioritaire, mais la mission, et qu’en cas de non viabilité de l’engagement au célibat obligatoire, « envisageons l’ordination d’hommes mariés, viri probati » (p. 87). À l’Assemblée plénière des évêques de France en novembre 2007, le nouveau président, cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, a lancé un appel solennel « pour que des hommes généreux soient recherchés et sollicités pour recevoir l’ordination ».
De même le nouveau président de la Conférence des évêques allemands, Mgr Robert Zollitsch, évêque de Fribourg-en-Brisgau, successeur du cardinal Lehmann, a exprimé sa réserve sur le célibat obligatoire et sa préférence pour une « règle de vie » choisie librement.
Le synode et Benoît XVI y renoncent. Mais désormais le débat est ouvert. D’ailleurs de tous côtés, parmi les chrétiens, on déplore ce refus. Examinons de plus près la question. Il ne s’agit pas de supprimer les séminaires, de renoncer au recrutement de jeunes, de méconnaître la valeur du célibat, mais de compléter et d’ajuster la théologie et la pratique du recrutement sacerdotal pour répondre aux besoins de la mission.
Le concile (1962-1965) avait déjà perçu le problème. (Voir les deux décrets : Le Ministère et la vie des prêtres PRESBYTE-RORUM ORDINIS, et La Formation des prêtres OPTATAM TOTIUS ECCLESIAE RENOVATIONEM). Mais Paul VI n’a pas reconnu l’urgence d’ordonner des viri probati. En effet, le concile fut clôturé avant la révolution culturelle de 1968, la crise du sacerdoce et le départ de nombreux jeunes prêtres. D’année en année, la situation s’aggravait. Nous voici quarante ans après Vatican II. La situation est dramatique dans l’Europe occidentale et les deux Amériques, c’est-à-dire la grande majorité des diocèses. Que dirait Paul VI aujourd’hui ? Jean-Paul II, venu d’une Pologne encore étrangère à cette évolution - elle y est entrée depuis lors - est resté passif en ce domaine vital.
Or de nos jours le manque de prêtres, et donc l’absence d’eucharistie, posent un problème d’ecclésiologie fondamental, comme le disent les plus éminents théologiens dans leur nombreux ouvrages sur les nécessaires réformes de l’Église, notamment la nécessité de prêtres suffisants, et le devoir des communautés à les appeler. Nommons ceux qui les résument bien : Jean Rigal, L’Église en quête d’avenir. Reflexions et propositions pour des temps nouveaux (Éditions du Cerf, Paris 2003) et L’Église à l’épreuve de ce temps (Cerf, Paris 2007). Quant aux vocations, voir : Jean-Paul Russeil, Une culture de l’appel pour la cause de l’évangile. Préface de Mgr Albert Rouet (Éditions du Cerf, Paris 2001). Mais cet ouvrage ne parle pas du célibat et très peu d’éventuels adultes. C’est pourquoi, par cet opuscule, je désire contribuer à l’examen du problème, notamment de ces deux aspects, célibat et appel, par une analyse critique de l’ Exhortation postsy-nodale de Benoît XVI. Les extraits cités sont indiqués par le numéro du paragraphe mis entre parenthèses, par exemple (12).
Je me réfère aussi à l’examen du célibat clérical de René Laurentin dans Enjeu du 2 e Synode et contestation dans l’Église (Édition du Seuil, Paris, 1969, p. 206/216).
Pour surmonter la crise actuelle de l’Église et animer la nouvelle évangélisation, l’appel à des viri probati est indispensable, mais certes pas une panacée, et cet opuscule ne traite pas des autres problèmes. Mais le manque de prêtres est une hérésie et la mort de l’Église. Je m’en tiens donc à cette seule et fondamentale nécessité : ordonner des prêtres suffisants et nouveaux, sans cléricalisme, en abrogeant la loi arbitraire de l’obligation du célibat. Parmi toutes les difficultés ecclésiales et pastorales, le manque de prêtres est la plus facile et rapide à résoudre. C’est la réforme la plus urgente et nécessaire.
1
L’Eucharistie fait l’Église
Jean-Paul II a choisi à dessein cette formule brève pour exprimer l’importance fondamentale de l’eucharistie dans la vie de l’Église. La définition théologique serait un peu plus longue : l’Église est d’abord constituée par le baptême et développée par la vie des chrétiens. Mais l’eucharistie nourrit cette vie. C’est pourquoi cette brève formule est heureuse, mais incomplète : elle ne mentionne pas le ministre de l’eucharistie, car l’Église fait l’eucharistie.
Résumons brièvement cette admirable totalité et donc ces miraculeuses simplicité et efficacité pastorales de ce sacrement suprême qui, après le baptême, englobe plus ou moins et accompagne les autres. La messe dominicale régulière, dans une communauté à taille humaine, fait tout, enseigne tout, donne tout, mais grâce aux prêtres qui la célèbrent. Sans eux, il n’y a pas d’eucharistie. Bien sûr elle donne d’abord en nourriture spirituelle le corps du Christ ressuscité, dans le pain et le vin consacrés, présence permanente de l’incarnation de Dieu fait homme. (11). Elle proclame la Parole de Jésus dans la lecture de l’évangile. Avec les deux autres textes bibliques et l’homélie du célébrant, elle est école de la foi, catéchisme hebdomadaire du fidèle tout au long de la vie. (45,46). Elle est prière, de toutes les intentions : louange, gratitude, repentir, acte de foi, supplications, résumées dans la prière de Jésus à Notre Père, abrégé de la foi et des commandements. Elle comporte le pardon des péchés dont la forme sacramentelle de pénitence fut instituée tardivement, pas explicitement ordonnée par Jésus. Il a lié le pardon à la sainte Cène en disant: Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés (Mt 26, 28). À la messe, cette demande de pardon est la première prière de l’entrée: Kyrie eleison, Seigneur prends pitié, suivie de l’absolution. Elle est reprise après la consécration, puis dans le Notre-Père, par l’Agnus Dei et avant la communion: Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir. (20). Elle est la source et l’expression de la charité, de l’amour, par l’assemblée, la réunion de la communauté, avec échange de paix fraternelle entre les invités à la même table, anticipation du paradis. (77,79,84,89,91). Dieu Vérité et Amour s’y manifeste aussi dans son attribut de Beauté, par toutes les formes de l’art : poésie, chant, musiques, peintures, sculptures, architecture. (41,42). Elle est le cadre normal de la célébration des autres sacrements ou événements chrétiens : mariage, baptême, confirmation, profession de foi, funérailles... (16,17,18,27,32). Sans célibat, pas d’eucharistie. Mais non plus de célébration du sacrement de la pénitence. En fait, le refus du pardon est déjà infligé par l’absence de messe, au cours de laquelle s’expriment à plusieurs reprises la demande de pardon et le don de la miséricorde divine. Néanmoins, la confession des péchés graves et l’expression sacramentelle du pardon font partie de la foi catholique, mais sont de moins en moins pratiquées par manque de prêtres. (20). Plus choquant encore est le refus de l’onction sacramentelle aux mourants. Il n’y a plus guère de prêtres aumôniers d’hôpitaux. Des bénévoles laïcs ou des diacres peuvent donner la communion mais pas administrer l’onction. Là encore, c’est clair : le célibat est plus important que la pastorale des mourants. (22). Quant aux funérailles, rite d’adieu, dans la douleur du deuil, moment d’intériorité spirituelle ou du moins d’interrogation même chez les personnes peu croyantes, elles se pratiquent maintenant le plus souvent sans eucharistie. Tel est l’amour que célèbre la nouvelle, la première et si belle encyclique de Benoît XVI : Dieu est amour . Mais pas pour les mourants, ni les familles endeuillées. L’amour du célibat est plus important et écarte les autres. Voilà où en est la Sainte Église Romaine. (32). Enfin, en tant que pasteur, le prêtre est l’animateur de la communauté chrétienne au quotidien. En son absence, il n’y a plus de communauté vivante. (14,15). Au total à la messe nous sommes au ciel qui ne donne substantiellement ni plus ni autre chose. Il l’accomplit seulement. C’est ce qu’exprime au portail de beaucoup d’églises la peinture ou sculpture, obligatoire chez les Grecs, du jugement dernier, car en passant la porte de l’église, j’entre au ciel symbolisé par la coupole des églises orthodoxes où règne le Christ glorieux, panto-crator, entouré d’anges, au-dessus des murs et iconostases décorés des saints habitants du ciel. Sans eucharistie pas de ciel déjà sur terre.
Mais qui fait l’eucharistie ? Les prêtres. Or ils manquent dans de multiples paroisses, où il n’y a plus d’eucharistie, et donc plus l’Église, de vrai peuple de Dieu. Mais pourquoi manquent-ils ? Le principal obstacle aux vocations est évidemment l’obligation du célibat et le refus d’appeler des viri probati. De la sorte l’on aboutit actuellement dans l’Église à cet incroyable paradoxe : — L’Eucharistie fait l’Église, et l’Église fait l’Eucharistie. — Car c’est le prêtre qui célèbre l’eucharistie — Mais le magistère n’ordonne que des célibataires. — Dès lors, le célibat, érigé en absolu, fait à la fois le prêtre, l’eucharistie, et donc l’Église romaine qui ne fait plus l’eucharistie.
De la sorte cette Église est engagée de nos jours dans une crise théologique et pastorale mortelle. Une réforme de survie s’impose, le refus du suicide.

L a pénurie des prêtres et la dimension excessive des paroisses et communautés
Le déclin du clergé est bien connu. Il suffit de le rappeler brièvement. De savantes études statistiques furent publiées, par exemple : Martine Sevegrand, Vers une Église sans prêtres. La crise du clergé séculier en France 1945-1978 (Presses universitaires de Rennes 2004). Dès 1950 le chanoine Fernand Boulard avait posé la question : Essor ou déclin du clergé français ? (Édition du Cerf, Paris 1950).
Un exemple, le diocèse de Strasbourg. En 1958 il comptait 1130 prêtres actifs, dont 70 religieux. Parmi eux 904 sont au service des 630 paroisses. Certaines paroisses urbaines comptent plus de 5000 baptisés, mais le curé est aidé par 2 ou 3 vicaires. À la campagne on comptait 130 paroisses de moins de 300 habitants pourvues d’un curé, et même quelques-unes de mois de 200. Un demi siècle plus tard, en 2006, le clergé actif est tombé à moins de la moitié, 510 membres, dont 340 au service de paroisses désormais groupées en secteurs de 5 à 10 clochers. Pour une population de 1 300 000 catholiques on compte donc désormais 2 550 baptisés par « prêtre actif » et 3 820 par « prêtre en paroisse ». Il est évident que ces chiffres ne permettent en aucune façon au curé, même aidé de laïcs et d’un diacre, à remplir les services que lui assigne le Droit Canonique, résumés au canon 519 pour les trois ministères : enseigner, sanctifier et gouverner, détaillés dans les canons suivants en listes impressionnantes.
Les Protestants d’Alsace, Luthériens et Réformés, sont 240 000, dans 260 paroisses. Le corps pastoral est composé de 284 pasteurs. Voici une situation normale, avec moins de 1000 fidèles par pasteur. Il n’y a pas d’obligation de célibat. Que le catholicisme romain prenne exemple.
Pour toute la France le journal La Croix du 29 mai 2004 compte 13.000 prêtres en activité et calcule qu’après 10 ans, en 2014, ils seront seulement 4500 de moins de 65 ans dans la « Fille aînée de l’Église » peuplée de plus de 60 millions d’habitants. Une vingtaine de diocèses compteront seulement 10 à 20 prêtres.
Pour les autres pays nous disposons des chiffres publiés par l’annuaire statistique du Vatican. Ils sont peu exacts en ne distinguant pas les actifs et retraités. Le total des prêtres croît dans le monde, mais moins que la population catholique, de sorte qu’il s’agit en fait d’un déclin. On se félicite à tort des pays comme la Pologne et l’Italie, où la moyenne des baptisés pour un prêtre se situe entre 1000 et 2000 : c’est encore trop nombreux pour une bonne pastorale, et le clergé va déclinant.
Quant à l’Amérique latine, n’en parlons pas, c’est le désastre depuis des siècles, avec des moyennes de 10 000 à 20 000 baptisés pour un prêtre.
Que faire pour inverser la tendance et assurer une Église durable ? Il faut évidemment tout d’abord réformer le recrutement des prêtres et instituer un clergé suffisant, sans lequel rien n’est possible. À cet effet la suppression de l’obligation du célibat s’impose pour permettre un recrutement d’adultes appelés par les communautés et par l’évêque. Or à ce jour rien n’est fait. Et le temps presse. Si, par miracle, la réforme des vocations s’ouvrait dès demain, en 2010, le délai d’un réel profit pastoral par un important accroissement du clergé serait au moins de 5 ans. La mise au point du recrutement et de la formation nous conduiraient au plus tôt à 2015, et entre temps le clergé continue de vieillir et de décliner. Les nouveaux venus mettront 10 ans, jusqu’en 2025, à remonter les effectifs du clergé seulement à son niveau actuel, déjà très insuffisant. Et si la réforme tarde jusqu’en 2020 ? Entre temps l’Europe et l’Amérique du Nord rejoindront la situation de l’Amérique Latine : tel est l’avenir de l’Église catholique presque toute entière dans 20 ans.
2
Arguments en faveur du maintien de la loi
Les pères synodaux reconnaissent que la centralité de l’Eucharistie pour la vie de l’Eglise fait sentir avec une douleur aiguë le problème du grave manque de prêtres dans plusieurs parties du monde... Pour répondre à la faim eucharistique du peuple de Dieu, il faut recourir à des initiatives pastorales efficaces et expliquer de manière adéquate aux fidèles les raisons du rapport entre célibat et ordination. Mais ils ne précisent pas quelles sont ces initiatives. Une fois de plus, du verbiage. La seule possibilité d’un recrutement suffisant de prêtres actuellement dans nos pays est l’abolition de l’obligation du célibat.
Quant au rapport entre célibat et ordination , il est bien connu, inutile de l’expliquer : la consécration entière de la vie à Dieu et à son peuple est évidemment le meilleur engagement. Mais il n’est pas le seul. Et dans le monde actuel il est plus difficile que naguère à comprendre et à accepter par les jeunes, alors que le peuple de Dieu en difficulté a plus que jamais besoin de pasteurs et de l’eucharistie.
Par ailleurs, à la suite de sa millénaire psychose anti-sexuelle, l’Église latine a méconnu une vraie morale et une authentique psychologie de la sexualité. Le plus important n’est pas le choix du genre de vie sexuelle, célibat ou mariage, mais de l’orientation fondamentale de vie, vers Dieu et le prochain, ou bien vers l’individualisme égoïste. Jésus exige l’amour, rien d’autre. Or rien ne prouve que le célibat inspire plus de charité que le mariage. Dans notre société, même parmi les chrétiens, les célibataires sont nombreux, mais très peu candidats à la prêtrise, ni manifestement plus dévoués aux œuvres de charité que les gens mariés. Les actuels laïcs engagés dans la pastorale des communautés paroissiales, pour aider les curés surchargés, sont en majorité mariés et assez souvent prêts à s’engager dans le sacerdoce si on les appelait. La majorité des diacres sont mariés et aussi dévoués que les curés célibataires. Ce n’est pas le célibat qui s’impose, mais l’orientation vers le prochain, chez qui Dieu est présent. Ainsi l’initiative pastorale efficace demandée par le Synode pour guérir la douleur aiguë du manque de prêtres et répondre à la faim eucharistique du peuple de Dieu serait l’appel aux viri probati . Mais, conclut-il, c’est une voie à ne pas emprunter . Belle logique ! Et alors, quelles autres initiatives ?

1. La solution Danneels : la foi, et tout quitter
Le cardinal-archevêque de Malines-Bruxelles propose la seule possible à son avis: La raréfaction des prêtres n’est pas due à la question du célibat, mais à un défaut de foi: quand le lait ne bout pas, il ne déborde jamais... Quand la foi n’est pas intense, il n’y pas de vocations. Avoir une foi telle, au point d’y donner toute sa vie, il faut le faire... Sans oublier que c’est encore une promotion sociale dans certains pays, alors que c’est une « dépromotion » sociale chez nous. Pour moi, la solution est donc dans l’approfondissement de la foi. Avoir un sens de la radicalité évangélique plus fort. Soyons honnêtes, nous ne sommes pas des François d’Assise... Quitter tout pour suivre le Christ - ce qui est la première condition des vocations -- n’est pas notre point fort. Or cela commence là : quitter tout (La Croix, 25 octobre 2005).
Le respect étant sauf, qu’on me permette d’exprimer la surprise devant ce résumé en deux mots du remède au recrutement sacerdotal des jeunes d’aujourd’hui : la foi et tout quitter !
D’abord la foi. Certes, c’est évident. Encore qu’au regard de l’histoire on puisse s’interroger sur la qualité de la foi des multiples vocations, même - et surtout - épiscopales du temps passé où les perspectives économiques et dynastiques complétaient souvent amplement la foi. De nos jours, dans nos pays mentalement assourdis par les multiples et contradictoires messages des médias, et où l’école elle-même ne sait plus proposer des valeurs, une foi profonde, au point d’inviter à la prêtrise, est difficilement accessible à des jeunes gens. La vocation n’est plus guère de cet âge, mais se situe plutôt à l’âge de la foi, chez des adultes, les viri probati , qui y sont parvenus par l’expérience de la vie et la réflexion personnelle. Nous allons apparemment vers un avenir païen analogue aux premiers siècles où l’on ne baptisait pas des enfants, mais des adultes convertis. Là se situe la principale réserve de vocations.
En outre, dit le cardinal Danneels, tout quitter, comme a fait saint François d’Assise ! Alors là, Éminence révérée, s’impose à moi un effort héroïque pour éviter la satire. Veuillez tout de même excuser quelques pointes. Il conviendrait d’abord de s’appliquer à une exégèse des paroles de Jésus rapportées dans des évangiles catéchétiques rédigés pour des communautés aux temps des persécutions où des convertis, martyrs , ont en effet quitté la famille et même leur vie (Luc 14,26). Mais plus tard, dans la chrétienté riche et triomphante, les surabondantes vocations n’ont pas tellement consisté à tour quitter, mais plutôt à tout - ou du moins à beaucoup - acquérir, sans nécessairement trahir : promotion sociale, aisance matérielle, culture. C’est par exemple aujourd’hui le cas en Afrique où les vocations abondent, précisément assez souvent pour tout acquérir, même un concubinage admis par le peuple (et les évêques), car ce sont généralement de bons curés. Ce n’est pas perversité, mais exigence traditionnelle. Comme pour les Juifs de l’Ancien Testament le besoin absolu d’enfants, de postérité, caractérise les peuples Noirs d’Afrique. Or Rome impose là-bas immédiatement à la jeune Église la même loi édictée en Europe après plus de mille ans. Aucune colonisation civile ne s’est rendue coupable d’une inexpertise humaine et sociologique aussi grave. Mais ces prêtres célibataires ne sont pas eunuques... Et les vocations ne manquent pas...
Les moines ont tout quitté, mais les ministres ne sont pas des moines. Et encore, pendant des siècles, entrer au couvent consistait souvent à quitter la pauvreté pour s’assurer le confort, et pour être admis dans certains monastères princiers immensément riches il fallait exhiber quatre quartiers de noblesse. Saint François d’Assise n’était ni moine, ni prêtre, ni curé pour rester pauvre.