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Puissance divine du sacerdoce catholique

De
147 pages

L’homme est un être social. Par un instinct impérieux, il est poussé à s’associer à d’autres ; et, par un acte réfléchi, il comprend la nécessité de l’association pour se défendre contre les passions et servir mieux ses intérêts. L’apparition de la société est contemporaine de l’apparition de l’homme sur la terre ; l’isolement n’a jamais été un régime humain. La première société humaine a son fondement dans la distinction des sexes ; l’union de l’homme et de la femme, pour mettre des enfants au monde et les élever, est, dans l’ordre de la nature, la mplécule génératrice et le modèle de toutes les associations.

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Justin Fèvre

Puissance divine du sacerdoce catholique

La puissance du Sacerdoce

Cum infirmor, tunc potens sum (S. PAUL).

Un roi, qui fut un grand prophète, au deuxième chant du Psautier, s’écrie : Pourquoi les Gentils ont-ils éprouvé un horrible frisson ? Pourquoi les peuples ont-ils médité de vains complots ? Les rois de la terre se sont dressés sur leurs trônes ; les princes se sont réunis dans des congrès ; ils visaient deux ennemis, Dieu d’abord et ensuite son Christ. Brisons leurs chaînes, disaient-ils, et rejetons au loin leur joug. Ce coup d’œil, jeté sept siècles d’avance sur l’histoire de l’Eglise, cause autant de surprise que d’effroi. L’avenir se découvre comme un conflit irréductible entre Dieu qui promulgue sa loi et le monde qui refuse de l’accepter. Le monde récuse le législateur ; il répudié ses bienfaits ; c’est de lui seul, de son industrie et de sa sagesse, qu’il espère la puissance, la richesse, la paix et tous les biens de cette vie. Tel est, du moins, le dessein des rois et le programme abrégé de ceux qui prendront leur place un jour. Eux seuls, et c’est assez, pour le bien des peuples et pour l’orgueil des princes.

A l’avènement du Sauveur, vous voyez tout de suite s’accuser ce plan de rébellion. A la nouvelle qu’il est né en Bethléem, terre de Juda, un roi des Juifs, Hérode se trouble et avec lui tout Jérusalem. Pour défendre sa couronne contre ce roi dans les langes, Hérode fait tuer, à Bethléem et dans les alentours, tous les enfants depuis l’âge de deux ans et au-dessous. Par cette tuerie générale, il espère bien exterminer Celui que Dieu destine à être le roi immortel des siècles, et, parce qu’il a fait éclater, dans Rama, les inconsolables pleurs, il mourra content. — Quand le Sauveur, par deux ans et demi de prédication apostolique, a jeté les semences divines de l’Evangile, dès qu’ils viennent à soupçonner qu’il pourrait bien être le roi annoncé par les mages, Jérusalem frémit, un autre Hérode est là. Le prince des prêtres et les principaux du peuple condamnent à mort Jésus de Nazareth, roi des Juifs : ils l’attachent avec quatre clous à une croix ; lui mettent, sur la tête, une couronne d’épines ; et au-dessus, par forme de moquerie, une inscription où ils donnent le motif de la sentence de mort : Jésus Nazaréen, roi des Juifs. — Avant de mourir et après sa résurrection, Jésus a formé le collège Apostolique ; il a mis Pierre à sa tête, avec l’arrière-pensée de le coucher, comme pierre d’angle, sous le môle de l’Eglise. Aux apôtres, il a appris qu’il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux princes persécuteurs ; et à Pierre il a prédit qu’il verrait se déchaîner contre lui de perpétuelles tempêtes ; mais il a promis que les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre son Eglise. Jamais, jamais, les puissances infernales, c’est-à-dire les puissances temporelles de ce monde, ne pourront abattre l’Eglise du Christ, pour ériger leur trône sur ses débris. C’est là tout le mystère de l’histoire.

L’Eglise n’a que le souffle, dit Proudhon ; il semble toujours qu’elle va mourir ; mais cette éternelle mourante brave toujours la mort ; et toujours il lui reste assez de force pour coucher dans la tombe ceux qui voulaient l’y faire tomber. Celui qui habite dans les cieux, avait chanté David, se moquera d’eux ; son ricanement formidable retentira sur leur couche funèbre. Alors il leur parlera dans sa colère ; il les troublera de fond en comble dans sa fureur. Moi,dit le Christ, je suis établi roi de Sion, la montagne sainte ; je dois prêcher à tous le précepte de Dieu. Le Seigneur m’a dit : Tu es mon Fils ; les nations sont ton héritage ; ton empire s’étendra jusqu’aux extrémités de la terre. Tu régiras les rois avec une verge de fer ; tu les briseras comme un vase d’argile. Maintenant, rois, comprenez ; instruisez-vous, juges de la terre. La loi, c’est de servir Dieu dans la crainte ; c’est d’observer strictement sa discipline ; nous devons attendre, de la terreur de ses jugements, tous nos triomphes. Avoir confiance en lui, c’est même une béatitude ; malheur à qui provoquera sa colère ; il périra par un juste jugement.

Tel est, disons-nous, le mystère de l’histoire et tel il s’accomplit actuellement sous nos yeux. Aujourd’hui, comme au premier jour, on veut abattre la puissance du Christ, dans la personne de ses représentants. Sous le nom de cléricalisme, ce que leur hypocrisie scélérate veut anéantir, c’est Jésus-Christ et Dieu. L’Eglise qui les représente, ils la démolissent pierre par pierre ; ils ont dit qu’ils iraient jusqu’au bout, jusqu’aux fondations de l’édifice ; ils ont même promis d’opérer lentement et ont dit encore que c’était le moyen de détruire en toute sécurité. Ici, je les arrête ; je ne conteste pas plus leur habileté que leur hypocrisie ; mais je les trouve absolument vains et les dis voués à une pitoyable impuissance. Victoire contre les religieux et effacement de la congrégation ; victoire contre le clergé séculier, révocation du Concordat, retour de la persécution : j’accorde tout ce que vous voudrez ; mais je ne le constate que pour constater après l’inutilité de vos crimes. Congregamini et vincimini, avait encore dit David ou quelque autre prophète : Rassemblez-vous ; équipez vos armées ; lancez vos bataillons, poussez avec fureur... Vous serez vaincus.

Nous voudrions fournir la preuve de ce pronostic, pour nous absolument certain, mais toujours douteux pour les ennemis de Dieu et de son Eglise. Nous voulons montrer que la puissance de Dieu ne peut pas être abattue ; et que ce qu’on abat, en lui faisant la guerre, n’est, pour elle, qu’une source de force. Plus vous spoliez l’Eglise, plus elle rayonne ; plus vous croyez l’anéantir, plus, par vos coups, vous ajoutez à sa puissance. Votre crime est grand, sans doute ; mais Dieu s’en sert pour grandir son Eglise et pour vous écraser. Persécuteurs, prenez garde à vous.

Pour sortir de ces généralités, remarquez bien, à l’heure qu’il est, leur fureur contre la croix toute nue qui décore le mur blanc des écoles. De l’école à l’hôpital, c’est la guerre, infâme à l’hôpital, plus odieuse encore à l’école, car elle s’attaque à des enfants, et il y a contre elle de terribles malédictions dans un petit livre qui a laissé sous la poussière les œuvres des philosophes et qui a changé le monde. L’issue de la lutte n’est pas douteuse. Aux pieds de la Croix et du Crucifié du Calvaire, dix-neuf siècles ont jeté les cadavres des persécuteurs ; l’intelligence, la force, la ruse ont râlé tour à tour ; et quand, à certaines heures, comme aujourd’hui en France, la croix semble vaciller, ça toujours été et ce sera toujours pour mieux faire resplendir l’éclat de ses rayons.

Oui, oui ! hommage public à la croix, qu’on veut faire disparaître, parce qu’elle contrarie les bas instincts de l’humanité ; à cette croix qui, dès l’aurore de la vie, orne les berceaux ; qui, plus tard, ennoblit les joies, console les douleurs, suscite les grands dévouements, et enfin illumine d’espérance la tristesse des tombes.

I

LA PUISSANCE DU CLERGÉ

L’homme est un être social. Par un instinct impérieux, il est poussé à s’associer à d’autres ; et, par un acte réfléchi, il comprend la nécessité de l’association pour se défendre contre les passions et servir mieux ses intérêts. L’apparition de la société est contemporaine de l’apparition de l’homme sur la terre ; l’isolement n’a jamais été un régime humain. La première société humaine a son fondement dans la distinction des sexes ; l’union de l’homme et de la femme, pour mettre des enfants au monde et les élever, est, dans l’ordre de la nature, la mplécule génératrice et le modèle de toutes les associations. L’union des familles produit la tribu ; l’union des tribus forme une société plus grande ; et la formation des sociétés plus grandes rend nécessaire la concentration d’autorité qui amène la constitution d’empire.

L’homme est une intelligence servie par des organes. Pour son corps, il a besoin d’une société qui dirige l’évolution de sa vie sur la terre ; pour son âme, il a besoin d’une société qui règle les rapports de son âme avec l’être mystérieux qu’on appelle Dieu et, par ce rapport constitué, assure à lâme les espérances immortelles.

Il y a ainsi, sur la terre, deux sociétés, une société pour l’ordre matériel et corporel ; une société pour l’ordre spirituel et divin. A la tête de la société temporelle, il y a un pouvoir civil ; à la tête de la société spirituelle, il y a un pouvoir religieux. L’homme est ainsi fait : dans toutes les sphères de la vie, il a besoin d’une autorité qui l’assiste, le pousse, le contient et l’élève plus haut.

Or, comme, dans l’homme, l’union du corps et de l’âme produit l’unité d’une personne ; de même, la juxtaposition de la société civile et de la société religieuse exige que les deux puissances s’unissent et vivent sous une loi d’harmonieux rapports. L’âme étant plus noble que le corps, en principe, le pouvoir civil doit être subordonné au pouvoir religieux, non pas pour former une domination et gêner son exercice, mais pour faciliter et régler l’emploi de sa puissance et en garantir le respect.

Dans le conflit terrible qui s’établit dans tout homme et dans toute société, entre la raison et les passions, les deux pouvoirs peuvent se trouver en guerre. En tout cas, si l’ordre et l’harmonie sont troublés, les deux pouvoirs n’en ont pas moins des rapports et n’exercent pas moins leur nécessaire influence.

En tout état de cause, qu’il y ait paix ou guerre, les deux sociétés, les deux puissances réagissent les unes sur les autres ; leur accord ou leur désaccord est un phénomène constant de l’histoire et la cause, plus ou moins directe, des grands événements.

L’influence des ministres de la religion n’est donc pas un fait de tel temps ou de tel pays ; c’est un fait général, qui embrasse l’humanité tout entière et s’applique à toutes les périodes de son existence. Remontez au berceau du genre humain, à l’époque où le père de famille est prêtre ; passez au temps où le sacerdoce se sépare de la paternité et investit quelques hommes des fonctions sacerdotales, tantôt sous l’influence des traditions primitives, tantôt sous l’action délétère des croyances superstitieuses ; venez aux nations dont la prospérité et la grandeur permettent d’élever, à la divinité, des temples fastueux ; descendez à ces mêmes nations, lorsque, infatuées de leur savoir et de leur industrie, elles tombent dans l’incrédulité et l’indifférence : partout vous rencontrez l’influence, triomphante ou contrariée, du ministère religieux. S’il était effacé ou absent, l’humanité tomberait en putréfaction.

L’action permanente du sacerdoce affecte trois formes principales. Tantôt son action semble régner seule sur le monde et se fait des autres pouvoirs de dociles instruments ; tantôt son action se combine avec les autres influences et assure leur succès ; tantôt cette action paraît effacée par le tourbillon des choses humaines et l’on se demande si elle n’est pas morte. Ne vous laissez pas tromper par les apparences ; ne jugez pas des choses par leur bruit ou par leur éclat. Sachons descendre dans les entrailles de la société ; démêler la force impulsive de ses mouvements ; découvrir les causes, éloignées ou prochaines, des incidents de la vie publique, nous verrons que l’influence des ministres de la religion, même lorsqu’elle paraît annihilée, garde son étendue et exerce sa puissance.

Les formes sous lesquelles elle se manifeste sont d’ailleurs innombrables. Comme l’âme dans le corps, la religion, dans le corps social n’abdique jamais ; son action s’exerce de mille manières, suivant les temps et les circonstances. Jetez un coup d’œil sur l’histoire. Dans l’enfance des sociétés, l’influence du ministère religieux sert à confirmer et à régler l’autorité domestique, en réunissant, dans une même personne, les deux plus douces majestés. Quand les relations s’étendent et se compliquent, tantôt le pouvoir sacerdotal s’applique à faire prévaloir dans une famille une puissance à la fois civile et religieuse ; tantôt il assure à une classe un ascendant sur la marche des affaires publiques ; tantôt il forme une classe à part, pour contrebalancer les autres classes, sans monopoliser les dignités, les honneurs et les richesses ; tantôt, dénué de tout appui humain, par sa seule action sur les intelligences, il répand ses bienfaits d’une manière rapide et sûre : comme l’eau qui s’infiltre peu à peu dans le sein de la terre, comme la chaleur qui fertilise les champs. Sous une forme ou sous une autre, avec plus ou moins d’éclat, plus ou moins d’énergie, des effets plus ou moins étendus, l’influence sacerdotale existe toujours ; le ministère religieux est une chose inhérente à la vie même de la société. Supposez qu’il puisse disparaître, le monde deviendrait une solitude, un désert d’hommes qui tremblent d’effroi : Ad solitudinem, disait Tertullien.

La puissance du sacerdoce une fois admise, il est facile d’en déduire les causes. La religion est le tout de l’homme : grande est son action sur les esprits et sur les coeurs. Il est impossible que ses ministres ne participent pas à la force de ses croyances, de ses préceptes et d’actes dont ils sont les organes, les promoteurs ou les guides. Si un peuple pouvait être sans religion, là seulement disparaîtrait la force du sacerdoce ; et c’est pourquoi tous ceux qui veulent se soustraire à son crédit, essaient d’abord de renverser les croyances. Mais deux choses rendent impossible la destruction du sentiment religieux : la vie avec ses charges et ses devoirs ; la mort avec ses effroyables mystères. Le sentiment religieux est donc indestructible ; il fait partie de l’existence de l’humanité. On peut la supposer anéantie ; on ne peut la supposer sans religion.

Si vous enlevez, à un peuple, sa religion, il s’en fait immédiatement une autre ; si vous effacez jusqu’au nom même de religion, vous verrez paraître, sous un autre mot, quelque chose qui voudrait en être l’équivalent.

Race d’incrédules, race très crédule, disait Sénèque. N’avez-vous pas observé l’étrange phénomène qui suit partout l’incrédulité ? A Paris, par exemple, où les idées religieuses n’exercent pas un fort ascendant, vous rencontrez les plus grossières superstitions. C’est là qu’on distingue entre les jours, qu’on s’inquiète d’un voyage le vendredi, qu’on redoute de se trouver treize à table. Là où l’impiété de Voltaire a fait quitter la religion des aïeux, déserter, au nom du progrès des lumières, des vérités fondées sur des preuves invincibles, on croit aux tireuses de cartes et aux somnambules extra-lucides. On ne s’incline plus devant Jésus-Christ, mais on écoute, avec soumission, les oracles d’un charlatan, qui prédit, avec une assurance grotesque, les événements d’où dépendent le sort des individus, des familles et peut-être de la nation.

Voyez-vous bien ce que représentent ces anomalies ? Elles signifient qu’une âme est à l’étroit dans la sphère de cette vie, dans le court espace qui lui est mesuré sur la terre. Une voix intérieure lui répète que tout ne finit pas là ; qu’il existe d’autres êtres d’un ordre différent, un autre mode d’existence, une autre vie. Quand s’est éteint le flambeau qui le dirigeait dans le chemin de la vérité, l’homme marche à tâtons, dans les ténèbres. S’il n’adore plus le vrai Dieu, il adore des idoles ; et s’il n’écoute plus le prêtre, il s’incline devant un imposteur.

Puisque l’homme qui n’a plus le secours du prêtre, se fait des prêtres à sa guise et se soumet à qui lui parle de croyances surnaturelles, cet écart prouve la force des influences religieuses. Qu’importe le nom dont sont revêtus les prêtres de l’erreur, les oracles de la superstition, les tribuns du fanatisme. La cause, au fond, reste la même ; c’est la forme d’une preuve par l’absurde. Le fanatisme et la superstition ne sont autre chose que le sentiment religieux jeté hors de sa voie.

Nous ne demandons pas, pour les ministres de la religion, une influence en dehors ou à l’encontre de leur ministère. Surtout nous ne désirons pas qu’une grande partie des affaires humaines passe par leurs mains. Il nous suffit que la foi éclaire les âmes, que la conscience oriente la vie, que la religion soit notre lumière et notre guide, au besoin notre juge. Mais nous ne pouvons souffrir l’incroyable aveuglement des hommes, qui, non contents d’amoindrir toujours davantage les influences religieuses, travaillent à défigurer l’histoire en réprouvant, comme funeste à la société, l’influence des prêtres. A ceux qui ne considèrent la religion que comme un fait accidentel, peut-être comme une maladie de l’esprit, nous rappelons les propos de Plutarque contre l’épicurien Colotès : « Si vous parcourez l’univers, vous rencontrez des sociétés sans lettres, sans rois, sans monarchie, sans maisons, sans théâtre, sans école ; vous n’en rencontrerez jamais sans temples et sans Dieux. Non, il n’existe pas de société qui ne pratique le devoir de la prière, qui n’ait ses formules de serment, qui ne consulte les oracles, qui ne fasse des libations ou des sacrifices, soit pour obtenir les biens qui lui manquent, soit pour détourner les maux qu’elle craint. Je juge qu’il serait bien plus facile de bâtir une maison dans les airs, que de conserver une société sans une foi religieuse. »

II

LES CONDITIONS DE CETTE PUISSANCE

La puissance du clergé est un phénomène constant, universel, indéclinable. Vous la trouvez partout, sous des formes, il est vrai, très diverses, mais sur un fond aussi solide que le roc, aussi dur que le diamant. Expliquer un tel fait par des intrigues, par la cupidité, par l’ambition, par je ne sais quelle sorcellerie, c’est la marque de l’inintelligence et le signe d’un cœur bas. Les choses s’expliquent mieux, plus péremptoirement, par la raison, par la foi, par la conscience, par l’honneur ; et quand de si grands oracles, ont parlé, que nous veulent la petitesse d’esprit et la bassesse de cœur. Nous parlons des témoignages de l’histoire, des lois de Dieu, des besoins de l’humanité ; nous en parlons avec l’évidence du bon sens ou l’autorité de la pratique. Que valent, à cet éclat du soleil, les honteux propos de l’impiété ?

Deux causes contribuent à augmenter l’influence du clergé, aux yeux de ceux qui la regardent avec défiance, comme aux yeux de ceux qui en réclament l’appui : l’indépendance du clergé dans le service des intérêts spirituels et les rapports, intimes, profonds, perpétuels du prêtre, avec la conscience des fidèles. Nous parlerons ci-après des rapports du prêtre avec la vie chrétienne ; ici, nous appuyons davantage sur l’indépendance extérieure de son ministère.