Quand la foi s
220 pages
Français

Quand la foi s'interroge

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Description

À l’heure où la foi chrétienne ne correspond plus aux modèles sociaux et où un fossé culturel se creuse entre les traditions de l’Église et nos besoins spirituels, de nouvelles questions surgissent, des crises ébranlent les convictions premières. Comment croire quand ce qui nourrissait la foi est devenu source de doute? Ce livre propose une promenade au fil de thèmes chrétiens qui posent un jour ou l’autre question, en s’attardant à ce qu’ils ont d’intemporel ou de spécifiquement actuel. L’auteur nourrit son propos de la méditation de la Bible, Parole de Dieu et véritable école de foi en la vie dans l’épreuve du désert. Voici un ouvrage qui saura soutenir l’indispensable démarche personnelle par laquelle chacun peut redécouvrir l’essentiel de sa foi, le roc résistant aux pires tempêtes.
Diplômé en communications et en théologie, Jérôme Martineau a été chargé de cours à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il a dirigé la revue Notre-Dame-du-Cap durant près de 30 ans. Il a reçu en 2012 le prix Marie-Guyart en reconnaissance de son travail dans le domaine médiatique.

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Date de parution 12 juillet 2015
Nombre de lectures 26
EAN13 9782894209905
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Martineau, Jérôme  Quand la foi s’interroge : spiritualité pour un temps de crise  Comprend des références bibliographiques.  1. Foi. 2. Vie spirituelle – Christianisme. I. Titre. BV4637.M37 2015 234’.23 C2015-940448-7
ISBN 978-2-89420-975-2 (papier) ISBN 978-2-89420-989-9 (epub) ISBN 978-2-89420-990-5 (PDF) Composition et mise en pages :Robert Charbonneau Maquette de la couverture :Ann-Sophie Caouette Photo de la couverture :Shutterstock Conversion au format ePub :Studio C1C4 e Dépôt légal — 2 trimestre 2015 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada © 2015 Médiaspaul 3965, boul. Henri-Bourassa Est Montréal, QC, H1H 1L1 (Canada) www.mediaspaul.ca mediaspaul@mediaspaul.ca Médiaspaul 48, rue du Four 75006 Paris (France) distribution@mediaspaul.fr Tous droits réservés pour tous les pays.
Pour Lise et Luc Leur amitié me donne vie.
La vie nous surprend, la vie nous dépasse, mais la vie ne nous dépossède pas. Elle reste notre vie. Anne-Dauphine Julliand
Introduction
Ce trésor, nous le portons en des vases d’argile, pour que cet excès de puissance soit de Dieu et ne vienne pas de nous. 2 Co 4, 7
AINT PAUL, dans sa sagesse d’évangélisateur, emploie l’image des « vases d’argile » lorsqu’il S parle de ceux et celles qui ont reçu le trésor de l ’Évangile. Nous sommes bien fragiles en ces temps où la foi en Dieu n’est plus l’une des valeurs premières de la société occidentale. Il est terminé le temps où l’environnement favorisait les expressions de la foi. Il existait jadis dans nos sociétés un autoritarisme mêlé de fidéisme qui laissait peu de place à une libre adhésion au message évangélique. L’Église confesse maintenant que la décision de cro ire appartient à l’intime de la conscience de chaque personne.
Le concile Vatican II énonce la voie de la liberté de croire dès les premiers mots de la Déclaration sur la liberté religieusee temps,« La dignité de la personne humaine est, en notr  : l’objet d’une conscience toujours plus vive ; toujo urs plus nombreux sont ceux qui revendiquent pour l’homme la possibilité d’agir en vertu de ses propres options et en toute libre responsabilité ; non pas sous la pression d’une contrainte, mais guidé par la conscience de son devoir. » Les pères du concile ont inscrit leur pensée dans la ligne des « signes des temps », une expression si chère au pape e Jean XXIII. Il n’était plus possible au XX siècle d’user de contraintes sociales pour favoris er l’expansion du christianisme.
La reconnaissance de la liberté individuelle a contribué à valoriser d’une manière nouvelle la notion de cheminement spirituel personnel. La vie spirituelle d’un individu ne peut être le simple décalque des modèles sociaux ni même ecclésiaux. Le cheminement spirituel d’une personne n’est pas le simple reflet d’un modèle statique. La foi en Dieu d’une femme aujourd’hui âgée de quarante ans s’exprime d’une manière très différente de cell e d’une femme vivant un siècle plus tôt. De nouvelles questions surgissent. Des crises ébranlent les convictions premières. La foi en Dieu est remise en question. La personne ne peut plus répondre avec conviction à cette question : est-ce que je crois vraiment en Dieu ?
Le doute apparaît. La personne se met en recherche et les réponses qu’elle acceptait hier comme valables ne font plus son affaire. Cette démarche se déroule le plus souvent dans la solitude de la conscience. Les doutes sont accompagnés d’expressio ns qui démontrent de l’agressivité vis-à-vis de l’Église. Ces expressions trouvent un large écho dans la société et en particulier dans les médias. De plus, les données de la science, désormais omniprésente, viennent orienter sa démarche vers une
libération du carcan divin et de l’Église qui, selon le témoignage de plusieurs personnes, alourdissent la vie. Vive la liberté ! C’est souvent en adoptant ce slogan que la personne affirme commencer une nouvelle vie en délaissant la foi en Dieu.
Cette attitude est désormais commune. Même les gens du quatrième âge, des alliés traditionnels de l’Église, remettent en question leur foi en Dieu . J’ai pu constater ce phénomène dans plusieurs groupes que j’ai fréquentés. Petit à petit, la pers onne prend ses distances, pour à la fin ne plus fréquenter la communauté. Que se passe-t-il ?
On ne sait pas trop, car en général la personne ne s’explique pas publiquement sur cette question. Une lassitude s’est installée chez elle et le doute a pris de plus en plus de place. Cette crise est à la fois humaine et spirituelle. Souvent les i mages que propose l’Église de Dieu et de Jésus Christ ne correspondent plus à ses besoins. La foi se résume dans la participation occasionnelle au culte et à quelques autres manifestations ecclésiales. Ces gestes perdent peu à peu leur pertinence et leur capacité à ressourcer la personne. Les centres d’intérêt se déplacent.
Combien de personnes qui ont été engagées activement dans les communautés chrétiennes disparaissent du paysage ecclésial ? Je crois que les démarches entreprises par ces personnes doivent interpeller les communautés chrétiennes. Le pape François tire à ce propos la sonnette d’alarme dans sa récente exhortation apostolique, qui a pour titreLa joie de l’Évangile.
Pour le communicateur que je suis, il est rare d’entendre un pape reconnaître qu’« avec la sainte intention de leur communiquer la vérité sur Dieu et sur l’être humain, en certaines occasions, nous leur donnons un faux dieu ou un idéal humain qui n’est pas vraiment chrétien. De cette façon, nous 1 sommes fidèles à une formulation, mais nous ne transmettons pas la substance ». Ce jugement est sévère, mais il est d’actualité. Il nous exhorte à mettre en place une forme nouvelle d’éducation de la foi qui corresponde aux besoins des gens de notre époque.
Le pape François poursuit sa réflexion en citant un extrait de l’exhortation apostolique Familiaris consortioinuer la valeur de l’idéal, du pape Jean-Paul II : « Par conséquent, sans dim évangélique, il faut accompagner avec miséricorde et patience les étapes possibles de croissance des 2 personnes qui se construisent jour après jour . » Miséricorde et patience ! Voilà deux attitudes complémentaires, nécessaires dans l’accompagnement des personnes aux prises avec le doute ou tout autre questionnement spirituel. Miséricorde et patience, deux attitudes à adopter envers soi-même également lorsque la crise apparaît.
Je retiens d’une manière spéciale la vertu de patience. Elle est nécessaire tant du côté de la personne en recherche que du côté de l’institution. La patience est aujourd’hui écorchée. Il faut toujours trouver rapidement des solutions aux maux qui nous assaillent. La vie spirituelle requiert de la patience. Les cheminements ne se font pas hors du temps. Il faut du temps pour apprivoiser les étapes de la vie. Le temps ne se compte plus en nom bre de jours, de semaines ou de mois. Il se compte en nombre d’années. Il faut savoir orienter notre recherche non comme une quête de résultats, mais plutôt comme une route à parcourir dont la destination est inconnue. Qui de nous peut de fait affirmer qu’il est arrivé au terme de son parcours ?
Ce livre a pour origine cette donnée désormais inco ntestée de toute vie de foi. Les questionnements surgissent au moment où l’on ne s’y attend pas. Les questions qui se posent nous
surprennent par leur nouveauté. Elles provoquent so uvent un raz-de-marée intellectuel et émotionnel. Où trouver des réponses ? Il faut la plupart du temps entreprendre une démarche qui vise à renouveler en profondeur notre alliance avec Dieu. Des routes nouvelles et souvent désertiques seront empruntées. Leur aridité sera déconcertante. Pourtant, la personne ne peut pas s’exempter de prendre en compte que la route du désert est la seule qui mène vers la renaissance. Une renaissance qui se fait dans la souffrance. Celle-ci est nécessaire à tout réenfantement.
Je propose tout au long de ce livre des thèmes qui, un jour ou l’autre, soulèvent en nous des questions. Comment répondre à ces interrogations ? Comment vivre notre foi au moment où les images de Dieu et de Jésus qui la nourrissaient jusqu’ici sont devenues caduques ? Le cheminement spirituel passe alors par une nécessaire réinterprétation qui doit s’alimenter avant tout à l’étude et à la méditation de la Parole de Dieu. Le théologien H enri-Jérôme Gagey explique pourquoi les Écritures sont nécessaires pour accompagner notre cheminement : « Notre première ressource dans ce sens se trouve la lecture des Écritures, parce qu’elles sont une école pour apprendre à croire dans 3 la vie, pour apprendre à vivre à l’épreuve du vide, à l’épreuve de l’angoisse . »
Réinterpréter la foi pour l’aujourd’hui de notre vi e est une démarche exigeante. Si c’est la paresse qui nous guide, notre croissance spirituelle en sera affectée, pour ne pas dire arrêtée. Cette nouvelle aventure doit se faire sous le signe du dénuement, de manière à revêtir un être nouveau. Et c’est bel et bien un être nouveau qui sera découvert au terme de cette renaissance.
Jésus donne d’ailleurs cet avertissement à Nicodème au chapitre 3 de l’évangile de Jean. « Ne t’étonne pas, si je t’ai dit : il faut renaître à nouveau. Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. » (Jn 3, 7-8)
Chaque étape de la vie donne lieu à une renaissance. Il s’agit, selon Jésus, du travail de l’Esprit. Saint Paul nous en avertit dans la première lettre aux Corinthiens lorsqu’il écrit : « Une fois devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant. » (1 Co 13, 11) Les questionnements liés à la foi sont, je crois, l’expression du travail de l’Esprit en nous. C’est ainsi que la vie est un vaste travail d’enfantement qui mène jusqu’à l’étape finale où, selon saint Paul, « je connaîtrai comme je suis connu » (1 Co 13, 12).
Ce livre ne propose pas un chemin à emprunter. Je demeure loin des recettes et des « il faut ceci ou cela ». À chacun de découvrir sa voie. Le psycha nalyste Jacques Arènes a écrit que le cheminement religieux aujourd’hui « est suscité par une quête, et non par l’amour d’une 4 tradition ». C’est la méthode employée dans ce livre. Permet tre aux lecteurs d’entreprendre une quête spirituelle au cœur de la crise, en proposant de nouvelles voies à emprunter.
La notion de trajectoire fait aujourd’hui partie du langage du cheminement spirituel. En ce sens, elle se rapproche d’une manière étonnante de la spiritualité du labyrinthe. Quelques cathédrales du Moyen Âge, dont la cathédrale de Chartres, renferment des labyrinthes. Ces ouvrages révèlent une symbolique spirituelle qui est d’actualité.
En regardant un labyrinthe, nous avons l’impression qu’il sera facile de se rendre au centre. Il s’agit d’une illusion. Les multiples détours viennent nous mettre à l’épreuve. Nous revenons sur nos pas. Le centre s’éloigne alors qu’on le croyait à proximité. Tous ces détours sont à l’image de la vie spirituelle. Ils représentent nos moments de richesse comme nos traversées du désert. Ce qui compte dans le labyrinthe est de parcourir la voie. De ne pas cesser de chercher le chemin. Le paradoxe du labyrinthe est le suivant : c’est lorsqu’on se croit le plus loin du centre que, dans les faits, nous en sommes le plus près. Laurence Freeman exprime ainsi cette pédagogie : « Les tours et les détours du chemin n’ont pas été placés là par Dieu pour rendre notre voyage plus ardu, mais pour nous 5 apprendre, avec compassion et sagesse, à défaire les nœuds de notre cœur . » Bonne route.
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Dieu : le Père
Notre besoin de sens – et de consolation – n’a ni fin ni mesure, c’est le plus lancinant et inassouvissable des besoins. Sylvie Germain
LE MOT « DIEU » a quatre lettres. On peut l’écrire avec une lettre majuscule ou avec une minuscule. La lettre majuscule fait de lui ce qu’on appelle « un nom propre ». Nous accordons alors à ce nom une valeur à la fois réelle et symbolique. La valeu r réelle fait de ce nom une personne avec qui nous pouvons entrer en relation. La valeur symbolique es t tout aussi importante parce qu’elle met la personne en relation avec latranscendance, le Tout Autre, qui vient nous rencontrer à travers les chemins mystérieux de l’existence.
Le mot qui dit Dieu est plus chargé de sens que tou t autre mot, et cela, quelle que soit la langue dans laquelle il est dit. Il n’est pas seulement chargé de sens, il est avant tout le mot vis-à-vis du quel personne ne peut demeurer indifférent. Chaque individu prend un jour position face à ce que le mot « Dieu » peut représenter dans sa vie. Il peut en rejeter toute signification possible, ou finir par le trouver ambigu, au terme d’une recherche où la foi ne s’exprime pas. Enfin, il peut exprimer sa foi en établissant une relation personnelle avec celui qu’on appelle, dans leCredo chrétien, « le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ».
Toute crise personnelle de la foi prend position face à Dieu. Un jour ou l’autre, nous nous posons tous cette question : « Dieu, ça sert à quoi ? » J’ai entendu cette interrogation un peu partout, même autour de la table familiale. Les grands perso nnages de la Bible ont dû eux aussi affronter cette question.
J’ose tout de suite écrire que la première phrase d uCredomal cette réflexion. commence Plusieurs mots de cette phrase causent des problème s dans notre société, pour ne pas dire dans l’Église. Au cours de la messe, nous la prononçons machinalement, trop habitués à la réciter. Cette profession de foi n’a plus de poids. Les énoncés duCredodoivent avoir du poids et du sens, sinon ils ne servent à rien.
D’abord, le mot « Père » fait problème. Le psychanalyste français Jacques Arènes croit que la notion de père n’est pas valorisée dans le monde actuel. Un professeur à la retraite me racontait quelque chose de semblable il y a plus de dix ans. Sa longue carrière d’enseignant l’a amené à côtoyer des jeunes pour qui le père a perdu beaucoup d’impo rtance. Il me disait que les nombreuses ruptures dans les couples ont grandement modifié le rôle et l’image de la paternité. De plus, devant la montée du féminisme, la paternité a pris du recul et elle est entrée en crise. Il va sans dire que la notion de