Qui est croyant ?

Qui est croyant ?

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174 pages
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Description

Le 11 septembre 2001, des terroristes, après avoir eu soin de déclarer par écrit que leur entreprise était une oeuvre de croyants, ont détruit les tours du World Trade Center faisant ainsi des morts par milliers. Etre croyant c'est aimer la vie et non pas faire oeuvre de mort. Etre croyant n'est pas d'abord une affaire de religion. C'est essentiellement une question d'humanité. Voilà ce que ce livre cherche à faire comprendre. Lisez ! Vous verrez !

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Ajouté le 01 mars 2004
Nombre de lectures 54
EAN13 9782296354395
Langue Français
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QUI EST CROYANT?

Cheminements Spirituels
Collection dirigée par pierre de Givenchy
Toutes réflexions théologiques, spirituelles. Toutes expériences mystiques, religieuses qu'elles se situent au sein ou hors des grandes religions méritent d'être connues. C'est pourquoi nous favorisons leur édition dans cette collection. Vous pouvez nous envoyer vos écrits, même les plus personnels. Nous vous répondrons: Pierre de Givenchy 12, rue de Recouvrance 45000 Orléans

Déj à parus
CONTE A.-M., L'ivre de vie, 2004 DESURVlRE, Dire vrai ou Dieu entre racisme et religions, 2003

GALLO J.G., Lafin de l'histoire ou la Sagesse chrétienne, 2003 GENTOU A., Invités à vivre, 2003 SCIAMMA P., Dieu et l'homme méditations, 2003

P. M-A SANTANER

QUI EST CROYANT?

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polytec1mique 75005 Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

~L'Hannattan,2004 ISBN: 2-7475-6130-5 EAN: 9782747561303

Préface

Jusqu'ici, je m'étais posé cette question comme à peu près tout le monde se la pose. Et j'y répondais comme à peu près tout le monde: en référence à l'enseignement religieux que j'avais reçu. Être croyant, pour moi comme pour la plupart de mes semblables, c'était tenir pour vrais des énoncés religieux formulant des vérités indémontrables. Sans la moindre initiative de ma part, la fragilité de la vie m'a conduit à me poser la question du «croire» de manière toute différente. Gravement et dangereusement malade, j'ai séjourné successivement, en moins de deux ans, dans quatre cliniques et quatre grands hôpitaux. Pendant des mois, à cinq reprises, vivre a été suspendu pour moi à un ensemble de soins. Souvent, tandis qu'on me transportait de mon lit à quelque laboratoire pour y subir tel ou tel examen, j'aurais pu me faire l'effet de n'être qu'une chose s'il ne m'avait été demandé d'y consentir. Après coup, remis debout, je me suis dit intérieurement: «Au long de ces deux années, tu n'as fait que croire en ceux qui te soignaient ». Et repassant dans mon esprit les moments les plus durs traversés pendant les mois de maladie, je me dis: « Je suis vivant parce que j'ai cru L. ». Ce verbe CROIRE a ainsi pris pour moi des résonances autrement vitales que celles auxquelles mon esprit était habitué depuis mes années de catéchisme et malgré une longue pratique de la théologie. J'ai éprouvé comme physiquement la différence entre le contenu figé des expressions du genre «avoir la foi» et la densité dynamique du verbe CROIRE. «Avoir la foi» n'a plus guère évoqué pour moi qu'une étendue immobile d'eaux

stagnantes. CROIRE me renvoyait aux bouillonnements d'eau vive des torrents de montagne, prometteurs d'énergie et de fécondité... C'est à ce moment-là que les événements du Il septembre 2001 et leurs suites ont projeté sur ces visions de vie leurs images de mort. Au pied des tours qui achevaient de se consumer s'alignaient des cadavres d'hommes, de femmes victimes d'individus qui, avant d'embarquer pour leur action criminelle, avaient eu soin de préciser par écrit que leur entreprise était une action de croyants !.. Or voici que deux ans plus tard, au moment de lancer son annada à l'assaut de l'Irak, le Président des Etats-Unis tenait lui aussi à s'affirmer croyant en s'exhibant en prière avec ses conseillers, sur les écrans du monde entier !.. De Ben Laden et de ses affidés comme de W. Bush et de ses conseillers, fallait-il admettre, sans la moindre réaction critique, qu'ils se présentent comme croyants? L'idée m'est ainsi venue de ressaisir et de me préciser à moi-même les résonances venues m'habiter, en écho au verbe CROIRE, au moment où les forces de la vie avaient commencé de renaître en moi. J'avais besoin de dissocier ces résonances vibrantes de vie d'avec les sinistres accents de tout discours tenu par quiconque se présenterait comme croyant en faisant œuvre de mort. Qui est croyant? Ce n'est pas là une question en l'air. Derrière elle se jouent d'autres questions sur l'avenir de l'homme. Et ces questions sont bien plus radicales que celles que s'est posées Regis Debray en traitant des religions dans son volume Lefeu sacré... Mais d'abord, CROIRE, qu'est-ce que c'est?

Première Partie

Dans la banalité de la vie

Chapitre
,

1

Emergence du « CROIRE » , Emergence de l'HOMME?

J'ai sous les yeux une photo de famille: assis sur les genoux de sa mère, un tout petit enfant la regarde. Les yeux rayonnent d'un merveilleux éclat. Les lèvres entrouvertes laissent voir une langue qui frétille, impatiente de parler. La tête, légèrement soutenue par la main maternelle, semble se soulever de son propre mouvement. Tout, dans ce visage, dit l'élan du petit être qui s'abandonne et se livre à celle qui le contemple. Des milliers de femmes et d'hommes ont eu l'occasion de s'extasier devant quelque scène semblable. Quelles pensées ont alors habité leur esprit et leur cœur? Tandis que je m'extasie moi aussi, une interrogation monte en moi. Que signifie cet élan de l'enfant? Quelle parole en besoin de s'énoncer, les yeux, le sourire, le mouvement du corps cherchent-ils à exprimer? Quelle déclaration, encore impossible à dire en mots et en phrases, les lèvres et la langue voudraient-elles formuler? Le mouvement rendu par cette photo met en scène, visuellement, une parole qui cherche à se dire. Quelle parole? Est-il possible d'en déchiffrer le sens?
L'enfant ne parle pas encore; sa mère le contemple. Ils communiquent pourtant. Sans doute les lèvres de la

mère bredouillent-elles quelques syllabes de tendresse. Pas de mots par contre du côté de l'enfant. Mais tout parle en ce petit être. Son regard, les traits de son visage, sa bouche ouverte, l'élan de son corps qui, à la fois, se soulève et se blottit, tout en lui concourt à mettre au jour une parole encore purement intérieure. Les mots qui diraient cette parole, s'ils s'énonçaient, exprimeraient sans doute une confiance absolue dans un total abandon de soi. De quel rapport mystérieux entre le tout petit et sa mère cet abandon de soi donne-t-illa silencieuse expression? Dans la scène que nous scrutons, l'enfant met au jour un « quelque chose» qui l'habite. Ce «quelque chose» s'est élaboré en lui à partir de son expérience initiale de la vie. Faute d'autre terme pour dire ce «quelque chose », employons le mot conviction. Il ne s'agit pas d'une conviction raisonnée susceptible de se formuler en quelque énoncé logique. Il s'agit d'une certaine perception par l'enfant des conditions de sa propre existence. Son regard sur sa mère semble bien lui dire: « J'existe par toi!.. Je vis de toi L. ». Les yeux du tout petit ne murmurent-ils pas ces mêmes mots avec encore plus d'éloquence silencieuse lorsque sa mère l'allaite? On le sait, les yeux de l'enfant ne se portent pas sur le sein dont sa bouche s'est saisie. C'est vers les yeux de la mère que ce regard va, tout droit. À travers ces yeux qu'il scrute, l'enfant semble poursuivre un mystérieux dialogue avec la source du dynamisme dont il se sent vivre. À cette source, ne dirait-il pas sa confiance qu'elle ne lui faillira pas? En ce sens, ne pourrait-on pas à bon droit, par-delà et au cœur de l'énoncé « Je vis de toi », lire dans le regard du tout-petit, le contenu de cet autre énoncé bien plus mystérieux: « Je CROIS en toi !.. » ? Sans doute trouvera-t-on bien osé de traduire par une telle formule le regard et les attitudes d'un nouveau-né! A12

t-on le droit de mettre ainsi dans l'esprit et le cœur d'un tout petit des mots qui, normalement, ne sortent que de la bouche des adultes? Le fait est pourtant là, tel que nous avons essayé de l'observer. À un moment donné, avant même d'émettre le moindre son articulé, le petit d'homme, par son regard et par son mouvement d'abandon de luimême, donne l'impression de dire à sa mère qu'il croit en elle. S'il en est vraiment ainsi il y a lieu de nous poser une grave question. Au cours de quelles avancées dans la constitution de lui-même au ventre d'une femme, ce nouvel être humain a-t-il bien pu devenir le lieu d'élaboration de ces attitudes et mimiques où nous lisons un équivalent de l'énoncé: « Je crois en toi L. » ? Il serait vain de prétendre accéder un jour à une réponse sûre en ce domaine. Même le plus averti des pédiatres aurait sans doute bien du mal à imaginer un tel scénario. Mais peut-être est-on en mesure de formuler une réponse vraisemblable à partir d'une pratique dont bien des femmes font état. Il suffit de les entendre raconter leurs souvenirs du temps où elles portaient leur enfant. Elles sont nombreuses à évoquer ce temps comme un temps où il leur arrivait de converser intérieurement avec le petit être en formation au-dedans d'elles. Certaines disent même qu'il leur arrivait de s'adresser à lui à haute voix. Et l'on en trouve qui affirment avoir ainsi parlé à leur enfant dès le jour où elles ont su qu'elles le portaient en genne. Elles lui parlaient avec la conviction d'entrer ainsi en communication avec lui. Cette communication, à supposer qu'elle se soit vraiment instaurée, aurait alors été le fruit de la parole de la mère provoquant le fœtus à émettre une parole comme réponse en retour. On pourrait alors voir la formulation première de cette réponse dans l'abandon de ce petit être à 13

sa situation de totale prise en charge. Chaleur, confort, nourriture et boisson, oxygénation du sang, tout ce que requérait le maintien et le développement de sa vie naissante n'était-il pas assuré ponctuellement? Jour après jour, ce petit être jouissait sans effort des meilleures conditions d'existence. Or les paroles dites par sa mère ne faisaient qu'un avec cet environnement merveilleux. Elles correspondaient à la cohérence et à la gratuité de cet environnement. Ne serait-ce pas cet unisson entre ses conditions d'existence et les paroles de la mère qui aurait éveillé chez l'enfant, dès le temps fœtal, une certaine conscience d'avoir uniquement à s'abandonner? Paroles et environnement n'allaient-ils pas de pair pour l'acheminer, sans aucun effort de sa part, dans le SENS de son propre accomplissement? Nous aurions alors la clé d'interprétation du comportement d'abandon de lui-même par l'enfant! Il ne s'agit pas seulement d'un abandon physiologique à l'environnement immédiat, le ventre qui l'a couvé et, plus tard, les bras qui l'enserreront? Est aussi en acte la réponse à une parole! Ce petit être réagit déjà en être humain. Pour lui, la vie qui le travaille est en même temps une parole qui lui est dite. Sans doute serait-il excessif de parler ici d'une prise de conscience de soi. Mais il ne sera pas excessif, faute de disposer d'une expression plus rigoureusement exacte, d'imaginer dans l'organisme de l'enfant une certaine jouissance de s'abandonner à la vie, c'est-à-dire à celle dont la parole, même purement intérieure, s'applique à l'éveiller. Ainsi pourrait être pensée comme réelle une réponse de ce petit être à sa mère. L'expérience d'être nourri de la substance de celle qui lui parle transformerait en lui le mouvement où il s'abandonne à la vie en un mouvement où il s'abandonne à cette femme. L'enfant se met à croire en sa mère. 14

L'enfant croit en sa mère en ce sens qu'il croit à la vie dont il se sent vivre. Il croit en sa mère parce que dans le simple fait qu'elle le porte, elle lui donne sa parole que rien ne pourra porter atteinte à son développement vers toujours plus de vie. On peut alors se représenter le petit être en formation comme habité par une mystérieuse intuition: celle d'une promesse d'accéder un jour à sa propre plénitude. La perception de cette promesse serait moins de l'ordre de l'intelligence que de l'ordre d'un instinct ou, peut être déjà, du désir: intuition chez l'enfant d'un terme inconnu mais promis et donc tenu pour certain. Vers ce terme tend tout son propre dynamisme vital alimenté par l'environnement fœtal et soutenu par la parole qui lui est dite. L'enfant ignore tout du visage de ce terme. Mais son être qui se forme est travaillé de plus en plus par la perception de sa propre avancée vers cet accomplissement de lui-même. Il se berce au rythme régulier des battements du cœur de l'organisme qui l'enveloppe. Il en ressent aussi les frémissements. Mais il perçoit comme inébranlable la sécurité de cet environnement. Il s'y abandonne comme à une parole dont de tels éléments de cohérence et de gratuité lui garantissent qu'exister a du SENS. Il croit! Une comparaison peut ici nous éclairer. Rapprochons ces premiers moments d'une existence humaine de ce que nous pouvons imaginer des premiers temps vécus par l'humanité elle-même. Ces temps nous sont connus à travers des vestiges fort précaires. Mais on a pu lire avec une certaine assurance dans ces vestiges des indices de mise en œuvre d'une religion naturelle. On a ainsi désigné la relation entretenue par ces hommes avec un environnement d'où leur venait, pensaient-ils, toute leur subsistance. Ils ont perçu cet environnement comme une parole. Ils entendaient cette parole venant à eux dans la pluie ou le vent, le beau 15

temps ou les tempêtes, le jour et la nuit, le mouvement du soleil et la ronde des astres... Pour répondre à cette parole, ils ont inventé les mots et les rites des religions qu'ils se donnaient. À travers ces mots et ces rites, ils cherchaient à entrer en communication avec une présence par laquelle ils se sentaient enveloppés. Mots et rites, de leur part, ne relevaient ni de la logique ni du raisonnement. Ils procédaient d'une intuition d'exister dans un environnement de cohérence et de gratuité. Même difficile, cet environnement leur attestait que vivre avait du SENS. Mots et rites exprimaient l'abandon de ces humains au bonheur d'exister, la livraison de tout leur être aux impressions qui les rejoignaient, venant à eux de cette présence généreuse qui les environnait. Telle fut sans doute l'émergence du croire dans le monde vivant. Sans doute faut-il voir dans ce moment de l'émergence du croire chez des êtres vivants le moment d'émergence de l'humanité elle-même! De l'animal qui s'ébat dans la nature sans avoir conscience de sa propre existence il y a eu passage à l'être humain. Par la parole dite en réponse à la parole entendue a jailli l'étincelle de la capacité de croire en quelqu'un d'autre. Ainsi s'est attestée la présence du feu de l'esprit dans ce qui, auparavant, n'était que matière biologiquement vivante. Toute naissance humaine renouvelle ce prodige. Chez l'animal, le nouveauné est viande tirée de la viande. Dans le monde humain, le nouveau-né est chair née de la chair. On fait régresser l'humain vers l'animalité quand on ignore en lui cette différence d'une parole échangée qui atteste la présence de l'esprit. En ce domaine, le juriste P. Legendre a justement dénoncé une erreur trop familière de nos jours à certains biologistes. Il leur reproche une «conception bouchère» de la filiation. Amputé de la capacité de croire, le nouveau-

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né, comme le veau promis à la boucherie, ne serait que viande! Or il est chair. Et la chair est esprit. Si la chair est esprit, il est normal que tout être humain, dans sa venue au monde, vive une expérience semblable à celle de l'émergence de l'esprit au sein du monde? En tout nouveau-né se revivrait la merveille de l'éveil de l'homme à sa propre existence! Devant la cohérence des éléments qui l'entourent et la gratuité des apports dont bénéficie son organisme, l'enfant s'abandonne à la vie sans la moindre réticence. Exister a un SENS! Ce comportement renouvellerait celui de l'homme primitif s'abandonnant à la souveraine générosité d'une nature qu'il divinise. Qu'il s'agisse, pour l'enfant, de l'éveil à l'environnement qui le nourrit dans le sein de sa mère ou que jadis, pour les hommes primitifs, il se soit agi de l'éveil à l'univers au sein duquel tout leur était donné, les deux expériences comportent deux caractéristiques communes. Dans les deux cas, une parole dite par tout un environnement de cohérence et de gratuité, éveille en l'être humain l'intuition du SENS de sa propre existence. Dans les deux cas, il est répondu à cette parole par un même mouvement d'abandon et de livraison de soi. Intuition du SENS et livraison de soi sont constitutifs de la démarche du « croire ». L'homme serait cet animal singulier qui, éveillé par une parole au SENS de son être au monde, aurait entrepris de donner à cette parole sa propre réponse. Ainsi aurait émergé au sein du cosmos l'univers de la parole échangée. Échanger la parole, c'est croire. C'est d'abord croire en soimême: on se situe en sa propre existence face à la parole venue de quelqu'un d'autre. Mais c'est aussi croire en cet autre: on croit en lui en accueillant la parole qui vient de lui. Le fait de croire consiste autant dans le mouvement par 17