Théâtre et sacré dans la tradition juive

-

Français
129 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Les rapports entre autorités rabbiniques et théâtre ont toujours été placés sous le signe de l’ambiguïté. Taxé d’outil idolâtre au service des cultes païens à l’époque romaine, l’art scénique est pourtant décrit comme le lieu où les princes de Juda enseigneront « la Torah en public » à la fin des temps dans la Guemara.
Au fil des siècles se dégagent de grandes figures de drama-turges juifs comme Ézechiel le Tragique au IIe s. avant J.-C., Yehuda Sommo, premier théoricien de la scénographie au XVIe s., le rabbin kabbaliste Moshé Haim Luzzatto au XVIIIe s., Abraham Goldfadhen, père du théâtre yiddish à la fin du XIXe s. ou encore Théodore Herzl, fondateur du mouvement sioniste au début du XXe s.
Tous usent du théâtre non seulement pour transmettre le sacré d’un texte toraïque mais aussi pour comprendre la complexité liée à la condition de l’identité juive dans son rapport au sacré. Avec l’apparition de responsa rabbiniques en 2005 sur le théâtre et l’idée de théâtre cacher se joue une autre dimension sur scène.
Une nouvelle possibilité de lecture orthodoxe et féminine apparaît dans un rapport au théâtre comme « Beth Hamidrash », nouveau « lieu d’étude » et d’interprétation d’une parole divine accessible à tous... peut-être pour accélérer la venue des temps messianiques par un appel scénique, comme un cri vers Dieu, Le Silencieux...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782130791928
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0090€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Guila Clara Kessous
Théâtre et sacré dans la tradition juive
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2012
ISBN papier : 9782130590163 ISBN numérique : 9782130791928
Composition numérique : 2016
http://www.puf.com/
Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Les rapports entre autorités rabbiniques et théâtre ont toujours été placés sous le signe de l’ambiguïté. Taxé d’outil idolâtre au service des cultes païens à l’époque romaine, l’art scénique est pourtant décrit comme le lieu où les princes de Juda enseigneront « la Torah en public » à la fin des temps dans la Guemara. Au fil des siècles se dégagent de grandes figures de drama-turges juifs comme Ézechiel le Tragique au IIe s. avant J.-C., Yehuda Sommo, premier théoricien de la scénographie au XVIe s., le rabbin kabbaliste Moshé Haim Luzzatto au XVIIIe s., Abraham Goldfadhen, père du théâtre yiddish à la fin du XIXe s. ou encore Théodore Herzl, fondateur du mouvement sioniste au début du XXe s. Tous usent du théâtre non seulement pour transmettre le sacré d’un texte toraïque mais aussi pour comprendre la complexité liée à la condition de l’identité juive dans son rapport au sacré. Avec l’apparition de responsa rabbiniques en 2005 sur le théâtre et l’idée de théâtre cacher se joue une autre dimension sur scène. Une nouvelle possibilité de lecture orthodoxe et féminine apparaît dans un rapport au théâtre comme « Beth Hamidrash », nouveau « lieu d’étude » et d’interprétation d’une parole divine accessible à tous… peut-être pour accélérer la venue des temps messianiques par un appel scénique, comme un cri vers Dieu, Le Silencieux…
Table des matières
Préface(Elie Wiesel) Avant-propos(Hervé Landau) Du théâtre, du sacré et du judaïsme Introduction
Première partie. Talmud et théâtre Chapitre I. « Et tout le peuple voit les voix » (ExodeXX, 18) 1 - De la naissance du théâtre 2 - Le spectacle de la Révélation : l’« œil écoute » Chapitre II. Les paradoxes du Talmud sur la question du théâtre 1 - L’interdiction d’aller au théâtre, défini comme « cirque » romain 2 - La méfiance 3 - Letheatroncomme lieu d’enseignement de la Torah (Méguila6a) Deuxième partie. De l’antiquité à la période médiévale. Le sacré comme source théâtrale Présentation Chapitre I. « En chaque génération, chacun a le devoir de se considérer comme étant lui-même sorti d’Égypte » (haggadade Pessa’h) 1 - Leséderde Pâque 2 - La première pièce de théâtre juif : l’Exagogè 3 - Première pièce de théâtre : entre ajouts fictionnels et premières transcriptions midrashiques Chapitre II. « Écrivez-moi [Esther] pour les générations » (Méguila7a) 1 - La fête de Pourim 2 - La tradition duPourimshpiel3 - Réaction de l’autorité rabbinique Troisième partie. La Renaissance. Ouverture théâtrale du sacré au profane Présentation Chapitre I. Pièces crypto-juives 1 - Les origines juives de la pièceEveryman 2 -La Célestineet le marranisme Chapitre II. Le cœur du théâtre juif de la Renaissance : l’Italie 1 - Vie théâtrale à Mantoue et à Venise
2 - Léon de Modène, rabbin de Venise Chapitre III. Yehuda Sommo, auteur de la première pièce en hébreu et premier théoricien du théâtre 1 - Du sacré au profane 2 - La première pièce de théâtre en hébreu :La comédie du mariage 3 - Le premier traité théorique sur la mise en scène Quatrième partie. Le siècle des Lumières. Quand le théâtre devient moyen d’intégration du sacré dans la société profane Présentation Chapitre I. Deux rapports « marranes » au théâtre : Kabbale et raison 1 - Le rabbin Moïse ben Morde’hai Zacuto : la Kabbale et le rapport au sacré 2 - Joseph Penso de la Vega, le raisonneur « profane » Chapitre II. Rabbi Moïse ‘Hayim Luzzatto, l’auteur de référence en matière de Kabbale et de pièces de théâtre kabbalistiques 1 - Un auteur inspiré par la divine voix dumaggid 2 - Les trois pièces de théâtre allégoriques : vers une œuvre sacro-profane Chapitre III. Le théâtre de la Haskala 1 - Théâtre de la Haskala : le genre allégorique 2 - Théâtre de la Haskala : le genre biblique hagiographique 3 - Théâtre de la Haskala : le genre historique et d’actualité Cinquième partie. Un théâtre juif professionnel : pour une approche concrète Présentation Chapitre I. Le théâtre yiddish 1 - L’influence du mouvement ‘hassidique : le « théâtre cosmique » 2 - Naissance du théâtre yiddish 3 - Théâtre yiddish : théâtraliser le profane pour qu’il devienne sacré Chapitre II. Le théâtre judéo-espagnol 1 - Le théâtre séfarade 2 - Rabbi Shabtai ben Yosef Djaen, « le plus prolifique auteur de théâtre séfarade » Chapitre III. Les deux troupes de théâtre les plus représentatives : quand le théâtre devient synagogue et le rabbin metteur en scène 1 - La troupe du « Goset » : un théâtre juif d’État à partir d’un nouveau « Rabbi » metteur en scène, Salomon Mikhoëls 2 - La troupe « Habima » : un théâtre en langue sacrée Sixième partie. L’époque contemporaine
Présentation Chapitre I. Théâtre et sacré : outil de propagande et de résistance 1 - La « question juive » au théâtre sur la scène allemande 2 - L’« éruption » théâtrale de Théodore Hertzl 3 - Théâtre, sacré et Shoah Chapitre II. Théâtre et sacré en Israël 1 - Pour un théâtre « casher » 2 - Pour un théâtre pont entre les orthodoxes et les non-orthodoxes 3 - Pour un théâtre comme dispositif éducatif 4 - Pour un théâtre « socio-orthodoxe » («theatron kehilati») 5 - Pour un théâtre nouveau fondé sur des principes du judaïsme en connexion avec l’identité juive 6 - Pour un théâtre sacré Conclusion Bibliographie
Préface
Elie Wiesel
xiste-t-il une tradition du théâtre dans l’histoire religieuse du peuple juif à E Jérusalem d’abord et ensuite en exil ? Je n’en suis pas certain. Les Sages du Talmud et les Maîtres ‘hassidiques concevaient-ils la vie comme un jeu ? J’hésite à l’envisager.
Cependant Guila Clara Kessous, mon ancienne élève, pense que, tout en donnant sa part à l’invisible, à ce qui se déroule là-haut ou en coulisse, elle s’intéresse à ceux qui ont consacré leur talent et leur vision à la création théâtrale.
Et là, elle excelle.
Sa recherche est remarquable ; comme l’est son style. Et son amour pour le thème du sacré dans tous les aspects de l’imaginaire juif. Et puisque, après tout, il s’agit de spectacle, comment ne pas l’applaudir des deux mains ?
Avant-propos
Hervé Landau
econcept de la collection « Lectures du judaïsme » vise une triple rupture L pour l’écriture francophone sur les grands thèmes du judaïsme. La première rupture concerne ses auteurs. La deuxième touche à ses contenus, à la manière de les choisir et de les traiter. La troisième renvoie au format d’écriture adopté, encore inédit pour de tels sujets.
Ainsi l’ambition de cette collection consiste-t-elle, en premier lieu, à promouvoir la créativité et à étendre son champ, en favorisant l’émergence d’une nouvelle génération d’auteurs qui ne soient de purs produits d’aucune corporation ou d’aucun « establishment » en particulier. Bénéficiaires de formations et d’expériences leur procurant toute la légitimité nécessaire, leurs parcours sont divers. Tantôt de formations universitaires, tantôt de formations rabbiniques ou talmudiques du plus haut niveau, souvent de formations composites, ils sont aussi tout simplement de grands érudits, formés par la tradition orale de maîtres qui leur ont transmis des clés. Ils s’inscrivent donc dans cette longue chaîne de transmission qui, conformément à l’usage plurimillénaire de la tradition, assure la pérennité du peuple juif au-delà des vicissitudes de l’Histoire.
Ensemble, ces auteurs reflètent le bouillonnement le plus pur de la lecture du e judaïsme et de ses textes en ce début deXXIEnsemble, ils apportent siècle. une mise à jour de la pensée juive francophone, de son approche, de son langage. Ils exercent ce talent tant par la structuration que par la formulation ou encore, plus fondamentalement, par la traduction conceptuelle moderne d’une pensée ancienne au fonds toujours plus actuel. Ensemble, ils incarnent le renouvellement permanent dont est porteuse la pensée talmudique qui, fondée sur une pensée générique au potentiel illimité, a pour vocation de s’incarner à nouveau, en chaque génération, par une traduction pertinente de ses concepts et de son langage au moment et dans l’espace où elle s’exprime.
C’est la raison pour laquelle ces auteurs nous paraissent les mieux placés pour générer la deuxième rupture apportée par la présente collection. Renouveler les contenus, non sur le plan de l’idée élémentaire qui reste immuable, mais plutôt sur celui de leurs dimensions appliquées aux problématiques et aux langages d’une époque qui se vit au rythme de mutations extrêmement rapides, brutales et troublantes. De tels bouleversements n’épargnent aucun recoin de notre construction sociale, mentale et spirituelle. Il s’agit donc de
réinvestir aujourd’hui des concepts qui, dans un monde se pensant essentiellement en termes de valeurs ajoutées financières, de communication virtuelle, de mondialisation, de dérégulation et de cultures si plurielles qu’on peine à en identifier les contours, perdent progressivement tout support de compréhension, d’identification, d’approfondissement et de partage. Quelle place laissons-nous encore à Dieu entre informatique et nanotechnologies ? Que signifie le miracle dans un univers où les enfants possèdent un téléphone portable dès l’école primaire, alors que des bambins enseignent à leurs parents comment surfer sur Internet ? L’idolâtrie revêt-elle encore la moindre signification dans un monde où tout est devenu objet mais où l’objet, de surcroît, est avant tout jetable ? Que peut encore signifier la prière dans un univers de communication à outrance, lorsque l’homme ne prend plus ne serait-ce que le temps de s’écouter lui-même ? Certains thèmes doivent être entièrement repris, telles des boîtes de Pandore qu’on n’aurait plus ouvertes depuis des générations. D’autres doivent être reformulés selon une grille de lecture conceptuelle qui corresponde à nos références mentales présentes. D’autres enfin sont à clarifier, à confronter à des situations nouvelles que ceux qui nous ont précédés ne semblent pas avoir connues.
La troisième rupture de cette collection consiste en l’adoption, malgré le caractère très précis des sujets abordés et de la connaissance déployée, d’un format compact et d’une structure générale de rédaction uniforme. Sans que la chronologie des événements ne puisse constituer le facteur explicatif dominant, cette structure vise à faire vivre le sujet au lecteur par la découverte des strates successives de la pensée talmudique pour la problématique considérée, telles qu’elles se sont cristallisées au fil du temps et des réalités de l’histoire juive. Ces deux critères permettront au lecteur de s’approprier aisément la démarche par laquelle les auteurs couvrent leur sujet selon une chronologie des idées récurrente d’un ouvrage à l’autre. Dans la tradition des « Que sais-je ? » initiée par lesPUF, notre désir a été que le lecteur se sente « à la maison » lorsqu’il se saisit d’un volume de la collection.
Du théâtre, du sacré et du judaïsme
Les sages du Talmud ont identifié dans le théâtre, quasiment dès sa naissance, le porteur de ce qui était on ne peut plus contraire au sacré. Pourtant, ce mode d’expression n’a cessé d’intriguer des générations de rabbins et d’érudits. Certains, et pas toujours des moindres, s’y sont même essayés. Drôles de rapports que ceux du théâtre et du sacré. Le premier revendique, depuis deux mille ans, une reconnaissance qui émanerait du second. Lequel fuit cette