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Un complot libéral contre la sainte Église

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133 pages

Nous avons, en France, un grand journal qui s’appelle le Figaro. Le nom qu’il porte lui vient d’une pièce de Beaumarchais, qui fut le dernier sourire et le dernier soupir de l’ancien régime. Dans cette pièce, l’auteur suppose qu’un barbier, nommé Figaro, d’origine espagnole, spirituel et bravache, est en train de se marier. Un mariage va bien à une comédie ; le mariage de Figaro mène aussi à la noce ; mais cette noce fournit le programme d’un enterrement de première classe.

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Justin Fèvre

Un complot libéral contre la sainte Église

Réponse à la requête des cardinaux laïques en faveur des associations cultuelles

Une grande faute

Nous avons, en France, un grand journal qui s’appelle le Figaro. Le nom qu’il porte lui vient d’une pièce de Beaumarchais, qui fut le dernier sourire et le dernier soupir de l’ancien régime. Dans cette pièce, l’auteur suppose qu’un barbier, nommé Figaro, d’origine espagnole, spirituel et bravache, est en train de se marier. Un mariage va bien à une comédie ; le mariage de Figaro mène aussi à la noce ; mais cette noce fournit le programme d’un enterrement de première classe. Beaumarchais persifle, très spirituellement d’ailleurs, le roi, la reine, les princes, les ministres, la noblesse, le clergé ; il n’attaque, sans doute, que les abus, mais il ne recule pas devant le dessein de ruiner les institutions séculaires du royaume. En tout cas, sa pièce ne servit guère qu’à précipiter les ruines ; du reste, de la façon la plus gaie. En 1788, toute la France riait du mariage de Figaro. Du plus humble bourgeois jusqu’aux princes du sang, tout le monde en récitait les tirades et y applaudissait. Les belles dames ne s’en amusaient pas moins que les beaux messieurs ; les domestiques et servantes s’en gaussaient encore plus que leurs patrons. L’année suivante, s’ouvrirent les Etats généraux de la nation. Trois ans plus tard, on était en république ; le roi montait à l’échafaud ; une grande partie de la noblesse émigrait à l’étranger ; à l’intérieur, les députés de la nation mettaient son patrimoine au pillage et coupaient les têtes. L’avant-veille on riait au Mariage de Figaro ; le surlendemain régnait la Terreur.

Le Figaro d’aujourd’hui n’est pas une pièce révolutionnaire de théâtre, c’est un journal confiné dans l’idylle de 1788. On y rit : c’est la note dominante. Tout en riant, on s’y moque de la vertu qu’on honore ; on y préconise le vice qu’on réprouve. Surtout, on affecte des airs de gentilhommerie élégante, assez pour inciter au désordre des mœurs, et l’on fait semblant d’y représenter tous les bons principes, pourvu qu’on les tourne spirituellement en dérision. Le point capital, c’est de rire académiquement, de se moquer de tout, en affectant de défendre la bonne cause. Autrement Figaro n’a pas changé de profession ; il coupe toujours les cheveux et la barbe ; et ne va pas seulement en ville, mais se fait lire dans toutes les capitales : c’est le maître raseur de tous les peuples civilisés. Certes, on ne doit pas s’étonner qu’un raseur rase, puisque c’est sa profession ; mais on doit s’étonner que ceux qu’il rase lui prêtent leur tête, se confient à ses poudres odorantes et malfaisantes, à ses peignes, à ses ciseaux et, disons-le, aussi à son rasoir international. Le succès, au surplus, n’a pas sensiblement baissé ; les seigneurs et leurs valets, les grandes dames et leurs caméristes raffolent toujours des pornographies du Figaro. C’est le journal des grandes dames et des petites dames ; c’est la feuille des châteaux et des mauvais lieux. Figaro pourrait peut-être, sans se compromettre, aller encore plus loin. Par exemple, on l’a vu prendre fait et cause pour le traître juif Dreyfus, sans beaucoup diminuer son crédit. Pour le moment, toujours en chasse de pièces inconnues, toujours soucieux d’offrir à l’Eglise les conseils de la plus fine sagesse, il publie une supplique de quelques académiciens français à l’épiscopat ; et, par le moyen des évêques, grimés selon ses formules, il s’ingénie à porter des conseils au Pape. Voilà Figaro cardinal ; les bureaux de ce gourmet forment consistoire. C’est de là que va sortir le salut de la France, de l’Eglise et de la Chaire du Prince des Apôtres.

Ce fait peint les hommes et détermine exactement la situation. Depuis le 18 septembre 1898, date du discours prononcé à Romans, par Gambetta, se poursuit en France, au nom de la Franc-Maçonnerie contre la religion catholique et l’Eglise romaine, un programme de persécution. Lentement mais sûrement, le gouvernement français a démoli, pierre par pierre, la séculaire construction de nos églises catholiques, non pas au profit du judaïsme ou du protestantisme qu’il caresse pour les endormir, mais pour assurer le triomphe social de l’athéisme. Que ce dessein satanique se puisse concevoir, c’est déjà étonnant ; mais qu’il ait pu poursuivre son œuvre de démolition radicale, à peu près sans opposition, c’est un fait qui surpasse toute idée et étonne les croyances. A la tête de l’Eglise, il y a un Pape ; ce Pape, dépositaire des doctrines sacrées et des institutions de l’Evangile, doit les défendre et les a défendues avec une admirable précision de doctrines. Mais, pendant que le Pape de Rome proclamait les doctrines saintes, distinguait entre la forme du gouvernement et les lois antichrétiennes, demandait la soumission effective au gouvernement républicain, mais prêchait, contre les lois antichrétiennes, la guerre sainte, des catholiques libéraux, à Rome et en France, faussant le mot d’ordre du Pape, le retournaient contre son but et osaient bien proclamer que le Pape Léon XIII ne reconnaissait plus, pour soldats de Dieu, que ceux qui croisaient les bras. Défendre les doctrines de l’Eglise et ses droits, suivre la consigne militante du Pape, pour ces insensés misérables, c’était un crime, et c’est pour la perpétration de ce crime qu’a été frappé, il y a plus de dix ans, l’auteur de cet article. Défense d’écrire, silence aux apologistes, c’était, pour ces faux libéraux, la loi portée par le Saint-Siège.

A la tête de chaque diocèse, en France, il y a un évêque. L’évêque est, pour le gouvernement de son église, le coopérateur du Pape, obligé, comme lui, dans la soumission qu’il lui doit, de confesser les saintes doctrines, de réprouver les nouveautés profanes, de combattre les oppositions d’une science fausse ou d’une politique criminelle. Pendant que le gouvernement franc-maçon spoliait et démolissait nos églises, des catholiques libéraux, d’accord en ce point avec le gouvernement persécuteur, enseignaient que les évêques devaient se tenir en dehors et au-dessus de la politique, et, après avoir faussé l’ordre du Pape, osaient, en son nom, condamner les évêques à l’inertie. Ne rien faire, ne rien défendre, c’était la perfection de la sagesse épiscopale. Et s’il se trouva cinq ou six évêques pour se moquer de ces conseils et se souvenir de saint Athanase, il faut bien reconnaître, en baissant la tête, que le corps épiscopal de France, pendant vingt-cinq ans, ne s’opposa pas, comme corps, aux attentats de l’impiété franc-maçonne. Du moins ne s’opposa pas avec une force qui eut dû obliger le gouvernement à mettre un terme à ses crimes, fallut-il, pour l’y contraindre, aller en prison, à l’exil et même à l’échafaud. Les endormeurs libéraux firent fléchir la vertu militante des évêques ; et le gouvernement, en vue de se fortifier, put même introduire, dans l’épiscopat, des évêques plus jeunes, pour devenir les complices de la persécution.

Au-dessous des évêques, il y avait encore, parmi les prêtres et les fidèles, quelques âmes vaillantes, qui ne voulaient pas fléchir le genou devant le Baal de la Franc-Maçonnerie. Parmi eux, il y avait des docteurs ; il devait se trouver des soldats. Quelques-uns, dans plusieurs diocèses, osèrent se vouer à l’œuvre discréditée de l’apologétique ; ils osèrent, par le livre et par l’article de journal, lutter bravement contre l’ennemi de Dieu et de son Eglise. Mais telle fut alors, en France, l’infatuation libérale et l’habileté franc-maçonne, qu’à ta demande du gouvernement, ces apologistes furent frappés par les évêques et empêchés de recourir même à Rome, avec l’espoir d’en obtenir une justice que refusait leur patrie.

De ces vingt-cinq ans de douleur et de persécution, il ne reste rien, que le martyrologe des défenseurs de l’Eglise, frappés tous dans le dos, pour tort de clairvoyance ou crime de bravoure. Mais il se trouvait toujours des endormeurs, non pas pour couvrir de fleurs les victimes, mais pour les diffamer. Credat posteritas.

Nous sommes maintenant au terme de ces lâches conseils et de ces méprisables abdications. Nous y arrivons par une loi scélérate qui, sous couleur de séparation, confisque les biens de l’Eglise, désorganise son personnel, forme la machine la plus savante de la tyrannie et relègue, par la confiscation et l’oppression, nos églises, comme le disait spirituellement l’abbé Sieyès, ès espaces intelligibles du néant métaphysique.

C’est l’heure que choisissent, en France, ceux qui s’appellent eux-mêmes les intellectuels, les gens d’académie et teneurs de bureaux d’esprit, pour adresser, aux évêques, une supplique. Le directeur de la Revue des Deux-Mondes, Ferdinand Brunetière, professeur émérite de littérature française, tient la plume. C’est l’un des sept sages de la Grèce européenne, du moins à ses yeux ; ci-devant libre-penseur, converti par le modernisme de Bossuet, un tantinet gallican et très libéral, cet académicien de haute importance sait tout ce qu’il faut faire et excelle encore davantage à le bien dire. Conseiller extraordinaire de l’Eglise, voici la requête qu’il lui présente :

 

Monseigneur,

Au moment où, pour la première fois depuis des années, et on pourrait dire depuis des siècles, les évêques de France vont se réunir en assemblée plénière, quelques catholiques, dont les signatures — ils osent du moins l’espérer — suffiront à vous garantir les vrais sentiments, ont pensé que leur liberté ne vous offenserait pas, s’ils vous soumettaient, dans une lettre absolument confidentielle, quelques remarques sur un point de la loi qui va faire l’objet de vos délibérations.

Certes, catholiques convaincus et fidèles, nous ne saurions avoir, monseigneur, sur le caractère et l’esprit de cette loi, d’autre opinion que celle qu’exprimait hier le Souverain Pontife, dans son éloquente Encyclique du 11 février. Mais quelles seront les conséquences pratiques de cette condamnation solennelle ? Vous êtes présentement réunis pour nous le dire, et c’est l’espérance que vous ne vous séparerez pas sans nous l’avoir dit qui nous a dicté cette lettre.

La question qui nous préoccupe donc — parce qu’en effet il y va de l’organisation même de l’Eglise catholique en France — est de savoir si le Saint-Siège autorisera la formation des « associations cultuelles ». Ce n’est pas à nous qu’il appartient de prononcer sur le fond de la question, et aussi nous en garderons-nous ! Mais, dans les discussions qui se sont élevées depuis trois mois à ce sujet, nous n’avons pas pu, Monseigneur, ne pas être frappés de ce fait, que les objections qu’on opposait à ce genre d’associations se rapportaient presque toutes au texte primitif de la loi de séparation, mais non pas au texte définitif, celui qui est finalement sorti des délibérations de la Chambre et qui stipule expressément que les associations cultuelles devront être conformes « aux règles d’organisation générale du culte dont elles se proposent d’assurer l’exercice ». Cela veut dire — et le rapporteur de la loi, de même que le ministre des cultes, pressés par l’éloquence de M. Alexandre Ribot, l’ont formellement reconnu, — qu’une association cultuelle catholique sera légalement celle dont les membres seront « en communion » avec leur curé, ce curé avec son évêque, et l’évêque lui-même avec le Souverain Pontife.

Le Conseil d’Etat, dans le règlement d’administration qu’il prépare essayera-t-il de revenir sur ce point ? C’est sans doute ce qu’il est permis de craindre, et il est bien entendu, Monseigneur, qu’en pareil cas la présente lettre n’aurait plus d’objet. Mais en attendant, et dans les conditions qui nous sont faites par l’article 4, à qui appartient-il, sinon au Saint-Siège, renseigné par vous sur l’état de l’Eglise de France, de dire quelles sont « les règles d’organisation générale du culte catholique » ? et comment, dans les limites imposées par la loi, vous concevez l’organisation des associations cultuelles ? C’est à vous, évêques de France, de dire comme elles seront composées ; de combien de membres, selon les cas ; et choisis ou nommés dans quelles conditions.

L’Etat ne leur demandera compte que de leur gestion financière, et, à la vérité, nous l’avouons, c’est une singulière restriction de leur liberté. Mais, en tout ce qui regarde l’exercice du culte, c’est vous, Monseigneur, permettez-nous d’Insister et vous seuls, qui êtes appelés à fixer la compétence des associations cultuelles, et c’est vous qui direz quels droits vous leur reconnaissez. C’est vous qui leur déléguerez, de votre pouvoir au temporel, ce que vous voudrez leur en déléguer, et rien que ce que vous voudrez. C’est vous qui règlerez le mode de leur fonctionnement, et leur action ne s’exercera que dans les limites que vous aurez décidées. Et nous ne disons pas que ces limites ne soient pas difficiles à tracer, mais vous y réussirez, nous en avons la confiance ; et nous croyons qu’en y réussissant vous aurez rendu un service inoubliable à la France et à la religion même.

Car ce qui nous inquiète presque plus que de savoir « si l’on constituera les associations cultuelles » prévues par la loi de séparation, c’est, Monseigneur, et nous le dirons franchement, de savoir « ce que l’on ferait et comment s’organiserait l’Eglise de France » en dehors des associations cultuelles. Que se passera-t-il, en effet, si nous ne constituons pas d’associations cultuelles ?

  • 1° Il est d’abord à craindre, en effet, que nous ne puissions pas en constituer d’autres en dehors d’elles, sous quelque apparence ou quelque nom que ce soit, puisque, dès qu’elles essayeront de se mêler de « l’exercice du culte », elles seront illégales, ét, comme telles, aussitôt dissoutes, Dans l’intention du gouvernement, la loi de séparation n’a été faite — en ce qui regarde les associations « à fin de religion » — que pour empêcher de se constituer toutes celles qui ne prendront pas la forme de l’association cultuelle. Et, ne pouvant pas former d’autres associations légales, qu’en résultera-t-il, sinon ceci, Monseigneur, que dans ce pays de France, nous réduirons le catholicisme à l’état de religion privée ? et l’exercice du culte à une pratique réservée désormais aux seuls privilégiés de la fortune ?
  • 2° Si nous ne formons pas d’associations cultuelles, c’est alors en vérité que les inventaires de ces derniers temps prendront toute leur signification ; et, de par la loi, dans un avenir plus ou moins prochain, la conséquence de cette résolution sera la confiscation des biens de l’Eglise par l’Etat. C’est alors aussi que la propriété des édifices du culte revenant à l’Etat ou aux communes, nous verrons sans doute se réaliser le vœu de quelques sectaires, et la maison de Dieu transformée en grenier à foin ou en salle de danse !

Vivrons-nous, après cela, dans l’espérance de la reprendre un jour ? ou encore, contre cette profanation, essayerons-nous de défendre nos cathédrales par la force ?

  • 3° C’est en effet là qu’il en faudra venir, si nous ne formons pas d’associations cultuelles ; et nous essayerons vainement de nous faire illusion sur ce point, c’est la guerre civile qui se trouvera déchaînée. Le voulons-nous vraiment, dans le fond de nos coeurs ? et sommes-nous prêts à en prendre la responsabilité ? Vous ne vous dissimulez pas, en tout cas, Monseigneur, qu’elle serait grave, et vous ne vous étonnerez pas que, comme Français et comme catholiques, nous nous en montrions effrayés.

On dira peut-être : « Mais alors jusqu’où pousserons-nous l’obéissance à la loi ? » Nous répondrons franchement que, comme chrétiens, peut-être sommes-nous tenus de la pousser plus loin que d’autres ; et que, comme citoyens, nous devons non pas accepter mais subir la loi, jusqu’au point où son application violerait ouvertement les droits de notre conscience et les règles de notre religion.

Mais, pour le moment (n’étant empêchés par la loi de séparation ni de croire ce que nous voulons, ni de pratiquer ce que nous croyons ; la hiérarchie subsistant tout entière et le droit de nos évêques à communiquer avec Rome s’exerçant librement ; — les édifices du culte demeurant à la disposition d’associations formées et dirigées par l’évêque), nous estimons qu’il y a lieu de ne négliger aucun moyen légal de faire abroger ou modifier une loi dont nous protestons encore une fois que nous pensons tout ce que le Souverain Pontife en a dit solennellement ; mais nous croyons aussi qu’en vue même d’atteindre ce but, nous devons profiter, si restrictives soient-elles, de toutes les possibilités d’organisation que cette loi nous laisse, et en le faisant nous croyons que nous travaillons dans l’intérêt de la patrie et de la religion.

Veuillez agréer, Monseigneur, l’hommage des sentiments de respect et de vénération avec lesquels nous sommes, de Votre Grandeur, les très obéissants.

Prince d’Arenberg, membre de l’Institut de France ; André Aucoc ; F. Brunetière, de l’Académie française, directeur de la Revue des Deux-Mondes ; comte de Caraman, député de Seine-et-Oise ; L. de Castelnau, avocat, ancien bâtonnier, député de l’Aveyron ; baron Denys Cochin, député de la Seine ; Léon Devin, ancien bâtonnier de l’ordre des avocats de Paris ; Albert Gigot, ancien préfet de police, président du conseil de Fabrique de Saint-Honoré d’Eylau ; Georges Goyau ; comte d’Haussonville, de l’Académie française ; comte Hilaire de Lacombe ; Albert de Lapparent, membre de l’Institut de France ; Anatole Leroy-Beaulieu, membre de l’Institut de France ; Henri Lorin ; Georges Picot, membre de l’Institut de France, président du conseil de fabrique de la Trinité ; Edmond Rousse, de l’Académie française, ancien bâtonnier de l’ordre des avocats de Paris ; Sabatier, avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation, ancien président du Conseil de l’Ordre ; R. Saleilles, professeur à la Faculté de droit de Paris ; marquis de Ségur ; E. Senart, membre de l’Institut de France ; P. Thureau-Dangin, de l’Académie française ; Albert Vendal, de l’Académie française ; marquis de Vogué, de l’Académie française.

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La première chose qui étonne dans ce document, c’est la pensée qui lui a donné naissance. Mous n’avons rien à objecter contre les noms des co-signataires. Tous sont hommes de talent et hommes de savoir, haut placés dans le monde, d’une considération respectable ; mais enfin, si grands soient-ils et si considérés qu’ils puissent être, ce sont de simples fidèles. Dans la société chrétienne on distingue l’Eglise enseignante et l’Eglise enseignée ; l’Eglise enseignée, composée de simples chrétiens, ne possède aucune qualité pour enseigner et gouverner l’Eglise enseignante. Que, dans les conciles et hors des conciles, voire dans le train ordinaire de la vie commune, des laïcs puissent être appelés et priés de donner leur avis, de faire bénéficier l’Eglise de leur science et de leur expérience c’est un fait d’histoire et ne peut être l’objet d’un doute. Mais que des laïcs, même distingués, prennent l’initiative du conseil que l’Eglise ne leur demande point, s’ils ne savent pas ce qu’ils font, c’est une erreur ; s’ils le savent, c’est une faute. Qu’ils se permettent ces conseils à propos d’une loi que le chef de l’Eglise universelle, le Pontife heureusement régnant, vient de réprouver, dans les termes les plus formels et les plus justement sévères, on ne comprend plus. Le silence serait de bon goût ; la parole, même respectueuse, ne peut pas l’être. Evidemment, vous craignez que l’Eglise, laissée à elle-même, ne suffise plus à son gouvernement ; tranchons le mot, vous craignez qu’elle ne fasse des sottises, et vous placez, sur le pont, le garde-fou de votre propre sagesse. J’aimerais mieux que vous parliez un peu moins de votre sagesse et que vous pratiquiez un peu mieux l’obéissance. Je reconnais, au surplus, ici, l’acte de ce catholicisme libéral confiné mordicus dans les deux maximes : que l’Eglise doit être séparée de l’Etat ; et que l’Etat doit toujours être admis à conciliation avec l’Eglise. Ou vous croyez que l’Eglise est de Dieu ; que Jésus-Christ est avec elle jusqu’à la consommation des siècles ; que le Saint-Esprit l’inspire ; que l’Eglise enfin est la pensée vivante et active du ciel sur la terre : alors vous n’avez rien à craindre et rien à dire ; ou vous ne le croyez pas, et alors que venez-vous faire dans l’Eglise ? Bon gré mal gré, vous êtes inconséquent ou sans respect.

La seconde chose à considérer dans cette supplique, c’est sa publicité. On prie Dieu, on peut bien supplier l’Eglise, mais on murmure sa prière en secret et dans le silence. On ne prie pas à son de tambour ; on ne donne pas un conseil avec une trompette. Un conseil dans cette forme, ce n’est pas une supplication, c’est une injure. Que cette publication soit faite par une main indiscrète, puisqu’ils le disent, nous voulons le croire, mais cela prouve tout de même qu’elle ne pouvait pas se faire sans tort. Que cette publication se tasse dans le journal du barbier de toutes les capitales, c’est une indécence. La feuille des messieurs et des dames de haut rang, mais dont les idées et les mœurs sont de bas étage, n’est pas recevable pour les conseils à l’Eglise, une et sainte, catholique et apostolique. L’auteur de ce factum inattendu est le rédacteur en chef de la Revue des Deux-Mondes : quoi de plus facile que de déposer là cette supplique ? De là, cet aigle, comme dit quelque part Bossuet, se serait envolé vers les plus sublimes hauteurs et n’eut pas manqué de trouver, dans les journaux des deux mondes, un écho complaisant. Publicité qui eût sans doute dû caresser quelque peu son amour-propre. Mais non ; vous avez mis cet enfant au monde et vous le cachez, comme on cachait, à Sparte, les enfants malvenus ; ou plutôt, vous ne le cachez pas, car vous brûlez de le montrer ; mais vous ne le montrez que de biais, sur des chemins de traverse, dans une demi-obscurité, comme si vous craigniez de faire descendre sur cet être chétif une trop grande abondance de lumière.