Un espion au Vatican

Un espion au Vatican

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Livres
317 pages

Description

Entre farce et tragédie, un singulier témoignage sur la vie romaine de 1941 à 1945, rédigé comme un roman d’espionnage par un jeune Serbe qui, venu alerter le Vatican sur les massacres de Serbes orthodoxes et de Juifs perpétrés par les catholiques croates, découvre une Rome souterraine et interlope.

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Date de parution 09 avril 2014
Nombre de lectures 5
EAN13 9782228911023
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À ceux qui doutaient que le Yougoslave Branko Bokun (1920-2011) ait pu prendre un bain de soleil sur l’île de Ponza avec Mussolini prisonnier, il répondait que « dans ces années-là tout semblait irréel ». Entre roman noir et document historique, tension dramatique et dolce vita, telle est bien l’impression que laisse son singulier témoignage sur la Seconde Guerre mondiale. En 1941 il s’installe à Rome, ofïciellement comme membre de la Croix-Rouge, ofïcieusement pour alerter Pie XII sur les massacres de Serbes orthodoxes et de Juifs perpétrés par des Croates catholiques avec la bénédiction du clergé. Dans cette Ville éternelle et interlope qui est successivement celle des fascistes, des occupants allemands et des libérateurs américains, il côtoie quelques hommes de bonne volonté et beaucoup de cyniques, des petites gens qui pratiquent l’art du double jeu et des espions de toutes nationalités qui ïnissent par ne plus savoir pour qui ils travaillent. Après avoir vécu cette tragicomédie à l’italienne, Branko Bokun tour-nera dans des péplums à Cinecittà et fréquentera la Sorbonne. Établi à Londres en 1960, il sera journaliste, dandy et anthropologue. Traduit de l’anglais par Danièle Momont. Introduction de Mario Pasa.
Un espion au Vatican
Branko Bokun
Un espion au Vatican 1941-1945
récit
Traduit de l’anglais par Danièle Momont Présentation de Mario Pasa
PAYOT
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payot-rivages.fr
Ouvrage dirigé par Mario Pasa
Titre original : SPY IN THE VATICAN 1941-1945
© 1973, Branko Bokun.
© 2014, Éditions Payot & Rivages, pour la traduction française et la présentation. 106, bd Saint-Germain, Paris VI Illustration :© Bettmann / Corbi s. Conception graphique : Étienne Hénocq. ISBN : 9782228911023
PRÉSENTATION
Quand on demandait à Branko Bokun s’il avait réellement discuté sur l’île de Ponza avec le Duce déchu et prisonnier, il répondait : « Je sais que cela peut sembler irréel, mais dans ces années 1941-1945 tout était irréel. » Entre document histo-rique et roman noir, tension dramatique etdolce vita, anecdotes légères et réflexions profondes, telle est bien l’impression que laisse ce déconcertant témoignage sur la Seconde Guerre mondiale. Il a pour décors principaux la Rome du fascisme, la Rome de l’occupation allemande et la Rome de la libération – autrement dit une seule et même Ville Éternelle, dont la majorité de la population a fait dudoppio gioco(le double jeu) un art de la survie. Laissons Mussolini parler des Italiens sous la plume de Bokun. Il vient de perdre le pouvoir et d’avoir soixante ans. Ce 5 août 1943, tandis qu’il prend un bain de soleil et que somno-lent ses gardiens, il ne s’adresse plus à des Romains, comme il le faisait depuis le balcon du palazzo Venezia, mais à un jeune étranger sur une plage de carte postale, dans cette belle Italie qui va bientôt signer un armistice et trahir le Reich :
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« Les Américains nous prennent tous pour des mafieux, les Anglais pour des comiques ou des garçons de café, les Russes pour des chanteurs. Les Français, eux, nous détestent parce qu’ils détestent tout le monde… Pour les Italiens, la trahison, au même titre que l’adultère, fait partie de l’amour. S’ils réus-sissent à trahir les Allemands, ils ne les en aimeront que plus. Bien sûr ils feront semblant de les haïr pour justifier leur action, mais en leur for intérieur ils aimeront à jamais les Allemands. Ce qui est encore plus étrange, c’est que de leur côté les Allemands nous aiment aussi, même s’ils nous consi-dèrent comme une race inférieure. D’abord parce que, avant nous, personne ne les a jamais aimés ; ensuite parce qu’ils sont conscients que nous les sauvons de la plus terrible cata-strophe de leur histoire. Nous les sauvons de la défaite. Ils ont besoin que nous restions leurs alliés pour pouvoir nous reprocher ensuite d’avoir perdu la guerre. » D’aussi dangereuses liaisons sur fond cacophonique de mandoline et de grosse caisse relèvent presque du théâtre de boulevard, voire du théâtre de l’absurde. Or les guerres sont précisément ce que l’homme a inventé de plus tragiquement ridicule et de plus tristement comique, nous laisse entendre Branko Bokun au fil de ces pages pleines de gravité et d’humour rédigées et publiées en anglais près de trente ans 1 après la fin du conflit . Trente ans encore et il se relisait dans 2 une traduction italienne, si bien taillée pour le sujet . Décédé er le 1 janvier 2011 à l’âge de quatre-vingt-dix ans, il n’aura pas eu le temps de découvrir la présente édition, en ce français qu’entre autres langues il maîtrisait aussi.
1.Spy in the Vatican. 1941-1945, Londres, Tom Stacey, 1973 (rééd. Vita Books). 2.Una spia in Vaticano, Vicenza, Neri Pozza Editore, 2003.
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Il est né le 28 juin 1920 en Dalmatie mais a grandi dans le Banat, peuplé de Serbes, de Croates, de Hongrois, de Slovaques, de Roumains, de Tziganes, de Juifs, d’Allemands et même de quelques descendants de Français. Plus tard il aimera rappeler qu’en ce temps-là les gens autour de lui faisaient l’effort de parler ou de comprendre un autre idiome que le leur. La guerre va faire taire toute tolérance et réveiller les vieux démons. Au printemps 1941, l’armée allemande pénètre en Yougoslavie et les alliés du Reich (Italie, Hongrie, Bulgarie) se servent au passage. Le pays éclate, comme il éclatera un demi-siècle plus tard. Et comme un demi-siècle plus tard, la puri-fication ethnique devient synonyme de génocide. Dans l’État « indépendant » de Croatie, les oustachis catholiques massa-crent ou expédient en camp de concentration Serbes orthodoxes, Tziganes et Juifs avec la bénédiction d’une partie du clergé. Branko quitte son pays en cette terrible année 1941. Déjà polyglotte, il devient apatride et le restera jusqu’en 2000, quand il obtiendra la nationalité britannique. Entre-temps, il voyagera avec un passeport Nansen délivré par l’ONU. C’est parce qu’il sera resté si longtemps sans patrie, expliquera-t-il à la fin de sa vie, qu’il aura pu observer l’humanité avec un aussi clair-voyant recul. Hazel Smith, qui a été son assistante, préfère dire que c’est parce qu’il était « citoyen de tous les pays » qu’« il 1 pouvait voir des choses que les autres ne voyaient pas ».
Le narrateur d’Un espion au Vaticann’est pas son double parfait, l’intention de l’auteur étant de proposer un « journal
1. Je la remercie pour l’enthousiasme avec lequel elle a accueilli le projet d’une édition française et pour l’aide qu’elle m’a apportée au cours de mon travail d’édition. Je remercie aussi Dedda Fezzi Price, une amie de Branko Bokun, pour sa lecture de la traduction.
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satirique fondé sur [son] expérience » plutôt qu’une autobio-graphie en forme de journal, mais tous deux se ressemblent comme des frères. Notre jeune ex-Yougoslave dans la vie comme dans le livre campe trois personnages à Rome : offi-ciellement, il est membre de la Croix-Rouge, où il accueille beaucoup de réfugiés venus des Balkans et d’ailleurs ; officieu-sement, il essaie d’alerter Pie XII sur tout ce sang que font couler les oustachis au nom d’un dieu exclusivement catholique et avec les encouragements de prêtres fanatiques ; plus officieusement encore, il vient en aide à des Juifs, pas seulement yougoslaves, et à des prisonniers de guerre évadés – ou libérés à la faveur de la capitulation italienne de septembre 1943, mais réduits à la clandestinité sous l’occupa-tion allemande. Il fait fabriquer de faux papiers, cherche de l’argent et des planques, multiplie les contacts avec des hommes de bonne volonté, dont deux ambassadeurs auprès du Saint-Siège, l’Anglais Francis D’Arcy Osborne et Costa ˘ Cukic´, représentant du gouvernement yougoslave en exil. C’est qu’au Vatican sont confinés des diplomates d’États en guerre avec l’Italie. L’existence de ce « camp d’internement haut de gamme » explique en partie que Rome soit un vivier d’espions de toutes origines et de tous bords, qui au fil des événements et retournements finissent par ne plus savoir pour qui ils travaillent. Une chose est sûre, cependant : on peut identifier leur nationalité grâce à leurs souliers ! Par exemple, « les espions français se promènent toujours avec des chaussures à semelles compensées et aux lacets cassés ». Notre narrateur espionne lui aussi : il côtoie des types louches et recueille le plus d’informations possible sur ce qui se trame en ville et dans l’entourage du pape. Pour ce faire, il passe beaucoup de temps au café Golden Gate de la via Veneto, aujourd’hui Harry’s Bar. En ce sens, Branko demeurera un
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