//img.uscri.be/pth/ccdaf0eeeea30fd8f35bb27fc23c416d433e868c
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Une ethnographie des pentecôtismes africains en France

De
386 pages
L'essor des pentecôtismes ne cesse d'interpeller. En France, la plupart de ces Églises sont des Églises « africaines ». On en recense plusieurs centaines en région parisienne. Les migrants viennent bien entendu y « chercher Dieu ». Mais aussi tout autre chose : des permis de séjour, un logement, un mari. Bref, une vie meilleure. Cet ouvrage est consacré à la manière dont cette espérance sociale a été prise en charge par des prédicateurs et à leurs méthodes, à leurs succès, à leurs échecs.
Voir plus Voir moins
11 ESPACE AFRIQUE
Damien Mottier
Une ethnographie des pentecôtismes africains en France
Le temps des prophètes
16/04/14 22:09:46
Une ethnographie des pentecôtismes africains en France !
Dans la même collection 1.J. KAMANDA KIMONA-MBINGA,Le défi congolais. De la dégénérescence à la renaissance, 2001. 2.Z. HABIMANA MAKAMBA (dir.),Courants actuels de la philosophie africaine, 2002. 3.Ph. DENIS et C. SAPPIA (dir.),Femmes dAfrique dans une société en mutation, 2004. 4.P.-J. LAURENT (dir.),Décentralisation et citoyenneté au Burkina Faso, 2004. 5.M. PONCELET, G. PIROTTE, G. STANGHERLIN et E. SINDAYIHEBURA,Les ONG en villes africaines. Études de cas à Cotonou (Benin) et à Lubumbashi (RDC), 2006. 6.Ch. BECKER et Ph. DENIS (eds),Lépidémie du sida en Afrique subsaharienne. Regards historiens, 2006. 7.E. P. NGOMA-BINDA,Principes de gouvernance politique éthique. … Et le Congo sera sauvé, 2009. 8.P. PETIT (dir.),Société civile et éducation. Le partenariat à lépreuve du terrain, 2010. 9.L. VIDAL & C. KUABAN (dir.),Sida et tuberculose : la double peine ? Institutions, professionnels et société face à la coinfection au Cameroun et au Sénégal,2010. 10.J.-P. SEGIHOBE BIGIRA,Partenariat pour les forêts du Bassin du Congo et développement durable. Le droit à lépreuve des enjeux,2012. 11.D. MOTTIER,Une ethnographie des pentecôtismes africains en France. Le temps des prophètes, 2014. !
n  ESPACE AFRIQUE »Collectio Une ethnographie des pentecôtismes africains en France Le temps des prophètes Damien Mottier
Avec le soutien du FNRS D/2013/4910/57 ISBN : 978-2-8061-0141-9 © Academia-LHarmattan s.a. GrandPlace, 29 B-1348 Louvain-la-neuve Tous droits de reproduction, dadaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans lautorisation de léditeur ou de ses ayants droit. www.editions-academia.be
REMERCIEMENTS
Mes premiers remerciements vont à mes parents, ma famille, ma compagne, mes enfants, mes amis. Leur curiosité et leur soutien m’ont permis de mener à bien ce projet d’ouvrage, tiré d’une thèse en anthropologie sociale soutenue en octobre 2011 à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris. Je remercie tous ceux qui ont contribué à ma formation intellectuelle. Mes années passées à l’université de Nantes ont beaucoup compté. Mon passage à Nanterre a été décisif. Les anthropologues et cinéastes de la FRC, notamment Annie Comolli qui a accompagné mes premiers pas sur ce terrain, ont su convertir mon regard à l’utilisation du film en sciences sociales. Quant à André Mary, mon directeur de thèse à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, son intelligence de la rencontre missionnaire, sa connaissance des prophétismes et des christianismes africains, et plus encore son niveau d’exigence, ont porté ma recherche. Je leur dois beaucoup. Je n’oublie pas non plus tous ceux qui m’ont accordé un retour stimulant sur l’avancement de mes travaux au cours de séminaires, de journées d’études ou de colloques. Le fait, notamment, d’avoir été associé à l’ANR RELITRANS et de bénéficier des réflexions de chercheurs confirmés (Kali Argyriadis, Stefania Capone, Pierre-Joseph Laurent, Nathalie Luca, Ari Pedro Oro, Joseph Tonda, Renée de la Torre) sur les mutations contemporaines des faits religieux donne nécessairement à ma recherche une dimension collective. Les encouragements et les remarques des membres de mon jury de thèse (Sébastien Fath, Sandra Fancello, Pierre-Joseph Laurent, Jean-Claude Penrad, Joseph Tonda) ont été déterminants. Je remercie particulièrement Sandra Fancello pour ses commentaires précis et incisifs sur des versions intermédiaires de ce texte, dont je réalise combien la lecture a du être fastidieuse.
De même que Baptiste Coulmont, qui a réalisé les cartes figurant en fin d’ouvrage. Le département de la recherche et de l’enseignement du musée du quai Branly, dirigé par Anne-Christine Taylor, m’a par ailleurs offert pendant une année un environnement de travail favorable pour rédiger cet ouvrage. Je remercie Laurent Berger, Julien Bonhomme, Julien Clément et Jessica de Largy Healy pour l’accueil qu’ils m’ont fait. De même, la contribution financière du Fonds National de la Recherche Scientifique, en Belgique, m’a permis d’enrichir le texte de nombreuses illustrations, avec le soutien du Laboratoire d’Anthropologie des Mondes Contemporains, à Bruxelles, et de son directeur, Joël Noret, dont l’appui a été décisif. Le seul regret que je pourrais exprimer est que le film Prophète(s), finalisé en 2007, n’ait pas trouvé sa place dans cette publication, alors qu’il constitue une étape importante de ma recherche. Ce regret est néanmoins compensé par l’abondante documentation visuelle que l’éditeur m’a permis d’insérer. J’exprime donc toute ma gratitude à ceux qui m’ont donné accès à leurs archives photographiques personnelles et qui m’ont aimablement autorisé à les publier. Enfin, je remercie tous ceux qui, malgré ce qui nous sépare et parfois nous oppose, m’ont laissé me rapprocher d’eux tout au long de cette recherche étalée sur dix ans. Sans leur complicité et leur connivence, cet ouvrage n’aurait pu aboutir. Je n’en cite que quelques-uns, par leurs prénoms, sans distinction de statut, prédicateurs ou fidèles. Ils se reconnaîtront : Aimé, Albert, Bérénice, Blaise, Bruno, Caroline, Chantal, Christophe, Coco, Daniel, David, Dominique, Dorothée, Douglas, Emmanuel, Éric, Eugène, Faustin, Félicien, Félix, Fleura, Gilles, Guy, Hélène, Ida, Jacques, Jean-Denis, Jérémy, Lucie, Majagira, Marie-Éric, Marie-José, Marlène, Mathieu, Max, Michael, Paul, Placide, Prince, Samuel, Shora, Steve, Théo, Thierry, Thomas.
PRÉFACE
Cet ouvrage est une contribution originale qui vient compléter la chaîne des travaux qui ont cherché à cerner depuis une dizaine d’années ce phénomène sociologique étonnant que l’on appelle « Les Églises Africaines en Europe ». L’intérêt récent des sociologues et des anthropologues pour ce nouvel objet que constituent les pentecôtismes latino-américains ou africains est tel que certains de nos collègues anglophones ont pu s’inquiéter de la quasi-saturation des études d’anthropologie religieuse par ce terrain de recherche au départ plutôt rejeté et stigmatisé comme fossoyeur des objets nobles de l’anthropologie : les religions « traditionnelles ». En croisant les lieux d’observation, de Paris à Londres, Bruxelles, Amsterdam, Lisbonne, sans parler des aller-retour avec l’Afrique, le travail collectif que nous avons pu mener a permis de comparer et de revisiter les conditions d’implantation de ces communautés chrétiennes africaines dans divers contextes migratoires européens. Le travail pionnier de Sandra Fancello sur l’Église de Pentecôte originaire du Ghana a ouvert la voie et d’autres enquêtes sur les Églises prophétiques ivoiriennes ou congolaises ont suivi et suivront. Je suis particulièrement sensible entre autres à la reprise passionnante du travail entrepris sur le pasteur prophète ivoirien Kacou Séverin à partir de la Côte d’Ivoire et que je retrouve ici sur la scène parisienne et européenne avec un autre cadrage. Bel exemple, plutôt rare, de passage de relais dans un travail d’appropriation des données et de rebondissement des analyses d’une entreprise prophétique en train de se faire. Le goût de l’enquête dont témoigne Damien Mottier ouvre sur des fenêtres et des pistes inédites grâce à une connaissance inscrite sur la longue durée d’un milieu où le non spécialiste se perd rapidement. Des connexions inattendues surgissent notamment entre les grandes figures de la filière pastorale congolaise et
8 - UNE ETHNOGRAPHIE DES PENTECÔTISMES AFRICAINS EN FRANCE
l’irruption de ce véritable « trickster » de Kacou Séverin dans le réseau congolais parisien. L’échec communautaire et exemplaire de ce prophète de banlieue qu’est le pasteur Bong se transforme au cœur de l’enquête en une ethnographie au jour le jour des impasses d’un prophétisme manqué éclairant l’envers des prophétismes réussis qui engendrent des Églises. Le présent ouvrage se nourrit aussi de trouvailles inattendues comme ces photographies d’intimité villageoise et familiale du couple Kacou et de la famille Gbagbo, à l’époque des promesses et des prophéties sur l’avènement d’un « Président chrétien » pour la Côte d’Ivoire, bien avant que le drame national n’éclate. Et que dire de ces photographies réalisées avec un professionnel qui confirment le travail de mise en scène de soi et de performance de l’image poursuivi par Kacou (quelque temps avant sa mort accidentelle et néanmoins « prophétique »), où l’influence de la « culture de la sape » des milieux brazzavillois crève l’écran. Comme le confirme la mise en perspective historique que nous offre Damien Mottier, la force du « creuset prophétique » congolais se nourrit de l’interaction historique première qui s’est nouée dans les années 1930 entre le cycle des Réveils des Églises missionnaires d’inspiration évangélique et les mouvements prophétiques autochtones. Entre les initiatives des ngunza, visionnaires et guérisseurs, souvent ex-catéchistes, parcourant les villages en pratiquant la guérison miraculeuse, et les entreprises d’inspiration biblique et messianique des prophètes pasteurs, la continuité inaugurale est totale, et c’est bien cette veine prophétique et thaumaturgique dans laquelle les pasteurs d’aujourd’hui se ressourcent. La deuxième composante de cette force du prophé-tisme congolais est dans son inspiration et son ouverture transnationale. Les jeunes pasteurs se sont mis très tôt à l’école des grands leaders de la théologie évangélique et pentecôtiste américaine, et pour certains ont fréquenté leurs centres de formation et leur littérature. On comprend mieux comment les nouvelles théologies transatlantiques du « temps des Apôtres et des Prophètes » peuvent s’inscrire dans la continuité du réveil
PRÉFACE -9
des héritages congolais. Enfin, ce transnationalisme prophétique congolais n’est pas sans résonance avec les sensibilités et les formes d’expression régionales du mouvement panafricaniste qui s’affirment au Ghana comme en Côte d’Ivoire, et que l’on retrouve dans Paris « capitale noire ». La créativité de l’imagination congolaise qui avait étonné le jeune ethnologue Balandier, l’observateur des Brazzavilles noires des années 1950, n’a cessé de s’exprimer sur le plan de la danse et de la musique autant que de la littérature et du théâtre, et la « culture de la Sape » se retrouve au cœur de la fabrique des images et des performances scéniques des pasteurs prophètes. Comment faire comprendre, à travers une telle histoire de la conscience populaire, lettrée et « évoluée », que la congolité ou l’ivoirité (ou l’akanité) ne relèvent pas dans ces mondes pastoraux africains de « l’ethnique » ou de la simple « nationalité » telle que l’Europe entend ces catégories. Le repli sur la version « culturelle » qu’empruntent les politiques de l’inculturation catholique ou de la contextualisation protestante reste tout aussi aveugle à la dimension politico-religieuse (on pourrait dire « théologico-politique ») que les idéologies de « l’authenticité » zairoise, de l’akanité ou de l’ivoirité illustrent bien. L’extrait de prédication de Kacou Séverin en pleine campagne électorale ivoirienne illustre avec force et émotion le lien fort qui s’est noué entre la nation ivoirienne comme entité christique et spirituelle, et la terre ancestrale de ses prophètes, à l’image de l’alliance entre l’Éternel et la terre d’Israël. Le poids de ces imaginaires politico-religieux est essentiel, il fait le pont avec les « afro-centrismes » transatlantiques et ouvre sur la question cruciale du racialisme qui s’impose aujourd’hui, y compris au cœur du discours théologique de la mission en retour : « Un jour les Noirs viendront nous évangéliser, nous les Blancs pervertis par le matérialisme et l’athéisme moderne », répétait certains missionnaires coloniaux de retour dans leur patrie. Le malentendu se retrouve avec les catégories comme celles d’« Églises pentecôtistes charismatiques ». Toutes les recherches sur ce terrain sont confrontées à l’hybridation des catégories