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Voyages d'un jeune Irlandais à la recherche d'une religion

De
461 pages

Monologue au second étage. — Motifs d’embrasser le protestantisme. — Accident ménagé par la Providence. — Catéchisme antipapiste. — Bordée d’épithètes. — Résolution définitive.

C’était le soir du 16 avril 1829, le jour même où on apprit à Dublin que le roi avait donné sa sanction au bill d’émancipation des catholiques ; j’étais assis seul dans ma chambre, au second étage du collège de la Trinité ;partie intéressée dans cette grande question, j’appartenais aux sept millions d’hommes toujours constants que cette mesure rendait à la liberté ; après quelques moments de rêverie, je tressaillis en me levant, et, faisant rapidement quelques tours dans ma chambre, comme pour jouir de mon émancipation : Dieu merci, m’écriai-je, je puis maintenant, si, je veux, devenir protestant.

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CET OUVRAGE SE TROUVE AUSSI :

 

A Lille, chez M. LEFORT ;

A Besançon, chez M. CYR MONNOT, libraire,
Grand-Rue ;

A Lyon, chez M. RUSAND.

Thomas Moore

Voyages d'un jeune Irlandais à la recherche d'une religion

Avec des notes et des éclaircissements

PRÉFACE

Le succès de cet ouvrage, et la faveur avec laquelle il a été accueilli même dans les pays où domine la réforme, prouvent qu’il répond à un besoin de l’époque. On ne pouvait en effet l’écrire que de nos jours. Ne fallait-il pas que le protestantisme fût arrivé à son dernier période pour que le tableau de la controverse qui l’a poussé jusqu’aux déserts de l’incrédulité fût complet ? Thomas Moore paraît avoir voulu présenter, dans un cadre resserré et vivant, les phases diverses qu’a suivies pendant trois siècles cette guerre, la plus remarquable de toutes celles qui ont divisé les intelligences, et surtout la conclusion si féconde en graves enseignements qui, de nos jours, semble devoir la terminer. Le jeune voyageur irlandais dont nous lisons les aventures théologiques part précisément du point auquel a commencé le combat. Tous les chrétiens, convaincus que la doctrine du salut était uniquement renfermée dans la prédication de Jésus-Christ et des apôtres, regardaient la foi des premiers siècles comme le souvenir récent et fidèle de la révélation. Aussi la réforme annonça-t-elle la prétention de ramener l’Eglise à sa pureté primitive. Catholiques et protestants s’engagèrent donc dans l’étude de l’antiquité, se citant mutuellement à son tribunal. La décision fut prompte ; et après les travaux des Duperron, des Bellarmin, des Arnaud, des Bossuet, etc., etc., il né resta plus aucun doute sur la perpétuité de la foi catholique. Les protestants, qui sentaient encore quelque répugnance à dater de 1516, se voyant rebutés par les Pères, eurent recours aux hérétiques, et ils s’efforcèrent de se forger ainsi une généalogie de mensonges, puisqu’ils ne pouvaient s’en faire une de vérités. C’est le parti que prend notre voyageur, lorsqu’il s’est bien convaincu que, dans les antiques régions de l’orthodoxie, le catholicisme seul se rencontre. Mais ce singulier refuge ne tarda pas à dégoûter ceux même qui y avaient été chercher un asyle. En vain avait-on essayé de vanter un Vigilance, condamné par tous les docteurs depuis le quatrième siècle : on finit par rougir de prétendre qu’un tel homme eût été l’unique organe de la vérité. En vain encore voulut-on se trouver une succession parmi plusieurs sectes obscures, telles que celle des Vaudois : il y avait quelque chose de si honteux dans la sombre tradition d’erreurs que ces manichéens déguisés avaient reçue d’hérétiques sur lesquels pesait la malédiction de tant de siècles, que l’on se hâta de renier ces ancêtres d’un moment. Alors seulement la réforme osa, en désespoir de cause, se montrer parfaitement conséquente avec son principe. Nouvelle dans le monde, sans histoire comme sans mission, elle prit la Bible ; et, taisant avec soin le nom de CELLE qui la lui avait transmise, elle la jeta aux peuples, en leur disant d’y chercher leur foi. Telle est à peu près la position d’esprit dans laquelle se trouva notre Irlandais à son départ pour l’Allemagne. Mais depuis long-temps l’expérience a appris que, dans les choses surnaturelles que Dieu n’a pas livrées à l’incertitude de ses disputes, la raison de l’homme sait détruire, et non édifier. Fière de son indépendance, elle feuilleta ce livre, qui lui avait été donné comme divin, afin d’y chercher les mystères que la parole vivante lui avait enseignés autrefois. Elle ne rencontra que des doutes auxquels elle n’entendait pas de réponse, car la lettre morte qu’elle interrogeait seule se taisait. Les mystères furent donc niés. La raison se trouva n’ayant plus entre les mains que le livre, vide pour elle, de foi et de vérité. Elle était cependant encore tourmentée du besoin de douter. Examinant l’origine même du livre, elle ne tarda pas à nier qu’il vint de Dieu. Alors le lien d’union entre le ciel et la terre fut brisé. Tout étant détruit, la triste voix de la science se fit entendre du milieu de ruines, et elle apprit aux hommes qu’ils n’ont rien à croire, parce que Dieu ne leur a rien enseigné. Il restait à nier Dieu lui-même ; mais la raison était fatiguée. D’ailleurs Dieu, devenu étranger au monde, l’inquiétait peu ; il fut oublié comme indifférent.

Ceux à qui ces excès paraissent incroyables ne conserveront plus, je pense, aucun doute, s’ils prennent la peine de lire cet écrit. La question s’est généralisée ; dés protestants, nous sommes arrivés aux déistes et aux incrédules. C’est en effet ce que sont maintenant tous les protestants qui raisonnent, surtout dans la savante Allemagne. Ils ont parcouru le cercle que le génie de Bossuet leur avait tracé. Ils ne peuvent plus marcher que pour revenir à la foi de leurs pères, qui, toujours immobile sur ses inébranlables fondements, leur rappelle qu’elle a prédit leurs erreurs, et qu’ils ne trouveront de repos que dans son autorité tutélaire.

Peut-être ne devait-on pas attendre du génie poétique, et quelquefois un peu léger, of the Anacreon Moore, le sérieux d’une production qui a exigé des recherches assez étendues. Cet illustre Irlandais, si dévoué à son pays, pouvait craindre d’avoir blessé la susceptibilité religieuse de ses compatriotes par l’un de ses derniers ouvrages (the Epicurean). On s’était demandé si, dans les croyances incertaines de son héros, il ne révélait pas les doutes de son âme. Sa réponse a été cette noble et sincère profession de foi qu’il dédie au peuple d’Irlande. Elle offre, comme il le dit lui-même, un panorama complet du protestantisme, où, à côté des erreurs dogmatiques, on voit figurer les vices et les scandales des réformateurs. Le tableau est achevé ; il peut servir également à l’instruction et de ceux qui se sont arrêtés dans le protestantisme, et de ces catholiques de nom, qui sont parvenus jusqu’aux limites de l’erreur.

Si quelque chose au reste pouvait ajouter encore à l’évidence irrésistible de cette démonstration, ce serait la faiblesse et la divergence des réponses qu’on a vainement essayé d’y opposer. Une attaque si habile et si imprévue a excité un cri d’alarme dans les rangs de l’Eglise établie. Les controversistes se sont hâtés de courir à sa défense ; mais, sans union comme sans guide, ils ont tourné leurs armes contre eux mêmes, et n’ont fait que manifester la honteuse impuissance du protestantisme à soutenir, aucun dogme chrétien sans se condamner lui-même. Afin de mettre ce fait dans tout son jour, nous placerons les diverses réponses en regard : ainsi la peine de les réfuter nous sera épargnée. Loin de nous’ toute pensée de nous réjouir de cet étrange égarement de nos frères. Il y a même ici un sujet de douleur profonde pour une âme chrétienne. Que, dans les premiers jours de ces graves controverses, on ait pu se tomper de bonne foi sur quelques questions qui n’étaient pas encore assez éclaircies, nous ne le nierons pas ; mais maintenant qu’une aveugle obstination répète seule des calomnies mille fois démenties et des objections aussi souvent réfutées, il ne reste plus qu’à gémir sur cet endurcissement volontaire.

Le clergé instruit de la Grande-Bretagne n’aurait-il plus foi à ce qu’il enseigne ? Faut-il croire qu’il ne persévère dans le parti où le schisme l’a placé que parce que reculer exigerait un noble et grand sacrifice ? N’y a-t-il donc plus aucune conviction dans ces âmes ? Ces doutes sont pénibles, je le sens ; mais lorsque des hommes constamment livrés à l’étude se respectent assez peu pour nous opposer encore les mensonges fanatiques des réformateurs du seizième siècle, lorsqu’ils peignent l’Eglise catholique sous des couleurs qu’ils savent certainement être mensongères, je le demande, que peut penser quiconque aime sincèrement la vérité ? Nous ayons hâte de justifier de tels reproches ; il nous suffira, pour cela, de traduire fidèlement quelques passages de ces honteuses répliques.

Deux ouvrages publiés en réponse à Thomas Moore ont arrêté notre attention. L’un, dû à la plume d’un ministre, de l’Eglise anglicane, M. Mortimer O’Sullivan, est. consacré à défendre les doctrines de l’établissement. L’auteur de l’autre se dit membre de l’Eglise légale ; et cependant il la traite si durement, que nous n’aurons besoin que de son témoignage pour réfuter le révérend recteur.

Nous n’analyserons que très superficiellement ces deux répliques : vouloir relever tout ce qu’elles offrent de faux et d’incohérent, ce serait s’engager dans un travail aussi long qu’ennuyeux. Au reste ce que nous reproduirons fera assez connaître cette étrange polémique pour que nos lecteurs nous sachent gré de leur avoir épargné le reste.

« Après une telle attaque contre notre vénérable religion, dit M. Mortimer, on attendait une réponse de la part du clergé de l’Eglise établie.... On espère que cette défense ne montrera qu’une faible apparence de l’amertume controversiste. L’auteur a du reste la confiance que la cause de la vérité ne souffrira pas de la douceur avec laquelle elle est vengée1. » Chacun sera bientôt à même de juger ce que c’est que la douceur du ministre.

Il y a une habileté singulière, dans le soin avec lequel le recteur, tout en cherchant à ne pas blesser le respect que le haut clergé anglican affecte encore parfois pour les Pères, s’efforce néanmoins d’atténuer une autorité qu’il sait bien lui être contraire. Ainsi, à côté de phrases telles que celle-ci : « Nous ne prétendons pas déprécier tout recours aux monuments des siècles qui ont suivi immédiatement Notre-Seigneur et ses apôtres, ni refuser aux témoignages portés par les premiers chrétiens le respect et l’autorité qui leur sont dus ; comme témoins de la doctrine et de la discipline de leur temps, ils ne doivent pas être négligés2 », on trouve cité avec honneur ce passage de la Revue d’Edimbourg : « Si nous pouvions nous flatter que M.B. consentira à nous écouter, nous lui conseillerions de se débarrasser le plus promptement possible d’écrivains tels que ses Grégoire, ses Cyrille, etc., qui ne sont bons qu’à faire parade d’une vaine érudition, et de s’appliquer à des études plus-pures et plus utiles, plus orthodoxes en bon goût comme en théologie. Dans un petit nombre de pages de Barrow ou de Taylor il trouvera plus de piété raisonnable et de vraie éloquence que dans tous les Pères de l’Eglise ensemble3. » On sent que l’auteur n’aurait pas osé prendre sur lui une fanfaronnade aussi follement hardie ; il se contente de regretter que le jeune voyageur irlandais n’y ait pas eu égard avant de s’engager dans ses lonques études.

Les premiers chapitres de la réfutation sont consacrés à discuter quelques uns des passages des Pères cités par Thomas Moore. Aux commentaires par lesquels l’auteur les torture pour les plier aux doctrines de son Eglise se trouvent mêlés des doutes sur l’authenticité des Pères, sur les interpolations qu’ils ont pu subir, etc. On voit que le controversiste ferait volontiers grâce de ses explications favorables, s’il pouvait parvenir à se débarrasser absolument de tous ces témoignages. Il discute surtout longuement le dogme de l’Eucharistie, dont il ne peut se dissimuler l’importance ; mais rien de plus singulier que le refuge qu’il se prépare pour échapper aux textes innombrables qu’il est si facile de lui opposer. Toute la question est, à son avis, dans la transsubstantiationcar l’Eglise anglicane admet, comme l’Eglise catholique, la présence, réelle. La seule différence est qu’elle la croit purement spirituelle, tandis que Rome croit Jésus-Christ présent aussi corporellement. Qui ne reconnaît, dans cette misérable subtilité, les ruses et les mensonges de Bucer et de Calvin ? Qu’est-ce que la présence spirituelle de la chair et du sang ? N’est-ce pas, comme on l’a dit aux premiers réformateurs, une absence réelle ? Et c’est de nos jours qu’on ose encore reproduire de pareils subterfuges ! Il le faut bien, puisque sans eux il est impossible de ne pas se mettre en guerre ouverte avec tous les monuments anciens. Voyez quels secours admirables ils prêtent à notre moderne controversiste ! Ils lui servent à prouver que la doctrine de l’Eglise anglicane est fidèlement exprimée par des passages tels que ceux-ci : « Ils (les dokètes) s’éloignent de l’Eucharistie et de la prière, parce qu’ils ne veulent pas reconnaître que l’Eucharistie est la chair du Christ, cette chair qui a souffert pour nos péchés. » (Saint Ignace.)

« Nous croyons que, la substance du pain étant changée en celle du corps de Notre - Seigneur-Jésus -Christ, il est présent réellement au saint sacrement. Voilà une des vérités. Une autre est que ce sacrement est aussi une figure de la croix et de la gloire, et une commémoration des deux. Voilà la foi catholique, qui comprend ces deux vérités, qui semblent opposées. (Les protestants) s’attachent à ce point, que ce sacrement, est figuratif ; et en cela ils ne sont pas hérétiques. Enfin ils nient la présence réelle ; et en cela ils sont hérétiques. » (Pascal.) « Il est remarquable, observe l’auteur sur ce passage, qu’il n’y a rien dans ces paroles qui suppose que Pascal crût à la transsubstantiation.... En vérité, ce n’est qu’avec la doctrine de l’Eglise d’Angleterre que le sentiment de Pascal s’accorde4. » Je ne pense pas que l’on puisse abuser plus hardiment du langage ; et, après un tel exemple, on ne doit pas s’étonner que les paroles si claires, si précises, de Notre-Seigneur, Ceci est mon corps, soient détournées de leur sens naturel. C’est avec la même audace que le ministre transcrit les paroles d’Erasme et de Pascal rapportées par Th. Moore, page 85 ; et il ajoute : et Ces grands hommes que notre voyageur cite n’avaient pas, il est vrai, rejeté tous les enseignements d’une Eglise sans Ecriture ; mais ils paraissent avoir combattu contre ses plus pernicieuses doctrines.

Cauti : Clypeos mentitaque tela
Agnoscunt, atque ora sono discordia signant5. »

A quoi bon entrer dans l’examen des arguments du ministre ? J’admets un instant qu’ils puissent en effet faire naître quelque doute sur le vrai sens. de ces textes, et je me contente d’une simple remarque. Quel est le catholique qui ne croie lire dans les divers passages que nous venons de rapporter l’expression fidèle de sa foi ? Eh bien ! un anglican, qu’il nous est permis de supposer sincère, croit y découvrir tout le contraire. Or, s’il est possible de donner des interprétations si différentes aux paroles d’écrivains modernes, dont la vie et lès opinions nous sont connues, qui se sont servi de langues encore familières de nos jours, comment ne pas craindre l’erreur dans l’interprétation des Ecritures ? Quoi ! le jugement individuel déduit également le oui et le non des écrits d’un auteur presque contemporain, et il sera sûr de ne pas s’égarer lorsqu’il s’agit d’ouvrages composés il y a plus de dix-huit siècles, et que la plupart ne lisent que dans des traductions ! Peut-être nous sera-t-il permis d’opposer à la citation profane du ministre une parole sainte que nous voudrions n’être pas en droit d’appliquer à nos adversaires : Mentita est iniquitas sibi.

On ne s’étonnera pas, après cela, que l’Eglise catholique refuse de livrer aux caprices de chacun la parole écrite. Si elle pouvait jamais y consentir, elle n’aurait plus qu’à jeter aussi au milieu des places publiques le corps adorable du Seigneur ; et alors, le double don que le Verbe a fait de lui-même à notre pauvre humanité étant méprisé, foulé aux pieds de tous, la vérité et la vie déserteraient aussitôt ce monde, et sa dernière heure aurait sonné. On se lasse d’entendre sans cesse les protestants nous reprocher que nous abandonnons la Sainte - Ecriture, pour n’écouter que des témoignages humains. L’Eglise catholique, qui recueille avec autant de soin la parole de Dieu que les parcelles eucharistiques, ne la rejette pas sans doute lorsqu’elle ne lui est transmise que par la tradition orale ; mais elle la respecte également aussi lorsqu’elle la lit dans les écrits inspirés. De tout temps les docteurs orthodoxes ont opposé à l’hérésie le texte sacré, dans lequel sont révélés la plupart des dogmes que l’Eglise a constamment enseignés. Encore de nos jours il nous est facile de rapporter une suite de passages du Nouveau-Testament dont le sens simple, naturel, tel qu’il se présente d’abord à l’esprit, en faisant abstraction de toute espèce de commentaire, exprime quelqu’une des vérités que l’hérésie nous conteste. Ainsi, l’autorité du siége apostolique et l’infaillibilité de l’Eglise, le pouvoir de remettre les péchés, le dogme de la transsubstantiation, le respect dû à la tradition orale, ne s’offrent-ils pas au premier abord comme l’interprétation naturelle des textes que nous allons citer :

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. » (Saint Matth., XVI, 18.)

« Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. » (Saint Jean, XX, 23.)

« Jésus prit du pain, le bénit, le rompit, le donna à ses disciples, et il dit : Prenez et mangez, ceci est mon corps. » (Saint Matth.,XXVI, 26.)

« Conservez les traditions que vous avez apprises, soit de vive voix, soit par notre épître. » (II Thess., 2, 14.)

Je sais que l’on a constesté tous ces textes, que le raisonnement leur a attribué une multitude de sens différents. Mais de là même il résulte que l’Ecriture seule ne suffit pas. Il faut la commenter, l’expliquer ; en un mot il lui faut un interprète. Or, que pour vous ce soit la raison individuelle, tandis que pour les catholiques c’est la tradition et l’Eglise, la différence n’est que dans le choix du guide. Ne nous reprochez donc pas de ne point respecter les Ecritures. C’est à elles que nous en appelons aussi bien que vous. Mais, si nous ne pouvons nous accorder sur leur vrai sens, ne nous reste- t-il qu’à accuser Dieu de nous avoir donné sa parole sans nous en laisser l’intelligence ? Car quel est l’homme qui osera dire : Tous mes frères se trompent, ils n’ont pas compris le livre divin ; moi seul j’ai sondé ses mystères. S’il en était un qui eût une telle foi en lui-même, la divine sagesse se manifesterait-elle à tant d’orgueil, lorsque nous entendons le Seigneur s’écrier : « Je vous remercie, ô mon Père, parce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et que vous les avez révélées aux petits. » Le doute seul est donc possible dans le système protestant, la foi jamais. Or, est-ce pour ajouter encore aux incertitudes qui nous fatiguent que Dieu est descendu des splendeurs de sa gloire et nous a raconté les secrets de l’éternité ? Est-ce pour être honoré par un peut-être qu’il a daigné enseigner lui-même, tandis que l’homme se croit blessé si on élève le moindre soupçon sur la vérité de ce qu’il affirme ? Les protestants sont donc seuls coupables d’avoir profané la sainte parole du Très-Haut, puisqu’ils lui ont enlevé le véritable honneur qui lui est dû, c’est-à-dire la foi, qui est l’adoration de l’intelligence.

Vainement encore notre controversiste anglican essaie de laver la réforme de l’ignominie que fait rejaillir sur elle la vie honteuse et criminelle de ses premiers apôtres. Nier ici est chose impossible. « Il faut cependant confesser, dit-il, que les fragilités par lesquelles l’homme est tenté se trouvaient en Luther ; et souvent, à cause de la grandeur même et de la hardiesse de son caractère, elles étaient plus fortement prononcées que dans les hommes inférieurs6. » La concession est large ; comment échapper aux conséquences ? Le moyen est bien simple. Les crimes des nouveaux apôtres étaient un reste du catholicisme, dans lequel ils avaient été élevés. « Qu’on se rappelle que les pages les plus sombres, et les plus révoltantes de l’histoire étaient offertes à l’esprit de chacun des jeunes gens qui se destinaient à la prêtrise, et qu’il était instruit à croire que les plus abominables énormités qui déshonorent notre nature sont transformées en actes beaux et louables lorsqu’on les fait servir à défendre l’Eglise. Que fallait-il attendre ? N’est-il pas tout simple que, pour celui qui sort d’une région de ténèbres intellectuelles, les objets se confondent et se troublent ? Comment ceux qui sortaient des sépulcres dans lesquels l’humanité pourrissait n’auraient-ils pas porté quelques traces de corruption ?... Dans les vices qui déshonorèrent quelques réformateurs, et dans les erreurs qui égarèrent le plus grand nombre, nous pouvons lire le caractère de l’Eglise dont ils étaient sortis ; tandis que dans leur prédication apostolique, leur zèle et leur patience, nous reconnaissons le triomphe que la foi remporte sur les vices de la plus basse éducation7. » Que le lecteur se rappelle qu’à cette époque vivaient les saint François-de-Sales, les saint Charles-Borromée, les saint Vincent-de-Paule, etc., etc., enfants de l’Eglise catholique, fidèles jusqu’à la mort à toutes ses doctrines ; et il ne pourra que plaindre le chrétien qui croit que de telles calomnies sont nécessaires à défendre ses opinions.

Telle est sans doute la douceur que le ministre nous avait promise. Il est au reste un passage plus curieux encore où l’on ne sait ce que l’on doit déplorer davantage, des fureurs de la haine ou de l’audace du mensonge. Nous traduisons fidèlement : « L’Eglise de Rome, qui vante son infaillibilité, ne peut pas montrer à ses enfants ni à ses adversaires un seul document dans lequel sa foi soit déclarée avec autorité. Elle est comme un banqueroutier hors d’état de produire ses livres, et ne saurait ne pas être exposée aux soupçons qu’une telle infidélité semble justifier. L’Eglise anglicane, il est inutile de le dire, rend publics sa profession et son formulaire de foi, ainsi que son culte. l’Eglise de Rome quoique par des circonstances particulières elle ait pu avoir l’inconséquence de se relâcher de cette défense, prohibe sévèrement la Bible à ses enfants ; l’Eglise anglicane, même dans ses dévotions publiques, comme si elle voulait toujours avoir devant les yeux la règle de la parole de Dieu, fait de la lecture de l’Ecriture une partie de son culte. L’Eglise de Rome refuse le droit du jugement privé ; l’Eglise d’Angleterre élève et développe les facultés que Dieu a données. L’Eglise anglicane prie pour-ceux qui refusent de croire les grandes vérités de la religion ; l’Eglise de Rome maudit tous ceux qui ne veulent pas se soumettre aveuglément à tous ses dogmes8. L’Eglise d’Angleterre propose ses croyances ouvertement et avec autorité, de sorte que tous les hommes peuvent dire : C’est ainsi et ainsi qu’elle enseigne. Telle est l’Eglise anglicane. L’Eglise de Rome ne fait pas la même chose : elle se dit infaillible, et jamais l’infaillibilité n’a daigné se manifester dans aucune forme de croyance reçue. Elle offre des témoignages individuels, des opinions contradictoires, et elle n’a d’uniformité que dans la croyance que tous ceux qui osent juger par eux-mêmes seront damnés. Telle est l’Eglise de Rome, un cauchemar monstreux, sans forme ni consistance, dont le pouvoir est dans la stagnation des facultés humaines, et non dans ses propres forces, et qui, dès que le jugement ou la volonté peuvent faire un seul effort pour découvrir cette horreur de profondes ténébres ou pour rejeter cette oppression cruelle, se dissipe et laisse ses victimes libres.

On a dit avec raison que l’Eglise anglicane avait toujours été plus jalouse de maintenir l’unité de l’esprit dans le lien de la paix que l’unité de symbole dans le lien de l’ignorance. Elle sait que les variétés qui se montrent dans les sociétés protestantes sont les variétés manifestées par la lumière, et que l’uniformité que présente l’Eglise catholique romaine est l’uniformité occasionnée par les ténèbres. Elle ne peut donc pas plus préférer le papisme au protestantisme qu’elle ne préfère la nuit au jour9. »

De pareilles sottises doivent évidemment rester sans réponse. Que penser d’une cause qui, au dix-neuvième siècle, dans un pays aussi éclairé que l’Angleterre, ose se défendre par de semblables faussetés. Il est plaisant d’entendre le ministre terminer ce catalogue d’injures et de mensonges par l’éloge le plus pompeux, du clergé protestant d’Irlande, qui n’a pas besoin, dit-il, que la splendeur de l’adversité se réfléchisse sur lui pour rendre son excellence encore plus éclatante. Je crois du moins qu’il est très disposé à se passer de cette surérogation de mérite, car le révérend recteur ne trouve qu’un obstacle à l’établissement de l’Evangile en Irlande : c’est, vous ne vous en douteriez pas, que le clergé protestant des villes n’est pas assez, payé. Voilà ce qui arrête le zèle apostolique de nos réformateurs, et, tant qu’on n’aura pas remédié à ce mal, il n’y a pas à espérer de progrès solides.

Les Catholiques qui parcourront ces pages ne pourront sans doute se défendre d’un sentiment de mépris pour le ministre qui essaie de tromper ses Coréligionnaires en leur offrant un tableau si mensonger de l’Eglise romaine. Répond-on à qui veut prouver que le jour-est là nuit ou la nuit le jour ? Mais peut-être quelques éclaircissements sont-ils nécessaires sur les éloges prodigués à l’Eglise anglicane. Tous ne semblent pas d’accord avec le principe fondamental du protestantisme. Il faut savoir en effet que l’Eglise établie a un caractère spécial, entre les communions protestantes. Pour la peindre, nous empruntons la plume d’un de ses théologiens les plus distingués. « Aujourd’hui, observe l’évêque Jebb, on ne fait pas assez attention que l’Eglise d’Angleterre occupe une position particulière dans le monde chrétien ; elle constitue en elle-même une espèce à part10. L’Eglise de Rome enchaîne le jugement par une soumission aveugle à l’autorité. Les branches étrangères de la réforme donnent une licence sans bornes à l’imagination par l’exercice illimité de l’interprétation particulière. L’Eglise d’Angleterre déduit tout dogme obligatoire de l’Ecriture seule, et en cela elle diffère de l’Eglise de Rome. Mais elle a pour système de recourir au sentiment de l’Eglise catholique11, tant pour s’aider dans l’interprétation du texte sacré que pour se guider dans les matières religieuses que le texte a laissées indécises, et en cela elle diffère des autres communions réformées. »

Un membre de l’Eglise anglicane nous épargnera la peine d’apprécier à leur juste valeur ces prétentions inconséquentes. « J’avoue, dit l’auteur des Seconds voyages d’un jeune Irlandais, que je suis membre de l’Eglise anglicane ; par cette déclaration je veux dire que, dans le culte public et dans l’administration des sacrements, je me joins aux chrétiens qui se servent des formulaires revêtus dans ce royaume de la sanction légale ; j’entends aussi que j’admets la substance de la théorie des révélations chrétiennes contenue dans la déclaration appelée les Trente-neuf articles. Mais comme je n’ai pas une idée distincte et précise d’aucun être, soit individuel, soit collectif, auquel le nom d’Eglise anglicane puisse s’appliquer, et que jamais je n’ai su obtenir de ceux qui emploient le plus souvent ce nom une explication formelle, agréée de tous, du sens de cette expression, j’avertis mes lecteurs que je ne saurais admettre la validité d’aucun argument déduit des actes et décisions de l’Eglise anglicane.

Cette protestation est faite principalement pour éviter toute méprise au sujet des Pères et des conciles. On dit souvent que l’Eglise anglicane admet l’autorité des quatre premiers conciles et des anciens Pères. Que des hommes autorisés par la loi à s’appeler membres de l’Eglise anglicane aient admis l’autorité des anciens Pères sans préciser ce qu’ils veulent dire par anciens, c’est une question sur laquelle on peut discuter. Si la loi a organisé un corps d’hommes pour le faire agir au nom de tous les individus membres de l’Eglise anglicane, les décisions de ce corps peuvent être appelées les opinions de chacun des individus qui le composent ; mais c’est folie d’attribuer à l’Eglise anglicane, c’est-à-dire à la masse de ceux qui se donnent comme appartenant à cette Eglise, quelque opinion ou quelque pratique qui n’est pas requise par la loi pour jouir des privilèges attachés à cette communion. Il peut être vrai que non seulement la reine Elisabeth et les évêques anglais alors vivants, et même tous les fidèles qui composaient l’Eglise anglicane à cette époque, aient émis cette déclaration comme l’expression de leur foi ; mais comment prouver que les membres actuels de l’Eglise anglicane ont la même opinion12 ?

L’Eglise anglicane, telle qu’elle est- établie par la loi, consiste en certains formulaires, mots joints ensemble par quatre ou cinq hommes, et auxquels se soumet une grande partie du clergé actuel. Ces formulaires sont une espèce de moule intellectuel dans lequel les uns entrent de force, et qui se trouve à la mesure des autres Quoiqu’on ne prétende pas que ceux qui ont fabriqué ce moule aient été infaillibles, la loi suppose néanmoins le moule lui-même inaltérable. Quiconque essaie de le modifier doit sortir de l’Eglise. Il peut y avoir des choses fausses, d’autres superflues, un plus grand nombre qui ne conviennent pas à notre époque. Quoi qu’il en soit, l’Eglise actuelle, semblable, à une pétrification géologique, doit demeurer toujours la même. Personne ne prétend cependant que les fondateurs de l’Eglise l’aient établie parfaite ; personne n’est assez hardi pour soutenir qu’ils étaient infaillibles. Supposez donc qu’ils soient tombés dans quelque erreur : faut-il que cette erreur, importante ou non, se perpétue à la faveur d’un système qui ôte toute liberté aux générations successives de chrétiens qui composeront l’Eglise dans les siècles à venir. Il est naturel que les hommes qui se croient infaillibles veillent à ce que rien ne soit changé à leurs opinions ; mais que ceux qui n’ont jamais prétendu à un pouvoir divin veuillent donner à leur manière de voir l’immutabilité qu’avaient les décrets des Mèdes et des Perses, c’est un triste et singulier exemple de la force des préjugée théologiques. Cela ne peut être. Il faut que l’Eglise soit libre comme Eglise, qu’elle ait un gouvernement spirituel qui lui soit propre ; que le parlement supprime ces entraves qui réduisent l’Eglise anglicane à la misérable condition de rejeter tout progrès, sans prétendre posséder l’infaillibilité ou la perfection13. »

On voit ce que c’est que l’unité de l’Eglise anglicane ; dans les bornes étroites de l’île qui la renferme, elle recèle de singulières dissidences. Ce qu’il y a de plus étrange, c’est que c’est un ministre qui est supposé se permettre une telle liberté de langage au sujet de l’établissement. Quelques pages plus loin on lui demande comment, avec de semblables opinions, il reste attaché à l’Eglise anglicane, comment surtout il a consenti à souscrire les trente-neuf articles. Il répond ainsi : « Les motifs qui réclamaient ces compositions scolastiques et autres semblables n’existant plus, je pense que ces vieux documents devraient être au moins revus. Je trouve que beaucoup d’entre eux embarrassent le christianisme ; ils ne renferment rien cependant qui invalide son esprit et son efficacité : c’est pour cela que je reste attaché à une Eglise qui a fait beaucoup de bien14. » On ne peut nier au moins qu’elle en donne beaucoup à ceux qui se résignent à signer des formulaires et des articles de foi auxquels ils ne croient pas.

Mais, pour apprécier jusqu’à quel point le ministre signataire a dû composer avec sa conscien ce, il faut savoir combien son symbole diffère de celui dont il consent à faire une profession extérieure. L’Eglise anglicane admet le symbole de saint Athanase, qui énonce de la manière la plus précise les deux grands mystères de la Trinité et de l’Incarnation, et déclare que cette foi distincte est nécessaire au salut. Or justement notre ministre s’élève contre cette prétention. « On avancera par exemple, dit-il, qu’à moins que vous ne croyiez à la divinité du Christ dans le sens du symbole d’Athanase, vous ne pouvez participer pleinement à la rédemption : car une personne consubstantielle avec Dieu pouvait seule satisfaire pour les péchés. Qu’il y ait des esprits qui se laissent frapper par cette espèce de philosophie, je ne l’ignore pas ; mais je sais aussi qu’il en est auxquels toute cette physiologie, de la nature divine, du péché et de l’expiation, ne paraît qu’une extrême hardiesse, pour ne pas dire une absurdité ; et que, loin que de telles doctrines deviennent pour eux un motif de foi et d’obéissance, ils ne peuvent croire qu’en les écartant entièrement de leur souvenir. Maintenant, à mains que la première classe d’esprits ne soit en état de prouver qu’elle est l’archétype de la droite raison, je ne vois pas pourquoi elle prétendrait condamner ceux dont le goût et la constitution intellectuelle sont différents15. » On voit que les dogmes deviennent, pour notre ministre, une affaire de goût et de prédisposition. Lui-même il est assez embarrassé de savoir à quoi le porte sa constitution particulière. En commentant les premiers versets de l’Evangile de saint Jean, il se fait cette question : « Quel est, dans ce passage de l’Ecriture, l’objet proposé à la foi des fidèles ? Le seul qui puisse avoir une application pratique à nos rapports avec Jésus de Nazareth, que ces paroles regardent. Nous savons qu’il est homme ; mais l’Evangile nous demande ici de le considérer non seulement comme un homme semblable à nous, mais comme une personne une avec Dieu. Que l’on ne me demande pas le sens qu’en théorie j’attache à ces mots, une avecDieu. Aucune parole ne peut donner une précision théorique à cette expression de l’Ecriture ; mais, quant au but pratique de la foi chrétienne, la confiance et l’obéissance, j’en ai assez. Le sens pratique est clair : je dois avoir confiance en Dieu dans le Christ ; je dois obéir à Dieu dans le Christ ; je dois honorer Dieu dans le Christ16. » De cette profession de foi incertaine il résulte que le ministre ne sait pas lui-même ce qu’il croit, et quelle est la différence qu’il faut établir entre Jésus-Christ et les prophètes ou les apôtres, en qui aussi il fallait obéir à Dieu et l’honorer. Plus loin, il approuve cette proposition : « Tout chrétien doit être unitaire, en ce sens qu’il doit rejeter tout dogme et toute expression qui pourrait seulement obscurcir l’unité de l’Etre-Suprême. Et il ne faut pas appeler humanitaire celui qui ne dit pas positivement que le Christ était un pur homme17. »

Ne croyez-vous pas entendre l’artificieux Bucer qui cherche des expressions complaisantes qui puissent voiler les dogmes et se prêter également à enseigner la présence réelle avec Luther, et avec Calvin l’absence réelle. Il semble au reste que cette prétendue réfutation n’ait été écrite que pour rendre témoignage à la vérité du tableau que le jeune voyageur irlandais a tracé dans la seconde partie de son ouvrage. Le protestantisme est si vide de dogmes, que son défenseur ne peut le définir que par une négation, « Il est temps, dit-il, de fixer la vraie notion du protestantisme. Les protestants, nous le dirons sans crainte d’être ; contredits, sont des chrétiens qui rejettent la prétention de l’Eglise de Rome à régler la foi des autres Eglises. Ce rejet, et rien autre chose, constitue le protestantisme. L’unité des protestants sur ce point est plus grande que l’unité de l’Eglise de Rome sur quelque dogme que ce puisse être18. » Il ne manque qu’une chose pour rendre cette définition incontestable : ce serait de nous dire ce que c’est que des chrétiens. Je défie le ministre de donner à ce mot un sens que tous les protestants admettent. Au lieu dé chrétiens, il aurait donc fallu dire hommes : alors la définition est parfaite, et le protestantisme ouvre son sein à toutes les erreurs, à tous les mensonges qui, depuis que le mal a pénétré dans la demeure de notre premier père, ont protesté contre l’éternelle vérité. Qui ne sait que jusqu’à la fin des temps il y aura lutté dans le monde, comme il y a lutte dans le cœur de l’homme ? qu’il se trouvera toujours des enfants de Satan qui répéteront la parole de leur père : Nequaquam morte moriemini. Il n’est pas vrai que là soit la mort ; au contraire, là est la science, là est la liberté. C’est cet antique non, auquel sera constamment réduit toute doctrine qui se sépare de Dieu, et qui par conséquent ne saurait d’elle-même rien affirmer. Dieu seul peut dire : Je suis celui qui suis ; et dans cette simple parole est renfermée toute affirmation, tout enseignement de la vérité, qui seule est ; Sans doute l’homme ennemi, comme l’appelle l’Evangile, peut emporter quelques unes des vérités révélées ; mais, étrangères entre ses mains, elles le gênent, elles le trahissent dans sa lutte contre la vérité complète. Moins il en a, plus il est prompt et habile au combat : car il ne fait la guerre que pour nier et pour détruire. La sainte Eglise de Dieu, qui, fidèle à la parole de son divin fondateur, Euntes docete, ne combat qu’en enseignant, a la victoire d’autant plus facile qu’elle trouve entre les mains de ses adversaires un plus grand nombre des vérités qui n’ont été confiées qu’à elle seule. Elle les leur oppose, en leur montrant que celles qu’ils ont conservées appellent celles qui leur manquent. Toutes les vérités, en effet, sont sœurs, toutes sont filles de Dieu. Que résulte-t-il de ce mode de controverse nécessaire, divin ? C’est que, si ces enfants égarés ne reviennent pas à leur mère, ils rejettent successivement ces vérités, qui ne servent qu’à les confondre ; et enfin, lorsqu’ils s’obstinent longtemps dans la lutte, dépouillés successivement de ce qui n’était pas à eux, ils sont réduits à ce non, seul fond de l’hérésie ou de l’impiété, parce qu’il est le seul fond de l’homme, qui n’a de lui-même que le néant. Quand une hérésie est arrivée là, ses jours sont finis ; l’Eglise n’a plus rien à dire pour la réfuter : il ne lui reste qu’à prier celui de qui vient tout don excellent de faire luire la vérité dans ces cœurs où le dernier rayon de lumière s’est éteint.