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Conservation forestière en Afrique centrale et politique internationale

De
132 pages
" Unir les politiques et les talents de 9 pays pour concevoir ensemble et réaliser des projets d'intégration forestière sous-régionale en Afrique Centrale ". Tel était le but du Processus de Brazzaville , soutenu par l'U.I.C.N (Union mondiale pour la Nature). Conservation et gestion durable des forêts tropicales !... Cette belle idée a vite dérapé sur la " real-politik " - intérêts privés ou nationaux. Ce livre relate les espoirs et l'échec de cette initiative et souligne le double langage des Grands du développement mondial .
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Collection

«Points de vue »

ASSITOU NDINGA

CONSERVATION FORESTIERE EN AFRIQUE CENTRALE ET POLITIQUE INTERNATIONALE
LE PROCESSUS DE BRAZZA VILLE EN ECHEC

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de L'Ecole Polytechnique 75005- Paris

2001 ISBN: 2-7475-0472-7

@ L'Harmattan,

A la mémoire de mon père

PROLOGUE
Travail de mémoire Pendant quatre ans, j'ai rempli une mission difficile: « unir les politiques et les talents pour concevoir et réaliser ensemble des projets qui iraient petit à petit dans le sens de l'intégration forestière sous-régionale et du rapprochement véritable des femmes et des hommes, de leurs cœurs comme de leurs esprits pour une meilleure prise en compte des sensibilités africaines 1 dans les débats mondiaux sur les forêts. » Je l'ai fait dans le cadre du secrétariat général du Processus dit de Brazzaville2 dont j'ai eu la charge. Ce faisant, j'ai respecté tant les règles de mon employeur, l'UICN (Union mondiale pour la nature), que celles de ce Processus. J'ai connu succès et échecs. Beaucoup de chefs d'Etat, de chefs de gouvernements, de parlementaires, d'hommes politiques, de représentants d'agences de coopération et de projets sous-régionaux, de scientifiques, de
1 Ndinga A., 1996.-Allocution à l'occasion de la cérémonie d'ouverture de la Conférence sur les écosystèmes de forêts denses humides d'Afrique centrale. ln : Les écosystèmes de forêts denses humides d'Afrique centrale. Actes de la Conférence inaugurale. UICN, USAID et CIFOR, Brazzaville, 28-30 mai 1996. 2 Processus de Brazzaville.- A l'issue de la conférence de Brazzaville sur les écosystèmes de forêts denses humides d'Afrique centrale tenue du 28 au 30 mai 1996, les participants mirent en place un mécanisme de suivi. Soucieux à la fois de matérialiser les recommandations et résolutions de cette conférence et de ne pas créer de nouvelles structures sous-régionales, le secrétariat de ce mécanisme fut confié au Bureau régional pour l'Afrique centrale de l'VICN. Plus tard, la conférence sur les écosystèmes de forêts denses humides d'Afrique centrale sera désignée, à l'instar du Processus d'Helsinki, Processus de Brazzaville. Ce Processus regroupe neuf pays d'Afrique centrale (Burundi, Cameroun, Centrafrique, République du Congo, République Démocratique du Congo, Gabon, Guinée Equatoriale, Rwanda et Sao Tomé et Principe). Participent aux travaux du Processus de Brazzaville, les ministres chargés des forêts, les parlementaires, les représentants du secteur privé, des agences de coopération et des ONG. 7

gestionnaires des ressources forestières et d'organisations non gouvernementales (ONG) ont vu le Processus de Brazzaville comme un espace de concertation, d'échanges d'expériences sur les problématiques de conservation et de gestion durable des forêts en Afrique centrale. Ils y ont vu aussi un creuset d'idées et un cadre susceptible de favoriser la cohérence des interventions dans ces forêts; pour cette raison, ils ont manifesté leur appui à son développement ou se sont investis dans sa consolidation. De plus, le Processus de Brazzaville permit d'imprimer une nouvelle dynamique de concertation sous-régionale sur les forêts tropicales de l'Afrique centrale. Mais ces forêts sont déjà souillées. Et toutes les initiatives, qui y sont liées, doivent l'être aussi. C'est ainsi que se tramèrent la prise de possession et la mort du Processus de Brazzaville au nom de multiples faux-fuyants, variables selon les intérêts et les contextes. Néanmoins, inconscient puis conscient des conséquences éventuelles de mon obstination, j'accomplissais ma mission. Au fil du temps, l'histoire noble, passionnante devint dangereuse et ignominieuse. Car, malgré la noblesse de ses objectifs, le Processus de Brazzaville devint un lieu de coups fourrés, de corruption et de slogans: la souveraineté nationale, l'honneur, etc. Et en ces matières, certains représentants des ONG et des agences des Nations Unies de développement se disputèrent la palme avec les politiciens, ce qui ne les empêchait pas d'exprimer par ailleurs tout le mal qu'ils pensaient de ces derniers. Au bout du rouleau, je fus à la fois félicité par la direction générale de l'VICN et le Président en exercice du Processus de Brazzaville pour le travail accompli et sommé de passer le relais. Je le fis de haut. Mais ce jour-là, je décidai d'écrire le présent livre, seule façon que j'ai de poursuivre ma mission. De façon plus précise, ayant été un des acteurs principaux de ce Processus, j'estime, comme tant d'autres, être en droit de livrer, à leur intention et à la lecture de I'histoire, ma contribution à la tentative de matérialiser un espoir né d'une ambition commune. J'estime également de mon devoir d'aider à une meilleure 8

compréhension des efforts fournis pour l'interrompre: l'affichage des objectifs généreux, le versement des larmes sur le retard de l'Afrique centrale et, en même temps, la trépanation des cerveaux de cette même Afrique centrale pour perpétuer les rapports de partenariats anciens. Mais il n'y a pas que la partie dominante utilisatrice du double langage qui est visée ici. L'apartheid, on le sait, a perduré grâce surtout aux bons nègres et à leur absence d'une volonté de révolte assez puissante. La partie dominante utilisatrice du double langage exploite excellemment les thèmes en vogue, vassalise et instrumentalise encore bien les bons nègres. Elle a sa stratégie: elle place des pions sur l'échiquier pour la réaliser. En outre, les efforts d'intégration sous-régionale sont encore sapés par des ambitions individuelles présentées au grand jour comme nationales ou sous-régionales. Les leçons de l'histoire du Processus de Brazzaville débordent donc le secteur forestier; elles ont besoin d'être intégrées à la pensée des acteurs du développement, des femmes, des hommes et des enfants surtout dans les pays concernés. Ce récit concerne les femmes et les hommes qui sont encore vivants, certains sont vulnérables, d'autres ne sont que de vulgaires carriéristes. Pour protéger les premiers et ne pas faire honneur aux seconds, j'ai choisi de leur attribuer d'autres noms. Toutefois, l'histoire est authentique et, comme dit précédemment, a valeur pédagogique. Car s'il est vrai que le Processus de Brazzaville est mort, il n'en demeure pas moins que les acteurs du développement, les peuples et les forêts d'Afrique centrale sont encore là.

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REMERCIEMENTS

Je remercie toutes les personnes qui ont contribué à l'apparition du Processus de Brazzaville dans I'histoire et à son développement, tout particulièrement Anatolio Ndong Mba (ministre, Guinée Equatoriale), Bava Djingoer (ministre, Cameroun), Jean Prosper Koyo (ministre, Congo-Brazzaville), Martin Fidèle Magnaga (ministre, Gabon), Patrice Nsababaganwa (ministre, Burundi), Raymond Tshibanda Ntungamulongo (ministre, Congo-Kinshasa ), Samuel Bigawa (ministre, Burundi), Salomon Banamuhere (ministre, CongoKinshasa), Joseph Ki-Zerbo (historien), Ze Mbembe (parlementaire), David Mc Dowell (directeur général, VICN), Patrick Dugan (directeur, VICN), Jeffrey Sayer (directeur général, CIFOR), Don Gilmour (directeur, VICN), Ibrahim Thiaw (directeur, UICN), John Hough (PNUD-GEF), Jim Graham (CARPE/USAID), Laurent Somé (CARPE/BSP), Jean Boniface Memvié (secrétaire général, Gabon), Amos Tincani (Commission européenne), Mahonën Marjukka (Commission européenne ), Faustin Legault (directeur général, Gabon), Samuel Mankoto Ma Mbaelele (UNESCO), Raymond Mbitikon (correspondant national pour le Processus de Brazzaville), Joseph Ipalaka Yaobwa (correspondant national pour le Processus de Brazzaville), Aida d' Alméida (correspondant national pour le Processus de Brazzaville), Accel NdingaMakanda (Congo-Brazzaville), Mohammed Lawal Garba (ancien secrétaire général, OAB), Jeanne-Marie Mindja (Cameroun), Korinna Horta (Environmental Defense Fund, Etats-Unis), Hélène Ballande (Amis de la Terre, France), Rietje Grit (Pays-Bas), Willem Fewerda (Pays-Bas), Hans de longh (Pays- Bas), Van der Zon (Pays-Bas), Wale Adeleke (WWF), Jean Claude Nguinguinri (VICN), Elie Hakizumwami (Rwanda), Ada Ndeso Atanga (FAO), Judy Oglethorpe (BSP/CARPE), Jeanine Moukala (secrétaire), Joseph Bakakoula Il

(UICN), Monique Yigbédek (UICN), Anny Bandoma (UICN) et Françoise Ossogo Quriste). Des remerciements particuliers doivent également être adressés à la Commission européenne et au gouvernement des Pays-Bas qui, immédiatement, ont accepté de participer au financement du Processus de Brazzaville. A titre personnel, la plus chaleureuse reconnaissance est portée à }'USAID, au projet CARPE et à l'Université de Missouri (Etats-Unis) pour l'abnégation dont ont dû faire preuve les responsables de ces institutions pour me permettre de consacrer une partie de mon temps à l'écriture de ce texte.

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I. LES FONDEMENTS DU PROCESSUS DE BRAZZA VILLE
Chaque fleuve a plusieurs sources

Koyo et moi
Une vingtaine d'années plus tard, je me rappelle 1982, année au cours de laquelle, frais émoulu de l'université de SaintPetersbourg, je rentrai au Congo après dix années passées en Russie. Le Congo avait déjà beaucoup de cadres dans le secteur forestier. Mais mes collègues me parlaient de Prosper Koyo. Ils en parlaient avec ferveur et respect, car, disaient-ils, Koyo était le cadre congolais qui refusa d'occuper un poste de directeur à Brazzaville pour ses recherches au Centre Technique Forestier Tropical à Pointe-Noire et rares étaient les Congolais dotés d'un caractère bien trempé. Mes collègues le citaient tant en exemple que j'en étais venu à me demander les raisons de ma présence au cabinet du ministre de l'Economie forestière. D'autant que je quittai l'Académie forestière de Saint-Petersbourg quelques années plus tôt pour faire carrière dans la recherche scientifique. Je cherchai alors à faire sa connaissance. Je lus les documents écrits par lui, disponibles au service des archives et de la documentation du ministère de l'Economie forestière. A la vérité, j'eus alors l'impression de le connaître. Mais je ne l'avais jamais rencontré ni su son itinéraire scientifique ou ses convictions politiques. Après tout, cela n'était pas important. Ce qui comptait, c'était l'homme de sciences et son caractère tels qu'ils m'avaient été présentés. Et cela se renforçait, se nourrissant de mon idéal de la science et de ses hommes. Dans mon enfance, j'ai lu et vénéré ces hommes: Descartes, Bacon, Einstein, etc. Ils me fascinaient. Après les rencontres de football, je passai mon temps à lire leurs biographies fort 13