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Enseigner et apprendre la forêt XIXè-XXè siècles

De
240 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296270015
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ENSEIGNER ET APPRENDRE LA FORÊT
XIXe,-XXe SIÈCLES

@

L'Harmattan,

1992
(SRETIE)

ISBN. 2-7384-1465-6 Publié avec le concours du Ministère de l'Environnement

GROUPE

D'HISTOIRE

DES FORETS FRANCAISES

ENSEIGNER ET APPRENDRE
"-

LA FORET ,
XIXe

. XXe

SIECLES

Textes réunis et présentés par Andrée CORVOL et Christian DUGAS de la BOISSONNY

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Collection « Alternatives rurales» Dernières parutions

Rémi MANGEARD,Paysans africains. Des Africains s'unissent pour améliorer leurs villages au Togo, 308 pages. Philippe BERNARBET,Association agriculture-élevage en Afrique. Les peuls semi-transhumants de la Côte-d'Ivoire, 240 pages. François BESLAY, Les Réguibats. De la paix française au Front polisario, 192 pages. Adrian ADAMS, La terre et les gens du fleuve. Jalons, balises, 244 pages. Anne-Marie HOCHET, Afrique de l'Ouest. Les paysans, ces « ignorants efficaces ». 176 pages. Jean-Pierre DARRÉ, La parole et la technique. L'univers de pensée des éleveurs du Ternois, 200 pages. Pierrre VALLIN, Paysans rouges du Limousin, 366 pages. Dominique DESJEUX (sous la direction de), L'Eau. Quels enjeux pour les sociétés rurales? 222 pages. Jean-Claude GUESDON,Parlons vaches.. Lait et viande en France. Aspects économiques et régionaux, 156 pages. David SHERIDAN, L'irrigation. Promesses et dangers. L'eau contre la faim? 160 pages. Nicole EIZNER, Les paradoxes de l'agriculture française, 160 pages. Lloyd TIMBERLAKE,L'Afrique en crise. La banqueroute de l'environnement, 300 pages. Anne CADORET(sous la direction de), Protection de la nature,. histoire et idéologie. De la nature à l'environnement, 246 pages. Etienne BEAUDOUX,Marc NIEUWKERK,Groupements paysans d'Afrique. Dossier pour l'action, 244 pages. P. MACLOUF (textes réunis par), La pauvreté dans le monde rural, 332 pagés. Jean CLÉMENT et Sylvain STRASFOGEL,Disparition de la forêt. Quelles solutions à la crise du bois de feu? 192 pages. R. VERDIER et A. ROCHEGUDE(sous la direction de), Systèmes fonciers à la ville et au village. Afrique noire francophone, 300 pages. D. DESCENDRE,L'autodéterminatoin paysanne en Afrique. Solidarité ou tutelle des O.N.G. partenaires? 320 pages. B. HERVIEU, Les agriculteurs français aux urnes, 416 p.

A tous les amoureux de la forêt, qu'ils s'y promènent ou qu'ils en vivent.

Illustration de couverture: raine, début XX' siècle.

Une pépinière scolaire: futurs hommes et futurs arbres. Lor-

Remerciements

L'organisation du colloque. Enseigner et apprendre la forêt, XIXe-XXe siècles (Nancy, 8, 9 et 10 octobre 1990) n'aurait pas été possible sans les aides, financière et morale, apportées par les membres dü Conseil d'administration de la faculté de droit, sciences économiques et gestion (Université de Lorraine) et par la direction de l'Ecole Nationale du Génie rural et des Eaux et Forêts (Centre de Nancy) en la personne de Monsieur Jacques Militon. Que les uns et les autres en soient très chaleureusement remerciés. Il en va de même pour le Ministère de l'Agriculture et de la Forêt qui, avec l'association française des Eaux et Forêts (A.F.E.F.), a encouragé la parution des actes de ce colloque.

Préface
par Andrée CORVOL*

La forêt française est malade, dit-on. Entretien défectueux, feux répétés, espèces en régression, pollution de l'air, problème de sécheresse et acidification des sols, non, décidément les raisons d'inquiétude ne manquent pas. Les menaces jaillissent de partout. Les écarter ou du moins les atténuer s'avère possible. Depuis la dernière guerre, les techniques sylvicoles ont en effet évolué. Depuis une vingtaine d'années, leur emploi progresse très vite. Dans la limite des budgets, bien sûr. Les crédits ne sont pas infinis et paraissent toujours maigres au regard des besoins, Immenses. La forêt française, « avec ses 15 millions d'hectares qui couvrent un quart du territoire », - vieille rengaine des années 80 -, constitue, paraît-il, « l'affaire de chacun ». Elle devrait en tout cas. Le directeur de la rédaction de FR3, Norbert Balit, ajoute « 80000 hectares ont brûlé l'an dernier et dans 80 % des cas, l'inconscience humaine est responsable. Si on laisse faire, c'est tout l'équilibre écologique qui est menacé. Notre devoir est de dire aux Français qu'ils doivent vivre avec la forêt, pas contre». Cette interview est publiée le 6 juillet 1990 dans le quotidien SudOuest. Satisfaction générale. Jamais les trois journaux de FR3 (le 12 H 45, le 19-20 et Soir 3), consacrés entièrement à la protection de la forêt française, avec la collaboration de Sud-Ouest et des stations régionales n'ont connu pareil succès. Qu'est-ce à dire très exactement? Que les médias ont pris en charge l'information, ou plutôt la sensibilisation, du public? Fort bien. Le message qui passe alors sur format papier et petit écran exploite le drame de la forêt qui brûle: les flammes en gros plan, notamment celles qui ont ravagé les 57 000 hectares au Porge (Gironde) et le massif de la Sainte- Victoire près d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). On montre le désastre. On interroge les habitants. On dénonce le manque de
* Présidente du Groupe d'Histoire des Forêts Françaises (G.H.F.F.). 9

moyens. On cherche les responsables. C'est le feuilleton de l'été que cette enquête policière. On passionne les foules. On se défend cependant de « jeter de l'huile sur le feu (sic) ». On l'affirme nettement, d'ailleurs: « notre rôle est plus pédagogique que dénonciateur ». Certes, certes... mais le silence tombe d'un coup sur une forêt qui renaît peu à peu et rien n'évoque celle qui vit sa vie de tous les jours, sans flash ni projecteur. Est-ce cela faire de la pédagogie forestière? C'est parce que le Groupe d'Histoire des Forêts Françaises ne le croit pas qu'il a choisi pour thème cette année « Enseigner et Informer sur la forêt, XIXe-XXe siècles ». Il est vain d'espérer modifier le comportement des gens dans un milieu fragile, stressé par la dégradation des sols et un cycle d'éprouvantes sécheresses lorsqu'on n'explique pas la structure et le fonctionnement de ce monde des bois, étonnamment complexe et passionnant. La bonne volonté des médias n'est pas en cause. Le système fonctionne aux normes de la rentabilité audiovisuelle. Le système doit aussi ne pas trop secouer les idées reçues. Malheur à celui qui, dans l'époque actuelle, refuse d'enjoliver les temps anciens, ceux qui étaient révolus avant même que ne débute le premier conflit mondial. On se cramponne aux clichés. On aspire à les voir confortés. On y tient même d'autant plus qu'ils paraissent ne pas en être! L'accoutumance... Tous ceux qui aiment la forêt, et ils sont nombreux, à en croire les sondages, s'avouent déçus en découvrant que leur projet n'atteint guère les décideurs politiques et ne passionne pas les médias, hormis l'été, saison des grands incendies. Qu'ils soient gestionnaires, propriétaires ou consommateurs d'espaces boisés, tous relèvent peu ou prou cette indifférence. Aussi, certains se taisent-ils, persuadés qu'à long terme, justice leur sera rendue. D'autres en revanche persistent et signent. Leur plaidoyer en faveur des arbres n'échappe pas toujours aux contraintes de la mode qui, tous les trois ou cinq ans, secoue une opinion publique alanguie: hier, c'était la filière-bois; aujourd'hui, la pollution atmosphérique; demain, on y est déjà, la reconquête par l'arbre des friches agro-pastorales. Les deux attitudes, activisme et passivité, n'avancent guère le débat: y a-t-il, oui ou non, crise forestière? L'étrange mutisme des uns encourage l'inertie de ceux qui possèdent des bois comme de ceux qui n'en profitent qu'au détour d'une promenade. L'agitation éphémère des autres ne produit pas davantage, renforçant l'impression fort répandue que l'efficacité forestière n'appartient qu'aux professionnels du bois et amateurs de chlorophylle. A chaque fois le vrai problème demeure escamoté. On ne sort pas du postulat que crise il y a, et que cette crise est sans précédent. Sait-on seulement que les malheurs de la forêt européenne ne sont rien à côté des catastrophes qui s'amoncellent sur la forêt tropicale? Non. On touche là du doigt l'extrême confusion des esprits en ce qui concerne la forêt en général et la forêt française en particulier. Y remédier est assurément une excellente intention. La concrétiser paraît rele10

ver de la quadrature du cercle. Les médias cherchent le spectacle. L'ordi~ naire ne fait pas d'audience, la chose est bien connue. Alors? Il ne reste plus qu'à se tourner vers les professionnels de la forêt, les chercheurs et les enseignants qui s'y consacrent, les associations qui la défendent. Le colloque d'aujourd'hui sera donc tripartite. En écoutant les uns et les autres, on s'apercevra qu'il est fort compliqué de remplir cette fameuse mission pédagogique, qu'on a encore beaucoup de chemin à parcourir avant d'y satisfaire et que, peut-être, on n'a jamais su ni poser correctement l'équation Un arbre - Une forêt, ni obtenir les moyens de promouvoir l'un et l'autre. Espérons, puisqu'il faut toujours introduire une pointe d'optimisme, que demain sera un nouveau jour, celui où la forêt et les forestiers sortiront du ghetto où l'histoire, mère ingrate, les a enfermés. * * *

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PREMIÈRE

PARTIE

L'APPRENTISSAGE

DES FORESTIERS

L'ÉCOLOGIE

DANS L'ENSEIGNEMENT

FORESTIER

par Michel DupuY*

L'écologie, d'après un échantillon représentatif de scientifiques, a pour base la/les relations, que ce soit sous l'angle du rapport comme au début de ce siècle ou celui de la circulation comme actuellement. C'est finalement la science des relations des êtres vivants dans/avec un milieu. L'écologie a pris corps à la fin du XIXe siècle et dès les années 1900, elle pénètre dans l'enseignement forestier. Elle fut le signe à la fois d'une naturalisation de la forêt et d'une économisation, c'est-à-dire qu'elle apparaît comme le produit de la nature dans son entier et non plus comme une mécanique arbustive et le signe d'une exploitation plus intense et rationnelle de cette même nature. L'écologie, depuis près d'un siècle, a évolué et a connu plusieurs étapes, qui, dans notre domaine, l'écologie forestière, peuvent se résumer à trois: 1 - son émergence comme science et son introduction dans l'enseignement forestier; 2 - la recherche d'une unité biogéographique ; 3 - le compromis et le milieu vu comme un système. Au niveau de l'enseignement, compris dans le sens de transmission mais aussi d'acquisition du savoir, l'accent a été mis surtout sur les chemins que l'écologie, lors de ses différents stades, a empruntés pour accéder dans les écoles et facultés en foresterie en France et en Allemagne. Ces deux pays ayant pour caractéristique une histoire comparable au niveau de l'apparition de l'enseignement forestier. Cependant, si en France une seule école domine, ce n'est guère le cas en Allemagne, où il existe pas moins de huit écoles ou facultés de foresterie à la fin du XIXe siècle. De plus, la présence d'un enseignement commun en Allemagne, en Autriche et en Suisse, davantage à l'université allemande de Prague Uusqu'en 1945 pour cette dernière), accroît d'autant plus les possibilités de débats et d'échanges dans le cadre d'un même espace linguistique.
* Vacataire de recherches. 15

Enfin, quelques mots sur la méthodologie employée: je suis parti des bibliographies d'articles et d'ouvrages ayant trait à l'écologie et à l'écologie forestière; partant de là, cette analyse m'a révélé les auteurs et œuvres clés ainsi que les éditeurs privilégiés. J'ai ensuite complété ces résultats par une étude biographique de ces mêmes auteurs et par une série d'entretiens.
I L'ÉMERGENCE DE L'ÉCOLOGIE

A la fin du XIxe siècle, une mutation s'opère dans le domaine des sciences (humaines, sociales, etc.), l'insolite, le détail sont épargnés au profit de ce qui structure, au bénéfice du commun, ainsi l'archéologie se détourne de l'objet rare et beau, comme le botaniste délaisse la plante rare retrouvée au hasard des promenades. Le botaniste se professionnalise, celui-ci s'intéresse aux différentes organisations du tapis végétal. C'est aussi l'époque où l'espace agricole accélère sa spécialisation et s'intègre dans l'ordre marchand qui, divisant le travail, divise aussi le territoire en différentes spécialités: forêts, cultures, prairies,... Dans cette recherche du rendement, l'écologie arrive à point pour accélérer la croissance des plantes. L'enseignement forestier évolue lui aussi, il devient beaucoup plus scientifique, d'où la création des stations de recherches en France et en Allemagne, d'où aussi pour cette dernière l'intégration progressive des écoles forestières dans l'enseignement universitaire dès 1878 pour la Bavière. En France, en 1882, l'administration forestière passe des finances à l'agriculture et à partir de 1889, il faut passer d'abord par les écoles agronomiques ou polytechniques pour accéder à l'école des Eaux et Forêts de Nancy. Mais l'enseignement forestier en Allemagne, au début du XXe siècle traverse une crise, due aux pratiques sylvicoles employées jusque-là, surtout dans le nord de l'Allemagne et qui consistait à enrésiner les forêts puis à récolter le bois par une série de coupes à blanc, le tout devant rapporter 3 0;0par an. Les attaques massives d'insectes dont sont victimes les peuplements, la baisse de rendement des forêts en raison de l'appauvrissement des sols, forment un défit pour les forestiers allemands. La conception mécanique de la nature est mise à mal. Cette même conception prévaut aussi en France, où les forestiers aménagent les forêts pour 60, 90 voire même 150 ans. Dans ce contexte émerge l'écologie, elle a plusieurs centres: Montpellier, Zürich ; Copenhague et les États-Unis, mais ce fut surtout en 1895 qu'elle prit forme avec le livre du Danois Eugen Warming qui parut en allemand dès 1896 sous le titre: Lehrbuch der okologischen Pflanzengeographie (Manuel de biogéographie écologique). L'écologie apparaît comme un produit de la biogéographie et Warming achève une évolution qui avait commencé avec Alexander von Humbolt. En France, les initiateurs furent Charles Flahault, professeur de bota16

nique à la faculté des sciences de Montpellier et Philibert Guinier, qui assura le trait d'union avec le monde forestier non sans difficultés. Ce dernier, fils d'un père forestier déjà influencé par les sciences naturelles, fit ses études à l'école forestière de Nancy, entra en 1889 à la station de recherches forestières et put poursuivre des études universitaires à la faculté des sciences de Nancy puis il prit contact avec Flahault, enfin en 1904, il succéda à Paul Fliche, comme chargé de cours de botanique forestière et entreprit d'intéresser les forestiers à la botanique, aux herbes, malgré le mépris de la hiérarchie pour les sciences naturelles, mais peu à peu ses collaborateurs progressant dans la hiérarchie le choisirent en 1921 comme directeur de l'école. Dans le sud de la France, Tessier, lui aussi disciple de Flahault, conservateur à Toulouse, organisa « en étroite collaboration avec le professeur Guaussen... un cours de géographie et de botanique forestières» 1. En Allemagne, l'écologie émergea sans grandes difficultés, la foresterie étant pratiquement intégrée dans le monde universitaire et disposant de stations de recherches ayant plus de moyens financiers que celle de Nancy. Deux centres se distinguent toutefois, Münich, avec l'enseignement de sylviculture de Heinrich Mayr, qui avait acquis toute une expérience biogéographique lors de ses voyages au Japon et aux ÉtatsUnis, enfin A. Moller, qui enseignait à Eberswalde près de Berlin et qui, en 1920 développa l'idée que la forêt devait être considérée comme un organisme. L'entrée dans l'écologie fut opérée par leurs élèves dans les années 1920, A. Dengler et K. Rubner. Il s'agissait de trouver une réponse scientifique face au dépérissement des forêts qui semblait avoir pour origine la coupe à blanc. Cependant, en ce début de siècle, l'écologie allemande est déjà très fortement influencée par la pédologie avec les travaux du Danois Müller, des Allemands Ebermayer, Ramann. La plupart de ces travaux furent d'ailleurs traduits en France par Henry, enseignant à l'école forestière de Nancy et Grandeau, professeur à la faculté des sciences de Nancy, signe d'une bonne collaboration entre les deux pays, mais dans l'ensemble, ce sont les Français qui traduisent les ouvrages de langue allemande. L'Allemagne, en cette fin du XIXe siècle, est le centre scientifique vers lequel convergent les échanges. Sa traduction dès 1896 de l'ouvrage de Warming n'est pas un hasard. De plus, c'est le pays victorieux en 1870, en raison d'un meilleur enseignement universitaire, de l'aveu même des enseignants français. L'écologie prenant place dans l'enseignement et étant reconnue, il s'agissait aussi d'en faire reconnaître l'aspect pratique. Si les premières études sur la diffusion horizontale et verticale de certaines espèces forestières ou des forêts ne posaient guère de problèmes, il n'en allait pas de même avec les études réalisées pour l'introduction d'espèces étrangères et ce fut beaucoup plus difficile lorsque les forestiers écologistes s'efforcèrent de trouver une unité biogéographique.
1. J. Salvados : « M. Tessier conservateur des Eaux et Forêts, 1914, p. 610. des Eaux et Forêts en retraite », Revue

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II - A

LA RECHERCHE

DE L'UNITÉ

BIOGÉOGRAPHIQUE

Les scientifiques partant des formations végétales aboutirent à la plus petite unité: l'association, mais sur quels critères la définir? Dès le début du siècle, les botanistes sont en désaccord. Une définition fut adoptée à Bruxelles en 1910, sous l'impulsion de Flahault et Schroter, qui était: « une association est un groupement végétal de composition floristique déterminée, également uniformes. L'association est l'unité fondamentale de la synécologie» (étude des formations)2. La première méthode qui rencontra un écho auprès des forestiers fut celle du Finlandais Cajander qui développa sa théorie dans un article publié en allemand en 1909-1913, dans la revue finlandaise Acta forestalia fennica et qui s'intitulait: « Über die Waldtypen » (Sur les types de forêts). Dans cet article, Cajander découpait la forêt en diverses unités établies selon le critère de la dominance de telle ou telle espèce végétale herbacée, cette dernière caractérisant l'unité, bref ce n'était plus l'arbre qui caractérisait la forêt mais l'herbe. Cajander avait eu un itinéraire à peu près similaire à celui de Guinier, élève d'un professeur de botanique (biogéographe) - Norrlin et de Heinrich Mayr (Münich). Il fut nommé professeur de sylviculture à l'université d'Helsinki en 1911 et en 1918. Avec l'accession de la Finlande à l'indépendance, il devint le directeur de la forêt au Ministère de l'Agriculture, tout en poursuivant comme Guinier, son enseignement. Ces idées furent débattues en Allemagne au lendemain de la première guerre mondiale et assez vite adoptées au Canada. De nombreux articles furent écrits sur les « Waldtypen », Rubner fut un de ses défenseurs et dès 1923, ce dernier, assistant à la faculté des sciences forestières de Münich, publia un ouvrage intitulé: Die pflanzengeographischen Grundlagen (Les bases biogéographiques de la sylviculture), réédité dès 1925. En 1930, A. Dengler publiait: Waldbau auf okologischer Grundlage (La sylviculture sur une base écologique). Dans ses livres les idées de Cajander étaient présentées et développées. En France, Cajander, au lendemain de la première guerre mondiale, reçut l'écho suivant: pour Huffel, chargé dans la Revue des Eaux et Forêts de la rubrique « le mouvement forestier à l'étranger », c'est « une classification dont le système est assez compliqué et obscur» et pour Pierre Buffault : « On peut reprocher à cette classification, dont la complexité et le souci du détail sentent l'influence germanique, de faire abstraction des essences forestières composant les peuplements» 3. Enfin, pour Guinier, l'écologie beaucoup plus contraignante de la Finlande par rapport à la France justifie l'adoption d'une telle conception, mais elle ne pourrait pas trouver une application en France aux conditions éco2. C. Flahault, C. Schrôter, « Rapport sur la nomenclature phytogéographique », Congrès internatÏonal de botanique, Bruxelles 1910, p. 152. 3. P. Buffault, « Les forêts de Finlande », Revue des Eaux et Forêts, 1924, p. 202. 18

logiques plus riches et à l'influence de l'homme plus forte. Dans l'ensemble, les théories de Cajander échouèrent en Allemagne après quelques tentatives, mais elles eurent le mérite d'engager les forestiers écologistes vers l'importance pour la caractérisation d'une forêt de la couche herbacée. Ils se tournèrent vers un autre élève de Flahault, Josias Braun-Blanquet dont les idées se propagèrent surtout en Suisse et en Allemagne. Ce Suisse-Allemand, n'ayant pu accéder à la chaire de géo-botanique de Zürich en 1926, comme successeur de Schroter, car non titulaire du baccalauréat, avait fondé en 1929, à Montpellier la SIGMA ou Station Internationale de Géobotanique Méditerranéenne et Alpine, dans le cadre de laquelle il dirigeait et menait des travaux dans le domaine de la phytosociologie et d'où aussi il diffusait son savoir auprès des stagiaires. Il avait percé dans le monde scientifique en 1913 en publiant un article avec Furrer intitulé: « Remarques sur l'étude des groupements de plantes» dans le Bulletin de la Société languedocienne de Géographie, dans lequel à la définition de Flahault et Schroter de l'association, il ajoutait « et possédant une ou plusieurs espèces caractéristiques» lesquelles « sont des espèces localisées exclusivement ou à peu près dans une association donnée» 4. En 1928, il publia son ouvrage de base Pflanzensoziologie qui, dès 1932, fut traduit en anglais mais ne fut jamais traduit en français. Pour lui, ce ne sont pas les espèces dominantes qui vont caractériser une association mais les espèces caractéristiques. Pour ce faire, il opère d'abord une série de relevés, puis il en fait une synthèse durant laquelle les informations sont identifiées et étiquetées avec le nom en latin des espèces caractéristiques auxquelles Braun-Blanquet ajoutait le suffixe -etum, il entraînait par là la botanique vers une nouvelle systématique. Dès le départ, ces idées se heurtèrent à de vives résistances sauf en Suisse, le reproche commun fait par les forestiers allemands et français c'était l'emploi généralisé de ce suffixe. Les critiques en France provenaient surtout des écologistes comme Guinier, Aubréville et Chevalier. Outre l'origine allemande de Braun-Blanquet, il reprochait à son auteur et son école de sous-estimer l'influence de l'homme 5. En Allemagne, ce furent les forestiers écologistes qui adoptèrent et développèrent les idées de Braun-Blanquet en utilisant trois canaux, en dehors de ceux qu'actionnaient ces disciples au sein de l'université comme Tüxen : 1 - l'association des écologistes forestiers en 1928 dans: «die Arbeitsgemeinschaft für forstliche Vegetationskunde» (le groupe d'étude pour la phytosociologie forestière), qui, chaque année lors de la tenue
4. P. Acot, Histoire de l'écologie, PUF, Paris, 1988, p. 103. 5. Braun-Blanquet était Suisse et il vécut principalement en France à partir de 1928, bien qu'il provenait de la Suisse allemande, il s'exprimait surtout en français, mais son ouvrage théorique fut écrit en allemand, d'où son assimilation à la culture allemande. Sur ce ressentiment à l'égard de l'Allemagne, j'invite le lecteur à lire la critique du livre de Dengler faite par Huffel dans la Revue des Eaux et Forêts en 1931 aux pages 427-435. 19

du Congrès de l'union des forestiers allemands, organisait et produisait des excursions sur les lieux mêmes du congrès; 2 - le stage proposé aux forestiers par Aichinger, un Autrichien, forestier et élève de Braun-Blanquet, dans sa station de Rosenbach fondée en 1927 et rattachée en 1930 à la SIGMA; 3 - l'enseignement universitaire: peu à peu les membres de cette « Arbeitsgemeinschajt » gravirent les échelons dans l'université, accroissant du même coup leur pouvoir de diffusion. Ainsi en 1927 Rubner devint professeur de sylviculture et de sociologie végétale à Tharandt près de Dresde, Hartmann, professeur de sylviculture à Hann-Münden en 1934 et Aichinger professeur de sociologie végétale à Freiburg en 1936. Par ces trois canaux les forestiers allemands purent ainsi propager les idées de Braun-Blanquet dans le monde forestier. Au niveau des relations franco-allemandes, elles sont rompues, l'Allemagne ayant perdu la guerre la France ne s'interroge plus sur ses faiblesses. Ainsi aucun ouvrage produit en langue allemande ne fut traduit en français même s'il était le produit d'un Suisse comme BraunBlanquet, d'un Suédois comme Lundegardh, et pourtant l'Allemagne restait un centre scientifique important vers lequel convergeaient encore les échanges scientifiques 6.
III LE COMPROMIS ET LE MILIEU COMME SYSTEME

1945, l'Allemagne à nouveau vaincue est écartelée, elle ne retrouvera son unité que le 3 octobre 1990. Avec la guerre, les échanges scientifiques ont cessé et après la guerre, l'Allemagne ne pouvant reprendre sa place dans le monde scientifiqu€, ce sont les États-Unis qui occupent le terrain, la langue anglaise devenant la langue scientifique incontournable. En Allemagne, la recherche et l'enseignement sont désorganisés, la majorité des professeurs ont fui vers l'Ouest comme Rubner qui reprit ses cours de phytosociologie forestière à Münich en 1952, d'autres enseignants, à cause de leur passé nazi, ne purent reprendre leurs activités qu'en 1949 comme Hartmann à Hann-Münden. Les contacts avec l'Allemagne de l'Est se raréfièrent pour se rompre définitivement après la construction du mur de Berlin le 15 août 1961. Les contacts reprirent au compte-goutte dans les années 1970 mais ce ne fut qu'au mois de mai 1990 que les liens se renouèrent. Au lendemai)1 de la guerre, la phytosociologie de Braun-Blanquet est en crise et doit subir une série de critiques provenant de divers scientifiques comme Ellenberg, Duvigneaud, Schlenker et Duchaufour. Ce qu'ils critiquent, ce n'est guère la méthode de relevés mais la synthèse qui en est faite, cette systématisation ne leur paraît pas scientifiquement
6. Lundegardh avait publié en 1925 un ouvrage intitulé:
mat et sol) que Soderqvist considère comme étant le premier

« Klima und Boden»
ouvrage d'écologie

(Cli-

en Suède.

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fiable et à la notion d'association ils lui préfèrent celle de « groupe écologique ». L'écologie forestière en France évolue après le départ en retraite de Guinier en 1941 et l'arrivée d'une nouvelle génération de forestiers issue de l'école des Barres comme Pardé, Duchaufour. RoI, qui a succédé à Guinier comme professeur de botanique, parle dans ses cours de phytosociologie de Braun-Blanquet, ce que ne faisait pas Guinier. Mais le pas fut franchi par Philippe Duchaufour qui, sur les conseils de RoI et de Guinier, se rendit à Montpellier pour y faire sa thèse auprès du professeur Emberger, le successeur de Flahault à la chaire de botanique, bénéficiant ainsi d'une bonne réputation aux yeux des forestiers. Sur les conseils de ce dernier, Duchaufour prit contact avec Braun-Blanquet, avec la SIGMA, une étape décisive venait de se réaliser, même si Duchaufour ne reprit pas intégralement les théories de l'école « sigmatiste ». Cette ouverture sur l'université allait se poursuivre par la suite. En 1965, l'école des Eaux et Forêts devint l'Ecole Nationale du Génie Rural et des Eaux et Forêts qui, en 1988, obtint le droit de faire des thèses. Enfin, la recherche passa d'une tutelle administrative tâtillonne et avare sous la houlette d'organismes de recherches à savoir le CNRS et l'INRA, cette fois-ci les chercheurs eurent enfin les moyens financiers adéquats pour espérer mener à bien leurs projets. Ces nouvelles transformations ne signifiaient pas la fin des difficultés dans le domaine de l'écologie, cette dernière, depuis le début des années 1960, s'était politisée et les décideurs ne portaient guère dans leur estime les scientifiques qui étudiaient l'écologie. Ainsi, l'équipe animée par Becker et Timbal, ne put mener à bien ses études sur les stations forestières. En effet, les forestiers écologistes, toujours à la recherche d'une unité biogéographique, cherchaient désormais à définir sur le terrain les stations forestières, une station étant: « Une étendue de surface variable homogène par les conditions écologiques (...) et par la végétation spontanée, qui, du fait de cette homogénéité écologique, possède certaines potentialités forestières spécifiques qu'il est possible de déterminer» 7. L'équipe de l'INRA mit au point une technique inspirée de la méthode Braun-Blanquet rectifiée par Duchaufour, mais étant contrecarrés dans leurs travaux par leur hiérarchie, ils eurent la patience d'attendre que certains de leurs collègues accèdent à des postes de décisions notamment au sein de l'Institut du Développement Forestier (l'IDF) pour qu'au début des années 1980, l'aspect pratique de la typologie des stations soit reconnu et mis en place par la direction des forêts. En Allemagne, une fois la stabilité politique revenue, les études se portèrent là aussi sur la typologie des stations. Ces études avaient déjà été entreprises dans les années 1925 par Krauss à Tharandt puis à Münich
7. M.P. Quesnée, « Etudes stationnelles péens », ENGREF, Nancy, 1985, p. 5. et gestion forestière dans les pays euro-

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en 1935. Schlenker avait débuté ce type d'études à la fin des années 1930 dans le Bade-Wurtemberg, mais ce fut après la Seconde guerre mondiale que la typologie des stations forestières trouva une réelle application sans rencontrer de difficultés dans le cadre des différentes administrations forestières. Chaque Land développa en fonction de son héritage scientifique et de la configuration du terrain sa propre technique: ainsi en Hesse, elle fut directement inspirée de Braun-Blanquet : dans le Bade-Wurtemberg et en Bavière, la typologie des stations trouve sa source dans les travaux de Krauss et de Schlenker; en Basse-Saxe dans les travaux de EIlenberg et de Müller-Dombois. Mais tandis que la recherche d'une unité biogéographique touchait à son but, une nouvelle façon de concevoir l'écologie émergeait autour de la notion de système qui, peu à peu, s'affirma comme la notion d'unité biologique fondamentale. Cette idée de voir la nature comme un écosystème reflète l'influence prise par la physique dans le domaine des sciences, elle renvoie aussi à la cybernétique et, surtout, elle apparaît comme le produit d'une société de communications. Le mot écosystème fut créé par Tansley en 1935 dans un article paru dans la revue Ecology, article dans lequel il substituait à la notion d'organisme celle d'écosystème. Mais ce fut Lindeman et surtout les frères Odum qui, en publiant: Fundamentals of ecology en 1953, donnèrent les bases de cette « nouvelle écologie ». Cette dernière met désormais l'accent sur le/les liens qui existent entre les différents composants (vivants et non-vivants) d'une même unité biologique et qui se traduit par un échange d'informations, d'énergie,... Les premiers travaux qui furent engagés dans cette nouvelle direction s'effectuèrent dans le cadre de l'UNESCO et de son Programme Biologique International sous la direction notamment de Duvigneaud, EIlenberg et de Ovington autour du thème de la productivité primaire des organismes. En France, des colloques furent organisés par Lamotte et Bourlière et des travaux furent effectués sur le terrain, notamment dans la forêt de Fontainebleau par l'équipe du professeur Lémée dans le cadre du PBI. Les mêmes types de travaux furent entrepris en RF A près de Gôttingen, où enseignait EIlenberg, dans une région qui comprenait à la fois des cultures, des forêts et des prairies, ce projet s'intitula le « Solling-Projekt ». L'équipe allemande qui travailla sur ce projet au début des années 1970, se retrouva une dizaine d'années plus tard dans le cadre du programme de lutte contre les pluies acides. Pour l'instant, l'écologie écosystémique n'a guère rencontré d'obstacles dans sa diffusion, et ces aspects pratiques pour la foresterie commencent à peine à trouver une application, qui, pour le moment, s'étend surtout dans le champ d'études des pluies acides. Enfin, pour conclure ce troisième point, les échanges franco-allemands ont finalement repris après 1945 mais souffrent d'un handicap, celui de la langue. Les vieilles générations allemandes étudiaient le français comme première langue, mais ce n'est plus le cas pour les nouvelles qui apprennent comme première langue l'anglais. 22

En reprenant ce bref aperçu de l'évolution de l'écologie dans les sciences forestières en France et en Allemagne depuis la fin du XIXe siècle, certaines données apparaissent clairement: un, la forte influence de la botanique, notamment de la biogéographie et de la phytosociologie, et de la pédologie, science qui, comme l'écologie, est née à la fin du XIXe siècle; deux, la faiblesse de la zoologie, qui est toujours restée sur les marges du champ d'études de l'écologie forestière. Autre point, la présence d'obstacles beaucoup plus nombreux dans la propagation de l'écologie en France par rapport à l'Allemagne, et ce, pour plusieurs raisons: 1 - l'auto-recrutement des professeurs à Nancy, il fallait sortir de l'école pour pouvoir y enseigner, y compris dans le domaine de la botanique. Cette règle fut cassée dans les années 1980 avec le recrutement comme professeur de phytosociologie de M. Rameau de l'université de Besançon; 2 - la surcharge de travail des professeurs, le Ministère de l'Agriculture privilégiant l'enseignement plutôt que la recherche, ceci produisit dans les années 1920 l'exemple suivant: Jolyet, professeur de sylviculture, de culture pastorale, des repeuplements artificiels, de zoologie, de pisciculture et des sols forestiers,... 3 - le peu de voyages effectués à l'étranger par les forestiers, faute de moyens financiers, comme s'en plaignait Guyot en 1906 mais aussi J acamon cinquante ans plus tard; 4 - la faiblesse des moyens tant en hommes qu'en matériels donnés à la recherche forestière française; 5 - un manque de communication avec le monde universitaire; 6 - la faiblesse de l'édition française, d'où le faible nombre de publications et de traductions. Quant aux ouvrages fondamentaux de Warming, de Braun-Blanquet, ils furent traduits en anglais, en russe, en espagnol mais jamais en français, celui des frères Odum attendant toujours son éditeur. Pour l'Allemagne, deux points expliquent la faiblesse des obstacles: le dépérissement des forêts allemandes au début du siècle qui constitua un défi scientifique pour les forestiers allemands et cet espace linguistique et universitaire commun entre l'Allemagne, la Suisse, l'Autriche et l'université allemande de Prague, ce qui a permis à des hommes comme Aichinger, d'enseigner à Freiburg puis à Vienne ou à Ellenberg de passer de Zürich à Gottingen. * * * L'écologie forestière s'est constituée d'abord dans des pays comme la Finlande, la Russie, voire l'Autriche, pays qui, pour Rubner, avaient gardé leurs forêts naturelles, contrairement à l'Allemagne où l'écologie, 23

arrivait à point pour donner le sens de la nature aux forestiers 8. Ces pays ayant en outre une faible tradition forestière au niveau de l'enseignement supérieur, les conceptions nouvelles en matière forestière n'avaient pas à briser les obstacles qui ont été constitués par le culte des grands ancêtres et le poids de la tradition. L'émergence de l'écologie provoqua, surtout en Allemagne, la constitution de théories sylvicoles comme celle de la forêt permanente (Dauerwald), théories qui, dans leur ensemble, s'opposaient à la pratique des coupes à blanc 9. Les forestiers écologiques combattirent toujours ces idées sylvicoles car ils refusaient d'enfermer l'écologie dans des concepts de sylviculture préétablis, l'écologie étant, à leurs yeux, une science qui devait et doit permettre de définir scientifiquement les différents paramètres d'une même station afin de favoriser au mieux la croissance des arbres. * * *
BIBLIOGRAPHIE

ACOT P., Histoire de l'écologie, PUF, Paris, 1988. BRAUN-BLANQUET J., L'école phytosociologique zuricho-montpelliéraine et la S./.G.M.A., Vegetatio, 1968. BUFFAULT P., « Les forêts de Finlande », Revue des Eaux et Forêts, 1924. BUTTOUD G., ~'État forestier, ENGREF, Nancy, 1983. DUVIGNEAUD P., La synthèse écologique, Doin, Paris, 1984. FLAHAULT C., SCHROTER c., « Rapport sur la nomenclature phytogéographique », Congrès international de botanique, Bruxelles, 1910.

8. Je n'ai guère mentionné l'apport de l'écologie russe, fortement influencée par la pédologie, en Europe de l'Ouest, avec notamment les travaux de Morosov au début de ce siècle traduits en allemand en 1928, sur une initiative de Rubner, sous le titre: «Die lehre der Wald» (La leçon de la forêt) et ceux de Sukachev, auteur du concept de biogéocoenose, qui, se développa en parallèle de celui d'écosystème. Ce fut ce dernier qui, à l'Ouest, l'emporta sur le marché scientifique, les courants dominants provenant des Etats-Unis. Ici, je me suis surtout attaché à présenter les évolutions principales de l'écologie, d'où cette mise à l'écart. 9. Ces théories avaient aussi comme source, l'image de la forêt vierge, qu'ils avaient acquis au cours de leurs voyages et études comme MoIlers ou Mayr, à savoir une forêt mélangée en essences, en classes d'âge et que l'homme exploite sans coupe à blanc. Dans la formation de la science écologique, les forêts tropicales influencèrent en raison de leurs structures, de leurs richesses l'émergence des concepts aussi bien chez Humbolt que chez Warming, etc. 24