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L'écologie, la politique autrement? Culture, sociologie et histoire des écologistes

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206 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 240
EAN13 : 9782296276871
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L'ECOLOGIE, LA POLITIQUE AUTREMENT?
""

Culture, sociologie et histoire des écologistes

Brendan PRENDIVILLE

" L'ECOLOGIE,

LA POLITIQUE

AUTREMENT?

Culture, sociologie et histoire des écologistes

Editions L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan,

1993

ISBN: 2-7384-1864-3

To Babeth, without whom.. .

ln memory of Renée and Fabienne

Remerciements
Exercice difficile. Je tiens, d'abord, à remercier les militants écologistes français qui ont encouragé, dès 1976, un observateur étranger et curieux. Je pense, en particulier, à Domi, Gérard, Yves, Renée et Françoise bien que beaucoup d'autres l'aient aussi fait. Ils sont trop nombreux à citer mais que ce travail soit la preuve que leurs conseils n'ont pas été perdus. Ce livre n'aurait peut-être pas vu le jour sans l'aide précieuse et patiente d'Armelle, Roselyne et Catherine qui m'ont fait découvrir des faces insoupçonnées de la langue française. Techniquement, c'est grâce aux conseils de Dominique qu'il a pu prendre forme. Je remercie également Jacques Cochin, Jean de Queiroz, Ida Simon-Barouh et Pierre-Jean Simon pour leurs relectures, commentaires et corrections. Enfin, plus loin dans le temps et l'espace, je remercie Vladimir Fisera et Tony Chafer. Le premier, pour son enseignement sur les mouvements sociaux d' après-1968 (Portsmouth Polytechnic, Grande-Bretagne) qui m'a fait découvrir l'écologie politique. Le deuxième, pour ses travaux sur l'écologisme dès le début des années 1980 et toute l'aide qu'il m'a apportée depuis.

AVERTISSEMENT

Cette étude sur l'écologie politique en France couvre la période entre la fin des années 1960 et.le début des années 1990. Il s'agit d'un extrait d'une thèse britannique qui se place dans une perspective de sociologie politique. Le travail quantitatif de sondages que le lecteur trouvera dans les chapitres 2 et 4 se réfère à la décennie 80 et concerne donc les militantssympathisants des Verts. Génération Ecologie n'ayant été créée qu'au mois de mai 1990, on ne la trouvera, principalement, que dans le Chapitre I. Afin de rendre la lecture la plus fluide possible, les références bibliographiques figurent, dans le texte et les notes, entre parenthèses avec le nom de l'auteur, la date de l'édition et le numéro de la page. L'auteur est responsable de toutes les traductions.

PREFACE
"En dehors de quelques vieux fossiles, qui, aujourd 'hui, n'est pas écologiste? " (Aujourd 'hui l'Ecologie 1981 : 293) se demandaient les écologistes en 1981. Plus récemment, c'est R. Cans, un des chroniqueurs phares de l'environnementalisme français, qui s'exclame" Tous verts" (Cans, 1992). Qui ne l'est pas? Quel (le) politique peut se payer le luxe de ne pas défendre l'environnement contre vents et marées, noires ou autres? Qui ose dire qu'il est indifférent au sort du grand ours pyrénéen? Affirmons-le: l'écologie est à la mode. En 1993, tout le monde est écologique, sinon écologiste. Tout le monde veut défendre l'environnement naturel sinon] 'environnement social. L'environnement, la nature, le vert se vendent très bien, merci. Dans l'industrie (début 1992) Peugeot plante un arbre en Bretagne pour chaque voiture vendue. Dans le domaine de la chanson, Sting chante pour l'Amazonie et dans celui de la politique, " plus vert que moi. .. tu meurs" . Depuis quelque temps déjà, les scientifiques s'y intéressent de près-: l'infatigable René Dumont est rentré dans la légende verte, et depuis 1975, Le macroscope de Joël de Rosnay est devenu une référence dans la pensée systémique (de Rosnay, 1975). En sociologie, Alain Touraine s'intéresse aux anti-nucléaires (Touraine, 1980) à la fin des années 1970 et, pour sa part, Edgar Morin poursuit ses recherches sur une "science de la complexité" (Morin, 1984: 127) avant de parler de "nouveau paradigme" en 19901. En philosophie, Cornelius Castoriadis trace le chemin De l'écologie à l'autonomie dès 1981 (Castoriadis, Cohn-Bendit, 1981), Michel Serres établit Le contrat naturel en 1990 (Serres 1990) et, en 1992, Luc Ferry s'interroge sur Le nouvel ordre écologique (Ferry, 1992). Alors, ] 'engouement pour l'écologie, est-ce une marche supplémentaire vers une prise en compte globale de l'interdépendance des problèmes environnementaux et sociaux? Ou s'agit-il d'une mode de plus? A voir.
1. Morin, 1990. F. Capra, physicien américain, paradigme écologiste en 1982 (Capra, 1982). - 11 avait déjà parlé du

INTRODUCTION

Depuis les débuts de l'écologisme 2 en France et ailleurs, les écologistes cherchent à rééquilibrer les rapports, très inégaux, entre l'être humain et la nature. Faire redescendre l'homme (et la femme) sur terre en quelque sorte, pour qu'il se rende compte qu'il n'est pas au-dessus du monde naturel mais partie intégrante de celui-ci: "L 'homme doit cesser d'agir comme un Gengis Khan de la banlieue solaire et se considérer, non pas comme le berger de la viet mais comme le co-pilote de la vie" (Morin, 1990: 92). L'être humain est un être social. Constat banal, s'il en est, en sociologie mais fondamental pour la compréhension de l'activité humaine. Les dangers de l'individualisme et de l'affaiblissement du lien social avaient déjà inquiété Emile Durkheim à l'aube de l'ère industrielle. Ce qu'il aurait pensé de la société occidentale contemporaine, société en voie d'atomisation sociale, nous ne le saurons jamais, mais cette inquiétude d'un père fondateur de la sociologie n'est pas très éloignée des souhaits de l'écologie politique de reconstruire l'environnement social et naturel. Reconstruire pourquoi? D'abord, parce que l'environnement naturel révèle les "dégtlts du progrès" (CFDT) industriel depuis vingt-cinq ans et ensuite parce que l'environnement social, tributaire de ces mêmes dégâts, s'enfonce dans la société duale, divisée entre citoyens à part entière, inclus dans le jeu social et les autres, SDF (sans domicile fixe), chômeurs et exclus en tous genres 3. Dans ce contexte, le lien social se fragilise davantage. Cette reconstruction socio-naturelle implique, forcément, des évolutions politico-économiques, ce qui illustre la globalité du projet écologiste. Qui va effectuer cette reconstruction? Un mouvement social large? Un parti politique? Des groupes de pression

2. Le terme" écologisme .. dans ce livre est synonyme d ".écologie politique" . 3. Pour les écologistes, cette société duale à l'intérieur des pays occidentaux est le reflet de la société mondiale duale, entre les pays riches (Nord et Ouest) et les pays pauvres (Est et Sud). - 13 -

locanx spécialistes du jeu Nimby 4. L'écologisme est-il un mouvement social ou un mouvement politique? Les écologistes visent-ils et travaillent-ils à des changements dans la "société civile" ou la " société politique" ; ou dans les deux? Questions de théorie sans importance? Peut-être, mais la représentation que les gens ont de leur propre action les guide et pour comprendre une action collective, nous devons essayer de comprendre ces représentations avant de tenter une explication. Ce livre proposera une explication de l'évolution de l'écologisme qui part d'" un vaste mouvement social" potentiel (Simonnet, 1979 : 121) vers un mouvement politique de gestion électorale à travers une analyse de quatre de ses facettes: son histoire, sa culture politique, son idéologie et, enfin, sa base sociale et la typologie de ses militants. Il tracera l'évolution de l'écologisme français et les obstacles qu'il a rencontrés du début des années 1970 au début des années 1990; deux décennies de militantisme, de structuration politique, de travail électoral et de foisonnement idéologique. Deux décennies qui seront témoins de beaucoup de changements importants dans la nature même de l'écologisme et dans la société française. Comprendre cette évolution n'est pas toujours facile car pour l'écologisme, inspiré par l'écologie scientifique, la diversité est la règle dans presque tous les domaines. Dans le premier chapitre sur l'histoire de l'écologisme, nous montrons comment il est passé d'une " nébuleuse" à deux structures partisanes (Les Verts et Génération Ecologie), luttant pour le pouvoir dans la société politique. Pour décortiquer cette" nébuleuse" écologiste, nous l'avons appréhendée selon deux axes: l'axe vertical concerne le domaine de la société politique. Il englobe la structuration du mouvement écologiste et son évolution électorale. L'axe horizontal se situe, lui, dans la société civile et traite des actions écologistes en dehors du cadre institutionnel. L'éventail en est large, allant d'une campagne contre une centrale nucléaire à la culture d'un potager
4. Nimby signifie en anglais Nat in my back yard
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et fait référence aux groupes qui refusent des projets d'aménagement (ex: autoroute, centre de déchets, centrale nucléaire...) parce qu'ils demeurent tout simplement à côté. - 14-

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biologique. Les écologistes rencontrent ici aussi d'autres acteurs sociaux et politiques qui partagent des buts similaires (tels les mouvements associatifs de tous bords, tiers-mondistes, régionalistes...) et il n'est pas toujours facile de distinguer les actions et les idées des différentes parties. La création des deux axes représente, bien entendu, un exercice purement théorique car on les trouve constamment superposés dans les faits. Nous verrons, pourtant, qu'au cours des années 1970 et 1980 chacun d'eux prédomine à tour de rôle et nous essayerons d'expliquer pourquoi. Le deuxième chapitre analyse un facteur déterminant d'un mouvement qui se veut socio-politique: sa culture politique. Quelle est la nature de la culture politique écologiste et en quoi nous aide-t-elle à comprendre le parcours de l'écologisme? Quels sont ses mythes, ses symboles et ses références? Ses pratiques politiques et culturelles correspondent -elles h son discours? Quelle est l'importance de l'identité écologiste et dans quelle mesure les soucis des militants en sont-ils le reflet? Quelle est la nature, également, de la culture politique dominante dans laquelle l'écologisme évolue et comment cet environnement national influence-t-il son évolution? La volonté des écologistes de s'occuper des questions sociales et naturelles est claire. Pourtant, les " écolos" sont la plupart du temps peints en vert-nature. On tentera, donc, dans ce chapitre d'expliquer pourquoi cette image restrictive de leur activité politique est si tenace. Dans le troisième chapitre, nous présentons une analyse des sources idéologiques du système de pensée écologiste. L'idéologie est souvent celle des autres et les écologistes ne font pas exception en récusant cette appellation, considérée comme trop statique, inflexible, voire dangereuse dans sa volonté de tout expliquer. Se référant au marxisme, la bête noire par excellence, les écologistes veulent éviter les schémas idéologiques qui répondent aux questions avant que celles-ci ne soient formulées. Pourtant, derrière la façade de cette réticence sémantique, un contenu idéologique du discours écologiste existe. Nous verrons que sa disparité est telle, allant de l'extrême-gauche à l'extrême-droite, que l'on commence à comprendre les dissensions internes au mouvement. Pour combien de temps l'écologisme peut-il se payer le luxe d 'héberger des" compagnons de route" si divers? La question reste ouverte. A moins que le système de pensée

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écologiste soit désormais d'un type nouveau, plus souple et évolutif? Le dernier chapitre présente une discussion sur la composition de la base sociale des écologistes ainsi qu'une analyse de la typologie du militant-sympathisantentre 1984 et 1990. La parité hommes-femmes est-elle respectée? La base militante se renouvelle-t-elle? Quelle est la place de la religion? Que font les militants dans la vie, où habitent-ils et quel est leur niveau d'éducation? Combien gagnent-ils et quels sont leurs engagements sociaux? Cette partie, plutôt quantitative, nous permettra de déceler les constantes et les changementschez les militants-sympathisants.

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CHAPITRE I

L'mSTOIRE

ECOLOGISTE

Introduction
Dans ce premier chapitre, nous verrons le cheminement historique de l' écologisme en France. Dans sa première phase, pendant les bouillonnantes années 1970, c'est celle d'un mouvement diffus et "culturellement (...J extrémiste" (Boy, 1981 : 400). Une décennie de mouvements divers (féministes, régionalistes, de consommateurs...) qui se greffent sur une opposition plus large au gouvernement de Valéry Giscard d'Estaing. Ce sont les " enfants de mai 1968 ", libertaires jusqu'au cou, qui privilégient la stratégie de la rue sur celle, institutionnelle, des partis et des élections, " pièges à cons". A cette époque, la participation des écologistes à la vie politique traditionnelle est éphémère et les aventures électorales représentent des exercices de "biodégradabilité délibérée". La deuxième phase est celle des années 1980. Elle commence avec une période floue de recherche d'une" société alternative" introuvable et poursuit par une progressive institutionnalisation de l'écologisme à travers la création du parti vert. A force de promouvoir l'énergie solaire pendant les années 1970, les écologistes vont effectuer une traversée du désert au cours de la deuxième décennie de leur existence. Blague à part, les années 1980 s'abattent comme une chape de plomb sur beaucoup de tentatives de mobilisation politique. La victoire de François Mitterrand en mai 1981 entraine un effet soporifique sur le plan socio-politique qui ne facilite pas la vie pour un nouveau venu. Les Verts souffrent des conséquences d'un discours néo-libéral qui voit Bernard Tapie rivaliser avec Michel Platini dans le hit-parade des héros contemporains. Discours qui ne suscite guère d'enthousiasme, d'ailleurs, pour la politique en général et, dans une telle ambiance, Les Verts se replient sur leur couleur. 1988 marque le début de la remontée écologiste avec le score honorable de Antoine Waechter aux élections présidentielles et le retour de Brice Lalonde (Ministre de l'Environnement) sur la scène politique nationale. L'année suivante, c'est le triomphe aux élections municipales et européennes et, depuis la création de Génération Ecologie, la lutte pour la gestion du trésor électoral écologiste commence. On tentera, dans ce premier chapitre de montrer l'évolution progressive d'une mouvance
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ou d'un" pré-mouvement social" 1 vers deux organisations partisanes luttant pour l'accession au pouvoir politique.

1.1. Le terrain fertile
Claude-Marie Vadrot (Vadrot, 1978) date les débuts du mouvement environnementaliste en France à l'époque de la création de la Société Impériale Zoologique d'Acclimatation par Isidore Geoffroy St. Hilaire en 1854 dont le père (Etienne Geoffroy St. Hilaire) défendait des théories sur le transformisme, postulant que toute modification des espèces était due à l'influence directe du milieu. La FNE d'aujourd'hui (France Nature Environnement), la FNSPN de 1969 (Fédération Nationale des Sociétés de Protection de la Nature) et la SNPN de 1958 (Société Nationale de Protection de la Nature) appartiennent toutes à ce courant de protection de la nature qui change peu jusqu' aux premiers signes de pollution relevés par les pêcheurs à la ligne de l'UDPA (Union de Défense des Pêcheurs Amateurs) au cours des années 19502. C'est au cours des années soixante que les premières sensibilités écologiques apparaissent. En 1962 la première opposition à l'énergie nucléaire se manifeste en la personne de Jean Pignero lorsqu'il crée l' APRI (Association pour la Protection contre les Rayonnements Ionisants) en protestation contre les examens radiologiques obligatoires pour les enfants et contre les essais nucléaires. Personnage légendaire dans le monde écologiste, Jean Pigneroest souvent cité par les anciens écologistes comme précurseur et source d'inspiration car il lutte contre toutes les formes de radioactivité depuis 1956. La même année, c'est la première campagne de presse contre la pollution menée par Pierre Pellerin dans des journaux tels que
Bêtes et Nature, Guérir, Toute la pêche, Le Monde et La Vie3 .
1. C'est ainsi qu'A. Touraine (Touraine, 1980: 325) désigne le mouvement anti-nucléaire, alors fer de lance du mouvement écologiste dans les années 1970. 2. On note avec intérêt qu'en Bretagne, les pêcheurs sont aussi à l'origine d'Eau et Rivières, association incontournable pour tout ce qui concerne la qualité de l'eau dans la région. 3. Pour une discussion sur l'influence de P. Pellerin sur le mouvement environnementaliste naissant, voir Allan Michaud, 1979, 2ème Partie. - 20-