La fabrique de la famine

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Depuis plusieurs décennies, les instances internationales répandent le mythe que la sécurité alimentaire est apportée par l’ouverture des frontières et la mondialisation des marchés. Comment expliquer alors les émeutes qui font rage dès 2008 dans une trentaine de pays, justement nommées "émeutes de la faim" ? Ce sont bien ces théories néolibérales, et ceux qui les imposent (en tête, la Banque mondiale et l’OMC) que Walden Bello dénonce. En effet, le système post-Bretton Woods fait des gagnants et des perdants sur l’échiquier mondial et crée des situations économiques absurdes : le Mexique et les Philippines sont tous deux devenus dépendants des importations pour leur denrée de base (dans un cas, le maïs, dans un autre, le riz), alors qu’eux-mêmes sont des greniers à grain pour les pays du Nord. Les pays africains, pour la plupart, n’ont pas résisté au passage au libre-échange, tandis que la Chine, loin d’être la menace qu’on craint, s’est vu obligée d’accélérer son industrialisation pour répondre à la demande internationale, marginalisant et ruinant les populations rurales. Comme le montre Walden Bello, les conséquences sont partout dramatiques : affaiblissement de l’Etat, désertification des campagnes, destruction de la biodiversité locale... Son idéal ? L’autosuffisance, par le biais d’un retour à une agriculture paysanne locale. Un tel système, où le travailleur de la terre serait revalorisé, au contraire du capital et de l’agro-industrie, favoriserait le bien-être social et le développement économique des pays du Sud. Traduit de l'anglais (Philippines) par Françoise et Paul Chemla.

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Date de parution 04 octobre 2012
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EAN13 9782355360640
Langue Français

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La fabrique de la famine
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DU MÊME AUTEUR
La Démondialisation. Idées pour une nouvelle économie mondiale, trad. fr. d’André Cabannes, éditions du Rocher, collection « Le Serpent à Plumes », 2011 La fin de l’Empire. La désagrégation du système améri-cain, trad. fr. de Paul Chemla, Fayard, 2006
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Walden Bello
La fabrique de la famine
Les paysans face à la mondialisation
Traduit de l’anglais par Françoise et Paul Chemla
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© Carnets nord, 2012 12, villa Cœur-de-Vey, 75014 Paris www.carnetsnord.fr ISBN : 978-2-35536-105-0
La tempête totale ?
Les physiocrates français, ces précurseurs de la science économique moderne, considéraient l’agricul-ture comme l’unique source réelle de valeur. En raison des « richesses renaissantes que la terre seule pro-duit », disait François Quesnay, le plus célèbre repré-sentant de cette école, seule l’activité agricole peut créer un surplus – c’est-à-dire une production supé-rieure à ses intrants *. En revanche, il qualifiait l’indus-trie de « stérile ». À l’ère industrielle puis postindustrielle, cette vision e duXVIIIsiècle a longtemps paru incongrue. L’industrie, fondée sur la trinité du travail, du capital et de la techno-logie, semble à la pointe du progrès. L’agriculture, dont le pourcentage de contribution au produit intérieur brut ne cesse de se réduire, est devenue un secteur économi-que arriéré, et il n’y a qu’un seul moyen, pense-t-on, de la développer : la réorganiser à l’image de l’industrie et la vitaminer par une technologie à fort contenu chimi-que et, plus récemment, génétique.
* Un intrant est, de façon générale, un élément entrant dans la pro-duction d’un bien (les engrais, par exemple, dans le secteur agricole). On utilise très souvent la traduction anglaise,input. [note de l’éditeur]
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Retour à Malthus ?
LA FABRIQUE DE LA FAMINE
Mais voici qu’une conjonction d’événements vient réaffirmer, ces dernières années, l’importance cruciale de l’agriculture – et sa fragilité. Dans la seconde moitié e duXXsiècle, l’humanité croyait avoir potentiellement vaincu la faim : l’obstacle principal qui empêchait de nourrir la planète semblait être l’inégale répartition des e aliments. Depuis le début duXXIsiècle, ce n’est plus seulement la répartition, mais aussi la production qui est devenue le problème. La terre freine la production, ce qui provoque l’inflation des prix des denrées et fait planer le spectre des pénuries alimentaires. En ces temps où la population mondiale vient d’atteindre les sept milliards de personnes, la forte possibilité que la production agricole soit parvenue à son plafond inquiète énormément les scientifiques et les décideurs. e Au début duXIXsiècle, un personnage difficile à cerner, le penseur anglais Malthus, avait prédit que la croissance de la population dépasserait un jour la capa-cité des sols à l’alimenter, ce qui déclencherait un cata-clysme démographique : une réduction drastique de la population jusqu’à revenir à un équilibre avec la capa-cité productive de la terre. De nombreux écologistes et environnementalistes se sont ralliés – non sans malaise – à ses idées, mais il est devenu la bête noire des économistes tant progressistes que néoclassiques. Aux yeux des premiers, sa théorie n’est qu’une tentative éli-tiste et conservatrice de rendre les pauvres responsa-bles de leurs malheurs ; certains néoclassiques, pour leur part, notamment Julian Simon, ont accusé Mal-thus et ses partisans de sous-estimer l’aptitude humaine à lever par l’innovation les contraintes qui limitent la production et la croissance économique.
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LA TEMPÊTE TOTALE ?
Avec la crise des prix alimentaires de 2008, beau-coup ont ouvert les yeux : ils ont compris que l’agricul-ture est peut-être en train d’atteindre ses limites productives, que le problème n’est plus uniquement la répartition mais la production. Cette année-là, les fac-tures d’importations alimentaires des pays les moins avancés ont augmenté de 37 %, et les résultats ont été nets : les effectifs des affamés ont grossi de 75 millions de personnes et 125 millions d’autres, pense-t-on, ont basculé dans l’extrême pauvreté. Des troubles politi-ques ont secoué de nombreuses régions du monde en développement. Cet effet-là n’a pas été uniformément négatif. De même que la crise financière asiatique a provoqué le séisme politique qui a renversé Suharto en Indonésie, celle des prix alimentaires de 2008 a déclen-ché des émeutes qui ont contribué à décrédibiliser les dictatures arabes.
En pleine tempête
Quand ils cherchent les causes de la hausse brutale des prix alimentaires, les analystes découvrent que plu-sieurs phénomènes ont convergé pour créer la tempête absolue : les programmes d’ajustement structurel imposés par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) aux pays en développement, qui ont gravement réduit le soutien public à l’agriculture et fait baisser la production agricole ; les subventions mas-sives qui détournent des cultures alimentaires de vastes superficies de terres céréalières, en particulier aux États-Unis, pour les orienter vers la production de matières premières pour les biocarburants ; la spécula-tion des marchés financiers sur les denrées ; enfin, la
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LA FABRIQUE DE LA FAMINE
résistance croissante des insectes aux pesticides et le refus des sols de réagir à l’intensification de l’usage des engrais. Après avoir augmenté à moindre rythme pendant deux ans, les prix sont repartis très vivement à la hausse dans les années 2010-2011, ce qui montre bien que la crise de 2006-2008 n’était pas un feu de paille. En juil-let 2011, le cours moyen du blé était supérieur de 45 % et celui du maïs de 89 % à leur niveaux de juillet 2010. Mais, cette fois, le facteur principal est différent : des conditions météorologiques extrêmes provoquées par le réchauffement de la planète – ce qui rappelle l’extrême fragilité des liens entre le sol et l’atmosphère. En 2010-2011, de gigantesques incendies ont dévasté des centaines de milliers d’hectares de terres cultivées en Russie, ce qui a contraint l’État à interdire les expor-tations de céréales. En Chine, une sécheresse prolongée a ravagé 14 millions d’hectares et privé d’eau 14 mil-lions de personnes. Au Pakistan, des pluies incessantes ont inondé les terres arables deux ans de suite. En Aus-tralie, la quasi-totalité de l’État du Queensland, avec sa capitale, Brisbane, a été submergée par des précipita-tions massives, qui ont emporté céréales, légumes et bétail pour une valeur de plusieurs milliards de dollars. Et la Corne de l’Afrique a été frappée par une séche-resse qui a exposé 12,4 millions de personnes au risque de famine. Dans les derniers mois de 2011, c’est le bol de riz de l’Asie du Sud-Est qui a subi à son tour la vengeance de la nature pour la démesure de la consommation humaine de carbone. Environ 1,5 million d’hectares de rizières ont été inondés au Cambodge, au Laos, au Vietnam et en Thaïlande – un million pour cette der-nière, première exportatrice mondiale de riz.
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