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La face cachée de la décroissance

De
206 pages
La crise écologique est là. Face aux destructions engendrées par notre système économique devenu fou, certains parlent de décroissance. Mais derrière ce mot vague de décroissance se cache une idéologie plus vaste aux alternatives plus que discutables, défendant des thèses inquiétantes sur la critique de la modernité, la place des femmes, la démographie, la respiritualisation de la société. C'est cette face cachée de la décroissance qu'explore cet ouvrage.
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La face cachée de la décroissance

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr

@ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01224-8 E~:9782296012240

Cyril Di Méo

La face cachée de la décroissance
La décroissance: une réelle solution face à la crise écologique?

Préface de Jean-Marie Harribey

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Bannattan Hongrie E.pace L'Harmattan Kin.hasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Snrkina Fasn Fac..des Sc. Sociale., Pol. et Adm. , BP243, KIN XI Université de Kinshasa Via Degli Artisti, 15 10124 Torino

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1200 logements villa 96

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Ouagadougou 12

- RDC

ITALIE

Questions Contemporaines Collection dirigée par JP. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Dernières parutions Florence SAMSON, Outreau et après? La Justice bousculée par la Commission d'enquête parlementaire, 2006. Pierre-W. BOUDREAULT (dir.), Beaux risques politiques et interdépendance culturelle, 2006. Ndolamb NGOKWEY, A propos des femmes, des Noirs et du développement, 2006. Evelyne JOSLAIN, L'Amérique des think tanks, 2006. Ludovic DUHEM, Eric VERDURE, Faillite du capitalisme et réenchantement du monde, 2006. Jean VOLFF, Un procureur général dans la tourmente, 2006. David LAWSON, Alerte infectieuse, 2006. Yves-Marie LAULAN, Peut-on se satisfaire de la natalité en France et en Europe ?, 2006. Alain GRIELEN, Menace sur I 'humanité, 2006. Christian BORROMÉE, Souriez vous êtes en France. Les solutions, 2006. Cyril LE T ALLEC, Mouvements et sectes néo-druidiques en France, 1935-1970,2006. Guy CARO, De l'alcoolisme au savoir-boire, 2006. Adrien THOMAS, Une privatisation négociée, 2006. Tidiane DIAKITÉ, Mutations et crise de l'époque publique, 2006. Anaïs FAVRE, Globalisation et métissage, 2006. Jean-Luc CHARLOT, Le pari de la participation, 2006. Stéphane. ENCEL, Histoire et religions: l'impossible dialogue ?, 2006.

Remerciements

Parmi ceux qui m'ont aidé dans ce travail, je remercie: Béatrice Grisvard, Karine Portrait, Catherine Sackur, Léopold Carbonnel, Gérard Ponthieu, Joël Decarsin, Pierre Olivier Salles, Marc Navellou, Jérôme Vieutent, Emmanuel Buisson-Fenet, Jean-Marie Harribey et Guillaume Duval. Ils ne sont en rien comptables des propos tenus dans cet ouvrage mais leur aide et leurs remarques ont nourri l'élaboration de ce travail; qu'ils en soient encore remerciés.

Préface
Comment penser le développement? par Jean-Marie Harribey Maître de conférences à l'Université Bordeaux IV Membre du Conseil scientifique d'Attac-France

Le livre de Cyril Di Méo vient à point, au moment où, partout, deviennent visibles et tangibles les signes d'un dérèglement planétaire inédit à cause de son origine anthropique. La crise écologique oblige à reconsidérer les conceptions dominantes du progrès faisant de celui-ci une résultante de la croissance économique permettant une extension continue de la consommation. Ce livre vient à point également parce que la crise écologique est à relier à l'impasse de l'accumulation capitaliste qui, au nom de la logique du profit maximum, produit abondance et gaspillage d'un côté et misère, chômage et précarité de l'autre. Crise sociale et crise écologique sont donc les deux faces d'un système qui ne peut fonctionner qu'en pratiquant une fuite en avant perpétuelle dans un productivisme dévastateur et menaçant les conditions mêmes de la vie future. Ces deux aspects sont liés parce qu'ils sont le produit de ce que Marx avait nommé il y a un siècle et demi le «règne de la marchandise ». En ne considérant comme légitimes que les productions marchandes répondant à des besoins solvables et en cherchant à élargir sans cesse sa sphère d'investissement par la marchandisation des services publics, de la protection sociale, de la culture, des connaissances et de tout le « vivant », le capitalisme engendre un développement 9

« insoutenable ». Insoutenabilité d'autant plus dangereuse que, pour l'instant, aucune expérience alternative globale n'a été concluante: en effet, les formes d'accumulation conduites par les États s'étant prétendus socialistes au
~me

siècle ont donné lieu à des dégradations écolo-

giques au moins comparables à celles engendrées par le capitalisme. Pour mener à bien son entreprise, le capitalisme suscite et diffuse un modèle culturel qui, une fois intériorisé, contribue à reproduire des comportements excluant toute idée d' «économie» au sens premier du terme, et, au contraire, favorisant gaspillage et ostentation. L'imaginaire bâti autour de l'idée qu'avoir davantage signifiera toujours mieux être est un rêve illusoire pour les populations les plus riches bien qu'elles soient quasiment gavées de tout, mais il tourne au cauchemar pour les populations les plus pauvres pour lesquelles l'essentiel (1'éducation, la santé, l'eau potable, le logement...) reste inaccessible. L'une des grandes forces du capitalisme est d'avoir su canaliser vers le désir d'accumulation toutes les angoisses existentielles des êtres se sachant voués à la mort. Le mirage de l'enrichissement sans fin, c'est l'éternité promise aux boursicoteurs petits et grands par le truchement de leurs avoirs capitalisés, ou bien c'est l'affirmation d'une puissance se mesurant par le nombre de chevaux-vapeur sous le capot d'une voiture promue au rang de symbole phallique bien plus qu'à celui de moyen de locomotion. Bref, c'est l'identité par la marchandise plus que par la reconnaissance sociale. Ou, plutôt, c'est la reconnaissance sociale médiatisée par l'accès à la marchandise fétiche. Face à la crise systémique que le monde traverse, plusieurs voies sont explorées. La première, largement engagée, est celle du capitalisme dit «néo-libéral ». Pour sortir de la crise de rentabilité de la fill des années 1960 et 10

du début des années 1970, le capitalisme a pris un tournant radical dans le dernier quart du XXème siècle: libéralisation du mouvement des capitaux et des marchandises, déréglementations, privatisations, concentrations, restructurations, précarisation du salariat, chômage, ajustement structurel, etc. Par la déconnexion des salaires par rapport à la productivité et la limitation des droits sociaux, l'exploitation de la force de travail via la «plus-value absolue» reprend vigueur. Cette voie est celle de l'insoutenabilité sociale et ne conçoit l'écologie que comme un « marché nouveau» pour de futures bonnes affaires. La deuxième voie est celle inaugurée par l'ONU après la publication du Rapport Brundtland en 1987 qui a servi de base à la Conférence de Rio-de-Janeiro en 1992, et dans lequel on trouve la défInition devenue offIcielle du développement soutenable ou durable: celui qui « répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs». Cette défInition a fait le tour du monde et est désormais la référence incontournable de tous les gouvernements et même des dirigeants des grandes fIrmes. Censé réconcilier progrès social pour tous et respect des écosystèmes, le développement soutenable souffre, dans sa traduction dominante, d'une faille énorme: il est admis que la croissance économique restera une condition toujours nécessaire de l'amélioration du bien-être et sera compatible avec la préoccupation écologique. Autrement dit, il est postulé, et c'est théorisé par les tenants de la conception dite « faible» de la soutenabilité, que le progrès technique sera toujours capable de résoudre les questions d'épuisement des ressources, pour peu que l'économie sache internaliser les effets externes. Cette voie risque bien d'être une impasse si la rationalité instrumentale de la rentabilité l'emporte sur la raison qui place les impératifs éthiques et politiques au-dessus des exigences fmancières.
Il

La troisième voie s'inscrit non seulement contre la première mais aussi contre la seconde. C'est celle de la « décroissance », du «refus du développement» ou du « post-développement » à laquelle Cyril Di Méo consacre son livre. Selon les partisans de la décroissance, on ne peut distinguer croissance de la production et développement et les deux concepts sont à rejeter, l'idéologie du développement et des droits de l'homme n'ayant servi qu'à asseoir la domination de l'Occident sur le monde entier. Cette domination est économique et politique mais surtout culturelle. Il convient donc de se défaire de l'imaginaire bâti autour du développement qui ne peut être autre que ce qu'il a été jusqu'ici: ni humain, ni durable, ni social, ni équilibré, etc. Cyril Di Méo a conçu le projet de regarder de près les soubassements théoriques de ce courant et d'en dégager les implications politiques. Plongeant dans les écrits des théoriciens anciens ou actuels et dans les organes de diffusion de ce courant, Cyril Di Méo nous propose une analyse aussi décapante que précise. Il expose trois types de critiques. Les premières portent sur 1'« antiéconomisme » des partisans de la décroissance qui confondent économie et capitalisme et concluent, d'une part, à l'assimilation de tout développement à la croissance et, d'autre part, à la nécessaire « sortie» de l'économie en même temps que du développement. Les ambiguïtés du « développement durable» sont le prétexte au rejet de tout développement. Comme l'économie est un impensé, la critique du capitalisme ne peut se faire qu'au nom du passé, la modernité ayant éloigné l'homme d'un ordre naturel qu'il s'agirait de restaurer. Certes, tous les partisans de la décroissance ne sont pas unis sur ce point, mais beaucoup adoptent une vision consistant à naturaliser les conditions sociales, la position extrême étant celle de l' éco-féminisme qui associe la fertilité féminine à la 12

fertilité biologique, et qui voit les femmes comme les plus capables de respecter la nature malmenée par le système patriarcal. Le deuxième type de critiques s'en déduit: la biologisation de la société est une dimension de l' « écologie profonde» qui sacralise la Terre. Dès lors, on a affaire à une pensée de type religieux qui prône une conversion spirituelle face à la décomposition de l'ordre naturel par la modernité. Cyril Di Méo y voit une « rhétorique réactionnaire» selon l'expression d'Albert Hirschman ou une «pensée louche» comme disait Pierre Bourdieu. Il en conclut que le refus de la finitude de l'Homme dans un univers qui apparaît comme infini conduit à se réfugier dans des arrière-mondes religieux. Le retour du religieux va de pair avec la délégitimation du politique. Et c'est le troisième type de critiques que Cyril Di Méo adresse aux philosophes de la décroissance. L'espace politique comme lieu de médiation et de transformation est répudié au nom d'une radicalité libertaire ou religieuse comme chez Bernard Charbonneau et Jacques Ellul. L'espace individuel est conçu comme le seul espace possible de transformation sociale. Alors que la modernité avait laïcisé la société, confinant la religion à la sphère privée, le religieux est réintroduit dans l'ordre politique pour détruire celui-ci comme lieu de construction de la cohabitation entre les humains. L'histoire se retourne: il faut «réenchanter» le monde. Comme l'angoisse de la mort imprègne la société, en abandonnant la Raison, la pensée ne peut qu'échouer dans la mystique religieuse. L'essai de Cyril Di Méo est salutaire car la critique nécessaire de la raison instrumentalisée tombe trop souvent dans un relativisme qui met sur le même plan la science et la croyance. S'il existe des croyances au sein de la science (notamment en économie), Edgar Morin a 13

montré que la science possède des garde-fous (raison et vérification) qui lui évitent de se perdre dans la crédulité. A I'heure de la crise écologique qui nous oblige à repenser le développement et la notion même de progrès, peut-on jeter par dessus bord toute la philosophie des Lumières et se départir d'une démarche scientifique matérialiste, c'est-à-dire qui exclut toute considération métaphysique de la pratique scientifique? A cette question d'ordre épistémologique, le livre de Cyril Di Méo invite à répondre non. L'auteur ouvre donc un débat fondamental. Mais il ne le clôt pas. Et c'est tant mieux. Car le choix que l'on peut deviner en creux derrière sa critique de la décroissance est celui du développement durable. Or cette option, pour être crédible et réaliste, a besoin de se distinguer nettement de celle qui, sous le même vocable, est adoptée par les gouvernements et les institutions internationales qui accompagnent, sans égard ni pour les écosystèmes, ni pour le bien-être des populations, les politiques néo-libérales dans le monde entier. Cyril Di Méo récuse à juste titre la critique au nom du passé du capitalisme que mènent les partisans de la décroissance. Mais la critique tournée vers l'avenir du capitalisme est à poursuivre et à mener à son terme. A cet égard, les voies d'une socialisation et d'une démocratisation de l'activité économique restent à explorer. Socialisation parce que la part des activités non marchandes doit progressivement s'étendre au détriment de la sphère de la marchandise: la réduction des inégalités, au Nord comme au Sud de la planète, pourra se faire essentiellement par le biais de l'augmentation et de l'amélioration des services publics, de la protection sociale, de l'éducation, et par celui d'une répartition entre tous du travail à accomplir pour que chacun ait à moins travailler. Le refus justifié de la posture décroissanciste n'enlèvera pas la nécessité de déconnecter progressivement le développement de la croissance, dès 14

lors que les besoins essentiels sont satisfaits, parce que le mieux-être ne peut s'identifier au plus-avoir. Socialisation aussi parce que la question de la propriété collective redevient un enjeu primordial: non seulement la propriété des moyens matériels de production, mais aussi, et peutêtre surtout pour le siècle qui commence, celle des connaissances et du« vivant », biens communs de l'humanité. Démocratisation enfm parce que la propriété juridique ne suffit pas: la participation aux décisions et leur contrôle par les travailleurs-citoyens définiront le sens réel de la socialisation. Le développement nous renvoie à la réinvention d'un socialisme qui soit cette fois écologique et démocratique.

Jean-Marie Harribey Avril 2006

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Introduction
«A la vérité, la formation d'une élite organisée, chantant l'orthodoxie de l'anti-croissance, est concevable. Cette élite est probablement en formation. Mais un tel chœur, avec pour tout programme l'anti-croissance, est l'antidote industriel à l'imagination révolutionnaire. En incitant la population à accepter une limitation de la production industrielle sans mettre en question la structure de base de la société industrielle, on donnerait obligatoirement plus de pouvoir aux bureaucrates qui optimisent la croissance, et on en deviendrait soi-même l'otage. La production stabilisée de biens et de services très rationalisés et standardisés éloignerait encore plus, si c'était possible, de la production conviviale que ne le fait la société industrielle de croissance ».1 Ivan Illich
« Les penseurs dont les étoiles suivent des routes cycliques ne sont pas les plus profonds, celui qui voit en lui comme dans un univers immense et qui porte en lui des voies lactées sait aussi combien toutes les voies lactées sont irrégulières.. elles conduisent jusque dans le chaos et le labyrinthe de l'existence ».2

Friedrich Nietzsche

Pour le Groupe International d'Experts sur le Climat, (GlEC), la température pourrait s'élever de 1,4 à 5,8 degrés Celsius d'ici 2100. Les 25 pays de }'OrgaIvan Illich, La convivialité, Seuil, Paris, 1973, p. 154. Friedrich Nietzsche, Le Gai savoir, in Œuvres, collection bouquins, Robert Laffont, 1993, Livre III Aphorisme 109, p. 122.
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nisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) produisent chaque année 4 milliards de tonnes de déchets. La quantité d'eau disponible par habitant est passée de 12.900 m3 en 1970 à 7.000 m3 en 2003. Le nombre des cancers ne cesse de croître; ainsi en France, 280.000 nouveaux cas de cancer apparaissent chaque année provoquant 150.000 morts. Et on dénombre chez les enfants 1 % de nouveaux cas en plus par an en Europe. Il est vendu et utilisé en Europe chaque année plus de 300.000 tonnes de pesticides. Les Nations Unies déclarent que 11.046 espèces de plantes et d'animaux sont aujourd'hui en voie d'extinction. Selon le Programme des Nations Unies pour l'Environnement, (PNUE), 418 millions d'hectares de forêts naturelles ont été perdus depuis trente ans. Selon l'Association pour l'Etude du Pic de Pétrole et de gaz (ASPO) l'ensemble des ressources pétrolières est en cours d'épuisement et le pic de Hubbert, c'est-à-dire le moment où les ressources extraites dépassent les ressources à extraire, est franchi. On pourrait multiplier à l'envi les chiffres alarmistes, le constat est clair: tous les indicateurs environnementaux sont au rouge. La question de la sauvegarde de la planète est plus que jamais d'actualité et la crise énergétique de notre système pétro-dépendant imminente. Quel est le meilleur moyen de lutter contre cette situation inquiétante? Depuis trente ans, les écologistes parlent de développement durable, de développement social et économique ne compromettant par les générations futures. Mais, s'opposant à cette idée, certains évoquent depuis quelques années l'idée de décroissance, de sortie de l' économisme, de diminution de la croissance, de limitation de la consommation, de transformation spirituelle. Cette idée de décroissance connaît un certain succès, illustré par l'apparition de journaux, Casseurs de Pub, La Décroissance ou L'Ecologiste à un moment où la presse est relativement sinistrée. De même, en feuilletant 18

un hebdomadaire culturel et télévisé comme Télérama,3 un lecteur peut trouver le panégyrique de Pierre Rabhi, un des pères fondateurs de ce concept de décroissance, dont les ouvrages sont en bonne place dans les rayons de Nature et Découverte. Cet engouement est illustré par les nombreux articles parus sur ce sujet. Ainsi l'idée de décroissance est discutée régulièrement dans Libération, Le Monde, Alternatives économiques, Télérama, Le Canard Enchaîné ou Le Monde Diplomatique4. Cette actualité ne peut que donner envie d'approfondir et de se renseigner sur ce concept nouveau qui était encore inconnu du grand public avant 2001. Au vu de son succès médiatique et politique,5
3 Interview par Weronika Zarachowicz dans Télérama du 13 novembre 2003. 4 Serge Latouche, Pour une société de décroissance, Absurdité du productivisme et des gaspillages, in Le Monde diplomatique, novembre 2003. 5 Cette énumération a pour but de montrer que malgré les discours qui tendraient à considérer ce mouvement comme marginal, ce thème a été ces derniers mois fortement traité dans la presse. Et ceci dans des médias à grande audience. Guillaume Duval, «Décroissance ou développement durable? » in Alternatives économiques, janvier 2004, David Leloup, « La décroissance soutenable: décroître ou mourir? » in Imagine 42, décembre 2003, Fabio Lo Verso, « Ces décroissants qui prônent la frugalité », in Le Courrier, 29 novembre 2003, Bernard Maris, «Mon thème préféré au FSE, la décroissance », in Charlie Hebdo, novembre 2003, Weronika Zarachowicz, « Moins c'est mieux ! », in Télérama, octobre 2003, Céline Bof, « Ces hommes qui rêvent de décroissance », in Lyon Capitale, octobre 2003, Jean-Luc Porquet, « Ils sont fous ces décroissants! », in Le Canard enchaîné, septembre 2003, Alexandra Schwartbrod et Laure Nouahlat, «La croissance, à quoi bon?» in Libération, 25 septembre 2003, Christine Scharff, « Le développement durable? Impossible! » in Bizz, mars 2003, Fabienne Laurès , « La décroissance soutenable », in Réel, mars 2003, Joseph Viellard, «Stop la croissance! », in Technikart, décembre 2002, Jean-Luc Porquet, « Casseurs de pub et Réfractions» in Le Canard enchaîné, Il décembre 2002, Vincent Cheynet, «Sortir du développement durable» in Silence, décembre 2002, Bernard Maris, « Chirac ou les bonobos » in Charlie Hebdo, Il septembre 2002, Jacques Généreux, «Le développement est-il soutenable? » in Alternatives économiques, septembre 2002, Jean19

on peut espérer découvrir une nouvelle analyse pertinente pour décrypter le système social et économique actuel. La promotion et la diffusion de cette idée de décroissance suscitent de nombreux espoirs et de multiples questions. La décroissance est-elle un moyen pertinent de lutter contre les ravages environnementaux ? Pourquoi ce concept de décroissance trouve-t-il un écho auprès d'autant de personnes, d'ordinaire si peu intéressées par l'écologie? Pourquoi cette idée cristallise-t-elle l'intérêt actuel de nombreux militants? Pourquoi cette idée s'oppose-t-elle aussi violemment à la notion de développement durable? Quels sont les fondements idéologiques ou théoriques structurant ce courant de pensée? Et plus largement, c'est ce qu'entendent par décroissance ces écologistes radicaux qui intrigue. Quelles attitudes et comportements préconise cette doctrine? Ces réflexions qui se veulent une rupture radicale dans la pensée écologiste actuelle sont-elles l'ossature possible d'un nouvel ordre politique plus juste et plus écologique? Pour rendre intelligible cette réflexion, il est nécessaire de distinguer de manière liminaire les différentes conceptions de l'écologie. Car l'écologie n'est pas un paradigme unique et unifié. Différents rapports à la nature existent, différentes conceptions de l'écologie en découlent donc. La négation de cette pluralité explique d'ailleurs sûrement les conflits récurrents au sein de la mouvance écologiste et le peu de lisibilité de ces mouvements qui n'ont pas réellement arbitré entre ces approches. On trouve tout d'abord le populisme environLuc Porquet, « Il nous faut douze planètes» in Le Canard enchaîné, 4 septembre 2002, Patrick Piro, «Un concept à géométrie très variable» in Politis, 25 juillet 2002, Bernard Maris «L'obésité durable» in Charlie Rebdo, 10 juillet 2002, Hervé Kempf, « Sauver le monde par la décroissance soutenable! » in Le Monde, 21 février 2002. 20