Le big bang est-il un mythe ?

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37 pages
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Depuis les premiers philosophes, comprendre l’univers c’était lui donner un ordre, en faire un cosmos. Les penseurs grecs utilisaient des principes appliqués a priori sur la réalité. Mais la science moderne, surtout depuis Galilée, a quant à elle privilégié l’expérience et le réel sur les principes. Peu à peu, la science s’est imposée pour répondre aux grandes questions de l’homme, dont celle de l’origine de l’univers. Au XXe siècle, un récit complet de l’histoire de l’univers a été élaboré : le big bang. Dès lors, le conflit avec les affirmations philosophiques ou religieuses s’est de nouveau réveillé. La science peut-elle s’imposer face aux croyances révélées ? Le big bang est-il la vérité objective ou une projection de notre idéologie scientifique ? L’ouvrage reprend toute l’histoire de la cosmologie moderne pour en montrer les forces et les faiblesses. Il actualise aussi le débat entre science et religion sur la question des origines. Enfin, il analyse la manière dont la science progresse, construit ses certitudes ou impose ses illusions.

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EAN13 9782130632351
Langue Français

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Jean-François Robredo
Le big bang est-il un mythe ?
Presses Universitaires de France
Cet ouvrage est publié sous la direction de Dominique Lecourt
ISBN 978-2-13-063235-1
re Dépôt légal — 1 édition 2014, mai
© Presses Universitaires de France, 2014 6, avenue Reille, 75014 Paris
« Cette obscure clarté qui tombe des étoiles. »
Pierre Corneille,Le Cid
Du même auteur
Du cosmos au big bang. La révolution philosophique, préface de Marcel Conche, Paris, Puf, « Science, histoire et société », 2006. Le Sens de l’univers. Essai sur Jacques Merleau-Ponty, Paris, Puf, « Science, histoire et société », 2010. Les Métamorphoses du ciel. De Giordano Bruno à l’Abbé Lemaître, Paris, Puf, « Science, histoire et société », 2011.
SOMMAIRE
Titre Copyright Exergue Du même auteur SOMMAIRE Prologue I. Le big bang est-il un mythe ? 1. À l’origine était l’ordre 2. La révolution copernicienne 3. Le retour de la mythologie 4. La « folie » d’Einstein 5. L’intuition de Lemaître 6. La nouvelle histoire de l’Univers 7. La liberté métaphysique 8. La fin du finalisme II. Dieuversusunivers : une guerre sans fin ? 1. La théorie du big bang est-elle athée ? 2. Du comment au pourquoi 3. Le hasard, un acte de foi ? 4. Galilée a-t-il été réhabilité ? III. Le ciel a-t-il besoin de génies ? 1. Copernic : la révolution exemplaire 2. Galilée : l’autre regard sur le ciel 3. Wegener : la science contre la science 4. Einstein : de seul contre tous à tous contre un Épilogue Références Bibliographie PUF.com
Prologue
« Le calme de la terre paraissait se confondre avec celui des cieux : le mystère terrestre confinait à celui des étoiles. »
Fédor Dostoïevski,Les Frères Karamazov
L’histoire de l’astronomie n’est pas une histoire comme les autres : changez le ciel vous changez l’homme, changez l’homme vous changez le ciel ! La métamorphose simultanée a eu lieu à de nombreuses reprises mais elle a été, au moins deux fois dans l’histoire de l’humanité, « révolutionnaire ». À ces deux moments exceptionnels sont attachés deux noms, Galilée et Einstein, e e et deux époques, le XVII et le XX siècle. La première révolution a fait des hommes desenfants des étoiles. Car Galilée, à la suite de Copernic, en observant les taches du Soleil, les montagnes sur la Lune, les phases de Vénus ou encore les satellites de Jupiter, aenfinprouvé que la Terre était une planète comme les autres et les hommes des vivants égarés dans un coin perdu de l’espace immense ! Révolution cruelle pour certains, libératrice pour d’autres, mais impossible à nier : avec l’avènement de la pensée scientifique e moderne, en ce début du XVII siècle, ce n’est plus l’esprit qui s’impose au monde mais le monde, par l’intermédiaire de l’expérience, qui dicte ses « lois scientifiques » à tous. L’homme n’est plus, dès lors, qu’un élément naturel au cœur d’une Nature qui englobe tout. L’avènement de la science moderne permet d’interroger sans relâche la nature de tout ce qui existe. La seconde révolution a fait du ciel l’ami de l’homme. C’est Albert Einstein, trois siècles après la blessuregaliléenne, qui va réconcilier l’homme avec l’Univers d’un trait de plume mathématique, en élaborant les fameuses équations de la relativité générale. Car ce qui était mystérieux, inquiétant, inaccessible (l’origine, la forme, l’histoire, l’avenir du Tout de l’Univers) va pouvoir être exploré, connu « scientifiquement ». Rassuré par la puissance des mathématiques et des observatoires, e l’homme du XX siècle va reprendre la conquête de ceFar Westqu’est devenu le Cosmos clos des anciens. Sans savoir ce qu’il va trouver dans cette exploration, il s’y sent néanmoinschez lui. La théorie du big bang lui servira, jusqu’à aujourd’hui, d’Odyssée moderne. Car l’homme qui lève les yeux vers le ciel ne peut éviter l’interrogation mythologique. Tel Ulysse, il doit vivre la plus exubérante des Odyssées… et revenir habiter sur Terre. Tel Œdipe, il doit résoudre la plus entêtante des énigmes… et partager la solution avec tous. Double expérience d’humanité. Ainsi, sur le chemin des étoiles, il ne peut éviter d’affronter le nouveau Sphinx : « Quel être est d’abord infiniment petit, puis grandit régulièrement, et devient infiniment grand sans jamais changer de taille ? » Les astrophysiciens modernes ont donc à résoudre des énigmes aussi étranges et passionnantes que celle que la mythologie grecque a posée au futur Roi de Thèbes : « Quel être a d’abord quatre jambes, puis deux jambes et enfin trois jambes ? » Sans user de la force physique mais en utilisant sa seule réflexion, Œdipe a su répondre : « L’Homme qui enfant marche à quatre pattes, puis adulte sur ses deux jambes et vieux utilise une canne. » Il va ainsi vaincrerationnellementle monstre au corps mi-femme mi-lion qui dévorait ceux qui échouaient. Aujourd’hui, fort de cettemême raison, les scientifiques, et tous les hommes avec eux, peuvent fièrement répondre à l’énigme moderne : « l’Univers, qui du big bang à aujourd’hui, en attendant son éventuelle fin, est en constante expansion sans que ses proportions ne changent car les unités de mesure grandissent avec lui ! » Et cette énigme cosmologique n’est pas la seule, loin de là, de l’astronomie contemporaine. Origine sans commencement, matière invisible, énergie débordante, trous noirs insatiables, extraterrestres insaisissables, vie foisonnante… : les défis à la pensée humaine ne manquent pas. Car, et c’est la spécificité du Sphinx que la connaissance dresse aujourd’hui devant nous, les énigmes scientifiques s’adressent à tous ! En effet, lesénigmesde la science ne sont pas dessecretsréservés à des initiés qui ne devraient leur intérêt (et leur pouvoir !) qu’au fait justement de rester cachés, incompris de la majorité. Au contraire, par principe, la pensée scientifique permet à tous de participer à la compréhension du monde. Œdipe a ainsi montré à l’humanité, grâce à la raison universelle, la voie pour éviter la violence et partager le savoir.
Cette violence ne doit d’ailleurs pas venir, après coup, de la science elle-même. Ici encore, l’épreuve du Sphinx nous délivre un précieux enseignement. En effet, s’il y a une énigme c’est que le savoir installé est poussé vers ses propres limites, du connu à l’inconnu, du rassurant à l’inquiétant. Répondre aux questions énigmatiques c’est prendre un risque, remettre en cause l’acquis pour finalement faire progresser la connaissance. Aux dogmes, quels qu’ils soient, la science oppose le progrès infini, l’avenir ouvert, la créativité de la nature et des scientifiques. Ce progrès n’est donc ni mystérieux ni automatique, il est le fruit de la pensée vivante du savant-Œdipe qui sans peur ni orgueil démesuré affronte le monstre du réel-Sphinx. Que faut-il retenir de notre histoire moderne de l’Univers ? Quelles visions de la Nature et de l’Homme les révélations astronomiques imposent-elles aujourd’hui ? La description scientifique est-elle la vérité dernière ou un nouveau mythe, au-delà d’Ulysse et d’Œdipe ? La question se pose réellement. C’est à elle que tente de répondre la première partie de cet ouvrage (Chapitre I – Le big bang est-il un mythe ?). Pouvait-on prévoir les révolutions scientifiques modernes ? Pouvait-on prédire les bouleversements philosophiques qu’elles entraînent ? Parmi les surprises de taille, la plus paradoxale concerne, sans aucun doute, la question de l’homme et de sa place dans l’Univers. Il faut souligner que ce retour de l’Homme au cœur de l’Univers n’est pas le fait de philosophes nostalgiques mais bien des scientifiques eux-mêmes. Il a donc fallu prendre la question très au sérieux, ce qu’ont fait depuis quelques années les plus grands cosmologistes du monde entier. Le problème est connu sous le nom de « principe anthropique ». De quoi s’agit-il exactement ? En observant et calculant les paramètres fondamentaux de l’Univers (âge, taille, densité) et les constantes de la Nature (vitesse de la lumière, forces élémentaires), les astronomes contemporains ont constaté qu’ils étaient obligés d’opérer un retour réflexif vers eux-mêmes en tant qu’observateurs, c’est-à-dire vers celui qui pense toutes ces découvertes, autrement dit l’Homme. En effet, l’existence de l’Homme sur une Terre minuscule dans un coin perdu du cosmos apparaît cependant comme une contrainte incontournable pour l’ensemble de l’Univers : parmi les mondespossibles, celui qui nous a donné naissance apparaît commenécessaire. De là à dire que cette nécessité observée est le signe d’une intention supérieure… Car, pour certains, la présence de l’Homme, analysée en termes de fin de l’Univers, suppose un démiurge, un Dieu ayant ajusté les paramètres avec la précision adéquate. Ces valeurs ne peuvent-elles s’expliquer tout aussi bien par le hasard ? La discussion n’est évidemment pas close et les débats sont virulents (Chapitre II – Dieuversus: une guerre sans fin ? Univers ). Il n’en reste pas moins que si la réponse sur la cause première de Tout n’est pas tranchée, la relation entre l’Homme et l’Univers semble définitivement avérée. La science, et l’astronomie la plus moderne en particulier, retrouve ainsi sa dimension humaniste que les philosophes de l’Antiquité n’avaient pas manqué de souligner. Cela signifie que le ciel est pour l’homme à la fois le plus beau des spectacles et le plus essentiel des questionnements. Pouvait-on anticiper ces bouleversements, ces « révolutions » ? Peut-on prévoir les prochaines découvertes ? Il serait bien sûr paradoxal, voire contradictoire, d’annoncer la « révolution » suivante. Il peut aussi s’avérer dangereux d’en être le pionnier. Car si la science est une affaire commune qui repose sur le partage du savoir et l’accord des esprits, comment dès lors défendre une idée nouvelle, « révolutionnaire », sans subir la critique, l’indifférence ou la plus grande hostilité ? L’histoire de l’astronomie illustre parfaitement ce parcours fait de combats solitaires, de conflits violents et d’avancées jugées impossibles mais finalement bien réelles (Chapitre III – Le ciel a-t-il besoin de génies ?). Ainsi, la nuit, dans le creux de la nature, l’homme guidé par l’« obscure clarté » s’interroge à la fois sur l’Univers, sur lui-même et sur la connaissance.
II
Dieuversusunivers : une guerre sans fin ?
« La nature n’a pas été faite pour nous, elle n’est pas l’œuvre des dieux : tant l’ouvrage laisse à désirer ! »
Lucrèce,De la nature