Regards sur la forêt

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Français
482 pages
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Description

Victimes des pluies acides dans les années 1970, l'état de la forêt s'est mis à concerner les citoyens. Aujourd'hui, les débats sur le réchauffement climatique et la nécessité des énergies et des matériaux bio-sourcés interpellent les citoyens. Comment concilier préservation et adaptation de la forêt avec l'augmentation des prélèvements ? Ces regards pluridisciplinaires permettent de mieux la comprendre et de mieux la respecter.

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Date de parution 01 février 2014
Nombre de lectures 7
EAN13 9782336337418
Langue Français
Poids de l'ouvrage 12 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Group e d’Hist oire des F orêts F r a nç a ises
REGARDS SUR LA FORÊT
Textes choisis et présentés par
À partir des années 1970, dans le contexte de la mort annoncée Andrée CORVOL, Charles DEREIX, Marc GALOCHET,
de la forêt, victime des pluies acides, le débat sur son état et sur Pierre GRESSER, François LORMANT, Xavier ROCHEL
son destin quitte le cercle étroit des spécialistes, forestiers ou
non : désormais, il concerne l’ensemble des citoyens. Depuis, la
èvre a baissé. Serait-il dépassé? Pas vraiment, puisqu’il repart
avec les discussions sur le réchau ement climatique et la nécessité
des énergies et des matériaux bio-sourcés. Dans ces conditions,
comment concilier la préservation et l’adaptation de la forêt
avec l’augmentation et l’utilisation des prélèvements ? Mais cette
question est-elle vraiment nouvelle ? De tout temps, l’Homme a
modi é la forêt en fonction de ses exigences économiques, des
évolutions naturelles également.
Cet ouvrage, qui célèbre les trente ans du Groupe d’Histoire des
Forêts Françaises, invite le lecteur à remonter les siècles qui ont REGARDS
façonné la forêt : certes, le passé ne ressemble pas au futur, mais
il comporte des leçons, comme l’emploi du bois pour chau er ou
pour bâtir. Les peuplements forestiers remplissent d’autres rôles SUR LA FORÊT
aussi, de l’accueil des visiteurs à l’entretien des sources, du maintien
de la biodiversité à la xation du gaz carbonique.

La forêt justi e ainsi que des regards di érents l’observent et
qu’une analyse pluridisciplinaire lui soit consacrée, pour mieux la
comprendre et mieux la respecter.
Le Groupe d’Histoire des Forêts Françaises (GHFF) est une
association pluridisciplinaire de scienti ques, qui analysent le
patrimoine sylvicole et communiquent au public le résultat de leurs
travaux.
ISBN : 978-2-343-02433-2
44,50 €
Textes choisis et présentés par
Andrée CORVOL, Charles DEREIX, Marc GALOCHET,
REGARDS SUR LA FORÊT
Pierre GRESSER, François LORMANT, Xavier ROCHEL









REGARDS SUR LA FORÊT















Ouvrages du GHFF chez L’HARMATTAN

Révolutions et Espaces forestiers, sous la direction de Denis Woronoff, préface de Michel
Vovelle. Paris, L’Harmattan, 1989, 264 pages. ISBN 978-2738401281

La Nature en révolution, 1760-1800, sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan,
1993, 230 pages. ISBN 978-2738414649
e e
Enseigner et apprendre la Forêt, XIX -XX siècles, sous la direction d’Andrée Corvol et
Christian Dugas de la Boissonny. Paris, L’Harmattan, 1993, 233 pages. ISBN 978-2738414656
e e
La Forêt malade, XVII -XX siècle, débats anciens et phénomènes nouveaux, sous la direction
d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 1994, 284 pages. ISBN 978-2738427946

Forêt et Guerre, sous la direction d’Andrée Corvol et Jean-Paul Amat. Paris, L’Harmattan,
1994, 326 pages. ISBN 978-2738428608

Nature, paysage et environnement. L’Héritage révolutionnaire, sous la direction d’Andrée
Corvol et d’Isabelle Richefort. Paris, L’Harmattan, 1995, 296 pages. (Prix Michel Texier,
Académie des Sciences morales et politiques). ISBN 978-2738436023
La Forêt : perceptions et représentations, sous la direction d’Andrée Corvol, Micheline Hotyat
et Paul Arnould. Paris, L’Harmattan, 1997, 406 pages. ISBN 978-2738453525
Forêt et Marine. sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 1999, 526 pages.
ISBN 978-2738483164
e
Les Sources de l'histoire de l'environnement : le XIX siècle, sous la direction d’Andrée
Corvol. Paris, L’Harmattan, 1999, 504 pages. ISBN 978-2738479402
e
Les Sources de l'histoire de l'environnement : le XX siècle, sous la direction d’Andrée Corvol.
Paris, L’Harmattan, 2002, 750 pages. ISBN 978-2747537926
Forêt et Vigne, Bois et Vin, sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 2002, 510
pages. (Prix Droyun de Lhuys, Académie des sciences morales et politiques). ISBN
9782747528269
e e
Forêt et Chasse, X -XX siècle, sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 2005,
402 pages. ISBN 978-2747578271
e- eTempêtes sur la forêt française, VIX XX siècle, sous la direction d’Andrée Corvol. Paris,
L’Harmattan, 2005, 218 pages. ISBN 978-2747593854
e e
Forêt et Eau, X -XXI siècle, sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan, 2007, 355
pages. ISBN 978-2296038097
e eForêt et Paysage, X -XIX siècle, sous la direction d’Andrée Corvol. Paris, L’Harmattan,
449 pages. ISBN 978-2296562578
Forêt et montagne : évolution et aménagement, sous la direction d’Andrée Corvol. Paris,
L’Harmattan. (à paraître).

© L’HARMATTAN, 2013,
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-02433-2
EAN : 9782343024332

Photo de couverture : forêt domaniale d'Agre, Tarn-et-Garonne, par Jean-Jacques
Boutteaux, ONF UT d'Auberive. Groupe d’Histoire des Forêts Françaises
Regards sur la forêt
Textes choisis et présentés par
Andrée CORVOL, Charles DEREIX, Marc GALOCHET,
Pierre GRESSER, François LORMANT, Xavier ROCHEL
L’HARMATTANPréface :
Le Groupe d’Histoire des Forêts Françaises,
30 ans de recherche pluridisciplinaire... Et demain ?
S’il est une expression trompeuse, c’est bien celle qui désigne
l’équipe : il conviendrait de l’appeler « Groupe d’Études des Forêts
Européennes » pour indiquer les sciences représentées et les
territoires couverts. Sauf qu’à sa création, personne ne regardait
audelà de l’histoire et des frontières ! Comme les Quatre Mousquetaires,
nous étions cinq, tous historiens, mais traitant de périodes et de
problèmes différents : par ordre alphabétique, Jean Boissière,
Gérard Buttoud, Anne-Marie Cocula, Andrée Corvol, Denis
Woronoff. Relevant de l’Université ou du Centre National de la
Recherche Scientifique, nous avions engagé ou soutenu des doctorats
ès lettres (ils existaient encore). Conscients de notre isolement au sein
de ces institutions, nous pensions que l’union ferait la force, mais que
l’histoire des forêts, les agents des Eaux et Forêts ne seraient plus
seuls à la rédiger ; que l’histoire des propriétaires et des
gestionnaires, les héritiers ne seraient plus seuls à la transmettre ;
enfin, que tout cela soulevait plusieurs points.
Ce n’était pas acquis. Car longtemps, l’histoire de l’État
forestier et de son bras armé, administration monarchique, impériale
ou républicaine, l’emporta nettement. Dans les années 1960, Pierre
Deffontaines, Michel Devèze, Roger Blais brisèrent le statu quo :
l’État répondait aux demandes, aux techniques, aux usages qui, plus
que lui et sur tous les continents, façonnaient peuplements et
paysages. Dans les années 1970, le contexte agité des « pluies
acides » compléta la thématique : l’écologie politique devenait
sensible. Etait-ce « mode éphémère » ou « donnée permanente » ?
En tout cas, la « Mort des Forêts » occupait la une des médias : le
diagnostic annonçait la tragédie. Voilà nos contemporains
responsables d’une croissance trop gourmande en énergies fossiles.
Ainsi, les forêts, monuments naturels qui avaient un passé et un
présent, n’auraient aucun futur : comme toute création humaine, elles
semblaient se dégrader et s’effacer. L’Histoire faisant partie des
Sciences de l’Homme et de la Société, l’étude rétrospective des
changements sylvicoles devenait possible, à condition de la confronter
à d’autres apports. Du coup, le GHFF attira juristes, géographes, Andrée CORVOL
sociologues, économistes, anthropologues, ethnologues. Et comme ses
fondateurs n’étaient pas sectaires, le premier président fut un
géographe : Georges Bertrand.
Dans ces années 1980, nous étions jeunes et le sommes moins.
C’est pourquoi les débuts paraissent aisés. Erreur ! Ce n’était pas
facile de décloisonner les disciplines. Ce ne l’était pas non plus de
convaincre les représentants de l’Agriculture, de l’Environnement, de
la Culture, de l’ONF ou du Privé. Ce ne l’était pas davantage d’en
élire au conseil d’administration et même au bureau, le saint des
saints ! Loués soient Louis Bourgenot, Roger Lafouge et
Charles Dereix qui acceptèrent une des deux vice-présidences !
L’enrichissement fut réciproque : les scientifiques écoutaient critiques
et objections, leurs partenaires également. Mais chat échaudé
craignant l’eau froide, tous fuyaient la rigidité de leurs organisations.
Pour définir les programmes et alléger les contrôles, la forme
associative fut préférée. Cela libérait les discussions et les décisions
en matière de recherches ou de résultats. Mais rendons grâce
à César : sans le soutien de l’Institut d’Histoire Moderne et
Contemporaine, à l’École Normale Supérieure, et sans le concours
des Ministères et de l’ONF, éditer les actes des Journées d’études
(tous les ans), des Colloques internationaux (tous les trois ans) ou les
ouvrages collectifs aurait été bien compliqué, même avec les
subventions ponctuelles du public ou du privé.
Les origines du GHFF expliquent qu’au début, les adaptations
eforestières aient été privilégiées du Moyen Âge au XX siècle. Certes,
il appartient aux propriétaires (État, collectivités, personnes morales
et physiques) et aux gestionnaires de satisfaire les demandes de la
société, mais les réactions n’opèrent pas sur le même pas de temps :
les demandes sont celles d’une génération, guère plus ; les réponses
en réclament plusieurs, mis à part les taillis coupés à l’âge de dix ans
ou quinze ans. De ce fait, l’homme qui installe un peuplement n’est
pas celui qui l’éduque et, souvent, ce dernier n’est pas celui qui
récolte. En cela, les productions ligneuses contrastent avec les autres,
issues de l’atelier ou de l’usine : fabricants et acheteurs sont de la
même époque, situation que ne connaît pas le sylviculteur vis-à-vis des
marchands et des clients. C’est pourquoi les formules : « il ne faut pas
que l'arbre cache la forêt » ou « la forêt reflète la société » comparent
la simplicité de l’élément et la complexité de l'ensemble, mais
demeurent assez ambigües. En effet, quelle société, quel peuplement
sont en cause ?
II Préface
Au fond, les qualités attribuées à une société humaine, à un
peuplement forestier dépendent de l’époque. Ainsi, l'expression
e« Ancien Régime » remonte au XIX siècle : par là, les contemporains
sous-entendaient leur appartenance à un monde nouveau, à un monde
changeant du précédent par son organisation et ses mentalités, par la
production de masse et la rapidité des flux. Cela fit de la forêt une
valeur stable : pérennité des exploitations, solidarité des générations,
stabilité des investissements, etc. C’était pourtant l’apprécier de
manière « moderne », c’est-à-dire actuelle : à l’image de la noblesse
en quête de chasse, d’entraînement et de divertissement, le citadin
l’érige en un espace de loisir : pique-nique dominical, promenade
familiale, réjouissance bucolique. Au lendemain de la Seconde Guerre
mondiale, la population urbaine devenant majoritaire, la perception
ludique évacuait les contraintes anciennes : les pouvoirs publics
interdirent de déboiser pour étendre le finage, mais incitèrent à
reboiser, en recourant au Fonds Forestier National ou en admettant
la progression des accrues, conséquences de la déprise agricole.
En fait, la frontière entre Nature et Culture a toujours fluctué,
malgré l’existence du fossoyage ou l’installation des clôtures.
D’ailleurs, ce divorce était critiqué, que l’espace forestier soit
distingué des parcelles voisines par la pose d’une affiche, d’une
pancarte, d’une barrière ou d’une ligne de piquets. Le fil de fer
barbelé, qui remplaçait l’enceinte en briques ou en pierres limitée aux
parcs à garenne, fut non moins contesté. Aujourd’hui, ce type de
clôture ne concerne guère le gibier, mais protège les arbres et écarte
les passants, ce qui diminue prélèvements indésirables et
comportements inappropriés. Voilà cent cinquante ans, les
propriétaires concevaient l’enfermement non pour exclure de leurs
bois la fréquentation touristique, mais pour empêcher les circulations
coutumières, des ruraux comme du bétail. Ainsi, la plantation d’une
essence choisie pour ses rendements et ses débouchés sépare
inéluctablement espace boisé et espace paysan. En augmentant la
proportion des résineux, grâce à l’amélioration des peuplements et à
l’ensemencement des surfaces, les possédants ont bousculé l’image
des « belles » forêts, forêts libres et feuillues. Faute de marché, les
cantons feuillus paraissent délaissés, eux dont l’exploitation intensive
devait concilier charbonnage et pastoralisme. C’est dire que ces
dernières années, le GHFF a accordé une attention croissante aux
relations entre traitements sylvicoles et logiques territoriales.
III Andrée CORVOL
Confronté à ces mutations, le citadin magnifie la situation
ancienne : il rêve d'un âge d'or, où les forêts recevraient tous ceux qui
la chérissent (alors que l’accès était restreint aux ayants droit) ; où
les peuplements ne brûleraient pas (alors que les surfaces incendiées
étaient immenses) ; où les tempêtes ne séviraient pas (alors que le
eXIX siècle et d’autres avant lui connurent des phénomènes
météorologiques semblables à ceux de 1999 et de 2009) ; où les
earbres ne souffriraient pas des pollutions (alors que le XVI et le
eXVIII siècle commirent aussi des nuisances de proximité). Cette
dichotomie entre imaginaire et réalité persiste : le citadin de
maintenant ; l’usager de naguère. Cela tient sans doute à l’absence de
racines rurales, et sûrement à la dimension culturelle et symbolique
de l’Arbre et de la Forêt dans la civilisation occidentale. À toute
époque, les hommes ont pensé que les malheurs du monde dataient du
temps qui les vit naître, preuve que la mémoire excède rarement trente
ou quarante ans. Cela incita le GHFF à relever le nombre et le
rythme des calamités sur plusieurs siècles car, si l’adaptation aux
changements économiques est progressive, il n’en va pas de même
dans les cas des ruptures naturelles : en un instant, le capital et le
revenu sont anéantis, ce qui oblige à affecter des liquidités
considérables à la restauration patrimoniale, en admettant qu’elles y
suffisent.
D’ordinaire, les recettes proviennent de la vente des bois, dont
une partie couvre l’investissement sylvicole, ce qui suppose sa
rentabilité. Le GHFF a beaucoup travaillé sur la formation des prix,
tributaires même sous l’Ancien Régime de la desserte et des
débouchés : la distance à parcourir comptait davantage que le moyen
de transport. Dans l’extraordinaire, par contre, tempêtes et incendies
occasionnaient moins de difficultés qu’à présent car les forêts étaient
claires, les bois jeunes, les besoins locaux et la demande soutenue,
facteurs qui limitaient la perte. Aujourd’hui, la prospection
qu’imposent les volumes de chablis englobe l’ensemble européen, et
l’indemnisation des propriétaires préoccupe moins les autorités que le
nettoyage et le repeuplement, la prévention des sinistres aussi
– cela vaut surtout pour les feux de forêt –, le maintien des cours
enfin.
Ces interventions étaient impensables, ne serait-ce qu’au siècle
dernier. Les conséquences à long terme ne furent pas oubliées non
plus : les zones où les grands vents causaient des dommages forestiers
efurent converties en bocage, comme ce fut le cas du Cotentin au XVII
siècle ; celles où les incendies dévastaient les peuplements forestiers
ele furent en pelouses arborées dans le dernier tiers du XX siècle.
IV Préface
Ainsi, il est patent que des paysages déclarés identitaires sont
relativement récents.
Dans ce contexte où les décideurs sont des gens de la ville et
non de la terre, est-il utile de maintenir la Forêt à l’Agriculture ?
Certes, ce fut un progrès que de l’enlever aux Finances : dans le
edernier tiers du XIX siècle, cela mit un coup d’arrêt aux
privatisations domaniales, avec l’espoir, plus tard, d’obtenir un
allègement de la fiscalité en contrepartie d’un encadrement des
déboisements. Mais on n’en est plus là. Dès lors, faut-il substituer
une délégation interministérielle auprès du Premier ministre à la
co-tutelle Agriculture et Environnement ? Ce serait reconnaître la
complexité de l’univers forestier : chacun voudrait que l’aval (les
entreprises de transformation) tire l’amont (les exploitations
sylvicoles), tout en ménageant les peuplements, les paysages, la
biodiversité, la qualité de l’eau, grâce à la retenue des métaux lourds,
et la qualité de l’air, grâce au stockage du carbone. C’est réclamer
beaucoup de la Forêt. Heureux, les temps anciens, où les populations
lui demandaient seulement des tiges, des herbes et des terres ! Jadis,
les redevances usagères rémunéraient le propriétaire qui ne
commercialisait pas la récolte ligneuse, encore que certains aient créé
des « bouches à feu » (faïenceries, verreries, tanneries, etc.) pour
valoriser les excédents. Le principe demeure valable : associer
l’amont et l’aval de la filière en croisant les investissements.
Ainsi, le GHFF, « OSNI » [Objet Scientifique Non Identifié]
associant chercheurs et non chercheurs, reste un lieu d’échanges et
d’études. Que le passé éclaire le présent contribuera peut-être à
écarter les décisions qui négligent les tentatives antérieures et les
réalités territoriales. Espérons que l’association conservera cette
vocation. En tout cas, elle aura montré le chemin, puisque son projet
est repris par d’autres. Sa longévité et sa réussite sont dues à la
convivialité, à la solidarité qui y règnent, ce qui exclut la compétition
entre laboratoires et entre carriéristes : j’en parle d’expérience, pour
l’avoir longtemps présidée. Trente ans d’existence, cela méritait
d’être célébré, non ?
Andrée CORVOL
Directrice de recherches honoraire CNRS
Présidente du GHFF
VIntroduction :
Croiser les regards sur la forêt
Le propos de ce livre n’est pas de délivrer la vérité sur la forêt,
car il n’en existe pas une mais plusieurs, reflétant la diversité des
situations, des milieux et des gestions. Il est, plus modestement,
d’inviter le lecteur à ouvrir grands les yeux sur les multiples réalités
de la forêt. D’une part, avec de nombreuses paires de lunettes, celles
des différentes disciplines scientifiques comme celles qu’utilisent les
propriétaires et gestionnaires forestiers, les élus, les usagers, tous ceux
qui attendent quelque chose de la forêt, de « leur » forêt. D’autre part,
en braquant ces lunettes sur les multiples pièces qui, dans le temps et
dans l’espace, font de la forêt un puzzle à la fois vaste et changeant.
Ce livre, issu des 30 ans de travaux du GHFF, est composé à
partir d’articles rédigés par les membres et les invités de l’association,
dans toute la diversité de leurs origines : historiens, juristes,
géographes, sociologues, ethnologues, biologistes, botanistes,
archéologues, forestiers publics et privés, architectes, amis de la forêt,
etc., réunis, chaque année à l’occasion de la journée d’études du
dernier samedi de janvier : 24 journées d’études, 24 thèmes différents,
268 articles publiés dans les actes de chacune de ces journées… Face
à ce vaste corpus, comment choisir les articles les plus représentatifs
des centres d’intérêts du GHFF ?
Nous revendiquons un choix arbitraire ; comment pourrait-il en
être autrement ? Nous avons assemblé notre florilège d’articles en
sélectionnant ceux qui nous ont paru ouvrir le plus largement le champ
d’étude, retracer la réalité d’un temps, privilégier les approches
inédites, positionner une question dans son environnement général, en
somme, ceux qui, par leur juxtaposition, créent ce foisonnement que
nous considérons comme spécifique de la forêt.
Les auteurs regroupés ici ont prononcé d’autres
communications, écrit d’autres articles : celui que nous avons retenu
n’est pas nécessairement le texte le plus représentatif de leurs travaux ;
il est forcément daté et son auteur ne l’écrirait sans doute pas
aujourd’hui de la même manière. Mais c’est là la méthode de
l’historien : bâtir son travail sur les textes tels qu’il les découvre. Nous
rappelons donc pour chaque article sa date de publication (de 1991 à
2013) et la fonction de l’auteur à ce moment-là. Charles DEREIX, Marc GALOCHET, Pierre GRESSER, François LORMANT, Xavier ROCHEL
Nous avons ordonné les articles selon trois grandes séquences,
formant les trois parties du livre :
1) d’abord, le regard souriant de la forêt heureuse, la forêt
valorisée, celle qui nous apporte bienfaits et vertus ;
2) ensuite, le regard désolé de la forêt dans ses mauvais jours, la
forêt agressée, soumise aux pressions et aux menaces ;
3) enfin, le regard responsable sur la forêt en devenir, la forêt en
mouvement, en évolution, en adaptation au gré des aménagements des
hommes et des politiques publiques.
Ce n’est pas tant par le contenu de chaque article que par la
confrontation de ces 49 regards, si différents mais tellement
complémentaires, que ce recueil prend sa véritable dimension, trouve
son plein intérêt, remplit son objectif d’emmener le lecteur au cœur de
cette citadelle forestière qui resterait imprenable dès lors que l’on
refuserait d’utiliser le lourd trousseau des clés sans lesquelles on ne
saurait ouvrir ses multiples portes.
Charles DEREIX,
Marc GALOCHET,
Pierre GRESSER,
François LORMANT,
Xavier ROCHEL,
chargés par le conseil d’administration du GHFF
de la réalisation de ce livre
12 Première Partie
La forêt valorisée, bienfaits et vertus Introduction de la première partie
La conscience des multiples bienfaits et des diverses fonctions de la
forêt existe depuis très longtemps. Dans les siècles passés, l’idée de
multifonctionnalité, ou de « services écosystémiques » pour reprendre une
terminologie plus actuelle, n’aurait pas choqué les observateurs de la
question forestière. Elle aurait même, sans doute, évoqué pour eux des
réalités alors beaucoup plus variées, ou plus importantes que ce qui peut être
apprécié de nos jours. Aujourd’hui comme autrefois, la forêt n’est ni un
décor, ni un musée de la nature, ni une carrière de bois, mais à la fois un
espace et une ressource, multiples : elle est un patrimoine, un territoire de
production, un système de régulation, un espace de santé et de loisirs. La
forêt est un espace cultivé, aménagé, une ressource économique valorisée et
un patrimoine naturel protégé par le Droit. La forêt est aussi une réalité
géographique, spatiale, structurante. Elle est depuis toujours liée aux
hommes, lui fournissant le bois dont il a besoin pour la construction et pour
son chauffage. Elle lui sert également de réserve cynégétique, elle le nourrit
par la cueillette. Elle le cache de ses ennemis, … À tous ces titres, la forêt est
valorisée par l’Homme, exploitée et par ailleurs protégée.
Parmi les très nombreux auteurs ayant travaillé sur le sujet et publié
dans les Cahiers d’étude du Groupe d’Histoire des Forêts Françaises et dont
nous reproduisons ici quelques textes, il est constant de remarquer l’attention
maintes fois portée à l’utilisation du bois dans la construction. Pourquoi
construire en bois ? Parce que la ressource est abondante, locale, facilement
disponible et donc mobilisable. Également, car le bois se prête parfaitement,
par ses qualités techniques – mécaniques – aux charpentes, aux planchers,
aux cloisons, à l’isolation. Dans tous les pays, ce matériau est très largement
utilisé, parfois en complément – ou en concurrence – avec la pierre, souvent
supplanté par le béton. Intemporel, il est difficile toutefois d’imaginer une
construction moderne sans utilisation du bois : quid des parquets, des
banchages utilisés pour couler le béton, ou autres objets mobiliers ? Après sa
coupe en forêt, le bois doit être « sorti » puis apporté à la scierie qui le
transformera en planches, poutres, bois de corde, etc. et enfin livré à son
utlisateur. Des moyens de transport les plus divers ont été inventés, du
flottage au charronage, du câble forestier au grutier géant ; des métiers se
sont créés, des « walous » aux techniciens, etc.
La fourniture de bois par la forêt alimente également les foyers
domestiques et ceux des industries, ou des proto-industries. La matière
ligneuse est donc, au travers du bois d’œuvre ou du bois de feu, l’une des
raisons majeures pour lesquelles la forêt est utile à l’Homme ; c’est un lieu
commun. Mais cela ne s’arrête pas là. À travers la chasse, les cueillettes
diverses, le pâturage des troupeaux dans les sous-bois ou les saltus
intraforestiers, le soutrage, voire les cultures de marge après écobuage, la
forêt a pendant longtemps participé directement à l’alimentation humaine et François LORMANT, Xavier ROCHEL
perdure dans l’agro-pastoralisme. Ainsi se justifie l’expression consacrée
« forêt nourricière ». C’est l’une des idées les plus fondamentales qui
ressortent de l’histoire des forêts et sans laquelle on ne peut comprendre le
rapport particulier, affectif voire amoureux, qui s’est tissé entre notre société
et son patrimoine boisé.
Aujourd’hui, la valeur patrimoniale de la forêt peut s’exprimer selon
plusieurs angles : par son commerce d’une part, par son histoire familiale
d’autre part, par sa valeur culturelle enfin. Le propriétaire forestier, le
promeneur en forêt ou le notaire connaissent ces différentes identités
forestières. Egalement, la conscience collective, qui se manifeste à l’occasion
des grandes tempêtes ou des travaux forestiers exécutés hors la forêt mais en
ville dans les parcs, sur les bords des routes, traduisent également un
attachement profond aux arbres, objets ligneux auxquels il est parfois aisé de
s’attacher. Arbres remarquables, arbres identifiables, forêts sanctuaires,
réserves artistiques, il n’en demeure pas moins que les arbres sont vivants et
un jour morts. Par sécurité, il faut souvent les couper, les tronçonner, puis les
remplacer.
Toutes les fonctions de la forêt, celles qui ont plus ou moins disparu
comme celles qui sont toujours d’actualité, intéressent l’activité du GHFF,
qui a toujours regroupé des chercheurs venus de différents horizons, ouverts
par nécessité et par goût à la diversité et à la complexité. Au travers des
archives, des témoignages de l’histoire orale, du patrimoine bâti et de
l’archéologie, le passé des espaces boisés comme pourvoyeurs de services
divers se révèle plus ou moins bien aux chercheurs, selon la disponibilité et la
qualité des sources. Ce que l’on peut connaître, ce sont les usages qui ont été
cadrés par des dispositifs législatifs ou réglementaires, qui ont donné lieu à
des conflits, des procès, des écrits, des archives. Ce sont aussi ces pratiques
qui ont passionné et passionnent toujours bien des amateurs, comme la
chasse. Au contraire, bon nombre d’usages restent mal connus, masqués par
l’absence d’écrits, et la fugacité de la mémoire humaine ou de la mémoire des
sociétés : certains savoir-faire n’ont pas pu être transmis entre les dernières
générations. Que sait-on par exemple du soutrage, qui a fourni à bien des
éleveurs d’autrefois l’essentiel de la litière dont leurs bêtes avaient besoin, et
qui a probablement très fortement marqué les écosystèmes forestiers ? Que
dire des cueillettes diverses qui permettaient autrefois aux populations rurales
d’améliorer leur ordinaire et de pratiquer une médecine domestique plus ou
moins maîtrisée ? Par ailleurs, la dimension spatiale des recherches
entreprises reste probablement encore trop limitée, et avec elle l’histoire de
l’environnement et des écosystèmes. Il reste, sans doute, encore bien des pans
de recherche où fureter.
François LORMANT
Docteur HDR en Histoire du Droit, Université de Lorraine
Xavier ROCHEL
Maître de conférences en géographie, Université de Lorraine
16
Le bois de qualité :
1matériau homogène et industriel
2Xavier MARTIN
Le bois est un des matériaux les plus anciens utilisés par l’homme.
C’est aussi vraisemblablement le plus naturel car il a la rare
particularité d’être indéfiniment renouvelable pourvu qu’une attention
particulière y soit portée. Toutefois, ce même caractère naturel qui en
fait un atout au cœur d’une civilisation en quête de racines est aussi un
grave défaut vis-à-vis de l’industrie pour qui le bois manque de
fiabilité : des procédés innovants et des entreprises structurées
permettent d’y remédier. De même, est-il concevable de s’acharner à
utiliser plus de bois si son approvisionnement n’est pas assuré ? Voilà
les deux challenges à relever pour qu’il reste un matériau de référence.
I. Le bois : un matériau à répartition disparate
1) Une présence relativement forte en France et en Europe…
Tant pour des raisons de stratégie que d’utilisation du territoire, la
production forestière n’est pas une préoccupation nouvelle. Mais,
depuis 1946, avec la création du Fonds Forestier National, elle a pris
eune grande ampleur. Le 50 anniversaire de ce mouvement créateur a
été discrètement célébré et il convient de dire que les résineux plantés
à cette époque sont déjà entrés en production. Il s’ensuit une
progression de la ressource constante qui devrait enregistrer un fort
accroissement en 2010-2020. Pourtant, si l’espace rural s’est recouvert
de forêts et si, sur ce plan, le pari semble gagné, il n’est pas sûr que
ces mêmes forêts remplissent à l’avenir leur contrat en matière de
production de bois de qualité. En effet, chacun connaît la pratique qui
consiste à planter mais à laisser le peuplement à l’abandon, pour des
raisons parfois involontaires, une succession par exemple. C’est
pourquoi, à l’effondrement des boisements aidés par l’État,
correspond l’émergence d’autres aides susceptibles d’améliorer le
1 Article paru dans le Cahier d’Études n°8, 1998, pp. 23-26.
2 Directeur de l’École Supérieure du Bois, Nantes. Première Partie : La forêt valorisée, bienfaits et vertus
produit final telles que : élagage, coupes d’amélioration en
peuplements feuillus, création de routes forestières afin d’améliorer
l’accès, équipement DFCI, etc.
De même, en particulier dans le cadre du Contrat de Plan État-
Région Pays-de-Loire, les aides spécifiques au boisement sont
données en deux fois, à l’année n et à l’année n+4, en fonction de
l’entretien effectué. Par ailleurs, s’il est difficile d’établir des éléments
qualitatifs, il est par contre aisé de recueillir l’avis des scieurs et,
notamment, des scieurs de chêne. Tous s’accordent sur la baisse de
qualité des bois achetés sur pied. Autre facteur aggravant, la forêt est
très morcelée en France. En effet, 1,3 million de propriétaires
possèdent 12 % de la surface avec une moyenne d’environ 7 hectares.
De plus, le morcellement lié aux successions augmente. Ainsi, si l’on
compare pour les Pays-de-Loire les statistiques de 1912 (Daubrée) et
3de 1994 (SERFOB ), on obtient le tableau suivant :
Superficie D’après Daubrée Moyenne D’après le Moyenne
(1912) S.E.R.F.O.B.
(1994)
0 à 10 ha 33 113 1,75 ha 101 770 1,30 ha
propriétaires pour propriétaires pour
58 104 ha 115 078 ha
+ de 10 ha 2 441 60,23 ha 3 205 51,22 ha
147 020 ha 164 159 ha
On pourrait penser que, pour cette région, jeune d’un point de vue
forestier, la surface moyenne aurait augmenté avec le délaissement des
terres. On voit qu’il n’en est rien. Cela repose avec insistance le
problème de la qualité des produits. En effet, comment un propriétaire
ou, plutôt, une suite de propriétaires dans le temps peut-elle consacrer
ses soins à 1,30 ha ? En outre, et pour des raisons bien
compréhensibles, l’entretien se mécanise. Comment peut-on déplacer
pour une journée de travail une machine d’un coût de 2 millions de
francs qui doit être rentabilisée de façon intensive ? Faut-il alors
penser que ces forêts sont seulement de la biomasse, laissées pour
compte tant au niveau de l’entretien qu’en ce qui concerne la
production ?
3 SERFOB : Service Régional de la Forêt et du Bois.
18 Thème 1 : Bois matériau
Il faut donc s’interroger, en particulier avec l’intégration des pays
scandinaves dans la CEE, sur la relative rareté du bois de qualité
sciage dans la double perspective, quantité industrielle et coût
comparable à celui du marché mondial. Citons l’usine Pastural de
Lapeyre à Epernay (Marne) qui, pour s’approvisionner en frise de
chêne (27 mm) de qualité aubieuse (c’est-à-dire courante), mobilise
près de deux cents scieries françaises. Dans les Pays-de-Loire, une
récente étude commandée par le SERFOB indique que 56,7 % des
résineux sciés dans cette région servent à faire « de la palette ».
S’agit-il en l’espèce d’un défaut de marketing des scieurs ou d’un
défaut de qualité du bois sur pied ?
2) ... probablement assez rare à l’échelle mondiale vers 2010-2020
Le problème du bois de qualité n’est pas exclusif de la beauté des
arbres et du bois que l’on en attend. C’est aussi – et surtout – un
problème de disponibilité. Ainsi, plus de 40 % des 3,5 milliards de m³
récoltés dans le monde sont constitués par du bois de feu (Source :
Cofi : Bureau canadien de l’Industrie du Bois). Sans compter que la
disponibilité de bois à destination de l’industrie posera bientôt un
problème crucial, qu’il s’agisse de résineux ou de feuillus. Or cette
différence entre la production et la demande sera-t-elle comblée par
des politiques forestières dynamiques ou bien par des matériaux
concurrents ? La nature et l’économie ayant l’une et l’autre horreur du
vide, compte tenu de l’inertie de la forêt, même de type industriel
comme au Chili, il est clair que le PVC a de beaux jours devant lui !
N’oublions pas enfin les données démographiques mondiales. Tous
les ans, la population égyptienne croît d’un million de personnes
supplémentaires qui, toutes, devront se loger. De même, la
consommation de papier par habitant est de 309 kg aux États-Unis,
245 kg en Suède, 158 kg dans la CEE, 35 kg dans l’Europe de l’Est,
13 kg en Chine. Les conditions de vie en Chine s’améliorent. Qu’en
sera-t-il vis-à-vis de la consommation du bois-papier lorsque sa
population se rapprochera des standards occidentaux ?
19 Première Partie : La forêt valorisée, bienfaits et vertus
II. La qualité, ses solutions
L’inquiétude est donc fondée devant le remplacement réel du bois
par des matériaux concurrents. Des solutions existent cependant.
1) La constitution d’éléments homogènes et industriels
Il s’agit de produire du bois de qualité, c’est-à-dire selon la norme
AFNOR X50 109. Le produit aura les composants suivants :
« caractéristiques et performances, fiabilité, maintenabilité,
disponibilité, durabilité, sécurité d’emploi, caractère non polluant,
coût global de possession ». Que demande-t-on au bois,
industriellement s’entend ? Qu’il soit le plus homogène possible, donc
constitué de cernes identiques et fins, avec un fil droit, des défauts
absents, et s’il faut compter avec des nœuds, qu’ils soient verts, les
plus petits et éloignés possibles, etc. (cf. à ce sujet les normes de
classement françaises ou internationales). Au vu de cette description,
il semble qu’une partie des exigences corresponde aux termes d’une
sylviculture industrielle. Faut-il rappeler que, selon les termes d’un
scieur de Mayenne, « rien ne sert de produire de beaux arbres s’il ne
s’agit de bons arbres » ?
De plus, l’industriel de deuxième transformation a de moins en
moins de moyens et de temps pour préparer les éléments selon les
normes industrielles. De là, vient le succès des prédébits, en
particulier américains (chêne, merisier), dont la qualité (épaisseur,
longueur, défauts, siccité) est définie au préalable et par contrat.
Là encore, on peut situer l’envol du lamellé-collé consistant à enlever
les nœuds par sciage et à rassembler en une planche les morceaux de
« sans nœud » par collage. Cette technique est appliquée en priorité à
la charpente (lamellé-collé). Elle touche aujourd’hui peu à peu tous les
segments de l’activité (panneaux, menuiserie, ameublement….).
Ainsi, pour un industriel de la deuxième transformation, entre du bois
traditionnel et un panneau lamellé-collé, on peut supprimer huit
phases de travail sur dix et cinq machines sur sept ! Le scieur
luimême y gagne. Il sort ainsi du créneau habituel de la planche. Il
s’évade du marché mondial très concurrentiel et propose un service
assez facilement valorisable. En conclusion, si la constitution
d’éléments homogènes et industriels passe par l’industrialisation, il ne
faut pas négliger le classement voire l’écocertification, garantie
supplémentaire de produits de qualité.
20 Thème 1 : Bois matériau
2) La conception de produits nouveaux à base de bois
La consommation en bois française depuis une dizaine d’années
manifeste un effondrement des importations de bois tropicaux
(19901995 : - 18 % équivalent bois rond), un tassement des importations de
bois du Nord (1990-1995 : - 7,8 %) et une meilleure utilisation des
bois français. Ceci résulte de l’augmentation du prix des bois
tropicaux mais surtout de la meilleure appréhension, voire des
transformations nouvelles des essences locales. Ainsi, le panneau de
particules, produit essentiellement européen, développé depuis la
Deuxième Guerre mondiale, est obtenu à partir du bois de qualité
papetière et de déchets de scierie sans aucune destination de bois
d’œuvre. Le LVL (Laminated Veneer Lumber), sorte de contre-plaqué
où toutes les tranches de bois sont placées dans le même sens, est un
apport remarquable à l’art de la charpente permettant d’utiliser des
bois de qualité secondaire (résineux : Kerto ; feuillus : études en
cours, en particulier pour le chêne). Sur le même créneau de la
construction, le Parallam de Trust Joist Mac Millan est une autre
réponse industrielle aux problèmes de structure.
Le lamellé-collé, aujourd’hui couramment utilisé, donne aux
profils de menuiserie (fenêtres), malgré la multiplicité des petits bouts
de bois qui le composent, la stabilité qui manquait au bois massif.
Sans clore la liste, mentionnons les parquets densifiés qui défient les
rayures, le bois rétifié qui propose de nouvelles résistances. Le
domaine de la recherche s’intéresse non seulement au bois (par
exemple la réalisation de composites bois carbone), mais aussi aux
produits connexes du bois, en particulier aux produits qui peuvent le
rendre plus durable (peintures, produits de préservation
« écologiques »). Par cette énumération, on constate que le bois peut
très bien n’en être qu’au début de son histoire, son travail comme
matériau élaboré étant extrêmement récent. C’est aujourd’hui la
réflexion sur les produits connexes (colles, produits de préservation,
vernis, peintures, …) qui lui permettra d’évoluer. C’est enfin, la
compréhension par les entreprises, grâce à la recherche et au
développement, de nouvelles technologies applicables à d’autres
marchés qui sera facteur d’évolution.
Qu’est-ce qu’une entreprise du bois ? C’est une moyenne de 45
personnes à l’échelon national, 92 pour les Pays-de-Loire (source :
INSEE 1993). Alors que les sociétés de 20 salariés et plus
représentaient, en 1995, 12 % de l’industrie française, les entreprises
du même type dans la filière-bois n’occupaient que 8 % au total.
21 Première Partie : La forêt valorisée, bienfaits et vertus
Le chiffre d’affaires de l’industrie du bois, figurant pourtant parmi
les premiers produits échangés dans le monde, constitue 5,8 % du
chiffre d’affaires de l’industrie française (hors énergie). C’est donc
fort peu. Comment, dans ces conditions, c’est-à-dire dans le cadre de
ce que l’on doit bien appeler une très petite entreprise, dégager un
budget de recherche et de développement, ou même un budget de
communication ? On est ici au cœur du problème d’une filière
difficilement capable de réfléchir à de nouveaux concepts ou de
nouveaux produits, et, de toute façon, n’ayant aucun moyen de les
faire connaître. Les fabricants de fenêtre bois, à part Lapeyre (avec le
rachat de l’entreprise « les Zelles », Lapeyre est aujourd’hui le leader
de la fenêtre en PVC), ont-ils ainsi la faculté de combatte l’hégémonie
des fermetures plastiques ?
Par ailleurs, ces entrepreneurs, le plus souvent ruraux, connaissent
mal les nécessités du monde industriel. Leurs entreprises sont assez
peu structurées (le taux d’encadrement y est de 6,1 % contre 13,1 %
pour l’industrie française en général), avec une sur-représentation par
rapport à l’industrie française des ouvriers qualifiés (47,7 % contre
29,6 %) et non qualifiés (28,9 % contre 13,3 %). De plus, la filière
bois française est assez peu exportatrice.
En conclusion, c’est avant tout par une vraie formation des
industriels à l’esprit de management, par l’embauche de cadres de
qualité ayant une bonne culture industrielle et la volonté de
développer de nouveaux produits, que le bois deviendra un matériau
industriel et donc de qualité. Il pourra alors s’imposer.
22 Bois et fortification urbaine :
1Bicêtre et Sucy-en-Brie (Val-de-Marne) 1850-1900
Martine BECKER
eLa seconde moitié du XIX siècle connut d’importantes évolutions
techniques tant dans le domaine de la construction que dans celui, plus
spécifique, de l’artillerie. Comment les ouvrages militaires, en
particulier défensifs, se sont-ils adaptés à ces bouleversements ? Le
bois a-t-il toujours sa place dans ces constructions ou est-il totalement
abandonné au profit de nouveaux matériaux qui font leur apparition ?
Des éléments de réponse sont fournis par l’étude des dernières
fortifications parisiennes édifiées entre 1848 et 1878. Longtemps
restée ville ouverte, Paris fut dotée en 1848 d’une enceinte fortifiée
continue, doublée d’une ceinture de quinze forts. Colossal effort de
protection qui s’est avéré insuffisant face aux progrès très rapides de
l’artillerie et de la puissance de feu : en 1870, les canons allemands
pouvaient bombarder Paris par-dessus la ligne des forts, trop proches
de la capitale pour la protéger. Une deuxième ceinture de forts fut
donc construite entre 1872 et 1878, pour compléter la protection de
Paris. Les techniques de construction de cette deuxième génération de
forts avaient quelque peu évolué pour mieux résister aux nouveaux
obus. Cette évolution est perceptible lorsque l’on compare des forts
tels que Bicêtre et Sucy-en-Brie, toujours debout et en bon état malgré
quelques changements. Par contre, ce que ces deux ouvrages
permanents, faits pour durer, ne peuvent montrer, est la part
importante du bois dans la fortification passagère : elle a disparu
puisque telle était sa destinée.
I. La disparition du bois dans la fortification permanente
La fortification permanente est une fortification maçonnée où le
bois ne semble guère, à première vue, avoir de place. De fait, la faible
part réservée au bois dans les forts de première ceinture disparaît
totalement à l’étape suivante, période charnière qui marque le passage
de la fortification classique à la fortification moderne, enterrée et
blindée. La simple comparaison des plans et des coupes des deux forts
1 Article paru dans le Cahier d’Études n°8, 1998, pp. 55-58. Première Partie : La forêt valorisée, bienfaits et vertus
montre une simplification des formes – adaptées à des tirs à longue
portée plutôt qu’à des tirs rapprochés – et un enterrement marqué de
l’ouvrage aussi bien que des casernes construites dans le fort.
L’analyse des archives du Génie pour la chefferie du sud – dont
dépend le fort de Bicêtre – entre 1850 et 1969 permet d’estimer la part
du bois dans les fortifications de la première ceinture. L’ouvrage,
fortifié en lui-même – murs d’escarpe et de contre-escarpe, bastions,
casemates –, est construit en « moellons de pierre dure et mortier
hydraulique », couvert d’un parement de meulière, consolidé par
d’importants remblais de terre. Il ne comporte pas de bois. Tout au
plus trouve-t-on des palissades sur le chemin couvert de la
contreescarpe. En revanche, toute reprise de maçonnerie ou toute
construction supplémentaire (et a fortiori l’édification initiale)
nécessite l’emploi d’une charpente en bois, dont l’usage et le coût de
location à une entreprise figurent dans les devis. Au fil des notes et
autres apostilles, on voit que l’absence de bois est parfois considérée
comme source de désagréments. Le rapport d’un officier en 1865
incrimine aussi les sols en bitume des casemates mal aérées dans le
développement des « affections scorbutiques » chez les hommes qui y
sont logés. En effet, leur humidité corporelle n’étant pas absorbée par
un sol trop étanche et froid qui provoque une importante
econdensation, l’air devient vite malsain, ce qui est au XIX siècle la
source de tous les maux. La solution préconisée est alors de couvrir le
bitume d’un plancher de bois, capable de réguler température et
humidité. On se doute que ces travaux n’ont pas résolu le problème du
scorbut, mais ont amélioré le confort des hommes obligés d’y vivre.
Ce souci hygiéniste, caractéristique du siècle dernier, se manifeste
dans les armées comme ailleurs et se traduit par des améliorations
sensibles du confort des soldats entre 1865 et 1870, alors que les
travaux défensifs étaient souvent ajournés pour utilité controversée.
Plus essentiel encore était l’usage abondant du bois dans les magasins
à poudre, où il était primordial de lutter contre l’humidité (plancher
double en frise de chêne, portes pleines en chêne doublées, charpente
en chêne et lattis de sapin…). Alors que les remparts et les organes
essentiels du fort étaient à l’épreuve des tirs, les casernes de Bicêtre,
comme celles des autres forts de même génération, étaient des
bâtiments ordinaires où le bois tenait une large place : trois étages, une
charpente de bois recouverte de tuiles, des huisseries, des planchers et
des escaliers de bois…
Ces casernes furent des cibles parfaites pour les tirs allemands en
1870 : les charpentes n’étaient certes pas prévues pour résister aux tirs
de la nouvelle artillerie rayée et, à la fin du siège, rien ne restait des
24 Thème 1 : Bois matériau
bâtiments. Dès la fin du conflit, les quelques vestiges de ces casernes
furent vendus et rasés. Aussi les casernes de la génération suivante
ont-elles été enterrées sous un massif afin d’être plus discrètes et plus
solides. Les charpentes disparaissent, remplacées par des voûtes
maçonnées, les planchers sont de brique, les portes en fer. À Sucy,
seul le pont-levis est partiellement en bois. Le bois est même
abandonné pour les magasins à poudre, enterrés pour plus de sécurité.
Pour éviter l’humidité redoutée, la poudre est enfermée dans des
coffres en cuivre, comme sur les bateaux. Si l’on se contente de cette
première approche, le bois semble avoir été jugé inadapté aux
nouvelles exigences de la fortification.
II. Le bois, irremplaçable pour la fortification de campagne
Mais la défense d’une ville ne consiste pas seulement en ouvrages
permanents en dur. Ceux-ci ne sont que l’ossature d’un système plus
complet et plus complexe, mis en place dès qu’un danger se précise ou
qu’un conflit se déclare. Ces ouvrages de fortification passagère ou de
campagne sont conçus en même temps que les forts permanents,
même s’ils ne sont réalisés qu’en cas de besoin : ils font donc partie
intégrante d’un système fortifié. Leur architecture est prévue, ainsi
que les matériaux à utiliser. Redoutes, batteries blindées, traverses,
galeries, abris, palissades, palanques, font largement appel au bois qui
ereste, au XIX siècle au moins, irremplaçable pour ses qualités de
rapidité de mise en œuvre, de souplesse, sa capacité d’absorption des
chocs… et que l’on trouve en abondance sur une grande partie du
territoire français. On peut ajouter aussi les éléments de défense active
que sont les divers pièges et obstacles dressés sur le terrain : abattis
naturels, pieux d’arrêt, hérissons, trous de loup… pour lesquels on
utilisait largement la ressource ligneuse locale. Ainsi, dans les secteurs
stratégiques où le bois risque de faire défaut, l’armée mène souvent
une politique de plantation pour s’assurer un minimum
d’approvisionnement. Le bois vivant était donc prévu dans le système
de fortification : des lois militaires prévoyaient la plantation d’arbres
tant sur les glacis que le long des routes stratégiques ; le budget annuel
alloué aux fortifications affectait des ressources parfois importantes au
renouvellement et à l’entretien de ces arbres.
Ces plantations avaient deux raisons d’être :
25 Première Partie : La forêt valorisée, bienfaits et vertus
- elles étaient destinées à fournir le bois nécessaire à la fortification de
campagne : dès qu’un arbre avait atteint sa taille adulte, il devait être
abattu et son bois stocké dans les magasins du Génie ;
- elles servaient à camoufler les ouvrages, les mouvements de troupes
ou les effets des tirs ennemis. Mais sans entraver la vue ou les tirs, et
amoindrir l’efficacité de l’ouvrage défensif. D’où une programmation
minutieuse du nombre d’arbres et de leur emplacement.
Les prévisions budgétaires de la chefferie du sud de Paris pour
1861-1862 font état de la plantation de 4500 arbres sur les glacis de
ses cinq points forts : deux rangées sur la crête des glacis et des
plantations en quinconce sur les saillants. Plantations parfois
difficiles : en 1867, la plupart des arbres sont morts ou souffrent
– « les remblais de calcaire pierreux » qui constituent les glacis
« restent mauvais malgré les apports de terre végétale » – et l’on
déplore « l’impossibilité de créer des bois de service ». Ces documents
ne donnent aucun renseignement sur les espèces plantées, le choix
étant laissé à la discrétion du chef de place en fonction des conditions
locales (sols, climat et prix). Le manque de bois et/ou son mauvais
usage seront largement commentés lors de la guerre de 1870, en
particulier par Viollet-le-Duc, engagé volontaire dans le Génie à 56
ans. Il avait été chargé d’inspecter les ouvrages allemands après la
capitulation française, pour en tirer des leçons et comprendre les
raisons de la défaite.
Une longue description des ouvrages établis en peu de temps sur
les positions hautes dominant Paris souligne que la supériorité
allemande tenait à l’excellence du choix stratégique, de l’utilisation du
terrain, aussi à la valeur des ouvrages de campagne, très enterrés et
constitués de bois et de terre. Elle déplore que les Français n’aient pas
su en faire autant, que leurs travaux aient été désordonnés, personne
n’étant d’accord sur la façon de procéder : « les uns tenaient pour les
ouvrages de maçonnerie avec blindages de fer, ceux-ci ne voulaient
que remuer de la terre, ceux-là comptaient employer le bois comme
soutien nécessaire ». Les abris manquaient cruellement, exposant
inutilement les soldats aux tirs comme aux intempéries, alors que les
Allemands étaient beaucoup plus soucieux d’épargner les leurs.
L’architecte et lieutenant-colonel du Génie en déduisit la nécessité
d’utiliser largement le bois, seul matériau capable d’une mise en
œuvre rapide et d’une efficacité certaine. Il cite pour exemple le seul
ouvrage qui ait réellement été utile aux Français lors du siège, le seul
qui ait mis en difficulté les Allemands : la redoute des
HautesBruyères à Villejuif.
26 Thème 1 : Bois matériau
Construit sur le modèle de Cavecchia à Vérone, ce fort utilise
largement la terre et le bois pour très peu de maçonnerie, tout en étant
très judicieusement situé : « … les ouvrages de bois sont, dans la
fortification, ce qu’il y a de meilleur, de plus solide et de plus
aisément réparable. Des essais ont été faits pour mettre en œuvre le
moellon et le fer pour les abris, les poudrières, les casemates. Ce
moyen présente des inconvénients qui frappent toutes les personnes
qui ont l’habitude des travaux. Des murs élevés en moellons n’offrent
pas une cohésion suffisante pour résister à l’ébranlement qu’un
projectile occasionne à un plancher composé de traverses de fer, soit
rails, soit fers à T, ou si le plancher résiste, par suite de sa rigidité, de
son manque d’élasticité, il produit une violente secousse sur les têtes
des murs et les écrase, les disloque, ou il s’effondre… Dans ces
travaux entrepris hâtivement, les maçonneries n’ont pas le temps de
prendre et n’acquièrent aucune cohésion. Le bois, au contraire, par son
assiette, son élasticité, sa légèreté, sa résistance considérable, se prête
merveilleusement à ces sortes d’ouvrages rapidement exécutés. Si l’on
prétend employer le fer avec la maçonnerie pour les abris blindés, il
n’en faut pas moins avoir recours au bois comme appoint
indispensable ».
Curieusement, on voit que l’usage insuffisant du bois put être
considéré comme une des causes de la défaite en 1870, de même que
fut incriminé le mauvais usage stratégique des forêts… même si,
fondamentalement, c’est bien l’incurie des dirigeants qui était
soulignée. On voit une fois de plus que les liens entre bois, forêts et
earmées sont multiples. Cette fin de XIX siècle est donc bien une
période charnière en ce qui concerne l’usage du bois dans la
fortification : d’une part, celui-ci disparaît des fortifications
permanentes, de l’autre, il demeure inégalé pour les fortifications
passagères. Ce que la guerre de tranchées démontra très largement dès
1914.
27
1Pourquoi construire en bois ?
2Jean-François BONTOUX


En cette fin de siècle où la technologie ne cesse d’imaginer des
matériaux aux qualités inégalées, il semble désuet d’attirer l’attention
du lecteur sur un matériau « historique » ... mais qui a abrité l’homme
pendant des millénaires lui permettant de découvrir progressivement
ce que nous appelons aujourd’hui le confort. Examinons les
techniques utilisées pour l’emploi du bois tout au long des derniers
esiècles, en commençant par le XV siècle.


I. Les données d’antan

Au début de la Renaissance, il existe trois types de maisons qui
utilisent largement le bois. Tout d’abord, la maison en madriers ou
rondins empilés horizontalement et assemblés à mi-bois. Les parois
pleines ont une triple fonction : portante, séparante et isolante. C’est
une des techniques les plus anciennes, surtout utilisée dans les régions
forestières à fort peuplement résineux. Les outils rustiques d’un
charpentier – hache, herminette, tarière – sont suffisants pour
l’édification. Ce genre de bâtiment est généralement à caractère rural ;
il ne favorise pas les constructions sur plusieurs niveaux. Simple dans
son plan et sa structure, il est relativement peu utilisé en France et
nous n’en parlons que pour mémoire. En revanche, ce fut
pratiquement le seul type de construction employé en Russie ou en
Scandinavie. Ensuite, la maison à murs de pierre ou de maçonnerie,
dite maison du maçon. Cette construction associe l’art du tailleur de
pierres ou du maçon, chargé d’édifier les murs porteurs et
éventuellement les murs de refends, à celui du charpentier qui fournit
les structures des planchers (souvent des troncs d’arbres équarris), les
structures verticales intérieures porteuses et non porteuses, les linteaux
et la charpente. Mais cette technique est coûteuse car elle requiert des
bois de grosse section qu’il faut débiter en forêt par des scieurs de
long, puis transporter et lever lors de l’édification. Enfin, la maison à
colombage, dite aussi maison à pans de bois ou maison du

1 Article paru dans le Cahier d’Études n°9, 1999, pp. 5 à 12.
2 Directeur de Vitry-Habitat, Vitry-le-François.
Thème 1 : Bois matériau
charpentier. Avec son système de colonnes porteuses en éléments de
bois assemblés par tenons et mortaises et chevillés, les charpentiers en
bois (qui témoignent ainsi de leur haut niveau de qualification
technique) édifient en un temps record le squelette d’une maison.
Celle-ci est ensuite hourdée par le maçon ou garnie de torchis ou de
bois massif pour une meilleure isolation thermique. Dès la fin du
Moyen Âge, on sait édifier dans les villes des maisons de plusieurs
étages ; le colombage est de loin le système de construction de
maisons le plus utilisé en raison des larges possibilités architecturales
qu’il procure, mais également du fait de son intérêt économique.
eVers le milieu du XVI siècle, on adopte la méthode des bois courts
dans laquelle les poteaux corniers n’ont plus qu’une hauteur d’étage.
Ils sont interrompus à chaque niveau par des sablières intermédiaires
avec lesquelles ils s’assemblent à mi-bois. L’avantage incontestable
de ce procédé est sa légèreté alliée à une solidité accrue : les pans
verticaux et horizontaux étroitement imbriqués les uns dans les autres
transforment le poutrage en une carcasse rigide. Cette technique de
bois courts présente également l’intérêt de pouvoir utiliser des pièces
moins rectilignes, ce qui est avantageux notamment dans les régions à
peuplement feuillu (chêne, châtaignier, etc.) où elle permet
d’employer des bois équarris à l’herminette provenant des coupes
d’éclaircies. À partir de cette époque et grâce à cette technique, la
maison peut s’élever fréquemment jusqu’à cinq ou six étages, la
structure horizontale de chaque étage servant de plate-forme de travail
pour l’édification de l’étage suivant.
De nos jours, des rues entières de nos villes les plus anciennes sont
eencore constituées d’immeubles à colombage édifiés entre le XVI et
ele XIX siècle (ainsi à Paris, le Quartier Latin, les Halles, le Marais, à
Troyes, à Tours...). On est frappé par la similitude de ces méthodes
avec celles utilisées actuellement en Amérique du Nord et en Europe,
constructions à claire-voie, constructions à poutres sur poteaux,
constructions à ossature plate-forme, etc., pour l’édification
d’immeubles de plusieurs étages.
En France, la situation que nous avons exposée a peu évolué par
rapport à ce qu’elle était durant la Renaissance et ceci pratiquement
ejusqu’au milieu du XIX siècle. À cette époque, la diminution des
surfaces boisées atteint son paroxysme. On a trop largement utilisé le
bois comme énergie primaire pour le décollage de l’ère industrielle.
Des forêts entières ont été transformées en bois de chauffage ou en
charbon de bois, puis en bois de mines, en traverses de chemin de fer,
rendant plus difficile l’approvisionnement des constructions de
maisons à colombage. Cette situation va favoriser le développement
29 Première Partie : La forêt valorisée, bienfaits et vertus
de la maison en maçonnerie d’autant que des matériaux nouveaux, la
fonte, le fer, l’acier, le béton, apparaissent, lesquels entrent
graduellement en concurrence avec le bois, notamment pour la
réalisation des planchers, linteaux, poteaux, etc. Ces nouvelles techniques
vont peu à peu permettre de diminuer le coût d’une maison en
maçonnerie, alors que celui de la maison à colombage aura plutôt
tendance à augmenter en raison de la pénurie du bois d’œuvre.
Simultanément, l’aspect de la maison à colombage évolue pour tenir
compte du mode de vie et des goûts architecturaux de chaque époque,
emais aussi de certains règlements d’urbanisme. Déjà, au XVIII siècle,
certaines personnes considéraient que la maison à colombage était
dépassée. Ainsi, Royer d’Orfeuil, intendant de Champagne, lorsqu’il
découvrit la capitale de sa province, portait le jugement suivant :
« Châlons est une ville laide, elle est en bois ! ». Heureusement que
plus personne ne doute aujourd’hui que la technique du pan de bois
constitue l’un des fleurons du patrimoine champenois comme en
témoigne l’exemple de Troyes. Si, dans les petites villes et les
villages, on continue à édifier des maisons dont les colonnes de bois
sont apparentes, en revanche, dans les grands centres urbains, et ceci
edéjà depuis le XVI siècle, l’habitude a été prise de les revêtir
intérieurement et extérieurement : intérieurement, il s’agit presque
toujours de plâtre ou de staff ; extérieurement, il peut s’agir d’un
bardage (ardoises...) mais le plus souvent d’un crépi à base de chaux.
Dans ces conditions, la maison à colombage ne se distingue plus d’une
maison en maçonnerie.
eÀ la fin du XIX siècle, les bois sciés ont progressivement
remplacé les bois taillés à l’herminette. Il est courant d’utiliser des
pièces de 11 cm de largeur, ce qui permet d’y adapter une brique
epleine posée à plat. Au début du XX siècle, nous constatons qu’une
moitié des maisons et des petits bâtiments construits est à colombage
apparent ou non apparent ; ils sont construits par une entreprise
principale, le charpentier en bois et par une entreprise sous-traitante, le
maçon ; l’autre moitié est en maçonnerie avec comme entreprise
principale de construction, le maçon et comme entreprise
soustraitante, le charpentier en bois.
La Première Guerre mondiale portera un coup sévère à la
construction à colombage et à la charpente en bois. Tout d’abord,
parce que la guerre a privé le pays de centaines de milliers
d’excellents ouvriers et artisans hautement qualifiés et a interrompu la
formation des jeunes. Si, pour les ouvrages de maçonnerie, on a pu
avoir recours à une immigration massive, pour les charpentiers il fallut
se contenter des effectifs survivants. Ensuite, parce que les
30 Thème 1 : Bois matériau
destructions de maisons furent immenses et les besoins de la
reconstruction après-guerre considérables. Pour la raison évoquée
cidessus, cette reconstruction se fit presque exclusivement en
maçonnerie, seule la charpente du toit restant en bois. Enfin, cette
époque correspond au début de l’ère de l’énergie bon marché (charbon
puis fuel) qui permet, pour diminuer le coût de la construction, de
négliger le facteur isolation thermique (le chauffage étant bon
marché), point fort des maisons en bois.
Pendant près d’un demi-siècle, la construction de maisons à
colombage ne subsistera guère, sauf dans les régions montagneuses où
les traditions d’emploi du bois dans les maisons individuelles sont
profondément ancrées. La France, se retrouvait isolée, ayant perdu, en
dehors des zones montagneuses, l’habitude de construire en bois, alors
que les pays évolués construisent toujours en bois :

Pays nordiques + de 95 %
Canada
États-Unis + de 90 %
Japon, Grande-Bretagne, Allemagne environ 40 %

Paradoxalement, les surfaces boisées françaises sont passées de 10
millions d’hectares en 1900 à près de 15 millions d’hectares en 1980,
soit une augmentation de 50 % des surfaces boisées, ce qui est
considérable ! C’est pourquoi le gouvernement souhaita, en 1980,
relancer la construction bois en France. Avec le concours de
l’association France Promobois Construction, le plan gouvernemental,
qui consistait à construire 6 000 logements en bois, a été très
largement dépassé puisque ce sont près de 12 000 logements qui
furent réalisés.

II. Les données actuelles

Vingt ans après, la France possède un nombre non négligeable de
constructeurs de maisons en bois, quel que soit le procédé utilisé
(colombage traditionnel, ossature bois, poteau, poutre, bois massif
empilé). C’est une industrie en pleine expansion, la seule
pratiquement dans les activités de la construction en France. Et cet
engouement nouveau trouve peut-être son origine dans la réflexion du
maître d’ouvrage, porteur de l’acte de construire, délaissant pour une
fois ses habitudes. De fait, ce matériau offre des avantages
31 Première Partie : La forêt valorisée, bienfaits et vertus
incomparables tant sur les plans technique, économique et financier
qu’environnemental.
En effet, l’impact environnemental de matériaux et produits de
construction devient progressivement un critère de choix, au même
titre que le prix, la qualité et les caractéristiques techniques. L’activité
humaine engendre la combustion d’énergies fossiles, laquelle produit
annuellement 5,5 milliards de tonnes de gaz carbonique. Ce dernier
compte pour la moitié des gaz responsables de l’effet de serre. La
photosynthèse, activité spécifique des végétaux, assure la
transformation de l’énergie lumineuse en énergie chimique et produit
en volume autant d’oxygène qu’elle absorbe de gaz carbonique en
enrichissant l’atmosphère en oxygène. L’utilisation du bois dans la
construction contribue donc à la préservation de l’environnement, en
particulier en stockant de manière pérenne le carbone, qui est ainsi
soustrait de l’atmosphère.

1) Réduction de l’effet de serre par le stockage du CO (gaz 2
carbonique)
La consommation du bois d’œuvre dans la construction est estimée
3environ à 12 000 000 m avec approximativement 80 % de résineux
provenant en grande majorité de forêts cultivées. Les 20 % restants
concernent les feuillus métropolitains et les feuillus tropicaux.
L’ensemble de la construction bois en France permet donc de stocker
annuellement une quantité non négligeable de carbone. À titre
d’exemples, le stockage annuel de carbone pour différents secteurs de
la construction bois est de :

Construction bois en lamellé collé 36 000 tonnes de carbone de maisons à ossature 7 500 tonnes de carbone
bois
Charpente industrialisée 50 000 tonnes de carbone
Charpente traditionnelle 110 000 tonnes de carbone

2) Matériau renouvelable en abondance

Le bois constitue le seul matériau de construction disponible
aujourd’hui issu d’une ressource renouvelable et croissante. Le
prélèvement de bois nécessaire à l’approvisionnement des industries
du bois est inférieur à la croissance annuelle de la ressource forestière
française. Il représente 36 % de l’accroissement moyen et engendre
32 Thème 1 : Bois matériau
actuellement des réserves excédentaires de l’ordre de 22 millions de
3m par an.
Pour illustrer les économies qu’un maître d’ouvrage peut réaliser,
tant sur le plan technique qu’économique et financier, prenons un
lotissement réalisé par la société Vitry Habitat, société anonyme
d’HLM située dans la Marne. Dans son contexte économique, Vitry
Habitat doit répondre à quatre exigences :
- construire vite pour répondre aux nombreuses demandes (notamment
en matière de maisons individuelles) ;
- proposer un habitat confortable, répondant aux normes modernes
d’habitabilité : les qualités d’isolation phonique et thermique sont un
critère important ;
- solvabiliser sa clientèle par des coûts de location et des charges
abordables ;
- construire un habitat dont l’architecture s’intègre harmonieusement
dans l’environnement urbain et rural pour valoriser l’image de marque
du logement social.

Vitry Habitat peut s’appuyer sur son expérience pour démontrer
que la construction bois y satisfait de façon optimale. Prenons comme
exemple le lotissement « Les Prés de la Commanderie », composé de
10 maisons individuelles à ossature bois, offrant une surface habitable,
2par logement, de 144 m. Il se situe à Saint-Amand-sur-Fion,
commune rurale de la Marne. L’objectif technique recherché était de
réaliser, avec un système constructif moderne répondant aux normes
actuelles, un ensemble de maisons spacieuses et confortables, dans un
environnement architectural très typé, en privilégiant l’aspect
économique de la consommation d’énergie de l’occupant. Cette
réalisation est un exemple probant des qualités techniques et
économiques du bois dans la construction. L’ossature bois a été
retenue pour ses qualités d’isolation thermique, sa rapidité de
construction (ossature / couverture : 2 semaines) et son adaptation à
l’architecture avec intégration de faux pans de bois dans les panneaux
fabriqués en atelier.

3) Avantages techniques

- Utilisation de terrains difficiles : le poids d’une construction bois
étant largement inférieur à celui d’une construction en béton, il est
possible d’utiliser des terrains en pente ou de faible portance. La
construction de ces maisons, vu le peu de portance du terrain, a
33 Première Partie : La forêt valorisée, bienfaits et vertus
nécessité la construction d’un radier. Des maisons en béton n’auraient
pu y être construites.
- Augmentation des surfaces habitables : ces maisons ont une surface
2habitable de 144 m . La diminution de l’épaisseur des murs permet de
gagner environ 9 % de surface habitable par rapport à une solution
parpaing, avec des résultats thermiques très performants. Le bois
permet d’obtenir une surface corrigée majorée, un revenu des
locations plus élevé et une diminution proportionnelle du coût de
2construction au m habitable.
- Aménagements intérieurs et extérieurs ultérieurs largement facilités :
la construction à structure bois facilite grandement les modifications
ultérieures telles qu’ouvertures de baies, agrandissement, modification
de cloisons... et cela sans dégradation ni apport d’humidité dans des
délais extrêmement réduits.
- Conception, architecture : la souplesse de la construction bois
autorise une plus grande liberté architecturale. Il a fallu adapter la
technique ancestrale de l’ossature bois aux réglementations françaises
et européennes actuelles avec un parement de pierre savonnière
autoporteuse de 8 cm ventilé au rez-de-chaussée, un parement copiant le
pan de bois et conforme à une vêture ventilée à l’étage. Le choix de la
construction bois a permis d’intégrer parfaitement ces maisons dans
un environnement architectural très typé (pans de bois).
- Montage à sec : la construction bois évite les tonnes d’eau,
nécessaires à la maçonnerie et aux plâtres, qu’il faut ensuite évacuer
soit par séchage naturel, ce qui est très long, soit par séchage artificiel,
ce qui est très coûteux.

4) Avantages économiques

- Construire dans de meilleures conditions : le chantier est propre et
accessible en permanence grâce à la possibilité de réaliser les voiries
et réseaux divers (VRD) en même temps que les fondations et les
dalles. Le personnel peut travailler dans des pavillons couverts après
une semaine de travail, temps nécessaire pour réaliser le clos et le
couvert, avec des matériaux secs et bien calibrés, d’où la suppression
des arrêts dus aux intempéries.

- Construire plus vite : une fois la dalle faite, chaque maison fut livrée
après 40 journées de travail.


34 Thème 1 : Bois matériau
- Construire avec des prestations supérieures : la structure bois permet
d’obtenir sans surcoût une isolation thermique performante et une
isolation phonique supérieure aux pavillons construits en maçonnerie.
Le bois a un pouvoir isolant : 6 fois supérieur à celui de la brique ; 15
fois supérieur à celui du béton ou de la pierre ; 400 fois supérieur à
celui de l’acier. Avec le bois, on élimine en grande partie les ponts
thermiques.

- Économies d’énergie : les économies d’énergie se situent à deux
niveaux : l’énergie nécessaire à la fabrication et à la mise en œuvre de
la construction ; l’énergie nécessaire au chauffage de la construction
réalisée. La maison à structure bois est 2,5 à 4 fois moins coûteuse en
énergie que les autres procédés de construction. L’énergie nécessaire à
la production d’une tonne de matière ramenée à l’unité donne, selon
les matériaux, les résultats suivants :

Bois 1
Béton 4
Acier 60
Aluminium 250

Ainsi, il est aisé de constater que le coût énergétique de la
transformation de l’arbre en bois d’œuvre de structure est largement
inférieur aux autres matériaux de construction.

- Économies d’énergie et chauffage : la construction à structure bois
est la technologie qui offre la meilleure isolation thermique. Non
seulement le bois est le matériau porteur le plus isolant, mais encore,
et cela est plus intéressant au niveau du bilan thermique global, la
structure bois laisse entre chaque montant un espace destiné à recevoir
des isolants spécifiques. Ainsi, le bois permet de réduire l’apport de
chaleur fourni par tout système de chauffage.
Pour illustrer ce propos, rappelons les coefficients de conduction
thermique des principaux matériaux [Lambda (W/m°C)] :

Bois résineux 0,12
Béton 1,75
Acier 50
Aluminium 210


35 Première Partie : La forêt valorisée, bienfaits et vertus
L’isolation thermique, particulièrement soignée, dans la réalisation
de ce lotissement, a permis l’obtention du label « Confort Plus » de
Promotelec, ceci avec un système de chauffage performant composé :
d’un plancher chauffant électrique basse température au
rez-dechaussée ; d’une cheminée avec insert : sa position centrale permet un
chauffage complémentaire des pièces à vivre et des chambres, pour
3une consommation annuelle de 5 à 6 m de bois. Celle-ci réchauffe
également la dalle du plancher chauffant pendant la soirée ; de
convecteurs électriques à l’étage : ils sont d’un fonctionnement facile
et apportent un confort d’utilisation. Il est à noter que les convecteurs
des chambres sont rarement mis en service ; d’une verrière qui
apporte un complément solaire passif : la verrière chauffe en direct les
pièces à vivre et les chambres pendant la journée. Elle réchauffe
également la dalle du plancher chauffant, ce qui évite qu’il se mette en
marche dans la journée. La régulation pendant les journées chaudes de
l’été se fait par les pièces humides qui se trouvent du côté nord.
Ces maisons garantissent à leurs occupants un confort optimal au
meilleur coût, soit 5 500 F. TTC par an de consommation électrique
pour assurer le chauffage, l’eau chaude sanitaire, l’éclairage et les
usages domestiques.
- Des loyers attractifs : prenons comme exemple une maison occupée
par une famille de 3 enfants bénéficiant de l’aide personnalisée au
2logement (APL). Nous obtiendrons, pour ces 144 m de surface
habitable, un coût mensuel total se décomposant ainsi :

Loyer principal 3 654,61 F.
Droit de bail 91,37 F.
Garage 253,71 F. 6,34 F.
Entretien chauffe-eau électrique 7,70 F.
Entretien ventilation mécanique 11,45 F.
TOTAL 4 025,18 F.
Déduction APL - 1 828,00 F.
TOTAL 2 197,18 F.

Consommation électrique :

5 500 F. TTC annuel /12 458,33 F.


TOTAL 2 655,51 F.

36 �









Thème 1 : Bois matériau
Soit un prix de revient mensuel, location plus coût de
fonctionnement, de 2655,51 F / 144 m² = 18,44 F le m² de surface
habitable
5) Avantages financiers

- Réduction du nombre des lots de l’appel d’offres. De 10 à 12 pour
une maison maçonnée, le nombre de lots peut se situer à hauteur de 8
pour la réalisation d’une maison à ossature bois. C’est un gisement
appréciable d’économies. Dans le cadre du lotissement « Les Prés de la
Commanderie », par exemple, nous constatons les économies
suivantes :
les menuiseries extérieures et l’ossature de chaque maison ont été
réalisées en atelier : gain d’un lot et meilleure qualité de la réalisation.
la peinture sur les clins est réalisée en atelier. Ainsi, sur le chantier, il
n’y a plus que la couche de finition à donner.
l’ossature bois facilite le travail des plombiers et des électriciens
pour le passage des gaines des fluides.

- Le raccourcissement des délais de construction : il permet un gain au
niveau des frais financiers ainsi qu’une location plus rapide.

- Abaissement sensible du coût des prestations d’équipement et
d’habillage par :
un travail effectué dans des meilleures conditions ;
une ouverture à la préfabrication ;
ne plus grande simplicité de mise en œuvre ;
la réduction du nombre de corps de métiers intervenant sur le
chantier.

Ainsi, la construction à structure bois représente une économie
importante pour le maître d’ouvrage compte tenu de la rapidité de
construction. Aussi, les 6 mois de chantier économisés permettent-ils
de supprimer les révisions de prix et de réduire les frais financiers
engendrés par le préfinancement habituel des opérations. Pour les
propriétaires bailleurs c’est l’assurance de :
percevoir plus tôt les loyers ;
bénéficier au maximum des différés d’amortissement et d’intérêt ;
équilibrer la gestion des programmes « Prêts locatifs aidés » (PLA).


37 Première Partie : La forêt valorisée, bienfaits et vertus
Économe en énergie lors de sa réalisation, économe en énergie lors
de son utilisation, la construction à structure bois permet également
d’utiliser des produits nationaux. À ce propos, rappelons que la
production de résineux de la forêt française va doubler d’ici l’an 2010.
La construction bois nécessiterait maintenant la mise en place d’une
véritable formation et d’une « culture bois », tant du côté des
architectes que des entreprises car elle mérite de devenir l’enjeu d’une
nouvelle politique économique nationale dans le domaine de la
construction.




38 Bois d’ici, bois de là,
1bois comme ci, bois comme ça
2Jean-Claude BIGNON
I. Le printemps du bois
Le bois est un matériau de construction millénaire.
Le développement de l’acier, du béton, des polymères tout au long du
eXX siècle en avait fait un matériau du passé, un matériau dépassé.
Pourtant depuis les années 90, ce matériau fait son retour sur la scène
architecturale. Plusieurs raisons peuvent expliquer ces retrouvailles.
Ses qualités physiques et de résistance sont aujourd’hui reconnues y
compris sa tenue au feu. Ses mises en œuvre sont extrêmement variées
et peuvent répondre à de nombreux besoins. Ses qualités sensorielles
tant d’un point de vue tactile que visuel et olfactif sont réelles.
Et même ses qualités symboliques, sa capacité à véhiculer de la
mémoire et de la confiance (ne touchons nous pas toujours du bois ?),
participent à ce « printemps » du bois.
Pourtant c’est probablement la crise environnementale
contemporaine relative à la finitude des ressources qui lui donne
aujourd’hui un statut de matériau efficient. Le bois apparaît comme un
matériau-réponse aux questions environnementales. De tous les
matériaux, le bois est le seul véritablement renouvelable, car il pousse.
Il est admis que son bilan carbone est neutre, parce qu’en fin de vie il
restitue à l’atmosphère le C0 qu’il a pris pour croître. Il a même un ²
bilan carbone favorable durant sa vie en œuvre. Sa faible conductivité
thermique en fait un matériau privilégié pour la construction à la
recherche de hautes performances énergétiques. Ses effets sur la santé
apparaissent rarement dans la rubrique des drames. Tous ces
arguments viennent donc crédibiliser aujourd’hui le bois comme
matériau contemporain particulièrement adapté à une approche
durable de l’architecture. Ces propos doivent cependant être nuancés.
Car si le bois à des atouts certains, il faut apprendre à le regarder, lui
aussi, à l’aune des questions environnementales et apprendre à mettre
en relation ses propriétés avec les usages attendus.
1 Article paru dans le Cahier d’Études n°23, 2013, pp. 54-65.
2 MAP-CRAI, UMR 3495 CNRS Culture, École Nationale Supérieure d’Architecture
de Nancy. Première Partie : La forêt valorisée, bienfaits et vertus
II. Bois d’ici, bois de là
Plutôt que de parler du bois de manière indifférenciée, il serait plus
judicieux de parler des bois ou des composants en bois pour les profils
environnementaux des produits en bois ou à base de bois extrêmement
variables. L’approche par l’énergie grise aujourd’hui pratiquée dans
de nombreux domaines en est un bon indicateur. Rappelons que
l’énergie grise est « la somme totale de l'énergie nécessaire à assurer
l'élaboration d'un produit, et ceci depuis l'extraction du/des
matériau(x) brut(s), le traitement, la transformation, la mise en œuvre
du produit, ainsi que les transports successifs qu'aura nécessité la mise
en œuvre. Sont également incluses les dépenses énergétiques des
3matériels et engins ayant contribué à son élaboration » . Bien que les
différentes sources de mesure aujourd’hui disponibles ne s’accordent
pas sur la valeur absolue des consommations, toutes convergent sur
les valeurs relatives.
Le premier constat est que plus le bois est transformé plus il est
consommateur d’énergie. Si l’énergie consommée pour produire une
poutre en résineux brute de sciage est de 1,7 MJ/kg, elle est de 1,2
MJ/kg pour un bois rond et de 15,8 MJ/kg pour la fabrication d’une
poutre en bois lamellé collé. Le séchage du bois, selon qu’il soit fait
naturellement ou par chauffage, peut faire varier son bilan énergétique
de 1 à 2. Enfin, si l’on intègre le transport, celui-ci peut ajouter
jusqu’à 5 MJ /kg soit multiplier dans un rapport de 1 à 3 le contenu
énergétique d’un bois massif.
Au risque d’une certaine caricature, on peut dire que la valeur en
énergie grise entre un bois résineux scié localement et un composant
en lamellé collé produit à grande distance varie de plus de 1 à 10. Il ne
s’agit pas ici d’en tirer des conclusions hâtives en jetant l’opprobre sur
tel ou tel composant. On ne fait pas la même chose avec un madrier en
sapin massif ou avec une poutre en BLC ou un panneau en lamibois. Il
s’agit plutôt d’inviter à une réflexion qui consiste, chaque fois qu’on
le peut, à privilégier la ressource la plus appropriée et celle ayant le
plus faible niveau d’énergie grise.
C’est dans ce cadre que peut être abordée la notion de ressource
locale qui émerge aujourd’hui comme question environnementale.
Cette approche, au-delà des aspects énergétiques évoqués
précédemment, recouvre en réalité des enjeux nombreux :
3 L'énergie grise dans la filière bâtiment et travaux publics. Erik Niemann, chargé de
mission auprès de la MGC/DRAST.
40 Thème 1 : Bois matériau
- des enjeux climatiques : la forêt est un facteur d’équilibre des climats
en terme d’humidité et de chaleur et bien sûr de CO ,²
- des enjeux de biodiversité : la forêt abrite de nombreuses espèces
vivantes y compris encore des peuples arborigènes ;
- des enjeux économiques : la filière bois est productrice de valeur
ajoutée et génératrice de nombreux emplois ;
- des enjeux sociaux : les savoirs et savoir-faire autour du bois sont
aujourd’hui nombreux ; culturels : la forêt marque l’identité des paysages naturels
comme le bois participe à celle des paysages construits d’une région.
Aborder la question du bois local doit donc se faire dans une vision
écosystémique intégrant tous ces aspects plutôt qu’en se limitant à la
seule question de la ressource disponible. Cette vision globalisante ou
plutôt « glocalisante » fut longtemps pratiquée dans les architectures
vernaculaires. Certes, ce n’était pas le même contexte qui poussait à
cette approche. Le rapport à l’environnement dans ces cultures était
plus subi que choisi et il était par ailleurs vital. Mais il est justement
intéressant de remarquer que, dans un tel contexte, les notions d’usage
des ressources de proximité disponibles, d’économie des territoires et
de cultures locales étaient étroitement mêlées et formaient un véritable
écosystème. On pourrait craindre de tels systèmes qui ne fonctionnent
que dans une autarcie stérilisante, forment un frein à l’évolution des
sociétés. Cela a pu se produire, mais la notion d’équilibre qu’on peut
observer n’est jamais figée. Il s’agit moins d’un équilibre statique que
d’un équilibre dynamique, c’est-à-dire d’un équilibre dans lequel les
différents constituants évoluent mais également se compensent. Ceci
n’interdisait pas non plus les échanges, mais c’était plutôt les hommes
et les idées qui circulaient que les matériaux.
III. Bois comme ci, bois comme ça
Privilégier le bois local n’implique pourtant pas que l’on puisse
faire n’importe quoi avec n’importe quelle essence. De manière
empirique, et avant que cela ne soit scientifiquement maîtrisé, les
constructeurs ont appris par essais-erreur à mettre le bon bois au bon
endroit. Un proverbe vosgien ne dit-il pas « chêne debout et sapin de
travers porteraient l’univers ? », invitant par là-même à questionner
les usages les plus efficients pour chaque essence.
Nous ne pouvons dans ce court article aborder tous les usages des
différents bois dans la construction et l’architecture. J’évoquerai juste
41 Première Partie : La forêt valorisée, b bienfaits et vertus
à titre d’exemple, l’usage de quelques essences communes en
structuree et paremeent extérieurrs. J’insisterrai sur les feuillus quui,
comme on le sait, sont dominants dans la forêt française où ils
représentent plus de 60 % des plantatio ons. Je soulignerai aussi
quelques particularités attestant du rapport étroit entre l’usage d’une
essence et la culture locale.
1) Aulnee
L'Aullne, appelé "Grisard" ou encore « Verne » est un bois qui
pousse abondamment dans les vallées humidees. Il était très utilisé dans
le passé pour habiller les habitations et les granges comme en
NordPas-de-Calais et Picardie. Ce bois apparemment "non durable", durcit
et devient imputrescible lorsqu’il est immergé. On cite souvent
comme exemple de longévité ddes aulnes, lles pilotis dde Venise suur
lesquels quelques-unns des plus beeaux palais oont été édifiéés.
Bauchage en Aulne Bardage en aulne, Villeneuve d’Ascq,
Arch hitecte : Jacquues Derickl
2) Bouleau
Le bouleau était peu employé en bois de structure mais son écorce
imperméable trouvait des applications en coouverture d’abris comme
les wigwams au Canada ou en pare-pluie sous les bardages des murs.
En Scanndinavie, on l’utilisait pour étancherr les toits. LL’écorce était
posée suur un voligeaage et recouverte de terrre ou de mottes de gazoon
pour éviter qu’elle ne s’arrache.
42 Thème 1 : Bois matériau
Wigwam en écorce de bouleau, fort Couverture en écorce de bouleau,
Temiscamingue, Obadjiwan Quebec musée en plein air, Oslo Norvège
3) Châtaignier
Le bbois du châttaignier est particulièreement solidee, flexible. Il
contient énormément de tanins ce qui explique, entre autres, sa
résistance exceptionnelle à l’humidité et aux moisissures, mais en fait
aussi un excellent répulsif pour les insectes. Ne dit-on pas qu’il n’y a
pas de toile d’araignée dans les charpentes en châtaigniere ? Utilisé en
structure, en bardeaux fendus, c’est un bois particulièrement durable.
Un usagge très connuu du châtaignnier est la gaanivelle, sorte de clôture à
claire vooie utilisée ppour retenir les sols mouuvants commme les dunes.
eAu XVIII siècle, en Île-de-France, une ganiivelle désignait aussi, par
analogie, une maison champêtre au toit recouvert d'une ganivelle,
détournée de sa fonction initiale, au lieu du chaume habituel. Aux
Etats-Unis, les qualités de l’écorce de châtaignier ont même trouvé
une utilisation singulière en revêtement extérieur qui a été à l’origine à
ela fin ddu XIX sièècle d’un vééritable stylle architectuural : le stylle
Linville.
Baardeaux en écoorces de châtaaignier, église, Linville. Etaats-Unis.
Architectee : Henry Bacoon
43 Première Partie : La forêt valorisée, b bienfaits et vertus
4) Chêne
Le chêne est l’espèce feuillue la plus utilisée dans le nord de
l’Europe. Son bois, de très bonne qualité eet de grande pérennité a
longtemps été utilisé en charpente, pour la réalisation de pieux et de
colombage, mais aussi sous forme de bardeaux. Au Moyen Âge,
l’usage d’arbres courbes, sans doute influencé par la charpenterie de
marine, a donné naisssance à unee charpente ooriginale ditee à Cruck. CCe
type dee « ferme aau sol non triangulée »» amplemennt utilisé een
eAngleterre, a été fréquent jusqu’au XIX siècle dans le centre de la
eFrance (Corrèze, Limousin, Quercy). Au XVI siècle, la raréfaction
des bois longs a également été à l’origine d’une charpente
particulièrement ingénieuse à « bois courts » inventée par Philibert de
l’Orme. Plus récemment, l’utilisation de lattes de chêne vert dans une
structuree en résille avvec un proceess de mise een œuvre parr déformatioon
naturellee a donné nnaissance à uun nouveau vocabulaire architecturaal
comme dans le musée de Chichester en Angleeterre.
Charppente à Cruckk en chêne, Résillle en chêne veert, Musée,
Dirwwood, Grande--Bretagne Siingleton, Chicchester,
Royaume-Uni.
Architecte : Edward Cullinam
5) Epicéa
Les éépicéas ont un bois légger, « élastiqque » et résiistant, qui sse
façonne facilement. Il est largemment employéé comme boiis d’œuvre een
plancher et charpente. On l’a travaillé dans de nombreuses régions de
montagne pour former des murs en « bois empilé » en façonnant une
véritable culture du chalet. Bien que réputé sensible à l’eau, il était
traditionnellement utilisé en pose ventilée comme bardeaux dans le
Jura par exemple ou sous forme de planchees de bardages disposées
verticaleement comme dans les ramées (façadees exposées)) des Vosges.
44 Thème 1 : Bois matériau
Ramée en épicea, ferme, Ventron, Vosges
6) Hêtre
Le hêtre est un feuillu répandu dans toute l’Europe, à l’exception
de l’Espagne et du Portugal. À partir de ce bois particulièrement dur,
on fabriquait principalement des bardeaux sciés comme on pouvait en
trouver notamment dans les Pyrénées sur les olhas (cabanes) de
bergers. En 2010, le bâtiment « Woodstock » construit à Bâle dans le
ecadre de la Suissbau sera le premier édifice du XXI siècle à retrouver
un usage structurel du hêtre dans la construction. En 2012, c’est à
Tendon qu’un bâtiment périscolaire va à son tour servir de terrain
d’expérimentation et de démonstrateur pour de nouveaux emplois du
hêtre en structure et en parement intérieur.
Structure et revêtements intérieurs en hêtre,
local périscolaire de Tendon, Vosges. Architecte : Haha
45 Première Partie : La forêt valorisée, b bienfaits et vertus
7) Mélèze
Vitruve dans son traité d’architecture év voquait déjà une propriété
particulière du Larix rencontré par César lors de sa conquête de la
forteresse de Larignum. Après avoir mis le feu à une tour en bois
« celui-ci s’éteignit de lui même sans avoir consommé le bois de la
4tour » . Cette propriété commence à peine à être reconnue aujourd’hui
sur le plan régleementaire. HHeureusemennt, ses auutres qualitéés
notammeent de résisttance à l’hummidité ont faait du mélèzee un excellennt
bois de structure et de parement. Le mélèze a été largement utilisé
dans les régions de montagne où on le rencontre en altitude. Son usage
en bardeaux mais aussi en clin et en bois porteur connaît actuellement
un renouveau.
Structure et bardeaux en mélèze, Treillis en mélèze, canopée solaire,
Saiint-Michel-l’AArchange, Doonecaster, Anngleterre.
Debnno Podhalanskkie, Pologne Arcchitecte : Feldden Clegg
8) Peuplier
Autrefois, le peuplier était très utilisé ddans la construction. En
France, de nombreuses maisons ancien nnes sont couvertes de
charpenttes en peuplier. Les grannges étaient elles aussi aassez souvennt
bardées de peuplier non traité. Le peuplier présentait en effet plusieurs
avantages : il était très présent dans les campagnes et donc facile à
trouver. D’autre part, à l’état brut et dans un environnement sec, son
4 Vitruve, Les dix livres dd’architecture, ttraduction de CClaude Perrault de 1673, Editioon
Balland, 1979.
46 Thème 1 : Bois matériau
bois ne connaît que peu les attaques d’insectes ou de champignons.
C’est poourquoi certaaines charpenntes en peupplier ont pluusieurs sièclees
d’existence. L’opération de réhabilitation de la salle de Lezennes en
2009 a été l’occasion de redécouvrir des qualités structurelles du
matériau bien supérieures à celles qu’on pouvait imaginer. Tandis que
son emploi en bardage à l’extérieur est aujourd’hui rendu possible
après un traitement thermique. On notera qu’une variété particulière,
le trembble, est depuuis longtempps utilisé enn bardeaux dde couverturre
réputés ppour leur lonngévité.
Couvert tuure en bardeaux de tremble, Charpente triangulée en peuplier,
église de la Transfiguration, salle polyvalente, Lezennes,
NordKiji, Russsie Pas-de-Callais.
Archhitectes : Laurrent Baillet,
François Lacoste
9) Pin
La famille des pins est nombreuse et dépasse les deux cents
espèces répertoriées (sylvestre, mmaritime, noiir, laricio, ……). Ses usagees
le sont tout autant. Bien adaptés aux climats tempérés-froids, on les
trouve employés dans de nombreuses régions boisées du monde qui
ont su s’emparer des caractéristiques des essences situées à proximité.
Les « stavkirke » norvègiennes ont su utiliser magistralement le pin
sylvestre qui a poussé en climat froid. Tandis que plus récemmentn ,
c’est aveec du pin laaricio poussé en zone mméditerranéeenne qu’a étté
construitt le théâtre de Pioggiola een Corse.
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