456 pages
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Sahara - Paléomilieux et peuplement préhistorique au paléistocène supérieur

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Description

L'objectif de cet ouvrage est de confronter les derniers résultats dans le domaine de l'évolution paléoclimatique, paléoécologique et paléolithique du Sahara et de ses environs, principalement sur les rapports spécifiques qu'ont entretenus les populations paléolithiques avec leurs milieux. Les rapports géographiques sont complétés ici par une série de documents destinés à rendre compte des travaux du symposium

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Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 1998
Nombre de lectures 613
EAN13 9782296353572
Langue Français
Poids de l'ouvrage 17 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

SAHARA
Paléomilieux et Peuplement Préhistorique
au Pléistocène Supérieur
Palaeoenvironments and Prehistoric Populations
in the Upper Pleistocene@ L'Harmattan, 1997
ISBN: 2-7384-6086-0Sous la direction de
Thierry TILLET
SAHARA
Paléomilieux et Peuplement Préhistorique
au Pléistocène Supérieur
Palaeoenvironments and Prehistoric
Populations in the Upper Pleistocene
Préfacedu
Professeur Théodore MONOD
La plupart des figures présentées dans cet ouvrage ont été reprises
par Patrick PENTSCH du laboratoire de dessin et de cartographie
de l'UFR de géographie d'Aix-Marseille I
L'Harmattan L 'Harmattan Inc.
5-7, rue de l'École Polytechnique 55. rue Saint-Jacques
75005 Paris - FRANCE Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK91ère de couverture: Tassili n'A.üers et pointe atérienne
Maquettiste: Henri DelordSOMMAIRE
CONTENTS
Préface du Professeur Théodore Monod 9
Liste des participants
Participants list 11
Introduction 15
Sahara nord-occidental
North-Western Sahara 19
El Aioun - Tindouf 21
A. Salih, J. Onrubia-Pintado & M. Noçairi
Saoura - Ahnet - Nord Erg Chech - - Erg Chech North 37
Y. Callot & Th. Tillet
Débats
Debates 53
Sahara sud-occidental
South-Western Sahara 65
Bassin sénégalo- mauritanien
Senegalo- Mauritanian Basin 67
Ch. Barbey (Mauritanie), A. Camara & B. Duboscq (Sénégal)
Bassin de Taoudenni
Taoudenni Basin 101
A. Morel, Th. Tillet, G. Poupeau & M. Raimbault
Débats
Debates 125
Sahara centro-septentrional
Northern-Central Sahara 137
Bas Sahara septentrional & Grand Erg Oriental
Lower North Sahara & Great Eastern Erg 139
J.L. Ballais &A. Heddouche
5165Hamada El-Hamra - Oubari - Murzouk
RE. Barich & J. Grunert
Débats
201Debates
Sahara centro-méridional
211Southern-Central Sahara
213Hoggar - Tassili
P. Rognon & A. Heddouche
229Aïr - Ténéré - Djado - Kawar
R. Baurnhauer, A. Morel & Th. Tillet
267Tibesti
H. Hagedorn
Cuvette tchadienne
277Central Chadian Lacustrine Area
A. Durand
Débats
293Debates
Sahara oriental
311Estern Sahara
Libyan Desert
313Désert libyque
F. Wendorf, A.E. Close & R. Schild
339Darfur
B. Gabriel & S. Kropelin
Vallée du Nil
349Nile Valley
P.M. Verrneersch, E. Paulissen & Ph. Van Peer
Débats
375Debates
6Synthèses annexes
Subsidiary Synthesis 391
Fiabilité des datations" absolues" pour le Pléistocène
supérieur des milieux désertiques ou semi-arides
Fiability of "absolute" dates for the Upper Pleistocene of
desert and semi-arid environments 393
M. Fontugne
Peuplement du Sahara au Pléistocène supérieur: le point de
vue paleoanthropologique
Populations of the Sahara in the Upper Pleistocene: the
paleoanthropological standpoint 409
O. Dutour
Les vers de terre au Sahara: leur intérêt pour l'étude des
paléoclimats du Sahara
Earthworms in the Sahara: a contribution to the study of
paleoclimates in the Sahara 423
S.I. Ghabbour
Conclusions générales
General Conclusions 427
7PREFACE
L'abbaye de Solignac (Haute Vienne) hébergeait du 13 au 15 juin
1991, un important symposium intitulé: "Paléomilieux et Peuplement
préhistoriques sahariens au Pléistocène supérieur" qui devait réunir une
cinquantaine de participants.
C'est à l'initiative du Professeur Thierry Tillet, spécialiste bien connu
de la Préhistoire saharienne, et plus particulièrement des industries à pointes
pédonculées de type atérien, qu'étaient dus à la fois le projet et l'organisation
de cette mémorable réunion.
Il faut insister ici sur le fait que les participants disposaient de
l'importante documentation constituée par 13 rapports régionaux, totalisant
258 pages, rassemblés sous une couverture représentant, en couleur, la
bordure sud du Tassili et une pointe atérienne de l'Adrar Bous.
Chaque exposé régional se trouvant illustré d'un, voire de plusieurs
croquis géographiques et d'une bibliographie, on imaginera, sans peine,
l'importance de f' effort fourni pour l'établissement d'une si riche et précieuse
synthèse.
Ces rapports "géographiques" se verront complétés par une série de
documents destinés à rendre compte des travaux du symposium lui-même.
Il s'agira, d'abord, d'un résumé des discussions ayant concerné les 4
thèmes suivants: fiabilité des datations - paléoenvironnements -préhistoire -
paléoclimats.
Viennent ensuite, en synthèse générale ou en annexe, trois rapports
spécialisés, consacrés aux sujets suivants:
* "Synthèse sur les changements dans les paléoenvironnements en
relation avec l'évolution, paléoclimatique du Sahara" de Pierre Rognon. Nul
n'était plus qualifié que Pierre Rognon, dont chacun connaît l'ouvrage
classique: "Biographie d'un désert" (1989) pour nous rappeler, en quelques
pages, l'essentiel des problèmes que pose, à la fois dans l'espace et dans le
temps, I'histoire de la climatologie saharienne. Si l'opposition demeure
fondamentale entre les paramètres astronomiques et les faits géographiques,
l'auteur n'hésitera pas à nous décrire toute la complexité de l'histoire
climatique du Sahara, avec l'influence des glaciations boréales, l'éventualité
d'une opposition "transversale" ayant fait du Sahara oriental un domaine
largement autonome quant à son hyper-aridité, retard entre l'inscription d'un
climat dans les sédiments océaniques et la situation continentale, décalages
possibles entre les zones d'alimentation de certains aquifères et les
résurgences très éloignées de ceux-ci.
"Fiabilité des datations "absolues" pour le Pléistocène supérieur des*
milieux désertiques ou semi-arides" de Michel Fontugne, texte attirant
l'attention surles incertitudes d'origines diverses s'attachant actuellement aux
9méthodes actuelles de datation. Une comparaison attentive des résultats
obtenus sur des séquences d'origine homogène d'une part comme le
perfectionnement à attendre dans les techniques employées doivent laisser
espérer de nouvelles améliorations dans le degré de précision des datations.
* "Peuplement du Sahara au Pléistocène supérieur: le point de vue
paléanthropologique" de Olivier Dutour, faisant le point sur les modalités de
l'évolution humaine en Afrique au nord de l'Equateur pour les cent derniers
millénaires.
Les indications qui précèdent suffiront à montrer toute l'importance des
matériaux publiés ici et, par conséquent, l'évident succès scientifique du
symposium de Solignac, dont la préparation, la tenue, enfin la publication
des résultats auront exigé, de la part de son organisateur, un travail, à n'en
pas douter, considérable.
Le présent volume restera, pour les géologues du Quaternaire, les
historiens du climat et les préhistoriens du Sahara un ouvrage de base.
Théodore Monod
Novembre 1992
10LISTE DES PARTICIPANTS
PARTICIPANTS LIST
P =Participant; 0 =Observateur
BAL LAIS Jean-Louis: UER Sciences géographiques
Université d'Aix-Marseille II, 29 avenue Robert-Schuman
13621- Aix-en-Provence Cedex, France. P
BARAKAT Hala Nayel : 15 rue Gusto Gervasoti, app. 258
38100 - Grenoble, France. P
BARICH Barbara: Dipatimento Sc. Stor. Arch. Antr.
Université de Rome "La Sapienza", Via Palestro 63, 00199 - Rome, Italie.
P
BAUMHAUER Roland: Geographisches Institut, Universitiit Würzburg
Am Hubland, D-8700 - Würzburg, Allemagne. P
BECHET C. : C.N.R.S., U.R.A.26O, 74 rue Pasteur
69007 - Lyon, France.O
BERNARD-ALLEE Philippe: Faculté des Lettres et Sciences
Humaines, Université de Limoges, 39E rue Camille Guérin
87036 - Limoges Cedex, France. 0
BOURRETTE Jean-Jacques: 22 rue des Rocailles
30320 - Bezouce, France. 0
CALLOT Yann : Département de Géographie, Université de Tours
3 rue des Tanneurs, 37041 - Tours Cedex, France. P
CAMARA Abdoulaye : Musée de Goré, Dakar, Sénégal. P
CARRE Jean: 918 rue du Camp des Indiens, 45160 -Olivet, France.O
CHANARD Elise: Institut de Paléontologie Humaine
1 rue René Panhard, 75013 - Paris, France. 0
CLOSE Angela E.: Dept. of Anthropology, University of Washington
Box 353100, Seattle, WA 98195-3100, USA. P
IlCOULIBALI Nafogo : Institut des Sciences Humaines, B.P.159
Bamako, Mali. 0
DELORD Henri: 46 avenue Reberteau, 60260 - Lamorlaye, France. 0
DELORD Michèle: 46 avenue Reberteau, 60260 - France. 0
DEMAS G. : Laboratoire lMAGEO-CNRS, 191 rue Saint Jacques
75005 - Paris, France. 0
DUBOSCQ Bertrand: C.A.R.M.E., 21 avenue Gustave Eiffel
33260 -La Teste de Buch, France. P
DUT OUR Alain: Département de Géographie, Université de Tours
3 rue des Tanneurs, 37041 -Tours Cedex, France. P
DUTOUR Olivier: Laboratoire d'Anthropologie biologique
Faculté de Médecine, 27 BI Jean Moulin
13385 - Marseille Cedex 5, France. P
FONTUGNE Michel: Centre des Faibles radioactivités
Lab. Mixte C.N.R.S.-C.E.A., Domaine du C.N.R.S.
Avenue de la Terrasse, B.P.l, 91190 - Gif-sur-Yvette, France. P
FRINGANT Claude: 05300 - Ribiers, France. 0
GABRIEL Baldur: Geographisches Institut, Universitat Würzburg
Am Hubland, D-8700 -Würzburg, Allemagne. P
GAUTHIER Yves: Laboratoire de Spectrométrie, B.P.87
38402 - Saint Martin d'Hères, France. 0
GRUNERT Yorg : Institut für Geographie, Meckenheimer Allee 166
5300 - Bonn l, Allemagne. P
HEISTERMANN Ch.: Geographisches Institut, UniversiUit Würzburg
Am Hubland, 8700 -Würzburg, Allemagne. 0
LAFRANCE Amina Roselyne: LG2 (Case 422), Faculté des Sciences
et Techniques de St Jérôme, 13397 - Marseille Cedex 13, France. P
LEROUX Marcel: C.N.R.S., URA 260, 74 rue Pasteur
69007 - Lyon, France. P
12MAGNANT Jean-Pierre: Institut d'Etudes Politiques de Bordeaux
B.P.I0l, 33405 - Talence Cedex, France. 0
MASSA Dominique: 6 rue Jean Jacques Rousseau
92150 - Suresnes, France. 0
MICHEL Pierre: Professeur émérite, UFR de Géographie
3 rue de l'Argonne, 67083 - Strasbourg Cedex, France. P
MONOD Théodore: Professeur honoraire au Muséum National
d'Histoire Naturelle, Laboratoire d'Ichtyologie, 43 rue Cuvier
75005 - Paris, France. P
MOREL Alain: Institut de Géographie, Université J. Fourier
17 rue Maurice Gignoux, 38031 -Grenoble Cedex, France. P
MOREL Michèle: 16rue Hector Berlioz, 38420 - Domène, France. 0
N'GABA- W AYE Adoum : Archaologisches Institut
Vor-und FrUhgeschichte Afrikas, Johnsallee 35
2 Hamburg 13, Allemagne. P
OUAMMOU Aberrahmane : Laboratoire de Géographie Physique
Université de Nancy II, 23 boulevard Albert 1er, B.P.33-97
54015 - Nancy Cedex, France. 0
PETIT Florence: 3 rue Suzanne Lacorre, Lotissement du Roussillon
87000 - Limoges, France. 0
POTTIER François: 16 boulevard Berthelot, 13200 -Arles, France.O
POTTIER Françoise: 16 boulevard Berthelot, 13200 - Arles, France. 0
RAIMBAULT Michel: LAPMO, URA 164 du CNRS
Université d'Aix-Marseille I, 29 avenue Robert Schuman
13621 - Aix-en-Provence,France.P
ROGNON Pierre: Laboratoire de Géodynamique des Milieux
Continentaux, Université Pierre et Marie Curie (Paris VI), 4 place Jussieu
75252 - Paris Cedex 05, France. P
ROLANDO Christiane: IMGP, Case 461
Faculté des Sciences et Techniques de St Jérôme, Rue Henri Poincaré
13397 - Marseille Cedex 13, France. P
13SALIR Abdallah: lAPMO, Université d'Aix-Marseille I
29 avenue Robert Schuman, 13621- Aix-en-Provence, France. P
SERVANT Michel: O.R.S.T.O.M., 70-74 route d'Aulnay
93143 - Bondy, France. P
SERVANT-VILDARY Simone: Laboratoire de Géologie, Muséum
National d'Histoire Naturelle, 43 rue Buffon, 75005 - Paris, France. P
SIMONIN André: Laboratoire IMAGEO-CNRS, 191 rue SaintJacques
75005 - Paris, France. P
SP AGNOLI Ninon : Saint-Aventin, 31110 - Luchon, France. 0
SPONROLZ Barbara: Centre de Géomorphologie du CNRS
rue des Tilleuls, 14000- Caen, France. P
THINON Michel: IMEP, Faculté des Sciences et Techniques de St
Jérôme, Case 461, Rue Henri Poincaré
13397 - Marseille Cedex 13, France. P
TILLET Thierry: Université Pierre Mendès-France, Domaine
Universitaire, B.P. 47, 38040 - Grenoble Cedex 9
et LAPMO, URA 164 du CNRS, France. P
VERMEERSCH Pierre Marie: Laboratorium voor Prehistorie, Instituut
voor Aardwetenschappen, Katholieke Universiteit Leuven
Redingenstraat 16 bis, 3000 - Leuven, Belgique. P
WENDORF Fred: Dept. of Anthropology, Southern Methodist
University, PO BOX 750 336, Dallas, TX 75275-0336, USA. P
14INTRODUCTION
Le symposium "Paléomilieux et Peuplement préhistoriques sahariens
au Pléistocène supérieur", qui s'est déroulé à Solignac près de Limoges, du
13 au 15juin 1991, a été la dernière manifestation scientifique du Groupe de
travail sur "les hommes et les déserts" puisque le groupement dont il
dépendait - le Programme International de Corrélation Géologique (PICG)
n° 252, intitulé "Evolution passée et future des déserts" et présidé par Nicole
Petit-Maire - devait disparaître fin 1992.
C'est à la suite du colloque de Djerba (Tunisie), organisé par Nicole
Petit-Maire en 1989, dans le cadre de ce même PICG, que Jean-Louis Ballais
et moi-même avons pris la décision de provoquer deux rencontres
scientifiques autour du thème des déserts et des hommes: Ballais
proposant une première rencontre, à Aix-en-Provence, en juin 1990, sur
l'Holocène et moi-même une seconde, à l'abbaye de Solignac, en juin 1991,
sur le Pléistocène supérieur.
L'austérité des lieux - le thème du symposium l'imposait - a contraint
la cinquantaine de participants à une vie presque monacale, puisque salle de
travail, intendance et hébergement se trouvaient dans l'abbaye même.
L'ensemble de la communauté des chercheurs concernés se réunissait pour,
les séancesde travail (de 8 h à 12 h puis de 14 h à 18 h) et pour les repas;
tout un chacun reprenait ensuite sa cellule pour la nuit où se poursuivaient
parfois, dans l'isolement, réflexion et préparation des séances du lendemain.
L'objectif de ce symposium était de confronter les derniers résultats
dans le domaine de l'évolution paléoclimatique, paléoécologique et
paléolithique du Sahara et de ses bordures, principalement sur les rapports
spécifiques qu'ont entretenus les populations paléolithiques avec leurs
milieux. Pour ce faire, l'ensemble saharien avait été divisé en cinq
sousensembles, faisant chacun l'objet de plusieurs synthèses préparées par des
spécialistes quaternaristes et paléolithiciens.
L'ensemble des participants avait pris connaissance des synthèses
avant la date prévue pour les assises du symposium, de façon à ce que les
séances soient réservées aux débats et non à leur présentation.
15Les trois jours du symposium étaient divisés en six demi-journées de
4 h placées, chacune, sous l'autorité d'un Président de séance et les
synthèses d'un même grand secteur saharien (Sahara nord-occidental, Sahara
sud-occidental, Sahara centro-septentrional, Sahara centro-méridional et
Sahara oriental) faisaient l'objet d'une critique détaillée par des
contradicteurs. Pour chaque demi-journée, les débats devaient porter:
1) sur la fiabilité et la représentativité des datations;
2) sur les paléoenvironnements ;
3) sur les industries préhistoriques;
4) sur les paléoclimats et la paléomorphogénèse.
Le temps de discussion pour chaque débat était décidé en début de
séance par son Président, en fonction de l'importance des sujets à débattre au
cours de la demi-journée.
La dernière demi-journée était réservée à une synthèse des débats.
Enfin, ces journées de travail ont été suivies d'une excursion de quatre
jours en Charente et en Dordogne, pour visiter les gisements et sites les plus
importants de la Préhistoire du Sud-Ouest français: Fontéchevade, La
Chaise, La Quina, Le Fourneau du Diable, Pont d'Ambon, Rouffignac, Le
Moustier, La Ferrassie, Laugerie Haute, L'Abri Pataud, Les Combarelles,
Font de Gaume, Cap Blanc, Lascaux et le musée des Eyzies...
J'ai essayé de réunir les meilleurs spécialistes sur le sujet et même si
des divergences demeuraient encore en fin de symposium - on ne pouvait
espérer obtenir l'unanimité sur tous les points - je pense que nous avons
quand même réussi à définir les grandes lignes d'une problématique globale
permettant d'élaborer pour l'avenir, des dynamiques de recherche pour
répondre à certaines des questions que nous nous sommes posées et pour
lesquelles nous n'avons pu trouver de réponse satisfaisante.
Le symposium terminé, je me proposais d'en publier les conclusions
dans le courant de l'année suivante, mais je m'aperçus vite que j'avais été
trop optimiste car, même si les synthèses avaient été rédigées avant le
symposium, il a fallu plus de six mois pour qu'elles soient étudiées par le
comité de lecture créé après la réunion, que les corrections demandées soient
apportées par les intéressés et que le tout me soit renvoyé. D'autre part, la
transcription des quinze bandes magnétiques totalisant 24 h de débat a été
effectuée par des personnes ayant simultanément d'autres tâches à assumer,
ce qui a considérablement allongé la durée du travail. Pour finir, ma mutation
à l'Université Pierre Mendès-France de Grenoble et la soutenance de ma
thèse d'Etat m'ont contraint à abandonner, pour un temps, les travaux
concernant le symposium.
16Il me reste à espérer que la qualité de cette publication fasse oublier son
retard.
Enfin je voudrais terminer ces quelques lignes d'introduction en
remerciant toutes les personnes qui ont contribué au bon déroulement du
symposium et à la préparation de cette publication:
Tout d'abord le Professeur Théodore Monod pour avoir bien voulu
accepter de présider ce symposium.
Ensuite les 40 collègues dont l'intervention, soit sous forme de
préparation à l'ensemble des travaux, soit sous forme de participation à la
rédaction des synthèses, a permis d'effectuer une réelle avancée dans le
domaine qui est le nôtre et également les 20 observateurs qui ont suivi les
discussions.
Florence Petit qui s'est chargée de l'enregistrement des
communications, Nadine Delage de la traduction simultanée
(AnglaisIFrançais) des discussions pour/de nos collègues anglophones.
L'organisation du symposium n'a pas été non plus chose facile et je
remercie Madame S. Fidant pour le travail d'organisation matérielle, de
recherches de crédits et de réception des participants, qu'elle a toujours
assuré avec la bonne humeur qui la caractérise.
Jacqueline Percherancier et Jean-Louis Ballais qui ont effectué les
transcriptions des enregistrements et, pour le second, contribué à la mise au
propre des figures.
Marie-Blanche Mishoe qui a revu les textes en anglais.
Alain Morel qui a accepté de relire les épreuves.
Ce symposium a été financé par (dans l'ordre alphabétique) :
-l'Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT) ;
-la Société COGEMA de Limoges;
-la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) du Limousin;
-la DRED (Ministère de I'Education Nationale) ;
- la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Limoges;
17-le Ministère de la Coopération;
-l"'Observatoire du Sahara" (Ministère des Affaires Etrangères);
-la Compagnie Française des Pétroles: Total ;
- l'Université de Limoges.
Thierry Tillet
18SAHARA NORD - OCCIDENTAL
NORTH-WESTERNSAHARAPIca 252: EVOLUTION PASSEE Er FUTURE DES DESERTS
groupe de travail: les hommes et les déserts
symposium de Solignac - France (13-15juin 1991):
"PALEOMILlEUX ET PEUPLEMENT PREHISTORIQUES SAHARIENS
AU PLEISTOCENE SUPERIEUR"
IGCP 252: PAST AND FUTURE EVOLUTION OF DESERTS
working-group: Men and the deserts
symposium of Solignac - France (13-15june 1991):
"PALAEOENVIRONMENTS AND PREHISTORIC POPULATIONS OF
THE SAHARA IN THE UPPER PLEISTOCENE"
EL AIOUN - TINDOUF
par/by
A. Salih, J. Onrubia-Pintado & M. Noçairi
Résumé: La situation géographique privilégiée des bassins de Laayoune et
de Tindouf au centre des influences océaniques, atlasiques et sahariennes, a
favorisé le règne d'un climat modéré, tolérant une occupation humaine
continue. L'examen des données bioclimatiques actuelles qui nous ont servi
de repère pour comprendre les paléoclimats, montre que le Sahara occidental
nord-atlantique a toujours conservé un minimum d'humidité durant les arides
pléistocènes. Les "crises climatiques" survenues au "Soltanien supérieur" et
qui ont affecté les populations atériennes du Sahara central et
nordoccidental, n'avaient pas les mêmes conséquences sur les Atériens de l'ouest.
La proximité du littoral d'une part, et l'écoulement montagneux alimentant
oueds et dayas d'autre part, ont assuré leur survie et celle des nouveaux
migrants fuyant l'aridité à l'est. Cette migration hypothétique ne concernerait
que les populations atériennes du Sahara nord-occidental. Ces dernières
auraient alors longé la vallée du Draâ vers la Seguiet el-Hamra et le littoral.
Abstract: The privileged geographic situation of the Laayoune and Tindouf
basins, between oceanic, atlasic and saharan influences, has favoured a
moderate climate that tolerated a continuity of human occupation. The
examination of new bioclimatic data - our reference to understand
paleoclimates - shows that the western and northern-atlantic Sahara has
always conserved a minimum of humidity throughout the arid Pleistocene.
The "climatic crisis" which took place in Upper Soltanian times and which
21have affected the Aterian populations of the central and north-western
Sahara, did not have the same impact on the Aterians of the West. The
proximity to the atlantic coast on the one hand, and the mountain flow
supplying oueds and dayas on the other, assured their survival and the living
to the new migrants fleeing from aridity. This hypothetic migration would
only have concerned the Aterian population of the north-western Sahara.
These populations have probably migrated along the Draâ valley towards tbe
Seguiet el-Hamra and the atlantic coast.
Canaries
. . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . .. . . . . . . . . .. . . . . . . . . . .. . . . . . . . . .. . . . . . . . . . ... . . . . . . . .. . . . . . . . . .
.Fig. 1 Géologie et structure du Sahara nord-occidental
(d'après Schiffers, 1973)
Geology and structure of the North-Western Sahara
(adapted from Schiffers, 1973)
22Introduction
L'absence, jusqu'à présent, de recherches dans le domaine saharien
nord-atlantique et sud atlasique, nous laisse indécis sur la manière d'aborder
la préhistoire de la région. Dresser un bilan de recherches qui n'ont été faites
ni complètement, ni d'une façon continue, demeure téméraire et hasardeux.
Cette partie du grand désert africain est restée à l'écart des activités
scientifiques qui se sont développées dans les secteurs nord-occidental,
central et méridional.
Le terme de Sahara nord-atlantique désigne la bande des terres qui
s'étend en latitude de l'embouchure de l'oued Noun (29° N) jusqu'à l'oued
Kraâ (24° N). Le cadre géographique de cette note comprend les zones
délimitées au sud par Raâs Boujdour (Cap Bojador, 26° N) et au nord par
l'oued Draâ (28° SN), zone qui est délimitée à l'est par le cinquième degré
de longitude W. C'est-à-dire le territoire occupé grosso modo par la
dépression de la Seguiet el-Hamra et le bassin de Tindouf. On peut également
lui fixer des limites bioclimatiques en utilisant les données fournies par
J. Dubief (1963), R. Capot-Rey (1953), P. Quézel (1965), G.Conrad
(1969), J. Schramm (1969) et Ch. Toupet (1973). D'après cette littérature, le
domaine qui fait l'objet de cet article, est délimité au nord nord-est par la
limite nord des palmeraies ou l'isohyète de 100 mm, et au sud sud-est par la de la zone saharo-steppique ou l'isohyète de 50 mm qui constitue l'aire
de transition entre la steppe et le vrai désert.
Les travaux concernant la géologie du Quaternaire et les cultures
préhistoriques au Sahara occidental atlantique sont très rares. Les premières
recherches ont été entamées, dans le secteur sud, à la fin du siècle dernier et
au début de ce siècle par O. Lenz (1882), F. Quiroga (1886), C. Deperet
(1912) et Font y Sergué (1911). Ces études précoces et incomplètes ont été
poursuivies des années plus tard par des chercheurs espagnols, en particulier:
E. et F. Hernandez Pacheco (1949) et M. Alia Medina (1949) qui ont
parcouru la région. D'autres recherches ultérieures ont porté surtout sur le
littoral atlantique et le secteur situé entre l'embouchure du Draâ et Raâs
Tarfaya. Elles étaient réalisées par un groupe de géologues et géographes
dont G. Choubert, F. Joly, M. Gigout, J. Marçais, J. Margat et R. Raynal
(Choubert & ci., 1956) suivies des travaux relativement récents de L. Ortlieb
(1979). Par ailleurs, parmi les préhistoriens qui ont contribué à faire
connaître la préhistoire de ce territoire, citons: J. Santa OlalIa (1944),
F. Jorda Cerda (1955), M. Reine (1961) et P. Biberson (1963 ; 1968).
Cependant, l'essentiel des travaux récents portent sur l'Holocène et le
Néolithique, et ont été effectués par N. Petit-Maire, au cours de cinq
missions pluridisciplinaires (géologie, paléontologie, paléoanthropologie et
palynologie). Enfin, D. Grébénart (1972) a signalé la présence de plusieurs
sites néolithiques et épipaléolithiques dans les environs de Tarfaya. Il est à
noter que la majorité des études programmées et systématiques a été conduite
sur le rivage atlantique et ne concerne que les derniers 10 000 ans. En
23revanche, l'exploration préhistorique et géologique du bassin de Tindouf est
restée pendant longtemps soumise aux observations de quelques chercheurs
en mission de reconnaissance. En effet, les informations peu précises que
nous possédons sur la Préhistoire de la région sont fondées uniquement sur
les récoltes hâtives effectuées par des méharistes en déplacement. Parmi ces
ramassages, il y a ceux qui parviennent à l'I.F.A.N., mais qui ne sont suivis
d'aucun compte rendu ni publication.
I. Le cadre géographique
Les particularités physiques et géographiques du Sahara occidental
atlantique se résument en trois aspects morphologiques: les Hamadas, une
plate-forme côtière datée du Moghrébien, des dunes vives et des sebkhas.
Les dépôts sédimentaires constituant les Hamadas sont disposés en strates
horizontales avec une légère inclinaison vers l'intérieur de la dépression de la
Seguiet el-Hamra. Les formations géologiques sont d'âge secondaire et
tertiaire. A l'ouest, le long de la ligne du rivage une formation gréso-calcaire
taillée en falaise surmonte les sédiments marneux d'âge crétacé. Cette
formation est recouverte par des accumulations fluviatiles, des regs, des
dunes post-moghrébiennes et par d'autres formations superficielles
plioquaternaires attribuées au Moghrébien (Alia Medina, 1949; Schramm, 1969;
Ortlieb, 1979 ; Noçairi, 1991). Par ailleurs, on sait qu'une importante
controverse scientifique a opposé certains spécialistes à propos de son âge
stratigraphique. Pour des auteurs comme M. Gigout (1960) et P. Biberson
(1961), il est d'âge pliocène. En revanche, pour G. Choubert et ses
collaborateurs (1956), le Moghrébien représente la première transgression
pléistocène (G. Beaudet, 1968). Cependant, la partie de ce Sahara qui
intéresse notre travail, est constituée de deux dépressions: celle de Laâyoune
Seguiet el-Hamra à l'ouest et du bassin de Tindouf qui prolonge
naturellement la précédente à l'est.
1) La Seguiet el-Hamra
Géographes et géologues sont d'accord sur le fait que la profonde
vallée principale de la Seguiet el-Hamra est probablement un fossé tectonique
datant du Paléozoïque. Ce bassin, long de 400 km sur une superficie de
65.825 km2 est particulièrement dominé par un relief peu accidenté. Il est
limité au nord par la Hamada d'EI-Gaâda et au sud par la Hamada
d'EIHadeb. La vallée est serpentée par le plus grand oued du Sahara occidental
atlantique, sans compter, bien entendu, les oueds Chbeika et Draâ au nord.
Depuis l'amont jusqu'à l'aval, il traverse toute une région caractérisée par la
planité du paysage. Alimenté en amont par les écoulements provenant de la
Hamada du Drnâ, les puits de l'Farsia, et les affluents qui collectent les eaux
des plateaux environnants, l'oued Seguiet el-Hamra représente le réseau le
24plus important de la région. Il synthétise les traits les plus typiques du
système hydrographique de ce pays aride (Alia Medina, 1949).
2) Le bassin de Tindouf
Au centre, il est occupé. par la Hamada du Draâ. La dépression de
Tindouf est caractérisée par une orientation de type atlasique. D'après Alia
Medina (1949), elle se présente sous forme d'un anté-fossé de l'Anti-Atlas
précambrien. Cette région constitue le domaine des "Krebs" et du matériau
dur. La variété des paysages est attestée par des vallons profonds, des
dépressions ovalaires et des regs (Schramm, 1969).
II. Le peuplement pléistocène supérieur des bassins de
Laayoune et de Tindouf
Cette période récente du Quaternaire correspond dans la chronologie
préhistorique au Paléolithique moyen. Au Sahara, nombreux sont les auteurs
qui désignent les industries post-acheuléenne et anté-atérienne par le terme de
"Levalloisien". En dépit de la multiplicité des recherches au Sahara, et
particulièrement dans ses parties centrales et méridionales, le Moustérien
comme il a été défini en Europe occidentale, n'existe pas ou n'a pas encore
été trouvé.
L'absence de datations absolues et de toute sorte de repère
chronologique, nous oblige à faire le point sur les stations signalées dans une
perspective principalement typologique. La typologie demeure encore le
critère le plus opérant dans le but de dater un outillage, surtout lorsque les
autres critères font défaut. La littérature préhistorique concernant l'industrie
étiquetée de "Levalloisien", n'est pas assez précise pour qu'on puisse situer
cette industrie dans une phase chronologique. La seule donnée dont on
dispose concernant cet outillage, c'est qu'il "se caractérise par des grands
éclats, souvent subfoliacés, des bifaces et des hachereaux très réduits,
parfaitement finis. Lames brutes, grands racloirs, nucléus levallois y
abondent" (Hugot, 1967, p.533). Aucune étude importante n'a été consacrée
à ce type d'industrie, appelée souvent aussi "industrie levalloisienne de
tradition acheuléenne". Sa présence a été signalée entre autres par R. Vernet
(1983) dans l'Adrar de Mauritanie, ainsi que par N. Petit-Maire (1982) en
Libye occidentale, où il serait postérieur aux plus hauts niveaux lacustres et
correspondrait à la période régressive, ce qui le situerait vers 90 000 ans
B.P. (Petit-Maire, 1986, p.63). Au Sahara nord-occidental, H. Alimen et
J.Chavaillon (1955) ont recueilli dans les environs de Beni Abbès une
industrie analogue façonnée exclusivement dans de la meulière et qui semble
être attribuée au Gamblien (Soltanien).
A l'ouest, dans le domaine sud-atlasique et au Sahara nord-atlantique,
les récoltes sont également d'ordre indicatif mais ne manquent pas d'intérêt.
2SEn 1951, M. Antoine a découvert la station dite "levalloisienne" de
Guelmime. Elle fut exploitée par Antoine et Biberson en 1953, puis au cours
de la même année par J. Roche (Antoine & Biberson, 1953, p.20). Par
ailleurs, et située plus à l'est, R.Lafanechère (1952) a signalé la station
"levalloisienne" de Tissint dans le Jbel Bani. Plus au sud, dans le secteur
Tindouf/Seguiet el-Hamm, nous devons nous contenter des notes anciennes
d'Almagro (1946) et autres. En effet, quatre sites seulement ont été cités par
Almagro dans son inventaire: Laayoune, Laghzira, Lameseide et Izik. Ils
sont décrits comme un ensemble "levalloiso-moustérien" qui rappellerait le
Moustérien européen de tradition acheuléenne. A Tindouf, les
renseignements dont on dispose sont fragmentaires. La présence du
Paléolithique moyen dans cette contrée est attestée, mais nous manquons de
données fiables.
R. Mauny, dans sa carte des gisements paléolithiques (1952, p.463),
indique la présence du Paléolithique inférieur et moyen, sans nommer
l'Atérien. De plus, il y a de fortes chances pour qu'une partie des ensembles
lithiques signalés sous l'étiquette d'Acheuléen final ou supérieur appartienne
au Paléolithique moyen (Mauny, 1952). Ainsi, à partir de ces maigres
indications, nous essayons de rassembler les données qui sont susceptibles
de nous éclairer sur le début du Paléolithique moyen saharien. Cependant, la
reconnaissance de cet assemblage comme faciès levallois (Camps, 1974),
"intermédiaire" (Hugot, 1967) ou Moustérien de tradition acheuléenne, tel
que l'entend F. Bordes (1968), ne pose plus de problèmes. En revanche,
l'industrie qui fait suite à ce faciès et qui précède l'Atérien est restée moins
nette, voire hypothétique. Elle fut souvent qualifiée d'''industrie à substrat
moustéroïde". Les principaux sites ayant donné lieu à publications sont la
station d'Aouzergui dans le coude du Draâ (Lafanechère, 1952), et deux sites
du Sahara nord-atlantique, Timelson et Uidmadkor (Jorda Cerda, 1955). Ces
deux derniers gisements ont fourni un outillage formé par des éléments
industriels moustériens, notamment les pointes et les racloirs qui sont
obtenus selon le procédé levallois. Il est certain qu'on ne peut pas classer
avec certitude ces industries dans un cadre chronologique quelconque, mais
néanmoins on sait qu'elles appartiennent au Paléolithique moyen et auraient
pu être attribuées à un faciès moustérien saharien. Certes, les faits
stratigraphiques sont absents, mais les critères typologiques pour distinguer
le Moustérien sont présents. D'ailleurs le premier site qu'on peut considérer
comme appartenant au Moustérien saharien a été découvert et décrit par
A. Rodrigue (1987). Il est situé dans la région d'AkkalTata, non loin de la
vallée du Draâ. La station d'Akka a livré une industrie entièrement façonnée
dans le quartzite. D'après l'auteur elle se présenterait comme le gisement type
d'un faciès saharien du Moustérien, caractérisé par l'emploi de la méthode
"kombewa" et par la présence d'un matériel lourd sous forme d'éclats et de
hachereaux. Récemment, l'un de nous (M.N.) a signalé la découverte, dans
le bassin de Tarfaya, d'un abri sous-roche riche en industrie qui pourrait être
attribuée, selon ses premières remarques, au Moustérien. Finalement, le
26véritable hiatus entre l'Acheuléen et l'Atérien au Sahara dont parlait
HJ, Hugot (1967, p,534), semble se combler au moins dans cette région,
Nous tenons cependant à souligner que le début du Paléolithique
moyen, représenté par l'industrie dite "levalloisienne", n'est pas daté, Les
recherches de P. Biberson (1965) en Mauritanie et celles de N. Petit-Maire
(1982)en Libye, ont fourni des données qui permettent de rapporter cet
outillage au début de l'humide Pléistocène supérieur (Biberson, 1968 ;
PetitMaire, 1986). Pour ce qui est de l'Atérien, on dispose actuellement de bien
meilleures données, surtout pour ce qui est des franges nord-occidentale,
centrale et méridionale du Sahara. En revanche, la partie occidentale qui nous
intéresse n'a pas encore révélé ses richesses. Pour Tindouf et ses environs,
nos connaissances sont limitées aux renseignements rapportés principalement
par des méharistes. Ils ont signalé la présence de l'Atérien et effectué des
ramassages de surface qui n'étaient suivis, ni de description, ni de
publication. Dans sa contribution à l'inventaire préhistorique du Sahara
occidental, H. Bessac (1953) a mentionné quelques pièces pédonculées
parmi ses récoltes aux environs de Tindouf et à la hauteur de la Seguiet
elHamra. Cette dernière contrée aussi, n'a été prospectée que d'une façon
partielle. Si on a recensé plus de 191 sites atériens pour tout le Sahara, la
vallée de la Seguiet el-Hamra n'y a contribué que par 17 stations, concentrées
essentiellement sur les rives de l'oued et son embouchure. Ces gisements ont
été dénombrés, localisés et décrits sommairement par Almagro (1946). Mais,
il faut souligner que peu de recherches ont été conduites dans tout le Sahara
occidental. La répartition des sites montre un ensemble individualisé autour
du cours de la Seguiet el-Hamra et ses affluents. Un coup d'oeil sur la carte
établie par Almagro (1946, p.94), corrobore cet état des faits qui ne sont liés
en vérité qu'aux itinéraires de l'auteur et à la situation particulière de la dite
vallée. Cette dernière a sürement exercé une certaine attraction sur les
populations préhistoriques. Les zones restées vides ne le sont pas réellement
puisqu'elles n'ont pas été prospectées.
Par ailleurs, de toutes les stations présumées appartenir à l'Atérien, une
.seulement a été étudiée (Tukatel-Nakhla). La découverte du site et le
ramassage ont été effectués par R. Balbin Behrmannet J. Sanz-Aranda vers
les années 1973-74. Le décompte et l'étude techno-typologique a été effectué
par l'un de nous (Salih, 1990) à Madrid dans le cadre d'un travail de thèse.
L'industrie est caractérisée par sa patine et son éolisation accusée. La patine
dite "du désert" est d'une teinte jaune foncé. Deux catégories de roches ont
été employées inégalement: le quartzite et le silex. La technique utilisée pour
la mise en forme de l'outillage est le débitage levallois. L'indice levallois
technique est de 40,16 %. L'indice de facettage est fort (50 %). La typologie
est dominée par les racloirs (34,89 %), les grattoirs (21,35 %), ainsi que les
encoches et denticulés. Les pièces pédonculées sont relativement bien
représentées (9,37 %). Le calcul des groupes caractéristiques a montré que le
groupe atérien (29,68 %) occupe la place intermédiaire entre le groupe
moustérien (35,41 %) et le groupe paléolithique supérieur (23,43 %). Ceci
27explique que l'Atérien de Tukat el-Nakhla renferme et les formes classiques
du Paléolithique moyen et les formes évoluées, ce qui le classe parmi
l'Atérien typique.
III. L' Atérien du Sahara nord-atlantique dans son cadre
paléoclimatique
Les éléments nécessaires pour comprendre l'évolution de la civilisation
atérienne dans cette partie du Sahara font défaut. L'absence quasi-totale
d'indications autres que celles de l'outillage entrave lourdement notre
tentative. Nous ne disposons d'aucune date concernant cette période, ni sur les conditions climatiques de l'époque, ni sur les faunes et
les flores de la région. Nous sommes donc contraints d'émettre des
hypothèses en attendant la relance des travaux dans ce secteur du Sahara. Le
Bassin tchadien qui a servi en quelque sorte de trame pour ce genre d'études
est situé dans la zone sahélienne, loin dans l'espace et trop différent pour
nous servir de référence; quoique théoriquement, il semble y avoir une
certaine homogénéité paléoclimatique dans tout le Sahara. Les variations
climatiques auraient des répercussions à travers toutes les divisions
géographiques du désert. D'ailleurs, la phase humide qui est intervenue entre
40 et 20 ka B.P. a affecté le Sahara en général. Les données exploitées par
Th. Tillet (1989) vont dans ce sens. L'aride inter-ghazalien du Bassin
tchadien, qui a duré de 35 à 30 ka B.P. a été synchrone de la disparition de
l'Atérien du Sahara nord-occidental (Till et, 1989). Les modifications
climatiques qui se sont succédées dans le Sahara au cours du Pléistocène
supérieur, et les alternances humide-aride n'ont pas épargné la zone
occidentale atlantique. Il faut admettre qu'il existe certainement des variations
à l'échelle régionale, mais en général, les phénomènes climatiques parvenus
sont communs à tout le Sahara. Cette hypothèse est confirmée par les apports
de la géomorphologie. En effet, les quaternaristes travaillant au Sahara
central ont montré qu'il était possible de distinguer au moins trois terrasses
alluviales dans les lits des oueds sahariens. Dans la zone médiane et
supérieure de la Seguiet el-Hamra, M. Alia Medina (1949) a distingué aussi
trois terrasses quaternaires dont la T3 "debe coincidir con los tiempos de la
glaciacion de Würm" (Alia Medina, 1949, p.1l8). Ainsi, l'existence de ces
trois terrasses alluviales au Sahara central comme au Sahara occidental
nordatlantique, montre qu'au moins trois cycles d'érosion fluviatile liés à des
pluviaux, alternant avec des périodes d'aridité se sont succédés au Sahara en
général. Les recherches pluridisciplinaires qui ont été réalisées dans les
secteurs septentrional et méridional du Sahara ont abouti à la même
conclusion concernant le début de l'Atérien. En effet, d'après ces résultats, il
débute aussi bien au nord qu'au sud, dès le 40ème millénaire avec l'arrivée
de la grande phase humide du Quaternaire récent (Alimen, 1981 ; 1987 ;
Tillet, 1983 ; 1989). Les datations radiochronologiques obtenues pour
28l'Atérien du Maghreb lui donnent une ancienneté de quarante millénaires
(Camps, 1973 ; 1974 ; Camps & al., 1974). Mais, si l'expansion de
l'Atérien à travers le Sahara s'est faite à partir du Maghreb, il faut admettre
que le 40ème millénaire n'est sans doute pas la date la plus ancienne qui
puisse être envisagée pour le début de l'Atérien (Balout & Roubet, 1980).
Son apparition au Sahara paraît démontrée autour de cette date, mais au
Maghreb, son détachement de la souche moustérienne est beaucoup plus
ancien qu'on ne le pensait. Il faudrait de nombreuses datations absolues avec
14C,des méthodes dépassant les limites du avant de conclure sur la date de
l'apparition de l'Atérien. Il est vrai que la connaissance des relations entre la
présence humaine et la succession des paléoclimats s'est précisée pour les
derniers 40 000 ans. Les travaux de H. AHmen (1955), J. Chavaillon ;
(1964), N.Chavaillon. (1974), F. Beucher. (1976) & G. Conrad. (1969) au
Sahara nord-occidental, ceux de N. Petit-Maire., Riser J & al. (1983) au
nord du Mali et ceux de Th. Tillet. (1989), dans la zone sahéliènne, ont
montré que "les variations climatiques sont synchrones, de la limite sud du
Maghreb à la boucle du Niger. L'Humide du Pléistocène supérieur débute
partout à 40 000 B.P. Un épisode aride lui succède à partir de 20 000 à 18
000 B.P." (H.Alimen, 1987 : 223).
Cette vue d'ensemble, proposée par H. Alimen sur les fluctuations
climatiques à travers le Sahara, ne concerne pas le littoral du Sahara
occidental nord-atlantique, en raison de l'influence océanique à laquelle il est
soumis. L'absence de travaux liés à la sédimentologie et à la palynologie,
nous privent d'enseignements précieux pour caractériser les paléoclimats du
secteur de Tindouf et de la grande partie de la Seguiet el-Hamra. On peut
signaler postérieurement à cette contribution, la soutenance de la thèse de
Ouammou A. : "Evolution morphologique récente du bas plateau de Tiznit
(Maroc)" (Nancy II), qui apporte des informations intéressantes concernant
ces paléoclimats (NDLR). La situation particulière de cette partie du Sahara a
fait qu'elle est restée à l'écart de l'intérêt général que les chercheurs portent
sur les "vrais" déserts. Par conséquent, on ne peut la qualifier, de "vrai
désert", d'une part à cause de l'influence atlantique, soulignée notamment par
EM. van Zinderen Bakker & J. Maley (1979), et d'autre part à cause du
domaine montagneux qui le limite au nord. Ces deux auteurs rapportent
qu'au Quaternaire récent, les zones désertiques au sud de l'Atlas étaient
occupées par des lacs qui, grâce à l'écoulement montagneux, ont persisté
plus longtemps. Pour sa part, Rognon (1967) souligne aussi l'importance de
l'humidité et des pluies à l'époque "atérienne". D'ailleurs, au Sahara
nordoccidental, la phase saourienne qui correspond à l'Atérienprésente un
épisode de sédimentation lacustre et de dépôts travertineux à la sortie des
sources abondantes des monts d'Ougarta (Chavaillon, 1964 : 193). D'après
Charnley & al (in: Bakker & Maley, 1979: 87), la zone désertique au nord
du 20QN était humide à la différence du sud où le climat était plus aride.
29Conclusions
De ces données, nous pouvons déduire que durant les Humides
pléistocènes, le Sahara occidental nord-atlantique était mieux arrosé que celui
qui s'étend sur ses frontières orientales. Il a certainement connu une
occupation humaine continue depuis le Paléolithique inférieur, comme en
témoignent les vestiges d'industries. Le dépeuplement qu'ont connu les
zones sahariennes à partir de 20 000 ans B.P., n'a pas, à notre sens, affecté
le secteur atlantique du Sahara. La crise climatique intervenue après cette date
et la disparition de la civilisation atérienne du Sahara méridional (Tillet, 1989)
et du Sahara nord-occidental (Alimen, 1981), n'avait pas un grand impact sur
les Atériens de l'ouest. Au contraire, le Sahara occidental nord-atlantique, au
lieu de se dépeupler, est devenu une "zone refuge" et un lieu de migration
pour les groupes atériens fuyant l'aridité. L'hypothèse avancée par Th. Tillet
(1989) d'une migration longeant le littoral atlantique en direction du Sénégal,
semble possible en ce qui concerne les populations atériennes du Sahara
central et sud-occidental. En revanche, celles du Sahara nord-occidental
auraient pu longer la vallée du Draâ et la zone sud-atlassique pour atteindre la
Seguiet-el-Hamra et le littoral atlantique. Ces vallées de grands oueds et leurs
affluents étaient des couloirs de végétation et ont dftjouer au Quaternaire un
rôle essentiel dans les déplacements humains (Conrad, 19(9). Nous sommes
toujours, bien entendu, en pleine hypothèse. Il est fort possible aussi qu'une
ancienne migration se soit effectuée le long de la côte de l'Océan depuis la
Méseta atlantique. Nous avons soumis à une comparaison les ensembles
atériens d'EI-Khenzira couche A de la grotte Il d'EI-Khenzira (fouille
A. Ruhlmann, 1936), et celui de Tukat-el-Nakhla. Ils présentent de grandes
affinités. Leur différence se traduit en particulier dans la proportion des éclats
levallois bruts dont le nombre est très faible à Nukat-el-Nakhla (Salih, 1990).
La même référence à EI-Khenzira a été faite par M. Almagro (1946 : 133)
pour corréler ses récoltes atériennes de l'embouchure de la Seguiet-el-Hamra.
S'ajoute enfin, la situation géographique du Sahara occidental
nordatlantique, à l'angle d'un cadre jouissant d'un climat clément favorisé par
l'Océan à l'ouest, et d'un écoulement montagneux alimentant d'une façon
continue oueds et dayas. Cet avantage géographique a certainement joué un
rôle primordial et décisif dans le peuplement humain et animal de cette frange
occidentale du Sahara durant le Pléistocène supérieur. De plus, "il est rare
qu'un littoral... ne soit pas lié à une occupation humaine; la mer, sorce de
nutrition inépuisable et bon repère géographique, a également guidé nombre
de migrations. Nous pouvions donc nous attendre à trouver le long de la côte
saharienne, (...) les traces d'un peuplement jusqu'à ce jour ignoré"
(PetitMaire, 1979 : 69).
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L.A.P.M.O., C.N.R.S. U.R.A. 164, Aix-en-Provence & Ministère des
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J. Onrubia Pintado
Universidad de Castilla - La Mancha, Ciudad Real & L.A.P.M.O.,
C.N.R.S. U.R.A. 164, Aix-en-Provence
M. Noçairi
Faculté des Sciences, Université Cadi Ayyad, Marrakech
36PICG 252 : EVOLUTION PASSEE Er FUTURE DES DESERTS
groupe de travail: les.hommes et les déserts
symposium de Solignac - France (13-15juin 1991):
"PALEOMILIEUX Er PEUPLEMENT PREHISTORIQUES SAHARIENS
AU PLEISTOCENE SUPERIEUR"
IGCP 252: PAST AND FUTURE EVOLUTION OF DESERTS
working-group: Men and the deserts
symposium of Solignac -France (l3-15june 1991):
"PALAEOENVIRONMENTS AND PREHISTORIC POPULATIONS OF
THE SAHARA IN THE UPPER PLEISTOCENE"
SAOURA - AHNET - NORD ERG CHECH
GRAND ERG OCCIDENTAL
SAOURA . AHNET - ERG CHECH
NORTH
GREAT WESTERN ERG
parlby
Y. Callot & Th. Tillet
Résumé: Le Pléistocène supérieur du Grand Erg Occidental reste peu
connu en l'absence de datations. L'étude géomorphologique montre que la
structure éolienne de l'erg était déjà en place et qu'un important creusement
hydroéolien y formait de vastes dépressions fermées. Le réseau
hydrographique était très proche de l'actuel. Une série d'oueds en
provenance de l'Atlas saharien s'infiltraient en arrivant dans l'aire totalement
dépourvue d'écoulements de l'erg et de sa marge nord appelée "Mechfar".
L'ensemble est révélateur d'une tendance aride marquée interrompue par une
ou plusieurs phases humides à paléolacs très développés.
Abridged English Version
The Quaternary of Nord-Western part of Sahara is known essentially
in Saoura valley (Alimen, 1952; Chavaillon, 1964 ; Conrad, 1969), except
37in Saharian Atlas piemont. studied by P. Estorges (1959-61 ; 1965 ; 1969).
Holocene was studied by Y. Callot (1984; 1987 ; 1991a; 1991b). but Upper
Pleistocene is much less known, datings being missing. Geomorphological
study allows the reconstitution of palaeoenvironments of the area.
I. The Oued Saoura alluvial deposits and the Saourian
The Saoura Upper Pleistocene terrace (Saourian terrace) was carefully
examined by H. AHmen (1957), J. Chavaillon (1964) and G. Conrad
(1969). In Southern Beni Abbès, it reaches 20 to 25 m of elevation and is
composed with fluvio-wind sans and grey-green sandy marls. It diseapears
after Foum el-Kheneg. The Saourian sedimentation follows on an important
erosion in the oldest deposits. sometimes until the ante-quaternary
substratum. The Saourian is divided by J. Chavaillon (1964) in Saourians I.
II, III, IV and V (fig.2).
The set begins from before 40.000 years B.P. under a semi-arid
climate (Saourian I) with deposits which are sometimes swampy as it is
proved by the presence of a lignite layer and peat sands in Bou Hadid. Its age
is successively >38,000 years B.P. (1-1761) and >39.900 years B.P.
(11787). It continues under a subarid climate with dune overhangs which form
dams in the valley.
Under Saourian II, numerous lakes formed behind the dune bars that
partly blocked the valley.
Under Saourian III. the climate becomes even more arid with a level of
wind blown sand at its base. and then alternating fluvio-wind sands and
clearly wind blown sand.
Under Saourian IV. there is essentially a period of lake sedimentation
in which these are made with sandy limestones dated 30,300 +- 1.500 to
1,300 years B.P. (1-1994) in Foum Tamtert. calcareous-sandstoned crusts
dated 22,500 +- 5,000 years B.P. (1-2554) in Foum Seïda. and
calcareoussandstoned crusts too dated 19.800 +- 3.700 years B.P. (1-2374) (always in
Foum Tamtert. Then we have the return of a climate at most subarid. at least
half-arid.
Saourian V corresponds to the return of a clearly arid climate with a
wind sedimentation but with insertions of sandy limestones with molluscs
dated 16,300 +- 3.500 years B.P. (1-1651) in Anefid and which indicates an
end to this aridity.
The deposits of wind sands are crowned by a calcareous-sandstone
crust called "Gô" and dated 14,500 years B.P. (1-1991) in Eidir.
Pollin analysis oflignite and Bou Hadid's peat sands (Beucher. 1976)
show a mainly grassy vegetation of steppic and aquatic nature. Flora.
examined at different levels of the Saourian set. shows a climate, that is
initially humid -or rather semi-arid - (Bou Hadid) and then varies between
subarid and hyper-aridity.
38II. Bottoms of ponds in Erg Chech interdune holes and
cardium lumachelles and ostracodes in "Pays-Bas" in Ahnet
In Erg Chech North, carbonate deposits linkedwith a layer system
with charophytes and ostracodes, occupy small ponds in erg interdune
bottoms.
In Gara-Azzel-Matti, lumachelles with cardium and ostracodes alternate
with foluns and small clayed layers whose appearance and thickness indicate
a durability of the lake and quiet waters (Conrad, 1969).
This humid phase in these very southern regions of the basins first was
dated by 14C,between 38,000 and 18,000 years B.P. in Ahnet, and between
24,000 and 18,000 years B.P. in Erg Chech (Conrad, 1969), which is in
contradiction with Saoura data as the recharging of layers cannot be
explicated any more from Saourian Il. New dates, this given by the
desequilibrium of uranium (Th/V) and .carred out on the same deposits
14C(Causse & al., 1988) contest these dates. Indeed, four measures in
Kadda in Erg Chech and eleven measures in Gara-Azzel-Matti in Ahnet, have
given data between 100,000 and 80,000 years B.P. This means a
considerable againg of these formations.
III. Chronological position of Aterian in Saoura
The Aterian penetration in North-Western Sahara dates back to the
beginning of Saourian sedimentation thanks to the climate first half-arid, next
subarid. Later aterian people seem to give up the region when the aridity of
Saourian III arrives. But would the hemamian features probably
contemporary with Saourian IV and consequently with Aterian developed of
Southern Sahara not be a relic of Aterian in North-Western Sahara? These
observations about the evolution of in this northern region of Sahara,
closely related with the observations about the climatic and floristic
environment of Saourian, shows that Aterian was asahelian civilisation once
again it accepted a subarid climate (Saourians I, II and may be IV) and gave
up its territory at the time of a hyper-arid pulsation as in Saourian III and may
be in Saourian V too.
Between Saoura in the West and Mzab plateau in the East, the area can
be divided into three parts:
1) the Saharian Atlas range;
2) the hamadas (desert plateaus) of Saharian Atlas southern piedmont
eroded in theirnorthern part by great wadis coming from mountains, in their
southern part by hydroaeolian closed depressions of the Mechfar country
(Callot, 1988 ; 1991a) ;
3) the erg itself, where dunes cover the whole surface.
39IV. The Great Western Erg evolution
The ageof the erg cannot be given with precision, as there are no
datings and remains of an older erg. Yet, a previous erg aeolian structure can
be found at many scales by the study of location of hydroaeolian closed
depressions, situated between the dunes. The size of these depressions
shows that theirformation began long before the Upper Pleistocene:
- hydroaeolian depressions dug in the erg bedrock forms a vast (200 km
diameter) contoured aeolian structure which came into being as early as the
Plio-Pleistocene, for it is fossilized by the hamadian crust;
-at kilometric scale, deflation "cauldrons" dug in deep sands of the
NorthEastern part of the erg contains old sandstone levels showing that the
cauldrons existed as early as Upper Pleistocene (Callot, unpublished). The
erg existed therefore since the beginning of Pleistocene, with possible but
unknown periods of retraction or fixation by a vegetal cover. Its forms were,
at least in some areas, the same as now. The lack of prehistoric remains in
the erg shows that climatic conditions were already rather dry.
V. The hydrographie system
The water drainage runs from North to South. All the Saharian Atlas
waters are drained towards Sahara by large cluses giving into the main
valleys crossing the hamadas. During the Upper Pleistocene, these valleys
had periods of coarse deposits terraces. The last one (Soltanian ?) is 3 to
8 meters high, several kilometers wide, but the Saourian stages cannot be
found in its mainly coarse material.
During all the Upper Pleistocene, there was the same opposition than
now between a drained northern part of the area, and a southern part without
flow.ln the North, a main alluviation stage of sandy obstruction occured in
the Arbaouat cluse, near El-Abiodh-Sidi-Cheikh. It covers clay beds with
peat layers which gave three dates of 30,820 + 1,650 - 1,370 years B.P.,
27,330 + 1,050 - 930 years B.P. and 24,650 + 740 - 680 B.P.
(Fontugne, C.F.R.-C.N.R.S., Gif-sur-Yvette). In the southern part, in the
Mechfar and the Erg, Pleistocene evolution was very different. If there were
no water flows at any time, hydroaeolian depressions were very remarkable
palaeolakes sites, filled by the rise of the hamadian water table. Their interest
is limited by the aeolian erosion which destroyed nearly all the lacustrine
deposits and by the lack of dates. Nevertheless, in some places in the
Mechfar, hard lacustrine sediments (carbonates and gypsum) end with a
limestone bed with Cyprideis ostracods, located higher than the Holocene
deposits. They indicate a main lacustrine stage of Upper Pleistocene.
Y. Quinif (C.E.R.A.K., Faculté Polytechnique de Mons) made Uffh datings
4060 40 2.
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I I I . Site atérien
r
Fig. 1 : Carte générale de la région étudiée avec répartition des sites
atériens connus.
General map of the region studied with distribution of Atérian
sites known.
41of these limestones which gave ages of 208,000 + 14,300 - 13,000 years
B.P. and 147,000 + 21,000 - 17,700 years B.P. The erosion of nearly all
this Cyprideis limestones is the indication of predominently dry periods since
their deposits.
At least, the older deposits of the Holocene rainy period, around
11,000 to 10,000 years B.P., were dated from shells of high lacustrine
deposits. The question of a beginning of this rainy period at the end of the
Upper Pleistocene can be asked.
J. Les alluvions de l'oued Saoura et le Saourien
La terrasse du Pléistocène supérieur de la Saoura (terrasse saourienne)
aétéparticulièrementétudiéeparH.Alimen (1957), J. Chavaillon (1964) et
G. Conrad (1969).
Au sud de Beni Abbès, elle atteint 20 à 25 m de puissance et est
composée de sables fluvio-éoliens et de marnes sableuses gris-vert. Elle
disparaît après le Foum el-Kheneg et les raisons en seraient d'après
G. Conrad (1969, p.267), la dichotomie de son cours au sud du Foum,
l'éloignement du Grand Erg Occidental qui l'alimentait en grande partie en
matériel sableux et enfin l'aridité croissante du climat au-dessous du 28e
parallèle.
La sédimentation saourienne fait suite à une érosion importante dans
les dépôts plus anciens, parfois jusqu'au substratum anté-quaternaire. Le
Saourien est divisé par J. Chavaillon (1964) en Saouriens I, Il, III, IV et V
(fig. 2).
La série débute dès avant 40 000 ans B.P. sous un climat semi-aride
(Saourien I) avec des dépôts parfois marécageux comme le prouve la
présence d'un banc ligniteux et de sables tourbeux à Bou Hadid dont l'âge
est successivement >38 000 ans B.P. (1-1761) et >39 900 ans B.P.
(11787). Elle se poursuit sous un climat subaride avec des avancées dunaires
formant barrages dans la vallée.
Nous arrivons au Saourien II où se créent de nombreux lacs derrière
les cordons dunaires barrant par endroits la vallée. Nous avons alors des
alternances de calcaires lacustres, de deux niveaux marneux fossilifères
datées à El Ouata de 33 900 +- 1 900 ans B.P. (DF-143, T-428 : sur
coquilles de limnées) et de 32 700 +- 1 700 ans B.P. (DF-143, T -429 :
Ibid.).
Au Saourien III le climat devient encore plus aride avec, à sa base un
niveau de sables éoliens, puis l'alternance de sables fluvio-éoliens et de
sables franchement éoliens.
Le Saourien IV est marqué par une sédimentation lacustre composée de
calcaires sableux datés de 30 300 +- 1 500 à 1 300 ans B.P. (1-1994) au
Foum Tamtert, de croûtes calcaréo-gréseuses datées de 22 500 +- 5 000 ans
B.P. (1-2554) au Foum Seïda et aussi de croûtes calcaréo-gréseuses datées
42de 19 800 +- 3 700 ans B.P. (1-2374) toujours au Foum Tamtert. Nous
avons alors le retour d'un climat au moins semi-aride, au plus subaride.
Le Saourien V correspond au retour d'un climat franchement aride avec
une sédimentation éolienne mais avec des intercalations de calcaires sableux à
mollusques datées de 16300 +- 3500 ans B.P. (1-1651) à Anefid, indiquant
une ponctuation de cette aridité.
Les dépôts de sables éoliens sont couronnés par une croftte
calcaréogréseuse dénommée le "Gô" et datée de 14500 ans B.P. (1-1991) à Eidir.
L'analyse pollinique du lignite et des sables tourbeux de Bou Hadid
(Beucher F., 1976), indique une végétation herbeuse dominante, à caractères
steppiques (composées, graminées. et chenopodiacées), et à
aquatiques (typhacées, potamogétonacées et cypéracées), mais aussi une
flore arborescente mineure -5 à 6 % - composée de Tilia, Quercus, Alnus et
surtout SaUse. La flore, étudiée à différents niveaux de la série saourienne
milite bien en faveur d'un climat d'abord humide - ou plutôt semi-aride -
(Bou Hadid) puis alternant entre la subaridité et l'hyper-aridité. Cette
succession de phases subarides puis hyper-arides, correspond bien aux
chronologies climatiques du Sahara méridional et en particulier à celle du
Bassin tchadien.
Dans la vallée du Guir et dans les Monts d'Ougarta, les dépôts du
Pléistocène supérieur sont tout à fait semblables à ceux de la Saoura, mais
avec des niveaux à cailloutis interstratifiés dans le Saourien II. Ils
contiennent, in situ, au Kheneg et Tlaïa - Monts d'Ougarta - une industrie
atérienne (Chavaillon J. & N., 1957a et b et 1962). J. Chavaillon précise
(1964, p.243) que cette culture a pu débuter à la fin de la phase de
creusement du Saourien et s'achever au Saourien II. Cela se conçoit si l'on
admet avec H. Alimen (1976) que la sédimentation saourienne a commencé
sous une "phase humide" -nous dirions plutôt semi-aride. Nous avons donc
là, une occupation atérienne aussi ancienne qu'au Maghreb. C'est
certainement aussi au début du Saourien que correspond un cône d'épandage
à Beni-Abbès dans lequel N. Chavaillon a découvert un atelier de taille à
débitage levallois (Chavaillon J.,I964, p.I98).
Sur un palier d'érosion du Saourien III, N. Chavaillon a découvert à
Hemama, près de Béni-Abbès, une industrie moustéroïde à débitage levallois
à laquelle elle donne le nom d'''Hémamien'' (Chavaillon N., 1964).
N. et J. Chavaillon ne considèrent pas cette industrie comme atérienne pour
des raisons d'ordre technologique et typologique qui ne nous semblent pas
suffisantes pour l'en exclure. Quoiqu'il en soit, sa position sur un palier du
Saourien III, laisse présager que sa position d'origine était soit ce Saourien
III, soit plutôt le Saourien IV. Cette industrie serait alors contemporaine de
l'Atérien évolué du Sahara méridional et du Maroc septentrional.
43B.P. A SA
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Courbe paléoclimatique du Sahara nord-occidental (Tillet,Fig. 2:
sub ou semi-aride.1989) : A =hyper-aride, SA =
Palaeoclimatic curve of the North-Western Sahara (Tillet,
1989): A = hyper-arid, SA = sub or semi-arid.
44II. Les fonds de mares dans les creux interdunaires de
l'Erg Chech et les lumachelles à cardium et ostracodes du
"Pays..Bas" de l'Ahnet
Dans le nord de l'Erg Chech, des dépôts carbonatés, liés à un régime
de nappe, à charophytes et ostracodes, occupent de petites mares dans les
fonds interdunaires de l'erg.
A la Gara-Azzel-Matti, des lumachelles à cardium et ostracodes
alternent avec des faluns et des petits bancs argileux dont l'allure et
l'épaisseur des dépôts
indiquent une pérennité du lac et des eaux calmes (Conrad G., 1969)~
Cette phase humide, dans ces régions. très méridionales du bassin, fut
14C,d'abord datée par entre 38 000 et 18000 ans B.P. dans l'Ahnet et entre
24000 et 18000 ans B.P. dans l'Erg Chech (Conrad G., 1969), ce qui est
en contradiction avec les données de la Saoura, la recharge des nappes ne
14Cs'expliquant plus à partir du Saourien II. Ces dates sont contestées par de
nouvelles, livrées cette fois par le déséquilibre de l'uranium (Th/V) et
effectuées sur les mêmes dépôts (Causse C. & al" 1988). En effet, quatre
mesures à Kadda dans l'Erg Chech et onze mesures à la Gara-Azzel-Matti
dans l'Ahnet, ont donné des dates comprises entre 100 000 et 80 000 ans
B.P., donc un vieillissement considérable de ces formations. Les raisons de
14Ccette contradiction résideraient dans une légère pollution en résistant aux
prétraitements classiques (Causse C. & al., 1988, p.I464), D'après les
auteurs, "plusieurs causes sont possibles: recristallisation d'aragonite en
elle-même dans les milieux suffisamment riches en magnésium pour
empêcher l'inversion en calcite, échange isotopique avec le CO2
14Catmosphérique pour les gisements exposés à l'air, production in situ de à
,. 13 17
partu de' C et 0 par Ies neutrons secon daues ID' dUlts' par Ie rayonnement
cosmique et/ou par le rayonnement alpha de l'uranium ou du thorium",
Comme le soulignent C. Causse, G. Conrad, J.C. Fontes, F. Gasse,
E. Gibert et A. Kassir (1988, p.l464), la dernière grande période humide
anté-holocène remonte à 100 000-80 000 ans B.P. dans ces régions et ainsi
le caractère aride du climat au cours de la fin du Pléistocène supérieur est
probable. Cette aridité accrue dans l'Erg Chech, l'Ahnet et aussi certainement
le Tanezrouft, renforcée par l'absence d'écoulements allogènes, expliquerait
l'absence d'installations atériennes dans ces régions.
. III. Position chronologique de l'Atérien dans la Saoura
Dans la Saoura, la chronologie climatique du Pléistocène supérieur
(fig, 2) est en parfait synchronisme avec. celle du bassin du Tchad. La
végétation était relativement abondante le long des oueds mais le caractère
psammophile d'un bon nombre d'espèces repérées dans le lignite de base de
4S