Sentiers botaniques
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Description

Dans ces vingt-huit chroniques, l'auteur, nous conte l'histoire de la balsamine, les supposées vertus alexitères d'une liane américaine appelée condurango ou celles, maléfiques, des poisons africains utilisés dans les ordalies… Vous saurez tout sur les teintures héroïques et les tisanes émollientes. Tout sur la coca ou la kola. Les présents des Rois mages, la myrrhe, l'oliban. La vie des plantes et l'avis du botaniste.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2011
Nombre de lectures 37
EAN13 9782296467927
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sentiers botaniques
Michel Bernardot
Sentiers botaniques
Chroniques
L’Harmattan
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56132-8
EAN : 9782296561328
Pour Jacqueline

« Que dans vos frais sentiers doucement on s’égare »

Delille, Jardins
Avant-propos
J’ai presque envie d’écrire, paraphrasant Cyrano de Bergerac et sa célèbre tirade du baiser : – « Un livre, mais à tout prendre qu’est-ce ? »
Ces Sentiers botaniques sont la résultante d’une double démarche.
J’avais pris l’habitude depuis une quinzaine d’années de confier à la page blanche – dans de vieux cahiers de brouillon que j’ai nommés Chahine d’après le prénom d’un copain de Vincent, mon fils cadet (le copain les avait abandonnés, encore vierges, au fond d’une valise en papier mâché, dans un recoin de mon garage) – des notes, d’abord éparses, irrégulières, sortes d’exutoires au gré d’humeurs passagères. Peu à peu, au fil du temps, les occasions périodiques ou accidentelles se sont faites plus régulières puis journalières. En fait je suis devenu diariste sans le savoir, comme monsieur Jourdain faisait de la prose, et sans le moins du monde penser égaler le maître absolu du genre, Julien Green et les 17 volumes de son Journal.
Pour me faire la main, j’y ai compilé ad nauseam l’origine et le cursus des mots que je jugeais intéressants, surtout des homonymes – ah, les trois significations et les trois origines distinctes de « poêle » ! – pris page par page et de A à Z dans le petit dictionnaire étymologique d’Albert Dauzat. Après la séance de travail j’ajoutais parfois quelque billet d’humeur, scènes domestiques, l’enchantement d’une promenade, le récit nonchalant des jours qui passent. Je m’aperçus bientôt que, outre ma passion pour l’étymologie (facilitée ou initiée par des études classiques), mon plaisir jumeau et fort ancien d’évoquer des sujets botaniques se manifestait par un saupoudrage assez fréquent d’occurrences touchant aux plantes, aux drogues, aux toxiques, autres poisons.
Ils m’étaient bien sûr familiers (je suis tombé dans le chaudron de la botanique à l’âge de dix-sept ans dans des circonstances auxquelles j’avais, il faut bien l’avouer, un peu tordu le bras, mais je procédais aussi d’une filiation, subissais l’impact d’une forme d’atavisme). Encore aujourd’hui, les noms latins des plantes, appris par cœur – mais avec un fameux sucre d’orge à la clef – voilà plus d’un demi-siècle, suivent automatiquement dans mon esprit leur vocable français. Ils se prélassent dans les replis de matière grise comme de petits fantômes qu’il n’est jamais nécessaire de convoquer : ils jaillissent alors, comme Athéna toute armée du crâne de Zeus, son papa. En deviennent gênants à la limite, tintinnabulant à la suite du nom courant mieux qu’une clarine au cou d’une vache d’alpage. Impossible de béer devant le port altier d’un noyer sans que Juglans regia , son blase savant, n’en vienne parasiter la noblesse (encore que « regia » n’est-ce pas…). Pas mèche d’admirer le flamboiement cramoisi d’un laurier-rose « Géant des batailles » au bord d’un oued sans que le Nerium oleander qui lui est irrémédiablement associé n’accoure ainsi qu’un double enchaîné par un sortilège.
Qu’on veuille bien compatir… Et la poésie dans tout cela ! Obligé de ruser, tricher et, si besoin, renvoyer les importuns dans les limbes à coups de lattes.
Bref ! Cette intuition de combiner deux de mes passions les plus notables, étymologie et botanique, s’est imposée à moi comme une évidence. Les différentes facettes linguistiques de mes petits diamants végétaux peuvent en effet prendre des reflets supplémentaires selon les éclairages, se mettre à chatoyer de conserve tout en se poussant mutuellement du col. J’ai tenté d’en faire de mignons joyaux sertis dans une rivière, des bouquets de floralies…
Je ne sais pas, moi… Pour oser une comparaison footbalistique, comme Xavi et Iniesta en compères inspirés sur la pelouse illuminée du Nou Camp à Barcelone ou, pour en revenir à mes moutons, montrer que, s’il est aisé à un profane de deviner que la digitale , Digitalis purpurea (zut ! les deux mots m’ont échappé, diablotins vif-argent), montre le doigt (lat. digitus ), les noms populaires de la plante, « doigtier de Notre-Dame » et « gantelet », le rappellent amplement. Mais, bien souvent, les origines ne sont plus reconnaissables par le commun des mortels : on le verra au fil des pages pour le séneçon et tant d’autres … Ainsi de la balsamine, nommée Impatiens noli me tangere , à cause de la phrase adressée par le Christ à Marie-Madeleine après sa résurrection. « Ne me touche pas ! ». (Plus exactement « Veuille ne pas me toucher »). Un nom qui lui est échu car, nous dit Littré, « la balsamine est une plante dont les capsules, à l’époque de la maturité, s’ouvrent au moindre contact et dont les graines s’élancent avec raideur à l’ébahissement de quiconque ignore ce phénomène ; on l’appelle aussi balsamine des bois et herbe de la sainte Catherine. »
Ou ce cachottier de myosotis, qu’on nomme grémillet mais aussi oreille-de-souris dans les campagnes (en grec, muos, génitif de mus « souris » et oton , accusatif de ous « oreille »). Son sobriquet le plus courant, « Ne m’oubliez pas » – les Allemands ont Vergiss mein nicht , les Anglais Forget me not , les Espagnols no me olvida , et tant d’autres, Italiens, Polonais – viendrait d’une légende, apparemment universelle, qui conte la triste fin d’un chevalier penché sur l’encolure de son destrier pour en cueillir une fleur à la gente dame juchée à ses côtés sur sa haquenée, et qui se noya, emporté par le poids de son armure. Il lança alors la fleur à sa dulcinée en lui criant (dans l’une quelconque de ces langues européennes) – « Ne m’oubliez pas ! ».
Enfin… il m’a vite semblé judicieux d’habiller ce que ces sciences – qui m’emplissaient certes d’aise – pouvaient avoir de rébarbatif, des atours fringants que nous a laissés la littérature et, lorsque c’était impossible, avec des oripeaux brodés par moimême au fil du temps…
Une petite Hélène s’y reconnaîtra peut-être dans « Une valse à trois temps » mais des Hélène j’en avais tant (quatre, en comptant celle de la chanson de Brassens avec ses sabots crottés et la petite sœur qui m’a quitté ce dernier automne). Me restent mes brus…
Je n’ai pu éviter l’évocation ça et là de mon pays perdu voilà déjà si longtemps, une vie d’homme ou presque… Tentant, sans toujours y parvenir, afin de ne pas paraître vieux jeu (les lacaniens liront « je »), d’éviter les délices délétères de l’égotisme, les sables mouvants de l’égocentrisme, les grillages implacables du solipsisme.
J’ai plaisir à reconnaître ici, à proclamer ma dette immense envers le majuscule Pierre Michon des Vies minuscules . Dans les moments de doute, de déréliction, de panne d’inspiration, j’avais toujours en mémoire ses confidences sur ses propres affres d’écrivain :
« Chaque matin, je posais la page sur mon bureau et attendais en vain que la remplît la faveur divine… Des livres m’entouraient, bienveillants et recueillis, qui allaient intercéder en ma faveur ; la Grâce ne saurait assurément résister à un si bon vouloir ; je la préparais par tant de macérations… Elle ne vint pas… C’est que, orgueilleusement janséniste, je ne croyais qu’à la Grâce ; elle ne m’était point échue ; je dédaignais de condescendre aux Œuvres, persuadé que le travail qu’eût exigé leur accomplissement, si acharné qu’il fût, ne m’élèverait jamais au dessus d’une condition d’obscur convers besogneux. Ce que j’exigeais en vain, dans une rage et un désespoir croissants, c’était, hic et nunc, un chemin de Damas… »
Mais j’ai parlé de double démarche… essayant d’éclairer la première, qui fut intégralement mienne, autonome et, peut-être programmée de longue date. Me faut-il encore, encore plus devrais-je dire et, tel un ancien premier ministre, « fendre l’armure ».
Car nul de mes élans n’aurait franchi le seuil de ces carnets intimes sans l’attention sans faille, sans la sollicitude éclairée du couple formé par Marc, mon fils aîné, et sa compagne. Toute une décennie, ils m’ont encouragé, soutenu, conseillé chacun à sa façon. Elle, en corrigeant à sa manière minutieuse, voire radicale, certains textes – les premières moutures en ont gardé les séquelles sanglantes laissées par son feutre rouge – et surtout, en apaisant avec une bonne grâce inépuisable mes incessants démêlés avec ma bécane. Maternant mes débuts tâtonnants et ignares dans les arcanes périlleux du traitement de texte.
Lui, mon fils, en me glissant des remarques propres à me mettre à l’aise, à me faufiler en douce dans mes nouveaux habits d’apprenti écrivain. Et c’est à lui que je dois l’idée de regrouper par thèmes la vingtaine de chroniques annuellement écrites depuis le milieu des années 90. Ainsi, à sa manière, il a endossé un peu de la paternité de ces “Sentiers” et il m’est spécialement doux d’avoir une dette, et de cette espèce, envers mon premierné.
Je ne suis pas de ceux qui souscrivent à cette idée reçue qu’il est pénible de devenir le débiteur de quelqu’un (il existe un adage un peu leste qui la résume, en nos terres occitanes : « Fai de ben a Bertran / o te tomerà en cagant » et qu’il n’est pas, je suppose, nécessaire de traduire).
Lorsqu’il s’agit, en plus, de votre propre chair, je l’imagine comme un phénomène d’osmose – la pression osmotique s’étant, comme par une sorte d’enchantement (au sens fort du terme), inversée… une sorte de retour sur investissement pour s’exprimer en homme d’affaires. Mais plutôt, délaissant le langage scientifique pour une métaphore liturgique, une sorte de baptême à rebours puisque, après tout, votre rejeton aura fait de vous, juste retour des choses, un born again .
De « férule » en Deep South
Je me mets, grâce aux mots croisés et à la présence récurrente de l’ase, à démêler les rapports entre la férule et l’Asa foetida … Vaste programme. Il s’agit de la même plante – une grande ombellifère de deux mètres de haut, originaire du Cachemire ou de Perse – que l’on nomme Ferula asa-fœtida et qui fait, comme on le verra plus loin, couler des larmes de manière et pour des raisons tout à fait différentes.
Lorsque l’on pique la plante au collet – la partie de la plante entre la racine, énorme, et le début de la tige – il s’en écoule un suc laiteux très odorant, fétide, plus ou moins alliacé ; on procède à deux récoltes, une première moins estimée, la seconde dix jours plus tard (plus chargée en principes actifs car provenant d’une réaction de défense de la plante). Puis le lait recueilli est desséché par étalement sur des feuilles où il prend son aspect en larmes qu’on commercialise ensuite ; elle est utilisée comme antispasmodique et anthelminthique ; et aussi comme condiment en Inde malgré – ou à cause – de son épouvantable odeur…
Le sens moderne « être sous la férule » au figuré vient de l’ancestrale utilisation des tiges de férule, d’abord pour confectionner des attelles pour réduire les fractures puis pour châtier les écoliers ; on disait « prendre la férule » pour « devenir maître d’école »
Ainsi, au propre :
« Il se rappelait en frémissant le seau plein de saumure sous la chaire, dans lequel trempaient les férules pour rendre le cuir plus cinglant… », (A. Daudet) Numa Roumestan.
Et, au figuré :
« Guillaume croyait de son devoir de les tenir sous la férule d’un antique despotisme inconnu de nos jours dans les brillants magasins modernes… », (Balzac) La maison du chat qui pelote
« Le Parlement voulut humilier d’Argenson et donner au Régent une dure et honteuse férule », (Saint Simon)
Plus tard, les tiges de férule seront remplacées par des petites palettes en bois ou en cuir avec lesquelles on frappait la main des écoliers leur faisant ainsi venir les larmes aux yeux.
Sur un autre plan, je viens de terminer La foire aux serpents , de Harry Crews, dont J. m’avait vanté les mérites, pour l’avoir dévoré avant moi ; tout simplement formidable et digne des plus grands de la littérature US. Le Deep South comme si on y était, ses petits Blancs imbibés de whisky, ses Blacks à peine sortis de l’esclavage, cette ambiance délétère qui corrode choses et gens abrutis sous les secrets de famille… et quelques scènes d’anthologie, comme le repas du crotale – un festin de rats vivants, gobés tout crus dans l’arrière-boutique – pendant une beuverie dans la cagna de Joe Lou, le dressage proprement infernal des pitbulls du père Big Joe, une ou deux scènes de baise d’une crudité extrême dans une inénarrable caravane, sans compter l’apothéose : le découpage au rasoir de la bite du shérif violeur par la petite négresse qu’il viole et son hémorragique arrivée chez le toubib local. Impossible de tout citer, un vrai grand bouquin, un plaisir ineffable qui fait oublier tous les navets qu’il faut ingurgiter avant de faire une trouvaille de ce calibre.
Orages de grêle et rouge ponceau
Je fonce de bonne heure au village acheter Libé et « jeter une pops » au marché rapide. L’Alazard Balthazar – mon boucher – n’a pas de clients et je me laisse tenter par deux petits rôtis de pintade et un superbe rosbif de charolais ; du coup, on s’offre à midi un repas d’amoureux, un petit gueuleton pour fêter notre retour, malgré qu’il fût terni par l’absence béante de ma Finaude à l’arrivée, ses piaulements de joie, allées et venues folles cuisine-canapé avec dérapages plus ou moins contrôlés. Un rôti de pintade donc, en cocotte et ses pois gourmands.
Le dimanche soir à Paname, à la suite d’une réponse – miélusive, mi-allusive – que je fais à une évocation par Jean de ma Fine récemment envolée, Marc prend la balle au bond et lâche le paquet, annonçant sans trop de précautions oratoires à sonfils la disparition de ma chère défunte… À l’instant, on a droit à un mix Niagara-Vic Falls, qui va durer tout le souper et bien après... pauvre Sugar, fallait-il qu’il l’aimât tant notre Mémé Gouffe ! Ma Lady nichons ! Une fois qu’il a récupéré un peu de sérénité, il nous demande : – « Vous avez gardé le fauteuil noir ? » Le canapé vert, celui des chiens, qui en aura tué trois sous lui.
On a droit, la dînette terminée, à un spectacle rarissime et d’une beauté « souffle-coupante » : un, deux, trois orages de grêle, de beaux grêlons qui tombent dru et couvrent vite le sol d’une couche blanche et nacrée, échappés de formidables nuées noires mais éclairées latéralement par le soleil qui joue avec la colline… je me fais choper avec délices par l’un d’entre eux alors que je descends au courrier, me régale de la douce caresse des petites billes de glace qui fondent aussitôt sur ma parka jaune.
Beaucoup plus tard, avant l’embarquement pour les rivages où règne Morphée, J. qui lit encore, me demande la signification de ponceau… je livre ma science en la matière, encore rudimentaire : colorant rouge. Le Petit Robert, immédiatement consulté, donne deux ponceaux, un petit pont et une fleur : le coquelicot… Je remets au lendemain les carottages plus approfondis qui livreront, je l’espère, tous les sucs délectables du mot…
1. Ponceau 1 petit pont d’une seule travée servant à franchir un ruisseau, un fossé; de poncel (1190) du lat. pop. ponticellus , lat. class. ponticellus « petit pont »; à noter le diminutif poncelet « très petit pont » et accessoirement, patronyme d’un ancien président du Sénat.
2. Ponceau dérivé de paon par analogie entre les couleurs éclatantes de la fleur et celles de l’oiseau; le mot désigne un pavot sauvage de couleur rouge, appelé usuellement coquelicot d’après la couleur de la crête du coq (encore un oiseau). Je m’offre au passage un trip de rêve, la découverte d’une, encore, correspondance littéraire, nulle part indiquée : le pavot-fleur, nommé d’après le pavo animal (nom latin du paon pavo, pavonis ).
Au passage, un peu de botanique : le coquelicot – Papaver rhoeas– est une herbe annuelle, originaire d’Europe et d’Asie Mineure jusque aux bords de l’Euphrate ; attribut de Cérès, il accompagne les moissons. On l’utilise en pharmacopée dans les espèces pectorales, le sirop de Désessartz et l’eau de Rabel qui lui doit sa coloration.
« Comme le ponceau sur soie résulte de l’application d’un pied de rocou et du rouge de carthame, il pâlit par les alcalis et s’avive par les acides », (Chaptal)
« Quantesfois notre soc depuis sa mort cruelle « A fendu les guérets d’une peine annuelle « Qui n’ont rendu sinon, en lieu de bons espics « Qu’yvraie, qu’aubifoin, que ponceaux inutils », (Ronsard)
1 . Nous distinguons les noms étudiés selon qu’ils sont en gras , tirés principalement de citations de dictionnaires, ou en police normale quand le commentaire a été écrit par l’auteur.
Souffle du vent, griseries d’aconits
Cornecul Tramontane… qui fait hurler les pins, couvrant presque le dialogue piano-violon d’une sonate de Brahms… invraisemblable comme ce pays de cocagne peut devenir celui des trente six mille diables, déments farfadets… hululant, geignant, ahanant, grinçant, soufflant ; l’envie de pétuner qui deviendrait irrépressible au dehors m’empêche de sortir faire un croquis pour illustrer le raccourci qui, l’autre jour – mais c’était heure d’hiver à l’époque –, m’est venu en regardant depuis la terrasse la glace de Maguy et ce qui s’y reflétait : la fontaine des Rompudes en étain, le gros bahut gascon aux pointes diamant, un dernier cadre noir fabriqué par la nuit. Un résumé en somme, par le truchement du bref miroir, de nos activités humaines plus ou moins vaines et de leur conclusion future… point ne voudrais-je pourtant donner une fausse image – tiens, tiens ! – de fixation filiale exacerbée… juste un petit flash taquin, narquois, une sorte de Vanité. Bon ! Voilà mon aconit qui va encore sauter…
« La terre par le ciel encore n’estoit maudite ;
« Son sein ne produisait encores l’aconit » (Ronsard)
« L’aconit est une herbe qu’aucuns appellent luparia, parce qu’elle tue les loups » (Paré)
D’après le Planchon et Bretin 2 , ma bible chérie de matière médicale, le nom vient d’ aconé « pierre » par allusion à son habitat ou de la ville d’Aconis en Bythie où la plante abonderait ; le susdit Planchon a tout faux ; écoutons plutôt le Robert historique :
Aconit : emprunt (1160) au latin aconitum (Ovide), transcrivant le grec akonitum ; les étymologies données par Pline (par exemple du latin acone « pierre à aiguiser » parce que la plante pousserait sur des roches ainsi nommées) sont fictives ; le grec akonitum s’applique à diverses plantes toxiques et son origine est inconnue, malgré celle que donnaient les Anciens, de akoniti « sans poussière » d’où « sans combat » et « invincible ».
Les aconits habitent surtout l’hémisphère boréal, dans les bois et les prairies montagneuses, en trois régions principales :
– les montagnes de l’Europe centrale
– la région sino-japonaise, la Mandchourie et la Corée
– la région de l’Himalaya, fournissant les Aconits de l’Inde
Les noms des Aconits chez les Anciens ( Vulparia, Luparia, Strangulator léopardi ) montrent que leurs propriétés étaient connues et fort utilisées. La fable les fait naître de la bave de Cerbère (Ovide) et utiliser par des empoisonneuses célèbres comme Hécate et Médée ; malgré l’usage immémorial comme toxique, l’usage thérapeutique, spécialement dans les névralgies du trijumeau, date seulement de 1760.
L’Aconit napel , seule espèce officinale est connu sous de nombreux noms : Napel (racine napiforme), Char de Vénus, Casque, Capuchon.
2 L. Planchon et Ph. Bretin, Précis de matière médicale , Paris, Librairie Maloine, 1936.
La pastenague et la mort qui rôdait
Jaco, qui dans l’après-midi me chipe une grille, m’interroge à l’inopiné sur la signification de pastenague et je suis bien forcé de reconnaître mon ignorance quoique ayant déjà rencontré la bête.
Le Petit Robert aux fins de dégrossissage voire d’approfondissement de cette pastenague . J’y passe in fine une grosse heure, sautant du premier dico au Larousse – le Petit Robert m’a fait ressouvenir de la parenté avec panais – et j’espère trouver un dessin ou une photographie de l’une ou de l’autre, puis au L3, à mon cher bouquin de botanique, au Dauzat, je cavale ensuite au Grand Robert, au Bloch et Warburg, finissant au Littré comme à l’accoutumée pour d’éventuelles citations… le grand jeu, quoi !
Panais : n.m issu ( pasnaie 1180) du latin pastinaca , nom de diverses Ombellifères et en particulier une espèce cultivée pour sa racine charnue ( pastinaca sativa ) ; la pasnaie est passée du féminin au masculin et le s s’explique par l’emploi prédominant du pluriel pour les légumes.
« Il resta là, bras ballants, planté comme un panais »
On apprend dans le Littré que pastenade est l’ancien nom du panais.
« Les pastenades et les carrotes ne différent par-entre-elles presque en autre chose qu’en la couleur ; celle de l’une estant rouge et l’autre blanche. », (O. de Serres)
Pastenague : du latin pastinaca , par le provençal (1562). Sorte de raie avec une queue volumineuse, munie d’un aiguillon vénéneux.
« Les bêtes venimeuses sont aspics, pastenaques, vives, torpèdes, araignées. », (Paré)
Et, ce matin là, chez Vargas, cette phrase étonnante : « Oui, bien sûr qu’il aimait C., du plus loin de lui-même, du fin fond de ces terres ignorées que l’on trimballe en soi comme un monde sous-marin et étranger. Bien sûr. Et après ? »
Maigret, Marguerite, Moutardes
Un beau soir, la fée TV, plutôt Carabosse de son état, nous offre un Maigret à la formidable odeur de vase, d’après Le Charretier de la Providence , avec un vieux canal dans le Brabant wallon, un bistrot dans son jus devant les portes rouillées des écluses qui montent et descendent les mariniers. Une fois la nuit passée sur le petit bijou simenonien, il me plaît d’y revenir, d’en léchouiller avec gourmandise la couleur locale et l’ambiance ; le taxi – une vieille Pontiac ou Studebaker impayable – qui fait la navette au long du bief entre l’écluse et la ville voisine ; les péniches, leur différents moyens de locomotion, à moteur pour le riche bourgeois ou halées par des chevaux que transporte l’énorme navire dans sa panse. Des chevaux eux-mêmes démesurés, des Ardennais ou des Boulonnais au cul gros comme une 4CV, les jambes poilues aussi épaisses que troncs en forêt, qu’on loue à l’occasion à des charretiers locaux… C’est merveille de voir les lés accolés à la voie d’eau s’enfoncer dans le paysage, la péniche silencieuse tirée par les puissants canassons gris et qui déchire des moires froufroutantes sur la surface de vif-argent.
Après les noires délices d’outre-quiévrain, les bleus de notre prison dorée, la piscine dans son écrin qu’il faut bichonner sans cesse, l’écrin autant que la gemme… mais en revanche, quel calme ! Maguy se retrouve souvent avec moi, par touches timides et fugaces : la douceur de l’eau la fait venir, le reflet de l’onde sur l’olivier – ce petit miroitement qu’elle adorait voir frissonner sans bruit, la perfection tranquille d’une fleur de dahlia, l’odeur d’une rose… Aucun effort à produire, elle s’en vient, s’en va, petite fumée magique ; c’est tout naturel, tout est trop beau pour moi seul. Les deux premières pages du Supplément-Livres, consacrées cette semaine à Martin Amis prolongent la compagnie. Cet écrivain britannique est le fils de l’encore plus célèbre Kingsley Amis, écrivain lui aussi. Mort avec un alzheimer… quelques lignes qui disent, bien mieux que je ne pourrais le faire, le désarroi qui m’avait saisi quand elle a commencé de battre la campagne.
« Il arrive souvent que les écrivains perdent l’esprit, en particulier l’usage des mots, qui sont tout pour eux. Kingsley était un homme qui s’exprimait de la manière la plus merveilleuse qui soit… Toute son exubérance passait par les mots, par la bouche et, tout à coup, il ne s’est plus exprimé que par des lieux communs, des clichés, des répétitions. Tout ce que l’écrivain détestait se retrouvait dans sa bouche, c’était tout ce qu’il était devenu capable de dire. Cela m’a frappé comme une terrible blague cosmique… »
Et un dîner en amoureux, mais frugal, sur la terrasse. Ce coup-ci, c’est Robert que j’invite : j’ai fait des œufs au plat sur une tranche de jambon cru poêlée et je sens se dilater ses narines.
Au matin, je mets – non sans de gros efforts – à exécution mon projet fermier avec Fanny, l’emmenant dans la béhème parentale à mon dépôt de fruits et légumes chez le pied-noir aux quarante enfants… Là, elle peut se repaître, quoique avec méfiance, de coqs, de poules, canards, pintades et autres chevaux (qu’elle nomme ânes). Elle les préfère encore dans ses petits bouquins… Voiture remisée, j’embarque mon modèle réduit qui me traîne sévèrement par la main, histoire de libérer Ris et sa mère, pour une balade au long du chemin des Arènes, un chemin dont elle connaît désormais le moindre caillou, la moindre boule de cyprès. Elle s’arrête à tous les portails à chiens, frémissant lors des abois comme la ramure d’un troismâts sous la tempête, mais fascinée… une jeune femme apparaît, une jolie joggeuse escortée d’un chien et stoppe sa course en me voyant tenter de charmer la bête – une sorte de pitbull bonasse et trempé, une chienne nageuse… ma pépette est terrorisée par la proximité du fauve et moi, ravi : la fille est splendide, un peu de sueur perle à sa peau, un bandeau lui fait soutien-gorge et un minuscule short moule avec une précision anatomique l’adorable fessier qui ondule au-dessus de jambes qui ne dépareraient pas la statuaire de Phidias. Elle repart, sa Naïa dans la foulée et sourire aux lèvres…
Chez Fred Vargas encore, le commissaire et héros ne cesse de perdre sa nénette, sans pour autant manquer de compensations.
« (…) il n’avait pas fondu comme cire dans l’esprit de Camille. Mais de cela, il n’avait jamais trop douté. Non qu’il se crût inoubliable. Mais il sentait qu’un bout de lui s’était calé comme une petite pierre au fond de Camille et qu’elle devait en être un tant soit peu alourdie. »
La chose commence par un rêve, un de ceux à base de PFH (alias Pinky Falseheart). Une fac de province, au bord d’une rivière dont les eaux ont depuis longtemps oublié les galets qui emplissent son lit, plus haut dans la montagne, tra os montes . Il y a là un guy , probable ancien condisciple aux contours imprécis. La fille – tignasse illuminée aux mèches en éruption solaire – m’ignore avec constance et finit par me confier qu’une fois la fac terminée elle y travaillera dans un labo. Sans crier gare, elle rejoint son fiancé. Moi, je déclare au témoin estomaqué que bien qu’on ait commencé nos études de conserve, je suis allé si vite que j’ai conquis mes CES, travaillé si longtemps que je suis maintenant à la retraite.
Dégustation immodérée mais à coups de langue gourmande de ma solitude matinale… un sentiment qui jouxte l’état dedéité. À l’extérieur, le juin ensoleillé sans relâche ; à l’intérieur, l’ombre fraîche, volets des chambres entrebâillés… les livres qui se serrent frileusement… le léger courant d’air qui caresse ma tenue d’Adam intégral… gorgées de café ad libitum … ma béatitude à son comble.
Tout à mes rêvasseries, la patrouille me rattrape. Tandis que je taille ma route salonaise, cette route des centaines de fois faite et refaite, j’ai bizarrement l’impression que rien n’a changé, qu’à l’intérieur de moi, au moins, je suis le même ; un glance au rétro m’affirme que le regard est bien le mien, celui de toujours… et cette rémanence me sidère. On est le même jusqu’au bout ? Béantes, s’ouvrent des perspectives sur MAC (Marthe Augusta)… puisqu’elle est au bout du bout, foulant encore le bon côté des berges de l’Achéron… le caractère ! Vitupère, tonne après ses filles, tonitrue… Née comme ça, aussi bien ! La douceur apparente, artificielle bénignité… au moindre heurt, moindre contrariété, traverse infime : le naturel ! Au galop ! Le pétard ! Moutarde au nez…
Tombé ces jours-ci sur sanve, un des noms régionaux de la moutarde. Je m’attarde à faire rendre ses sucs linguistiques à cette familière de nos campagnes, au nom qui rappelle le raisin( !), aux surnoms ruraux qui évoquent les cataplasmes, et dont le nom latin et savant, Brassica , est d’origine gauloise…
Le Robert classe sanve dans les appellations régionales, à côté de sénevé ; lequel sénevé a un destin chaotique : de moutarde sauvage initialement, il désigne actuellement la moutarde cultivée. Le sénevé (latin sinapis, emprunt au grec sinapizein = faire des cataplasmes de moutarde) fait référence aux propriétés de la plante, la moutarde au procédé de fabrication de ce condiment : mustus « nouveau », de mustum « jus de raisin » non encore fermenté, liquide dans lequel on broyait les graines de moutarde. Au passage, un clin d’œil à ma marotte (un diminutif de Marie, une image qui rend fou) pour les accents circonflexes : mustum a donné « moût » avec l’accent quand moutarde n’en a pas. Mystères insondables et délicieux.
Le nom savant, bien sûr latin, Brassica nigra , laisse entendre qu’il en existe aussi une blanche. On fait les sinapismes avec la noire, la moutarde avec la blanche.
« De trois choses Dieu vous garde
« Du bœuf salé sans moutarde
« D’un valet qui se regarde
« D’une femme qui se farde. » (Dicton populaire)
Le grand Linné l’avait baptisée Sinapis nigra , mais on a créé depuis deux genres , Sinapis et Brassica au sein de la tribu des Brassicées.
Un peu de botanique ? « Les Brassica et les Sinapis ont des siliques déhiscentes et des cotylédons condupliqués » Oh, les vilains !
« Il est semblable à un grain de sénevé, qui, étant la plus petite de toutes les semences qui sont dans la terre, lorsqu’on l’y sème, monte quand il est semé, jusqu’à devenir plus grand quetous les légumes. », (Évangile selon St Marc)
Pour finir, mes recherches m’ont fait redécouvrir le principe actif de ces plantes, qui ne me serait pas venu directement à l’esprit – mais qui depuis y gigote délicieusement, me rappelant ces découvertes botaniques du stage – ce nom barbare et magique : l’isothiocyanate d’allyle.
De l’ers à Esaü
En cette veille de fête nationale, nous dégustons, accompagnés de Marc et Chou, un « farci » qui a vu Jacota se défoncer. Une fois les tomates, pommes de terre, poivrons et courgettes envoyés par le fond, une brèche se glisse, insidieuse, dans nos habituelles discussions et on voit brusquement Hélène apparaître, vêtue d’une vieille (enfin… ancienne) robe de J. – laquelle tente ces temps-ci de mettre un peu d’ordre dans le bordel éhonté qui règne dans le dressing. La chose va à ravir à ma blonde bru et J. se pique au jeu, monte choisir de nouvelles robes, des tenues de soirée dont certaines sont enfilées en quasitenue d’Ève, des avec chapeau, des sans chapeau, un smoking coquin, et jusqu’à la veste en loup gris de Sibérie. In fine , tout le monde participe au défilé qui connaît un franc succès et que j’immortalise au moyen de quelques photos. Après un faux départ de ma bien-aimée, la compagnie s’effondre dans les frais fauteuils du salon ; au programme : l’Algérie. Intervenants, Marc et moi. Sujet : notre jeunesse respective. Je laisse remonter des souvenirs, les harkis de Mirande que soignait le bon docteur Roussel, les plages de l’Algérois.
Ers et Esaü me dira-t-on… Oh ! Simplement deux syntagmes courts, souvent rencontrés dans les grilles de mots croisés et dont je connais mal l’histoire. Tout juste qu’Esaü est un gros goinfre biblique… Mais patience ! Pour l’heure, je rêve… Une molaire ombrageuse me révèle l’épisode en me sortant des limbes. Je suis dans la pharmacie de Maguy en cette rue du bon docteur Trollard ; haut comme trois pommes, j’arrive à grand peine à la hauteur de la banque qui sépare de la clientèle, une banque munie d’un passage amovible qui se relève pour passer dans le saint des saints. J’ai dû accompagner Robert venu chercher sa « nousse 3 » en fin de journée. Cette officine dont ne subsiste plus que la chevalière en or de Robert qui m’est échue. Premières odeurs chimiques, botaniques. Giron devenu bien vite familier… combien ont suivi depuis ? Celle de René, son arrière-boutique qui donnait sur les rochers déchiquetés de la côte accore, Françoise la préparatrice myope aux yeux de bonze sous les verres épais, le petit bureau-cagibi où a toujours trôné la photo en noir et blanc sur laquelle Kourpaki, de profil, mime un improbable plongeon de grève… Celle d’El Biar, si familière durant trois ans, puis la ribambelle des remplacements, Cruas, Chauny, Persan-Beaumont, l’interminable mois à la Mutualiste de Montpellier, la pharmacie Courjon à la Croix-d’Argent durant un an et l’apothéose, le Faubourg de l’Hirondelle, enfin la nôtre…
Ers n.m. Emprunt (1538) à l’ancien provençal ers (1150) issu du latin médiéval ervus, oris , altération du latin classique ervum « lentille ». Voilà ! Tout est dit ou presque… L’ers est une lentille fourragère ; noter que le s final ne se prononce pas et que le mot est masculin quoique décrivant une plante au féminin (et qui était neutre en latin). C’est une herbacée annuelle, cultivée pour le fourrage, aussi appelée « lentille bâtarde ».
« Les pois, la vesse, les orobes ou ers et autre légumes », (O. de Serres)
Famille des Papilionacées ; tribu des Viciées qui abrite trois genres, Pisum (les Pois), Lathyrus (les Gesses) et Vicia (les Vesces). A ce groupe de trois, sont rattachés des genres très voisins, les Ervum et les plantes à graines comestibles des genres Faba (les Fèves), Lens (les Lentilles) et Cicer (les Pois-chiches). Une nouvelle rencontre avec ces gesses et ces vesces qui m’ont occupé voilà quelques mois : les plantes de cette famille très utilisée pour se nourrir peuvent se révéler fort toxiques : les graines de certains Lathyrus provoquent une intoxication appelée lathyrisme et certaines espèces du genre Faba, le favisme chez des sujets atteints de déficit congénital en G6PD (la bien connue glucose 6 phosphate déshydrogénase).
Esaü Il est fils d’Isaac et de Rébecca, frère de Jacob à qui il céda son droit d’aînesse pour une platée… Une platée de lentilles…
On appelle ça « bouffer son capital. »
3 En arabe : moitié.
D’aigremoine en staphisaigre : travaux d’hiver
Des côtes de veau poêlées aux cèpes, au déjeuner, accompagnées de fleurettes de chou-fleur sautées… et une belle après-midi devant nous, le soleil darde ses mille flèches… on renoue avec des activités oubliées dans les brumes de l’année précédente ; du fumier épandu un peu tardivement, quelques pots ou vasques remués et nettoyés pour des pensées à venir… comme J. me rejoint dans la pinède, elle découvre de son œil perçant trois nids de chenilles – fantômes blanchis emmaillotés aux branches – à la cime des pins de l’arrivée… alerte rouge ! Ni une ni deux, je suis à l’extrême bout de l’échelle, défiant la pesanteur et l’équilibre ; chutent bientôt les cônes gluants, contaminateurs infâmes. Une petite promenade s’ensuit pour dégourdir mes jambes tremblantes.
À l’occasion d’une recherche dans le dico, je tombe par hasard sur l’aigremoine et l’azerole, dont les noms m’interpellent.
Aigremoine n.f ; du latin agrimonia , altération du grec argemoné « pavot », avec influence de aigre . Plante astringente, de la famille des Rosacées, tribu des Sanguisorbées. « Les fruits sont des akènes qui restent inclus dans la coupe dont les parois restent sèches. » La tribu comprend, entre autres les Pimprenelles.
« On corrobore les entrailles avec les trochisques d’aigremoine », (A. Paré)
Une espèce est appelée aigremoine eupatoire…
« Aigremoine est appelée eupatorium, d’Eupator roi, qui le premier, la mit en réputation », (O. de Serres)
Azerole n.f ; de l’espagnol acerola , emprunt à l’arabe az-zou’roûr ; c’est le fruit de l’azerolier, une variété d’aubépine dite épine d’Espagne ; sa cousine l’aubépine alba « blanche », spina « épine » et lui sont tous deux des Rosacées, du genre Cratægus et l’azerolier est plus connu sous le nom de Buisson ardent : c’est le pyracantha .
« Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
« Dans le grand ravage oubliée », (Victor Hugo)
Le mot aigremoine sinue pendant la nuit dans mes réseaux limbiques et mon subconscient au travail me fait cadeau au réveil d’une pêche qui, sans être miraculeuse, me fait passer un agréable moment botanique encore… l’heureuse élue de mes synapses est la staphisaigre – dont l’aigre n’a rien de commun avec celui de l’aigremoine (et ni l’un ni l’autre de rapport étymologique avec une quelconque âcreté ou acidité).