Biotechnologies : quelles limites ?

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204 pages
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Ce livre, écrit par un scientifique "chercheur-citoyen", décrit les "progrès" réalisés à ce jour dans ce domaine en rapide évolution. Les côtés extrêmement positifs, mais aussi les aspects très inquiétants pour le futur, sur les plans éthique et sociétal, de certaines découvertes récentes en biotechnologies, sont analysés dans un esprit humaniste. Cet ouvrage pose donc la question de la finalité du progrès biotechnologique. Pour l'auteur, les limites ne doivent pas être techniques mais éthiques.

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Date de parution 01 juillet 2013
Nombre de visites sur la page 71
EAN13 9782336669465
Langue Français

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Bernard Fontaine
BIOTECHNOLOGIES : QUELLES LIMITES ? Quo vadis Homo sapiens ?
Préface d’Hervé CHNEIWEISS
BIOTECHNOLOGIES : QUELLES LIMITES ?
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00092-3 EAN : 9782343000923
Bernard FONTAINEBIOTECHNOLOGIES : QUELLES LIMITES ? Quo vadis Homo sapiens? Préface d’Hervé CHNEIWEISS
À Maryse, mon épouse, qui m’a si efficacement supporté dans le long chemin qui a mené à cet ouvrage.
À Emeric, mon petit fils, dont l’apport dans la mise en forme de ce livre m’a été si précieux. À mes collègues biologistes qui m’ont aidé de leurs informations et de leurs conseils et à tous ceux et celles avec qui j’ai eu des échanges enrichissants sur les relations sciences-société.
PREFACE Quelle est la place du scientifique dans la société de la connaissance ? Un expert qui dit le « vrai » ? Un croisé du rationalisme en combat singulier avec les armées des ténèbres d’anciennes croyances ? Un simple citoyen qui apporte au débat collectif, pluriel, complexe, sa part de connaissances pour éviter les errements de l’ignorance, sans prétention à rendre d’un simple coup de baguette magique simples des questions qui ne le sont pas. Je connais Bernard Fontaine depuis de nombreuses années comme un homme engagé. Un scientifique d’abord qui a su porter haut les couleurs du CNRS et faire avancer la connaissance dans son domaine. Un citoyen qui a toujours placé les valeurs du partage comme centrales à la vie collective. Et naturellement à la conjonction de ces engagements, le débat sans cesse renouvelé entre science et société. C’est donc dans une grande cohérence avec ses engagements que Bernard Fontaine nous dresse, dans ce livre, une liste, importante mais non exhaustive, des questions éthiques que le progrès des connaissances dans le domaine des sciences de la vie révèle ou révélera. L’une des qualités de cet essai est qu’il pose les problèmes sans chercher à imposer une réponse univoque. Le travail éthique consiste bien, en effet, à identifier des tensions et la possibilité de différentes réponses à ces tensions. Il n’y a qu’en algèbre qu’un problème trouve une solution et une seule. Le vivant lui est en adaptation continue et capable d’apporter différentes solutions, plus ou moins garanties de succès, à une situation et à une histoire particulière. C’est en cela que le questionnement éthique peut se distinguer de la morale, à laquelle il est étymologiquement lié. Mais la morale dicte un mode de conduite, un cadre général de réponse, fixé a priori. La morale c’est une affaire de principes. L’éthique au contraire va se donner pour but d’examiner au cas par cas les tenants et aboutissants d’une question pour déterminer en opportunité de la moins mauvaise solution à adopter pour le vivre ensemble. L’éthique est d’abord un processus, un chemin. En cela, l’éthique est un puissant moteur du débat science/société. Nécessitant de comprendre les avancées scientifiques, elle a même été considérée par Philippe Lazar,
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ancien directeur général de l’Inserm et ancien président de l’IRD, comme un puissant moyen d’acculturation scientifique. Et c’est ce que fait ici Bernard Fontaine en commençant à chaque chapitre par nous donner un bref aperçu des fondements scientifiques sur lesquels émergent les questions qu’il liste ensuite de manière synthétique. Le choix est rigoureux et ce court traité est une bonne introduction aux questions. Peut-être certains lecteurs, déjà versés dans ces matières comme je le suis, auront l’envie de parodier Cyrano et lancer un « C’est un peu court, jeune homme ! ». En effet, les éléments de réflexions fournis ici portent essentiellement sur des usages potentiels déviants des connaissances en tenant pour acquis par le lecteur qu’il en sait déjà suffisamment lui-même sur les avantages réels. Ce n’est peut-être pas complètement à la hauteur des enjeux de nos sociétés qui sont aujourd’hui tout autant des biosociétés que des sociétés du numérique ou des sociétés de la globalisation. Je veux dire par là que la centralité de la biologie et de la médecine me semble sous-estimée. Le constat est si commun qu’il en deviendrait naturel : L’espérance de vie dans les pays développés a doublé en un siècle et s’accroît d’un trimestre par an de façon continue. Les progrès de l’hygiène, de l’alimentation et la prévention des maladies, en particulier infantiles, en sont évidemment les principaux facteurs. Mais il y a péril à oublier ces bienfaits de la modernité. Par exemple Bernard Fontaine nous fait part à juste titre des inquiétudes légitimes à la manipulation de certains virus pour en comprendre la virulence. Notons ici que le risque infectieux majeur est probablement dans ce laboratoire à ciel ouvert qu’est notre planète en cours de réchauffement bien plus que dans les laboratoires de recherche académique. De fait, nous voyons chaque année remonter vers le Nord la limite de développement de maladies jadis réservées aux régions tropicales : Virus West Nile, fièvres hémorragiques, paludisme, dengue,... Mais revenons aux risques d’une amnésie des raisons de nos progrès médicaux. Le confort d’une vie avec des antibiotiques à disposition nous fait trop vite oublier que les virus sont insensibles aux antibiotiques et que le seul moyen de prévenir les épidémies virales est la vaccination préventive et collective. La tendance à une hyper-individualisation conduit à oublier que l’on ne se vaccine pas pour soi-même mais d’abord pour les autres. Pourquoi vacciner les garçons contre la rubéole ? Cette maladie virale induit un risque majeur de malformations du fœtus lorsqu’elle est contractée par une femme
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enceinte. On vaccine toute la population pour protéger les quelques femmes qui pourraient être infectées lors de leur grossesse. Cette défiance actuelle contre la vaccination, et l’on a vu récemment l’échec flagrant que fut l’alerte au virus H1N1, c’est oublier dangereusement le principe de solidarité qui nous a permis les fantastiques progrès d’espérance de vie. Cette défiance conduit à la résurgence de maladies graves oubliées ou jamais connues avec une telle virulence dans nos pays. C’est le cas par exemple depuis 3 à 4 ans de la rougeole et de formes graves et mortelles de cette banale maladie infantile. La cause en est une dramatique chute du niveau de vaccination de la population liée à des vaccinations non faites ou mal faites (oubli des rappels). Pour rester dans la même tonalité de ce monde infectieux qui nous entoure, nul besoin d’inventer de nouveaux virus en laboratoire pour constater chaque jour l’apparition de bactéries de plus en plus résistantes aux traitements existants. La vie est ainsi faite depuis un milliard et demi d’années qu’elle est apparue sur Terre qu’elle développe des mécanismes d’échappement aux conditions qui lui sont défavorables. Or les firmes pharmaceutiques se sont désintéressées des antibiotiques et très peu de recherches sont développées dans ce domaine. Puisque je viens d’évoquer l’industrie pharmaceutique, soulignons également ici cet élément majeur de la tension éthique sur le vivant. Le marché mondial du médicament a atteint les 900 milliards de dollars en 2012. C’est donc à la fois un besoin et une extraordinaire source de richesse économique. Si l’on englobe les différents aspects du soin à la personne, ce sont 20 % du PIB des pays développés qui iront à ce poste en 2025. Les USA en sont déjà proches. En France, le budget 2011 de la seule branche maladie de la sécurité sociale avoisine les 250 milliards d’euros. Quelles maladies sont ou seront soignées ? Qui pourra s’offrir le traitement ? À la première question répond en quelque sorte la seconde. Les industriels du médicament consacrent l’essentiel de leur développement à des maladies solvables et associées à l’âge des pays développés : maladies cardiovasculaires, maladies métaboliques, maladies neurodégénératives, maladies psychiatriques. Les maladies associées à la pauvreté, tuberculose, paludisme, SIDA, maladies parasitaires (leishmanioses, bilarsioses..) qui tuent chaque année plus de 5 millions de personnes ne concernent aujourd’hui pas cette
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