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Connaître la vie pour saisir le futur

De
194 pages
Tous les êtres vivants sont issus d'un ancêtre unique dit Dernier Ancêtre Commun Universel (DACU). A partir de ce bourgeon, l'arbre de vie s'est épanoui et ne cesse de se diversifier. Pourquoi et comment ? La première moitié de ce livre tente d'éclaircir ces aspects. La seconde est consacrée à certains problèmes importants du présent et de l'avenir. (Les maladies - la fragilité de la vie - l'énergie - les déchets - l'information).
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Connaître la vie pour saisir le futur

@ L' Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com di tTusion. harmattanfâ}wanadoo. harmattan 1{i~,".anadoo. fr

fr

ISBN: 978-2-296-05845-3 EAN : 9782296058453

André G. RICO

Connaître la vie pour saisir le futur

In vivo Veritas

L' Harmattan

À David' et Julien A.R.

T'es pas content de la vie? Réfléchis voir un peu

et te trouveras que c ' est toi lefautif Catherin Bugnard

Il était une fois la vie
Grande ou petite, belle ou quelconque, étincelante ou terne, impudique ou secrète, dissolue ou exemplaire, débridée ou ordonnée, pleine ou étriquée, fastueuse ou austère, imprévue ou tracée, engagée ou neutre, d'aristo ou de prolo, excitée ou calme, de saint, de roi, de reine, d'ermite, de moine, de pacha, de manant, d'abruti, sans peine, sans joie, de bric et de broc, à la Prévert! C'est cela la vie et bien plus naturellement: une île mystérieuse encore par certains côtés, perdue, plutôt isolée dans cet univers né semble-t-il du Big Bang il y a quatorze milliards d'années et décrit comme illimité mais en perpétuelle extension. Cette vie d'où vient-elle? Comment s'est-elle construite? Comment résiste-t-elle et se développe-t-elle dans un milieu foncièrement hostile? Est-elle singulière ou universelle? Que peut-elle nous apporter dans notre quotidien et notre société? Ensemble, nous allons tenter d'emprunter les chemins du roman de la vie. Je suis certain qu'à l'instar du roman Au nom de la Rose nous y découvrirons quelques vérités cachées. Nous rencontrerons quelques surprises, mais aussi nombre d'énigmes et d'ignorances. Allons-y, courage: il était une fois la vie! Dieu créa le monde en six jours et se reposa le septième, d'où la forte symbolique du chiffre 7. Hors les créationnistes, il est scientifiquement admis que la terre s'est formée il y a 4,6 milliards d'années. La vie y est apparue voici 3,5 à 3,6 milliards d'années. A la naissance de la vie, les conditions environnementales de notre planète étaient très différentes. La terre était un milieu cataclysmique : éruptions volcaniques, pluies torrentielles, éclairs... Il n'y avait pas d'oxygène libre, pas de couche d'ozone pour absorber les u.v. solaires. L'irradiation solaire était donc très importante. L'atmosphère était riche en gaz carbonique et azote, mais contenait aussi de l'hydrogène, de

l'hydrogène sulfuré et de l'oxyde de carbone. Il s'agissait donc d'une atmosphère réductrice, favorable aux synthèses. Les petites molécules organiques se formèrent spontanément en présence d'une source d'énergie comme le soleil ou des décharges électriques. Le milieu était riche en eau. Ces germes de vie, simples au début, parvinrent aussi, comme on l'a montré récemment, de l'univers. Parmi ces petites molécules organiques, synthétisées sur place ou venant de l'extérieur, certaines purent s'assembler pour former des polymères de grandes dimensions capables de s'autorépliquer. Ainsi apparurent les acides ribonucléiques ou ARN et les acides désoxyribonucléiques ou ADN: l'information, premier pilier de la vie, était née. A partir de celle-ci s'érigèrent les premières protéines. Pour que le phénomène s'amplifiât et s'organisât, encore fallait-il que ces molécules primitives soient proches les unes des autres et non dispersées. L'apparition de molécules amphiphiles (phospholipides), traits d'union entre l'eau et de nombreuses molécules hydrophobes, déclenchèrent la synthèse des membranes à l'origine d'embryons cellulaires. Elles délimitaient des milieux internes bien individualisés. Cette compartimentation est le deuxième pilier de la vie. Elle imposa l'enrobage d'ARN puis d'ADN autoréplicatifs dans une membrane phospholipidique conduisant à une forme ancestrale unique: le DACU (Dernier Ancêtre Commun Universel) à partir duquel s'érigèrent les autres formes de vie. L'existence d'empreintes génétiques identiques chez tous les êtres vivants soutient cette hypothèse. Pour que cet ensemble fonctionnât et s'organisât, un travail, donc, de l'énergie était nécessaire. En absence d'oxygène, une des premières sources fut certainement le processus fermentaire, en particulier la dégradation anaérobie du glucose. Celle-ci permit la synthèse de petites molécules d'adénosine triphosphates (A.T.P.) riches en énergie. Cette molécule est la base de la monnaie énergétique cellulaire indispensable au commerce vital à l'image de l'Euro dans le contexte fiduciaire européen. Cependant, au contraire de l'Euro, l'ATP n'est pas fractionnable. A cette glycolyse anaérobie vint s'adjoindre, il y a trois milliards d'années, la photosynthèse: processus au cours duquel 6

l'énergie du rayonnement solaire capté aboutit à la conversion du gaz carbonique en composés organiques. La lumière interagit avec une molécule pigmentaire, la chlorophylle, pour conduire à la photolyse de l'eau avec d'une part libération d'énergie, synthèse d' ATP et d'équivalents réducteurs très propices aux biosynthèses, et d'autre part libération d'oxygène. Cette initiative fut l'apanage des cyanobactéries ou algues bleues. Dans ce processus primitif, les cellules étaient peu structurées, sans noyau (procaryotes). Il y a deux milliards d'années apparurent les premières cellules à noyau (eucaryotes). La compartimentation s'accentua. L'ADN empaqueté avec les nucléoprotéines et concentré dans le noyau constitua une sorte de start-up de l'ingénierie génétique cellulaire. Ces cellules nucléées fusionnèrent aussi avec des procaryotes primitifs. Ce fut le cas pour la mitochondrie, véritable usine énergétique. En effet, c'est dans cette mitochondrie d'origine procaryotique que s'est localisée la respiration aérobie, c'est-à-dire la structure capable d'utiliser les oxydations et infine l'oxygène par paliers successifs pour synthétiser l'ATP dont nous avons déjà parlé. L'énergie est le troisième pilier de la vie. Cette utilisation astucieuse de l'oxygène, dégrada tif puissant, constitua ainsi une belle voie de détoxification de ce véritable poison cellulaire. Les organismes pluricellulaires naquirent d'un eucaryote unicellulaire, il y a un milliard d'années. Ce furent les algues puis les plantes, sièges d'une photosynthèse puissante grâce à leurs chloroplastes. Elles ont enrichi l'atmosphère en oxygène, pour conduire à notre atmosphère actuelle oxydative par rapport à l'originelle réductrice. Le métabolisme oxydant s'érigea alors comme élément essentiel de la vie aérobie. Les plantes ont donc changé dramatiquement l'environnement. Les animaux, eux, émergèrent il y a environ sept cents millions d'années: amphibiens, premiers vertébrés terrestres, reptiles et mammifères. Puis survinrent, il y a soixante-dix millions d'années, les premiers primates. De ces primates émergèrent deux lignées, l'une conduisant aux chimpanzés et l'autre aux homidés d'où naquit l'homo erectus. Il y a à cent cinquante 7

mille ans, apparut l'homo sapiens. Si l'on considère la durée totale de la vie comme équivalent à vingt-quatre heures, celle de l'homme dans cette durée serait inférieure à une minute. Il est donc clair que la venue de l'homme sur terre ne fut pas et n'est certainement pas la fmalité de la vie, si tant est qu'il en existe une. Dans tous les jeux, la connaissance des données fondamentales est indispensable pour en comprendre les déroulements et les subtilités. La vie n'échappe pas à la règle: matériaux et structures cellulaires sont les bases de sa connaissance. Les chapitres les concernant seront peut-être les plus complexes pour les non-initiés mais j'espère compréhensibles par tous. Dans les chapitres suivants seront discutés de nouveaux concepts récemment énoncés: la résistance aux produits chimiques; l'existence d'un système universel de défense contre tous les agresseurs, et enfm une structure globale du prion et des protéines insolubles impliquées dans les maladies neurodégénératives. Le décor est planté, l'histoire peut commencer.

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1

Matériaux
La vie est chimie. Pendant longtemps on a pensé que la synthèse des molécules de la vie n'était pas accessible à l'homme. La force vitale, disait-on, concept d'ignorance de l'époque, était seule à même de réaliser cette synthèse. Au début du XIXe siècle, un jeune chimiste allemand, Friedrich Wohler, synthétisa par hasard l'urée. Il écrivait: Je dois vous annoncer que je suis capable de préparer de l'urée sans avoir besoin d'un rein ou d'un animal, que ce soit l'homme ou le chien. Le vitalisme était mort. La chimie biologique était née.

1.1 Notions de chimie
Puisque la vie est chimie, c'est-à-dire association plus ou moins complexe d'atomes, intéressons nous à ces derniers. L'atome est, chimiquement parlant, la plus petite structure de la matière. Il peut être assimilé à un microsystème solaire. Au centre, le noyau où sont concentrées toute la masse et l'énergie, appelée d'ailleurs énergie nucléaire (fission ou fusion). Ce noyau très simplement est l'association de deux nucléons: le neutron et le proton. Le neutron a par défmition une masse unitaire 1 et une charge nulle NOl et le proton a, lui aussi, une masse unitaire 1 et une charge électropositive plI. Autour du noyau gravitent des électrons dont la masse est nulle et la charge -1. Il Ya autant d'électrons que de protons. Globalement donc, l'atome est neutre électriquement. Le nombre de nucléons caractérise sa masse atomique A: hydrogène 1 ; sodium 23 ; etc. Le nombre de protons est son numéro atomique Z.

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carbone. Les atomes contenant 8 électrons périphériques sont très stables et inertes. Ils constituent le groupe des gaz rares (néon, argon, xénon). Les atomes, à l'exception des gaz rares, vont s'associer entre eux pour former les molécules de la vie. Ces associations se font par l'intermédiaire de liaisons fortes ou faibles. Les liaisons fortes conduisent à l'architecture de base moléculaire, en quelque sorte le gros œuvre, le socle. La plus importante, de loin la plus répandue, est la liaison covalente issue de la mise en commun d'électrons des atomes réagissants. Ces liaisons covalentes impliquent dans la vie, essentiellement le carbone, mais aussi l'hydrogène, l'azote, le phosphore, le soufre et l'oxygène. Les liaisons faibles vont assurer pour ainsi dire la finition, l'habillage de l'ensemble. Ces liaisons faibles sont polaires avec la liaison hydrogène, et apolaires avec les forces de Van der Vals et les liaisons hydrophobes. Prises individuellement, ces liaisons sont très peu résistantes. Mais quand elles sont multiples et successives, elles assurent une stabilité, une flexibilité, une forme spatiale bien adaptée aux fonctions des macromolécules, particulièrement des protéines et de l'ADN. Elles constituent alors une force de cohésion très importante. On peut les comparer à une sorte de fermeture Éclair dont chaque maillon est très faible à briser, mais dont l'ensemble, une fois constitué, est particulièrement résistant. Ces liaisons sont essentielles dans les associations intennoléculaires réversibles impliquées en particulier dans les activités enzymatiques. Un autre type de liaison doit être signalé: les liaisons riches en énergie identifiées dans les formules développées par le

symbole:

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Elles font partie des structures intégrantes aux-

quelles elles appartiennent. On les trouve dans certaines molécules, en particulier l' ATP. L'énergie, qu'elles libèrent lors de leur rupture, sert aux biosynthèses dans la cellule. Les molécules nées de ces associations d'atomes sont de trois types: apolaires, polaires et mixtes dites amphiphiles. Globalement, toutes les molécules sont neutres électriquement. Cependant, à l'intérieur des molécules la répartition des charges électropositives des noyaux et électronégatives des électrons peut être homogène ou distribuée inégalement, créant Il

alors dans la structure une zone à dominante électropositive et une autre à dominante électronégative. Lorsque la répartition des charges est homogène, on dit que la molécule est apolaire. C'est le cas des structures hydrocarbonées: exemple le méthane (CRt). Si la répartition n'est pas homogène, elle créée deux pôles électriques différents. On dit que les molécules sont polaires: exemple l'eau (H20). L'azote et l'oxygène des structures induisent cette polarité. Dans certaines molécules, on trouve des zones très apolaires, donc riches en carbone et hydrogène, et d'autres fortement polaires en particulier par la présence d'oxygène ou d'azote. On parle de molécules mixtes dites amphiphiles. Ces notions moléculaires d'apolarité, de polarité et d'amphiphilie sont essentielles pour la compréhension des phénomènes vitaux. Souvent existent dans les molécules des groupements d'atomes dotés de propriétés chimiques particulières appelés groupements fonctionnels. En terme de réaction chimique, on désigne sous le nom d'électrophiles les molécules ou groupements fonctionnels avides d'électrons et de nucléophiles ceux capables de céder ces électrons. Il est clair que ces entités structurales réagiront ensemble pour donner naissance à des structures dérivées.

1.2 Eau et éléments minéraux
L'eau est une petite molécule constituée de deux atomes d'hydrogène liés par covalence à un atome d'oxygène. Elle est stable, très difficile à briser. L'eau est un dipôle. L'oxygène a attiré les électrons de l'hydrogène et son environnement contient un excès de charge négative. Les atomes d'hydrogène, éloignés de leurs électrons, ont un environnement électropositif. ô 0+ L'eau peut être assimilée à un petit aimant: pôle négatif oxygéné; pôle positif hydrogéné. 0 = H2 Cette polarisation confère à l'eau des propriétés exceptionnelles. Ainsi, les molécules d'eau peuvent s'associer entre elles

-

I

I

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par des liaisons dites hydrogènes constituant des ensembles flexibles cohérents, nombreux et réversibles. o - 0+ 0 - ô+ Par sa force de cohésion propor0 = H2 = 0 = H2 tionnelle à l'intensité de sa polarité et inversement proportionnelle à sa masse, l'eau facilite l'agrégation Elle s'associe facilement aux molécules polaires, comme par exemple la plupart des protéines. Elle est capable de constituer avec toutes les molécules polaires des solutions. Les molécules polaires sont solubles dans l'eau. Les molécules polaires sont riches en oxygène et en azote. Les molécules apolaires telles que les hydrocarbures ne le sont pas. On dit qu'elles sont hydrophobes par rapport aux précédentes dites hydrophiles. Les molécules amphiphiles, dont nous avons déjà parlé, permettent par contre la formation d'émulsions (eau, huile, etc.), donc la miscibilité entre molécules polaires et apolaires. Par leur partie polaire, les amphiphiles peuvent se lier à l'eau et par leur partie apolaire aux structures hydrophobes. Dans ces molécules amphiphiles, les phospholipides jouent un rôle vital très important comme constituants essentiels des membranes. Les amphiphiles sont donc le trait d'union entre molécules polaires et apolaires. C'est le cas des savons. Se laver les mains consiste, grâce CH3-(CH2)n- cooI I L-J au savon, à émulsionner, avec l'eau qui se lie à la partie polaire, les parties apolaire polaire grasses qui s'unissent à la châme apolaire de leur structure. Après émulsion, l'eau du rinçage entraîne l'ensemble ainsi constitué et les mains restent propres. L'eau est quantitativement la molécule la plus importante de la vie (60 à 65% des mammifères, plus de 80% pour le cerveau, 95% chez la méduse). L'eau est ainsi essentielle aux structures vivantes. Tous les êtres de la création sans exception vivent dans l'eau intérieurement ou extérieurement. Sans eau, pas de vie, tout au moins telle qu'elle est sur terre. Les éléments minéraux existent sous trois entités: une forme solide, essentiellement des phosphates tricalciques (dents, os,
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I

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etc.), qui représente la plus grande partie des éléments minéraux totaux; des formes solubles, en particulier les électrolytes, qui sont très importants fonctionnellement. C'est le cas du sodium (Na+), du calcium (Ca++), du potassium (K+), du chlore (CI-), etc. Ces ions sont essentiels à la vie cellulaire. Ils sont nécessaires à un maintien de la pression osmotique et, particulièrement, au transport de l'influx nerveux. Enfm, les oligo-éléments sont des éléments minéraux en faible quantité, dénommés aussi éléments traces (fer, manganèse, sélénium, cuivre, zinc, etc.). Ils sont le plus souvent impliqués dans les réactions enzymatiques. Ils sont l'illustration du vieil aphorisme physiologique ni trop, ni trop peu. En effet, en excès ils sont très souvent toxiques et par défaut on observe des pathologies de carence (anémie, fatigue musculaire, etc.). A titre d'exemple, envisageons quelques aspects concernant le fer. C'est un oligo-élément intéressant, il entre dans la composition de nombreuses hétéroprotéines majeures: hémoglobine; myoglobine; cytochrome; peroxydase. Sa carence entrâme l'apparition d'anémie en particulier chez les enfants. Celle-ci était bien connue autrefois et nos grand-mères à l'instar du druide Panoramix employaient une potion magique: l'eau ferrugineuse si bien décrite par Bourvil. L'obtention de cette eau était simple: plonger une poignée de clous bien rouillés dans une casserole remplie d'eau; faire bouillir à feu doux quinze minutes; laisser reposer et refroidir trente bonnes minutes; passer sur un filtre assez lâche; recueillir le liquide; l'administrer, les oxydes de fer feront le reste! L'efficacité de cette préparation était, paraît-il, excellente. L'excès de fer est toxique. On le note dans certaines affections. L'intoxication se traduit par des troubles hépatiques et des accidents cutanés, en particulier de photosensibilisation. La thérapeutique consiste à saigner le patient régulièrement jusqu'à l'obtention d'une concentration sanguine en fer normale. Chez les êtres vivants, on distingue biologiquement deux types de fer: le fer non héminique, comme les sels, ou une forme de réserve, la fenitine ; mais surtout le fer dit héminique.

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On le désigne ainsi car il est associé à un groupement particulier: l'hème de l'hémoglobine. Une telle structure existe aussi dans la myoglobine musculaire, les cytochromes et les peroxydases cellulaires. Cette forme de fer est excellente en termes de nutrition. On la trouve dans la viande. Le fer végétal est nettement moins digestible et donc moins bon du point de vue nutritionnel. Les végétariens stricts sont souvent carencés en fer. Dans l'hémoglobine, le fer est à l'état divalent (Fe}. Son oxydation conduit au fer trivalent (Fe+f-+),bloquant la capacité de fixation de l'oxygène de l'hémoglobine. Cette dernière est transformée en méthémoglobine. Il existe des poisons de ce type dits poisons méthémoglobinisants. Dans les cytochromes enzymes très importants pour la respiration cellulaire, le fer agit comme transporteur d'électrons selon l'équation suivante: Fe++.. ... Fe+++ e + Les ions cyanures en se fIXant sur le fer ferrique bloquent la respiration cellulaire. Les cyanures sont des poisons violents. Enfm, dans les peroxydases impliquées dans la détoxification des peroxydes, le fer existe à l'état Fe+++.Le fer apparaît donc comme un oligo-élément de première importance, dont les fonctions biochimiques varient selon la protéine à laquelle il est associé. Ces oligo-éléments sont naturellement apportés par l'alimentation. Pour assurer ces apports, une alimentation diversifiée et équilibrée est nécessaire.

1.3 Constituants organiques plastiques
Sont désignées sous ce nom toutes les substances organiques engagées dans les structures du vivant et les métabolismes associés (synthèse et dégradation). Quantitativement, elles sont très importantes, plus de 95% de la matière organique totale. On y distingue: glucides; lipides; acides aminés et peptides; protéines.

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1.3.1 Glucides
Ce sont des composés polaires riches en oxygène et donc solubles dans l'eau. Ils comprennent: les sucres simples et les polysaccharides.

1.3.1.1 Sucres simples Ils sont le carburant de nos cellules. Le glucose en est le type même. Les neurones sont les plus gros consommateurs de ce substrat. Le taux de glucose circulant dans le sang est désigné sous le nom de glycémie. Chez l'homme en particulier, cette glycémie est très bien régulée: 1g/l de sang. Au-dessus de cette valeur de 19/1, on parle de prédiabète et de diabète si elle dépasse l,3g/1. Au delà de l,5g /1, le glucose passe dans l'urine. Le glucose est dit substance à seuil. Au-dessus du seuil, il s'installe une élimination urinaire: symptôme du diabète. La régulation de cette glycémie est en grande partie assurée par une hormone, l'insuline, sécrétée par des cellules spéciales du pancréas. L'insuline ouvre la porte de la cellule au glucose. Le glucose, étant fort polaire, ne peut pas sans travail passer la membrane cellulaire. L'insuline est la clé de cette ouverture. Si le taux d'insuline baisse, le glucose stagne à l'entrée et son taux sanguin circulant augmente. L'hyperglycémie s'installe. Sa mesure nous renseigne sur l'état du malade. En fait, le meilleur marqueur est le pourcentage d'hémoglobine glycosylée ou glyquée. En effet, quand la concentration du glucose dépasse le seuil de 1g/l, le glucose en excès peut s'accumuler sur I'hémoglobine des globules rouges par pure réaction chimique. Le pourcentage de fIXation est normalement inférieur à 6%. Une valeur plus élevée est signe d'hyperglycémie non pas passagère, mais durable. Donc c'est un bon marqueur d'un diabète bien établi. A quoi sert le glucose dans la cellule? C'est la source d'énergie essentielle. Sa biotransformation, en présence d'oxygène, à l'origine de la respiration cellulaire, s'accompagne d'une synthèse d'ATP importante. On sait que l'ATP est la monnaie énergétique cellulaire.
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Cette dégradation complète conduit à du CO2 et H20 à l'origine de la synthèse des glucides par les plantes, en quelque sorte un retour à l'envoyeur.

1.3.1.2 Polysaccharides
Le glucose existe aussi dans des composés de polymérisation ou polysaccharides. Essentiellement ce sont le glycogène chez les animaux, l'amidon et la cellulose chez les plantes. Glycogène et amidon sont des réserves de glucose. En fonction des besoins, la cellule peut les dégrader pour libérer leur glucose. La cellulose n'est pas réellement digestible, comme l'est l'amidon, c'est un polysaccharide de structure. Ces molécules longues et linéaires s'associent entre elles pour former en partie les soutiens structuraux des plantes. Alors que le glycogène et l'amidon sont facilement transformables en glucose, la cellulose, elle, l'est difficilement. Chez les mono gastriques comme l'homme, la cellulose n'est pas digestible. Elle l'est chez les ruminants grâce aux microorganismes du rumen où elle séjourne un certain temps après ingestion et rumination régulière. Il existe d'autres polysaccharides que nous ne citerons pas ici..

1.3.2 Lipides
Ce sont des composés apolaires, riches en carbone et hydrogène. Ils sont insolubles dans l'eau et donc solubles dans les solvants organiques.

1.3.2.1 Acides gras
Les acides gras sont les unités structurales de base de tous les lipides. Du point de vue forme, les acides gras peuvent être
* Certains glucides interviennent dans les processus de signalisation cellulaire. On les trouve à l'extérieur des membranes cellulaires greffés le plus souvent à des protéines membranaires et constituant donc avec elles des glycoprotéines. Ce sont des marqueurs cellulaires très importants, permettant aux cellules de se reconnaître les unes les autres et éventuellement de réagir entre elles par messages interposés.

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assimilés à des têtards avec une petite tête et des queues plus ou moins longues. La tête est polaire, il s'agit d'un groupement carboxyle acide. Les queues sont uniquement constituées de carbone et d'hydrogène, ce qui leur confère une apolarité d'autant plus grande que cette queue est longue. L'insolubilité dans l'eau est manifeste à partir d'une molécule à 4 atomes de carbone (acide butyrique). Les plus fréquentes sont des molécules à 16 ou 18 atomes de carbone (acide palmitique ou stéarique). H H Ces chaînes hydrocarbonées saturées I I peuvent cependant être insaturées, c'est-à-dire - C = C - comporter des doubles liaisons. L'acide oléique en comporte une. Il peut y en avoir plusieurs. C'est le cas des acides gras dits oméga-3 (acide linolénique) et oméga-6 (acide linoléique). Les chiffres sont des termes de nomenclature chimique indiquant la position de la première double liaison sur la chaîne hydrocarbonée. Ces oméga-3 et oméga-6 font beaucoup parler d'eux. Ce sont des acides gras que l'homme ne peut pas synthétiser. Il doit les trouver dans l'alimentation. On les avait décrits autrefois sous le nom de vitamine F. Leur redécouverte tient aux propriétés physiologiques qui sont les leurs: essentiellement protection cardiovasculaire et participation aux structures cérébrales. \) 0 \) 0 Les acides gras sont des sources d'énergie pour la cellule. Leur dégradation par oxydaC C tion conduit à une synthèse importante d'ATP. A masse équivalente, ils sont deux fois plus énergétiques que les glucides. Ces acides gras entrent dans la composition de ce qu'on appelle les graisses. Elles sont fortement hydrophobes et se distinguent ainsi des glucides et des protéines hydrophiles.

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1.3.2.2 Triglycérides
Les graisses les plus simples sont les triglycérides: dans ces
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de leurs acides gras. Au plan chimique, une propriété importante est la saponification. Ils sont insolubles dans l'eau, mais chauffés en présence de soude, la molécule est hydrolysée. On récupère le glyCH) CH.) c~ cérol soluble dans l'eau, et les acides gras ionisés constituent les savons que nous avons déjà décrits. Les acides gras insaturés, étant sensibles à l'oxydation, sont transformés en produits secondaires par l'oxygène, modifications à l'origine du rancissement. Les glycérides, contenant des acides gras insaturés, rancissent d'autant plus aisément qu'elles en contiennent davantage. Le cerveau en contient beaucoup: on a pu dire que l'une des composantes de la vieillesse était son rancissement.

1.3.2.3 Glycérophospholipides
Par opposition aux précédents, on les a appelés souvent lipides complexes ou hétérolipides, car en plus du glycérol et des acides gras ils comportent un phosphate et une molécule polaire de nature diverse généralement azotée (choline, sérine, etc.). La figure de la page suivante illustre notre propos. La structure de base de toutes ces molécules est l'acide phosphatidique.

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