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Cyclones des Antilles

De
64 pages

Les îles des Antilles sont à la croisée de nombreux risques naturels majeurs, parmi lesquels les cyclones, ces formidables et dangereuses machines atmosphériques.

Dans une société où le mythe du « risque zéro » est de plus en plus présent, il est vital de garder à l’esprit que quels que soient les progrès de la science et de la technologie, la nature gardera toujours sa supériorité sur la volonté de l’homme. Il ne reste par conséquent qu’à atténuer le risque, faute de pouvoir agir sur ses causes.

Cela ne peut se faire que si chacun est correctement formé, informé et préparé, autrement dit conscient du danger et outillé pour l’affronter.

C’est à cette action que nous avons voulu apporter notre contribution, en synthétisant dans un document unique les informations utiles à une bonne compréhension, non seulement du phénomène météorologique lui-même, mais aussi de sa gestion.


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Maryse Audoin avec la collaboration scientifique de Jean-Noël Degrace chef du Service régional Météo-France Martinique
Cyclones des Antilles
2015
Sa ki pa konnèt siclon pa mandé wè siclon :« si tu n’as jamais vu de cyclone, ne souhaite pas que cela t’arrive » : la tradition locale résume ainsi la fascination et la crainte qu’inspirent les formidables machines naturelles que sont les cyclones tropicaux. Le danger, aussi. Car le risque est bien réel et nos armes pour le combattre bien dérisoires. Aux Antilles françaises, le nécessaire est fait à l’échelle de la collectivité pour affronter au mieux ces aléas incontournables, afin d’en réduire les conséquences à défaut de les maîtriser. De fait, si les dégâts matériels sont souvent importants, les pertes humaines restent rares. Mais cela ne vaut que si chacun est conscient du danger et individuellement prêt à l’affronter, car malgré les progrès de la science et des technologies, le risque zéro reste un mythe, dans ce domaine plus que dans tout autre. Synthèse transversale d’informations à la fois scientifiques, techniques et pratiques, cet ouvrage se veut utile pour tous au quotidien, pour mieux vivre avec le risque cyclonique.
Cyclones des Antilles
Préface Les acteurs de la gestion du risque cyclonique Anatomie du phénomène Une machine infernale Le moteur des cyclones Vivre avec le risque cyclonique Les couleurs de la vigilance Après le cyclone Atténuer le risque cyclonique La prévision météorologique Agir contre la vulnérabilité Cyclones, tornades et tempêtes Que nous réserve la saison prochaine ? Pour en savoir plus Mémento
Préface
Avant le terrible séisme d’Haïti de 2010, environ 98% des catastrophes naturelles intervenues dans le bassin caribéen étaient imputables à des phénomènes météorologiques extrêmes, dont en premier lieu les cyclones. Ces épisodes météorologiques ont été responsables de 99% des victimes mais aussi de 99% des pertes économiques. À eux seuls, ces chiffres suffisent à montrer la nécessité d’une éducation adaptée et d’une sensibilisation maximale au risque cyclonique.
Même si nous nous sentons impuissants face au déchaînement des éléments naturels, chacun a son rôle à jouer pour en limiter les conséquences. Cela passe par une bonne préparation individuelle et collective ainsi que par une intégration des risques dans toutes les politiques d’aménagement du territoire et de développement durable.
Cela passe également par une collaboration permanente entre diverses institutions complémentaires, dont essentiellement Météo-France, mais aussi les directions de l’Environnement, les organismes de la Sécurité civile, les collectivités territoriales et les médias.
Cet ouvrage, synthèse courte mais précise, a le mérite de couvrir tous les thèmes du risque cyclonique, de la connaissance des cyclones aux procédures de vigilance et d’alerte en passant par les recommandations pratiques.
Depuis de nombreuses années, les services de Météo- France Antilles-Guyane ont eu à cœur de répondre du mieux possible aux besoins et attentes du public, des médias et des acteurs de la sécurité. J’ai moi-même, au sein du service régional de la Martinique, participé notamment à la mise en place des procédures de vigilance, à la communication pro active et à de nombreuses opérations de sensibilisation et d’information.
C’est à ce titre que j’ai eu le grand plaisir d’apporter ma pleine contribution à ce travail, qui s’inscrit dans la logique de notre action quotidienne.
Jean-Noël Degrace Chef du Service régional Météo-France de Martinique
Chaque année, les petites Antilles sont menacées par plusieurs cyclones, qui évoluent entre l’Afrique et la mer Caraïbe – © NASA.
Les acteurs de la gestion du risque cyclonique
Du fait de ses différents aspects, la gestion des risques aux Antilles françaises fait intervenir des institutions connexes et complémentaires. Météo-France est responsable de la prévision météorologique et intervient comme expert. Le préfet pilote la cellule de crise et prend toutes les décisions concernant la sécurité des personnes et des biens (circulation des personnes, évacuations…), en concertation avec les collectivités territoriales. Sécurité civile, police, gendarmerie et autres services de l’État sont mobilisés pour appliquer les décisions du préfet.
Toutefois, cette liste ne serait pas complète si elle ne mentionnait également les médias, qui assurent le relais indispensable de l’information vers les populations, ainsi que les associations et organisations non gouvernementales dont l’action peut être primordiale au lendemain des crises.
Il reste cependant de la responsabilité du citoyen d’assurer autant que possible sa propre sauvegarde, celle de ses proches et celle de ses biens. Cela ne peut se faire que si chacun est conscient du danger et outillé pour l’affronter.
L’œil de l’ouragan Isabel au nord des Antilles, faisant route vers les côtes des États-Unis, vu depuis la station spatiale internationale (septembre2003) – © NASA/Ed Lu.
Anatomie du phénomène
Dans le bassin de l’Atlantique Nord et de la Caraïbe, un cyclone est une perturbation météorologique qui naît en général dans la zone tropicale et présente en surface un centre de basse pression atmosphérique avec des vents qui tournent autour, dans le sens contraire des aiguilles d’une montre (c’est l’inverse dans l’hémisphère Sud) dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres.
Les cyclones sont classés uniquement en fonction de la force des vents. En valeurs arrondies, dans l’Atlantique Nord tropical, pour des vents moyens inférieurs à 60km/h, le cyclone est une dépression tropicale; de 60 à 120km/h c’est une tempête tropicale et à partir de 120km/h, jusqu’à 250km/h voire au-delà, c’est un ouragan.
Le terme « ouragan » vient de Hunraken, dieu maya des tempêtes, devenuHuRaKAnen Caraïbe. Il n’est utilisé que dans les bassins Atlantique Nord et Pacifique Nord-Est quand les vents moyens dépassent 120km/h.
Mais si la notion de vent extrême est celle qui vient immédiatement à l’esprit quand on évoque les cyclones, le vent à lui seul ne ferait pas autant de dégâts et de victimes s’il n’était combiné à des pluies diluviennes et des submersions marines.
Autour du centre, dont la pression atmosphérique peut parfois être inférieure à 900 hectopascals (ou millibars), la masse nuageuse s’organise petit à petit avec un amas central assez dense et des bandes spiralées qui s’enroulent et convergent vers le centre. L’extension horizontale peut varier énormément d’un cyclone à l’autre, entre des petits systèmes de quelques dizaines de kilomètres de large, les « midget cyclones », et certains « super-ouragans » dont le diamètre peut dépasser 500 kilomètres. Son extension verticale, due à la convection importante et aux forts mouvements ascendants, peut dépasser 10 voire 15 kilomètres d’altitude et crever la tropopause, c’est-à-dire la limite entre la troposphère et la stratosphère qui la surmonte.