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Enquête sur la communication comme science

De
126 pages
Dans cet ouvrage des chercheurs tentent par une enquête de répondre à deux questions: "Qu'est-ce qui fait qu'une science est une science ?" "La communication est-elle une science ?". Les indices permettent d'aboutir à la certitude que la communication est bien une science, une discipline et non quelque "interdiscipline". L'épistémologie contemporaine nous présente le résultat scientifique comme l'état provisoirement arrêté d'une pensée qui se doit d'être toujours en marche. Cet ouvrage remplira sa fonction s'il est création de l'espace d'un débat.
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Illustration de couverture : Shalini Arora, 29.7 x 42 cm, 2011 © Shalini Arora. www.facebook.com/shaliniaroraart
ISBN : 978-2-343-05273-1 13,50
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Odile Riondet
ENQUÊTE SUR LA COMMUNICATION COMME SCIENCE
ENQUÊTE SUR LA COMMUNICATION COMME SCIENCE
CollectionDes Hauts et Débats, dirigée par Pascal LARDELLIER, Professeur à l’Université de Bourgogne Contact : pascal.lardellier@u-bourgogne.fr Titres parus ou à paraître : Serge Chaumier,L’inculture pour tous. La nouvelle Utopie des politiques culturelles(2010) Sarah Finger et Michel Moatti,L’Effet-médias. Pour une sociologie critique de l’information(2010) Arnaud Sabatier,Critique de la rationalité administrative. Pour une pensée de l’accueil(2011) Claude Javeau,Trois éloges à contre-courant(2011) Christophe Dargère,Inconcevable critique du travail(2012) Anne Van Haecht,Crise de l’école, école de la crise(2012) Elise Müller,Une anthropologie du tatouagecontemporain. Parcours de porteurs d’encre(2013) Jacques Perriault,Dialogue autour d’une lanterne. Une brève histoire de la projection animée(2013) Alexandre Eyriès,La communication politique, ou le mentir-vrai(2013) Richard Delaye, Pascal Lardellier (co-dir),L’Engagement, de la société aux organisations(2013) Stéphane Héas, Christophe Dargère (co-dir),Les porteurs de stigmates. Entre expériences intimes, contraintes institutionnelles et expressions collectives, (2014) Anne Parizot,Bibendum et ses Bibs : mystère d’un totem et de son ministère(2014) Alexandre Eyriès,La Communication politweet(2015) Clémentine Hugol-Gential,Les mots et les mets au restaurant : une analyse linguistique de l’expérience gastronomique(2015) Odile Riondet,Enquête sur la Communication comme science(2015) Alexandre Eyriès,Lectures critiques en communication(2015) Loïc Drouallière,Orthographe en chute, orthographe en chiffres. Deux expériences édifiantes(2015) Daniel Moatti,Débat confisqué : l'école entre Pédagogues et Républicains Le (2015)
Odile RIONDET ENQUÊTE SUR LA COMMUNICATION
COMME SCIENCE
© L’HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05273-1 EAN : 9782343052731
INTRODUCTION
La question de l’épistémologie de notre discipline a une histoire quelque peu tourmentée, et la possibilité de son existence est parfois contestée de l’intérieur, ce qui pourrait paraître paradoxal : quelle science se nierait elle-même en dehors d’une perspective suicidaire ? Un ouvrage publié par un groupe de recherche de notre association il y a quelques années, s’appuyant sur les perspectives de Pierre Bourdieu, analysait la création de la section correspondante des universités comme le résultat d’un travail de lobbying qui avait pour objectif essentiel de résoudre les problèmes statutaires et de carrière des enseignants intervenant dans des cursus professionnels comme le journalisme, la documentation ou la communication d’entreprise. Dans cette perspective, un travail de justification scientifique relèverait de l’escroquerie intellectuelle : les sciences de l’information et de la communication – et peut-être d’ailleurs toute prétention disciplinaire - serait simplement une justificationa posteriorid’une réalité sociale issue d’un rapport de force. Alors nous-mêmes ici et maintenant, pouvons-nous objectivement et sérieusement envisager d’entrer dans une démarche aussi inutile ? Une autre proposition serait que le cloisonnement des sciences n’aurait plus lieu d’être aujourd’hui et qu’une interdiscipline irait dans le sens de l’histoire des sciences. C’est ce qui justifierait le classement dans les nomenclatures universitaires sous cette rubrique, avec les sciences de l’éducation et l’épistémologie. Comment la comprendre ? Comme une revendication d’être une discipline transversale à toutes les sciences, et qui leur serait ordonnatrice ? Ce serait bien présomptueux. Comme une discipline qui récupérerait ici ou là des éléments de réflexions venus de divers points de vue scientifiques ? Cette option est assumée par de nombreux collègues qui interprètent ainsi le terme d’interdiscipline. Ils estiment que nos objets sont tels que nous ne pouvons que les
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observer à travers une multiplicité de regards disciplinaires, ce qui se traduit par des ouvrages ou des colloques entiers qui s’évertuent à faire le répertoire de tous nos emprunts. Une dernière proposition étant que nous n’avons aucune vocation à être une discipline. En effet, nous n’aurions pas d’autre fonction que d’aider les professionnels que nous formons à raisonner leurs situations pratiques. Le classement dans la catégorie des interdisciplines s’avère ainsi ambigu, il manifeste à la fois une revendication hautaine, un embarras et un complexe. Dans tous les cas, et pour des raisons diverses, il semble inutile, illusoire, prétentieux ou inconséquent de chercher à définir une épistémologie de la discipline dont tout est fait pour nous convaincre qu’elle n’existe pas, que son unité n’est ni prouvée ni prouvable, pas plus que sa cohérence logique, conceptuelle ou méthodologique. Nous partirons ici d’une question posée à ces propositions, d’un doute lancinant. Ces positions ont toutes en commun d’être des renoncements. En reconnaissant ces affirmations, en les répétant, ne risque-t-on pas surtout de manifester notre impuissance à penser, une paresse ou une difficulté que nous ne parvenons pas à affronter ? N’est-ce pas parce que nous n’avons pas suffisamment travaillé l’épistémologie que nous allons chercher des représentations qui nous autorisent à ne pas faire l’effort de la réfléchir ? N’est-ce pas notre peur de nous retrouver face à nos méconnaissances, à nos insuffisances, qui provoque chez nous une position de retrait ou de repli ? Présenter l’effort comme inutile peut signifier le manque de courage, le manque d’idées, parfois même une manière de brûler non seulement ses propres vaisseaux, mais de plus ceux des autres avec le plaisir destructeur que prennent les enfants à casser les jouets avec lesquels ils ne savent pas jouer. Peut-être cette suggestion sera-t-elle ressentie comme une provocation. Nous voulons simplement signifier ici dès le départ que nous prendrons en compte dans notre analyse de la démarche épistémologique des données qui sont celles de l’épistémologie contemporaine. L’un de ses apports essentiels nous semble être la question de la mentalité porteuse de l’esprit scientifique. Une démarche scientifique est certes faite de rigueur méthodique, d’observation, de faits patiemment
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collectés, de champs de recherche systématiquement labourés, mais aussi de représentations du monde, de normes individuelles ou collectives définissant la hiérarchie des problèmes, d’hypothèses créatives, de curiosités que rien n’arrête, et surtout pas la difficulté ou le risque de l’erreur. L’épistémologie contemporaine prend en considération l’humanité du chercheur, qui porte dans sa recherche la totalité de ce qu’il est. Et comme humains, nous avons des mécanismes constants. Nous sommes toujours à la fois tentés par l’action et l’accomplissement et terrifiés par l’impossibilité de parvenir à ce que nous voudrions être. Car toute action nous met en face de nous-mêmes, de nos compétences et incompétences, de nos désirs d’être et nos limites, de la distance entre le vouloir-être et ce que nous parvenons à être. Il peut alors arriver que nous préférions nous rassurer face à cet abîme d’inconnu et indiquer nos limites comme une sorte d’impossibilité naturelle ou ontologique de l’objet auquel nous nous confrontons, voire le transformer en une interdiction faite à tous quand nous en avons le pouvoir. Les positions et les débats que nous avons évoqués ne doivent pas nous surprendre et, en tous cas, ils ne signifient nullement que nous ne pouvons avoir une épistémologie. Car une épistémologie n’est pas une idéologie et une science n’est pas un parti politique, moins encore une secte. Une science jeune fait toujours l’objet de disputes qui peuvent la déchirer, de doutes sur son identité, de luttes de pouvoir entre intellectuels, mais auxquels elle peut survivre. Or, les sciences de l’information et de la communication ont survécu en France depuis quelques décennies. Et de plus, même lorsqu’une science est arrivée à une forme de maturité, son épistémologie n’est jamais un sujet clos. Il reste indéfiniment débattu, à chaque génération. Il est donc possible et souhaitable aujourd’hui, comme cela le sera demain, de reposer la question de l’épistémologie de notre discipline. Le temps passé nous permet de nous retourner vers nous-mêmes. Où en sommes-nous dans nos réflexions ? Comment ont-elles progressé depuis trente ans ? Une entrée dans l’histoire de nos colloques et publications permet de saisir les constances et les variations de la question de la scientificité de nos
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