Etoiles dans la nuit des temps

-

Français
206 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Peut-on parler d'astronomie préhistorique ? Les Magdaléniens avaient-ils repéré la course du soleil de l'un à l'autre solstice ? Les mégalithes sont-ils en relation avec le ciel ? Quels ont été les débuts de l'astronomie en Chine ? Ces questions ont longtemps donné lieu à des spéculations hasardeuses. On peut maintenant les aborder scientifiquement, comme le font ici les meilleurs spécialistes qui contribuent à une discipline en plein essor : l'archéoastronomie.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2009
Nombre de lectures 277
EAN13 9782336251851
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème

Société des Études euro-asiatiques
ÉTOILES
DANS LA NUIT DES TEMPSCOLLECTION EURASIE
La collection EURASIE regroupe des études consacrées aux diverses traditions
culturelles des peuples du continent euro-asiatique et à leurs mutuelles relations.
D'inspiration principalement ethnologique, elle est largement ouverte aux
spécialistes d'autres disciplines: historiens, géographes, archéologues, des mythes et des littératures.
La collection EURASIE est publiée, au rythme d'un volume annuel, par la
Société des Etudes Euro-Asiatiques, dont elle reflète les travaux.
Directeur de collection: Yves VADÉ
Secrétariat de rédaction: Muriel HUTTER
Comité de lecture: Jane COBBI, Bernard DUPAIGNE, Jeanine
FRIBOURG, Christian PELRAS, Xavier de PLANHOL, Christiane
MANDROU, Rita H. RÉGNIER, Daniel ROSE, Yvonne de SIKE, Fanny de
SIVERS, Solange THIERRY
Volumes précédemment parus:
1 - Nourritures, sociétés, religions. Commensalités (1990)
2 - Le buffle dans le labyrinthe
1. Vecteurs du sacré en Asie du Sud et du Sud-Est (1992)
3 - Le buffle dans le labyrinthe
2. Confluences euro-asiatiques (1992)
4 - La main (1993)
5 - Le sacré en Eurasie (1995)
6 - Maisons d'Eurasie. Architecture, symbolisme et signification sociale
(1996)
7 - Serpents et dragons en Eurasie (1997)
8 - Le cheval en Eurasie. Pratiques quotidiennes et déploiements
mythologiques (1999)
9 - Fonctions de la couleur en Eurasie (2000)
10 -Ruptures ou mutations au tournant du XXle siècle. Changements de
géographie mentale? (2001)
Il - La Forge et le Forgeron.
1. Pratiques et croyances (2002)
12 -La Forge et le Forgeron.
2. Le merveilleux métallurgique (2003)
13 - Sentir. Pour une anthropologie des odeurs (2004)
14-15 - Ethnologie et Littérature (2005)
Nouvelle série:
16 - Europe-Asie. Histoires de rencontres (2006)
17- Oiseaux. Héros et devins (2007)
lSèmeCe volume est le de la collection
RÉDACTION: Musée du quai Branly, 222 rue de l'Université, 75007 Paris
La Rédaction laisse aux auteurs la responsabilité des opinions exprimées.
Illustration de la couverture: Miniature des figures zodiacales illustrant le Jamnapattra
(plus ancienne carte d'étoiles connue au monde, trouvée à Dunhuang sur la Route de la
Soie). rg British Library (rU. Or.821O/S.3326).COLLECTION EURASIE
Publiée par la Société des Études euro-asiatiques
ÉTOILES
DANS LA NUIT DES TEMPS
Textes réunis et présentés par Yves Vadé
L'Harmattan@
L'Harmattan, 2008
5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan l@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-07034-9
EAN:9782296070349INTRODUCTION
Par Yves V ADÉ
Les études qui constituent ce volume appartiennent, pour
certaines d'entre elles au moins, à un ordre de recherches
considéré longtemps comme aventureux. Si les observations
astronomiques pratiquées par de grandes cultures anciennes -
babylonienne,chinoise,alexandrine,arabe, indienne... - sontdes
chapitres de l'histoire des sciences, il n'en va pas de même des
rapports entre l'astronomie, fût-elle la plus élémentaire, et des
cultures proto-, voire pré-historiques ignorant l'écriture et qui
n'ont donc pas laissé sur leurs savoirs de documents constituant
une base irrécusable. Les seules données sont celles de
l'archéologie et leur interprétation est toujours sujette à débat.
Les archéologues sont rarement astronomes. Ils notent avec soin
l'orientation exacte des vestiges, notamment des tombes, qu'ils
mettent au jour, et l'on peut en tirer déjà bien des informations;
mais certaines connexions avec la course du soleil ou de la lune,
avec telles constellations ou le lever héliaque de telle étoile ne
font pas forcément partie de leurs préoccupations. On connaît
depuis longtemps l'importance du lever héliaque de Sirius pour
les anciens Egyptiens parce que ce lever, qui marquait le début de
l'inondation bienfaitrice du Nil, était le premier repère de leur
calendrier et que d'innombrables textes nous en parlent. Mais il a
fallu attendre ces dernières années pour qu'on s'aperçoive que les
anciens Celtes n'observaient pas avec moins d'attention le lever
héliaque d'Antarès, qui marquait pour eux le début de la saison
sombre, et celui d'Aldébaran au début de la saison claire. Encore
n'est-il pas sûr que tous les spécialistes du monde celtique aient
été atteints par cette découverte, que l'on doit aux astronomes
italiens A. Gaspani et Silvia Cernuti. On trouvera plus loin dans
l'article que S. Cernuti a bien voulu nous donner quantité
d'autres d'informations sur l'observation des astres par les
Celtes.
Si les archéologues ont longtemps marqué indifférence ou
désintérêt à l'égard des données astronomiques, c'est aussi que
les premières études en ce domaine ont été mêlées de trop despéculations douteuses qui ont longtemps contribué à
déconsidérer l'étude des savoirs astronomiques aux époques
anciennes. Ne parlons pas des elTeurs manifestes ou des
élucubrations les plus indéfendables, libéralement diffusées sur
internet et reprises avidement par les tenants de l'idéologie new
age. On pense plutôt à des études conduites par des esprits
passionnés dont le seul défaut est d'avoir voulu aller trop vite et
de tenir pour des certitudes ce qui n'était qu'hypothèses de
départ. Encore n'est-il pas sûr que tout soit à rejeter dans ces
recherches intuitives.
Ces spéculations ne datent pas d'hier. Il faudrait avoir le
temps d'examiner par exemple celles du savant abbé Lebeuf
(1687-1760), géographe et historien, qu'on a pu qualifier de
« précurseur de l'archéoastronomie » au XVlIr siècle. En l'an III
de la République, le citoyen Charles Dupuis proposait avec
intrépidité, dans son ouvrage sur L'Origine de tous les cultes, une
interprétation astronomique des mythes et divinités. La lecture de
cet ouvrage fut, à l'en croire, une révélation pour le grand érudit
Giorgio de Santillana, persuadé que dès le néolithique
l'astronomie fut le premier savoir et le point de départ des
développements intellectuels à venir (voir l'essai qu'il écrivit en
collaboration avec Hertha von Dechend sous le titre Hamlet 's
Mill, 1969, non encore traduit en français),
Plus près de nous, ce sont surtout les monuments
mégalithiques qui ont suscité les enquêtes les plus ardentes.
Certaines étaient vouées à l'échec, comme les études menées sur
les cupules creusées dans certaines pierres mégalithiques où l'on
tenta vainement de repérer des constellations. D'autres étaient
plus prometteuses. On pense en particulier aux recherches sur les
orientations solaires des alignements de Carnac, menées par le
commandant A. Devoir en collaboration avec l'astronome
britannique sir Norman Lockyer, entre 1906 et 1909. Mais c'est
surtout dans les années 1960 et 1970 qu'une étape fut franchie,
avec la publication des travaux de ['astronome Gerald Hawkins
sur Stonehenge (où il affirmait avoir repéré pas moins de
vingtsept orientations astronomiques significatives!) et de l'ingénieur
écossais Alexander Thom. Ce dernier tenta de déchiffrer les
orientations solaires et lunaires de Stonehenge et de nombreux
autres sites des îles britanniques (Megalithic Lunar
Observatories, Oxford, 1971), ainsi que des alignements de
8Carnac qu'il mettait en rapport avec le Grand Menhir de
Locmariaquer (La Géométrie des alignements de Carnac,
Université de Rennes, 1977). L'un et l'autre affirmaient le rôle
d'observatoire de ces grands ensembles mégalithiques et même
leur fonction de calculateur, permettant de prévoir les éclipses. Il
fallut en rabattre. Des recherches ultérieures, en précisant les
dates, ruinèrent certaines des conjectures avancées. Reste que
l'orientation solaire de certains ensembles mégalithiques, en
fonction des points cardinaux mais aussi des solstices d'hiver et
d'été, est incontestable. On connaît, dans le Morbihan, l'enceinte
rectangulaire de Crucuno orientée selon les points cardinaux et
dont les diagonales correspondent aux solstices. Ou des dolmens
dont les ouvertures sont rigoureusement orientées sur le solstice
d'hiver, comme le couloir du dolmen de Maes Howe dans les
Orcades ou, en Irlande, celui de New Grange, véritable« canon à
lumière» 1.Nous savons gré à Jean-Pierre Mohen, spécialiste des
mégalithes et Conservateur général du Patrimoine, de nous
rappeler en quelques pages plusieurs autres données qui peuvent
à ce jour être considérées comme certaines.
Cependant l'archéologie proto-historique multiplie les
découvertes. On sait depuis longtemps que Stonehenge n'est pas
un monument isolé. Ce n'est que l'exemple le plus considérable
d'une série de constructions circulaires de l'époque néolithique,
soit en pierres, soit en bois, dont on trouve des vestiges depuis
l'Europe du Nord jusqu'au Proche-Orient. En France, les enclos
circulaires de plus de 100 m. de diamètre découverts à Etaples
(Pas-de-Calais) et dépourvus de toute trace liée aux fonctions
d'habitat présentent de fortes similarités avec les henges
d'outreManche. Leur destination cultuelle, notent prudemment les
archéologues, «ne semble pas totalement exclue »2. Mais c'est
surtout en Allemagne qu'on a retrouvé de semblables
constructions. La plus notable est le Cercle de Goseck en
SaxeAnhalt, énorme ensemble tumulaire de 75 m de diamètre daté du
yedébut du millénaire. Il comporte trois cercles concentriques de
I
L'expression est de Venceslas Kruta, « Les racines profondes de l'Europe »,
Clartés, Grandes signatures, n° 1, avril2008, p. 53.
2
Nous suivons ici les indications fournies par Laurent Carozza et Cyril
Marcigny, L 'Age du Bronze en France, Paris, La Découverte, 2007, p. 123.
9terre et d'épieux et s'ouvre par trois portails,dont l'un est orienté
au nord, et dont les deux autres, au sud-est et au sud-ouest,
correspondent au lever et au coucher du soleil au solstice d'hiver.
Ensembles analogues au Portugal, avec les cercles de pierres de
ye
l'Alentejo également datés du millénaire. Sensiblement à la
même époque, en Nubie, l'important champ mégalithique de
Nabta Playa, à une centaine de kilomètres à l'ouest d'Abou
Simbel, comporte des alignements marquant le Nord, l'Est et le
lever solaire au solstice d'été, ainsi qu'un petit cercle de pierres
dont les ouvertures correspondent également à l'axe nord-sud et à
l'axe solsticial.
Deux millénaires plus tard environ, au centre du plateau du
Golan, le site de Rogem Hiri (en arabe Rujm el-Hiri, le «Tas de
pierres du Chat») présente une énigmatique structure circulaire
de IA5 m. de diamètre, constituée de trois grands cercles et deux
demi-cercles concentriques entourant un tumulus central
peutêtre postérieur; une entrée au nord-est serait orientée dans la
direction du soleil levant au solstice d'été, tandis que des murs
perpendiculaires, donnant à l'ensemble une allure de labyrinthe,
pourraient correspondre, de manière plus hypothétique, à des
levers ou des couchers d'étoiles remarquables.
Une mention spéciale doit être faite, dans cette trop rapide
revue, à l'Arménie, où plusieurs sites néolithiques suscitent
l'intérêt des astronomes. A Metsamor (à 35 km au sud-ouest
yed'Erevan), un établissement remontant au millénaire avant
notre ère présenterait un des plus anciens observatoires connus.
Au carrefour de routes reliant l'Asie Mineure au Caucase du
nord, ce fut un centre important dès la fin du IVe millénaire. En
1966, Elma Parsamian, astro-physicienne au Byurakan
Observatory et passionnée par l'histoire de l'astronomie, y
découvrit trois plates-formes d'observation creusées dans le roc,
datées entre 2800 et 2500 avol-C. Elle s'aperçut que des lignes
taillées dans la pierre pointaient exactement le Nord, le Sud et
l'Est. Une autre gravure rupestre, où quatre étoiles apparaissent
dans un trapèze, la conduisit à envisager un culte adressé à
l'étoile Sirius, dont on sait l'importance qu'elle prendra dans la
vie religieuse de l'Egypte et de Babylone.
Le second site est celui de Karahundj, complexe
mégalithique situé à 5 km environ de la petite ville de Sissian. II
comprend 204 pierres basaltiques dressées sur la crête d'une
10colline et dont certaines portent de véritables trous de visée de 5 à
7 cm de diamètre, soigneusement percés en haut de la roche. Ces
trous pointent exactement I'horizon dans différentes directions.
Ils permettaient, pense-t-on, d'observer les phases de la lune et le
lever du soleil aux solstices. L'astronome Paris Herouni,
directeur du Radio Physics Measurement Institute, y dirigea
quatre expéditions entre 1994 et 1996. Un survol en hélicoptère
lui permit de découvrir le plan général de cet ensemble: au
centre, 39 pierres dessinent une forme d'œuf de 43 m de long,
dont l'axe principal est d'orientation est-ouest (le petit bout dirigé
vers l'est). De part et d'autre, deux grandes allées fonnent deux
]ailes rectilignes dont l'une se dirige vers le nord sur 72 m,
l'autre vers le sud sur] 60 m, avant de s'incurver chacune à angle
droit sur une quarantaine de mètres. L'équipe d'astronomes
dirigée par Herouni put constater qu'à côté des pierres percées
d'un œilleton, d'autres pierres non percées permettaient d'établir
l'angle de visée.
Les deux sites de Sissian et de Metsamor pourraient à voir
en outre avec l'établissement du premier zodiaque. Ils tendraient
à confinner l'opinion émise dès le début du 20e s. par W. Olkott,
pour qui l'origine du zodiaque serait à chercher dans une région
située entre 36° et 42° de latitude, correspondant à la vallée de
l'Euphrate ou à la région du mont Ararat3.
On est loin d'avoir fini d'établir la liste des lieux d'Europe
comportant des «portes solsticiales» dûment aménagées. Une
exposition récente sur L'Or des Thraces au Musée
JacquemartAndré donnait l'occasion d'en découvrir plusieurs. La plus
spectaculaire est peut-être le monument mégalithique de
Slantcheva Vrata, dominant la« Vallée des rois thraces» près de
Kazanlak. Plusieurs blocs empilés de main d'homme figurent une
véritable porte, d'où l'on embrasse du regard tout le territoire
sacré des rois odryses. Au moment du solstice d'été, le soleil
passe par l'ouverture4.
3 V. W. Olkott, Legends ofstellar Universe, 1906 et E. Maunder, Astronomy
without Telescopes, 1914.
4 V. le catalogue de l'exposition L'Or des Thraces, Trésors de Bulgarie,
Musée Jacquemart - André, hiver 2006-2007, p. 35 et photo 20. Autres sites
signalés, pp. 32-34: le sanctuaire rupestre de Tatoul, dans l'est des
Rhodopes ; la « grotte-entrailles» de Tangardak kaïa, creusée dans la colline
karstique d'llinitsa près de Kardzhali, et qui comportait au fond un autel taillé
] 1Il faudrait parler encore du site de Kokino en Macédoine (à
75 km environ de Skopje). L'archéologue Jovica Stankovski y a
découvert en 2002, au sommet d'une colline de plus de 1000 m
d'altitude, un «observatoire» daté d'environ 1800 avant notre
ère. Selon l'astronome Gjorgji Cenev, de l'observatoire de
Skopje, on y observait les solstices et les équinoxes, ainsi que la
constellation des Pléiades, depuis d'énormes «trônes» de pierre
face à l'horizon de l'est, où des repères marquaient les directions
remarquables.
Chacun de ces sites assurément mériterait une étude
approfondie, dont l'ensemble excéderait largement les
dimensions de ce volume.
*
On peut donc tenir pour certain qu'à partir de l'époque
néolithique l'observation de la course du soleil et le repérage de
ses points remarquables étaient pour la communauté, ou du
moins pour les plus savants de ses membres, un sujet de
préoccupation entraînant des travaux parfois considérables. En
attestent aussi bien l'aménagement de sites naturels comme en
Arménie, que des constructions disséminées sur des territoires
couvrant l'ensemble de l'Europe et une partie du Proche-Orient.
Une enquête parallèle serait à mener pour l'Asie orientale.
Cependant faut-il s'en tenir au néolithique? A-t-il fallu
attendre l'agriculture, comme on le pense généralement, pour
repérer les bornes de la course du soleil et en tirer parti dans le
choix de certains lieux? Autrement dit, à défaut de structures
d'observation construites, des orientations solaires privilégiées ne
pourraient-elles être repérées dès le paléolithique supérieur, à
l'époque du grand art pariétal? Il semble bien, grâce aux
recherches de Chantal Jègues-Wolkiewiez, que l'on puisse
répondre par l'affirmative.
dans la roche, que les rayons du soleil venaient toucher à midi au moment du
solstice d'hiver. La tradition s'est perpétuée puisqu'un temple à coupole sous
tumulus de la fin du Ve siècle avant notre ère. situé dans la « Vallée des rois
thraces », présente au centre de la chambre un autel sacrificiel éclairé par le
soleil au moment du solstice d'hiver (id., p. 39 et photo 27).
12On sait que cette chercheuse indépendanteS a provoqué
une certaine sensation au cours de l'année 2000 en présentant au
Symposium d'Art préhistorique en Italie une communication sur
la vision du ciel des Magdaléniens de Lascaux. On continue à
discuter sur les interprétations qu'elle propose des peintures de la
grotte. Retrouver des constellations définies beaucoup plus tard et
parler de zodiaque primitif ne va pas de soi. Mais ce qui n'est
guère contestable, c'est la coïncidence de l'orientation de
l'ancienne entrée de la grotte et de la direction du soleil couchant
au solstice d'été. Il s'ensuit qu'à cette date le fond de la grande
salle se trouve éclairé comme à aucun autre moment de l'année
par les rayons du soleil vespéral. A partir de cette constatation, la
chercheuse s'est demandé si d'autres grottes à peintures
présenteraient des particularités analogues. Elle a ainsi engrangé
une moisson de résultats dont elle nous donne ici un échantillon
concernant la grotte de Commarque - avec une étude parallèle
sur la chapelle du château, où des fenêtres dissymétriques
répondent au même souci de faire entrer la lumière solsticiale,
tant cette préoccupation semble permanente dans les cultures
restées traditionnelles.
Lorsqu'on passe des âges de la pierre aux âges des métaux,
les témoignages de l'observation astronomique se multiplient, se
précisent, se diversifient. Il ne s'agit plus seulement des cycles du
soleil et de la lune, mais progressivement de tout le ciel étoilé. Et
surtout intervient de plus en plus largement la préoccupation de
la mesure.
Ces caractères correspondent bien à ce que l'on peut voir
sur le célèbre disque de Nebra. Est-il besoin de le présenter, après
les nombreux articles qui lui ont été consacrés? On sait qu'il
s'agit d'un disque en bronze de 31 à 32 cm de diamètre,
découvert sur la colline de Mittelberg en Saxe-Anhalt à la fin de
l'été 1999, arraché aux mains d'un recéleur et acquis par l'Etat
allemand (il est actuellement conservé au Musée de Halle). Sur la
surface légèrement convexe du bronze sont incrustés en or: un
5 Un film, projeté en novembre 2007 sur la chaîne Arte, a été consacré à
Chantal Jègues-Wolkiewiez et à ses travaux, sous le titre Lascaux, le ciel des
premiers hommes (autneurs Pedro Lima et Vincent Tardieu, réalisateur
Stéphane Bégouin. producteur Bonne Pioche). Ii a été de nouveau présenté le
25 septembre 2008 au Museum national d'Histoire naturelle.
13croissant lunaire; un cercle pouvant représenter soit le soleil, soit
la pleine lune; un semis de 32 étoiles, dont 7 forment un groupe
où l'on s'accorde à voir une représentation des Pléiades- les
autres étoiles ne constituant pas une carte, mais seulement un
symbole du ciel nocturne. L'ensemble est daté des environs de
]600 avant notre ère. Un peu plus tard ont été ajoutés deux
« horizons », figurés par deux arcs de cercle à la périphérie du
disque, puis un troisième arc dont la facture permet de
reconnaître un bateau, analogue à ceux que l'on peut voir sur de
nombreux pétroglyphes scandinaves de l'Age du Bronze. Barque
solaire? C'est probable. On songe à celle qui déjà un millénaire
plus tôt était censée assurer en Egypte le voyage nocturne du
soleil sous la terre (précisons que le disque de Nebra est
contemporain de ce qu'on nomme dans la chronologie
égyptienne la Deuxième Période intermédiaire, entre Moyen
Empire et Nouvel Empire). Une conception semblable se
retrouvera plus tard chez les Celtes - mais chez ceux-ci, de même
que chez les Grecs et les Scandinaves, le soleil diurne poursuivra
sa course sur un char, tandis qu'en Egypte il emprunte une autre
barque, ce qui se comprend sans peine dans un pays où les
transports s'effectuaient essentiellement par le fleuve. Comme
l'écrit Harald Meller, « la barque sur le disque de Nebra se glisse
entre les étoiles entre "l'horizon du matin" et celui du " soir ",
accomplissantune sortede voyagecéleste nocturne »6.
Si la barque évoque le soleil nocturne, donc invisible, le
globe doré pourrait bien représenter la pleine lune. Le professeur
Wolfhard Schlosser, de l'Université de la Ruhr, voit dans ce ciel
nocturne le cadre d'un calendrier agricole, à une époque où le
coucher héliaque des Pléiades, en mars et en novembre, marquait
le début et la fin des travaux des champs. D'autres interprétations
sont possibles et les études se poursuivent. Mais dans la
perspective d'une évolution de l'observation astronomique aux
âges proto-historiques, le plus intéressant est peut-être ailleurs.
6 Harald Meller, « Le disque céleste de Nébra », Pour la Science, avril 2004,
p. 32-35. La plupart des données sur le sujet dont nous faisons état sont tirées
de cet article, ainsi que de celui du Pr Wolfhard Schlosser, « Le disque de
Nebra: un calendrier agricole? », ibid., p. 36-40. - Nous regrettons que ses
occupations n'aient pas permis à M. Meller de nous donner un article faisant
état des dernières recherches sur le disque, ainsi qu'il nous l'avait laissé
espérer.
14Il est d'abord dans le lieu même de la trouvaille, soit la
colline de Mittelberg. Au sommet de cette modeste hauteur de
252 m., des vestiges de murs et de fossés sans fonction utilitaire
apparente, aussi bien que le dépôt votif dont le disque faisait
partie, indiquent bien qu'il s'agissait d'un endroit fortement
sacralisé. Or du lieu où fut découvert le disque on pouvait voir,
avant que les arbres ne couvrent les pentes, le soleil se coucher au
solstice d'été derrière le Brocken, la plus haute montagne
d'Allemagne du Nord (1141 m), distante de 80 km. Le Mittelberg
s'inscrirait donc parmi les points d'observation d'où l'on repérait
à l'époque néolithique les levers ou couchers solsticiaux. Mais en
même temps ces points solsticiaux sont reportés, comme sur une
carte, à l'échelle du disque: ils correspondent en effet aux
extrémités des deux « horizons» ajoutés postérieurement. Et
cela change tout. On ne se contente plus de marquer sur le terrain
les passages de l'astre, on en constitue une sorte d' analogon
portatif, reproduisant sur un simple disque l'ensemble de la voûte
céleste. Bien plus: si l'échelle du croissant, de la barque et du
globe sont évidemment arbitraires, la dimension des deux
horizons fait intervenir la mesure. Les deux arcs qui les
représentent correspondent en effet à un angle au centre de 82°.
C'est précisément l'angle que forment les lignes solsticiales
(directions vers l'Est des levers solaires au 21 juin et au 21
décembre, et symétriquement couchers vers l'Ouest aux mêmes
dates), pour un observateur situé à la latitude de Nebra - ou, pour
être tout à fait exact et suivre les calculs de M. Schlosser, à une
latitude d'environ 70 km au nord de Nebra. Ce qui implique deux
choses, l'une et l'autre de grande conséquence: d'abord la
possibilité de mesurer d'une manière ou d'une autre cet angle sur
le territoire; ensuite la capacité de le reporter, à petite échelle, en
une sorte de schéma cartographique.
Un dernier point: Mittelberg signifiant « Mont du
Milieu », il est permis d'y voir, quelle que soit la date du
toponyme, un nouveau témoignage non seulement de la
sacralisation des lieux qualifiés de « centres », mais de leur
connexion, à des époques plus lointaines qu'on ne l'imagine,
avec des repérages à longue distance (rappelons que le Brocken,
qui donne son sens au choix de Mittelberg comme point
d'observation, se trouve à 80 km). Moins loin de nous, le réseau
15des Mediolanum celtiques en fournirait bien d'autres preuves.
Mais ceci est une autre histoire.
Ce qui n'est pas douteux, c'est que cet exceptionnel objet
qu'est le disque de Nebra ne peut que légitimer aux yeux des
sceptiques les recherches d'archéoastronomie, longtemps rejetées
par les archéologues européens (contrairement à leurs confrères
américains et britanniquesf et envers lesquelles l'Université
française en particulier s'est montrée, jusqu'aux années récentes,
d'une singulière timidité.
11 n'est peut-être pas abusif de mettre en rapports la
capacité de reporter des points solsticiaux sur un schéma à petite
échelle, attestée par le disque de Nebra, avec certaines gravures
du Mont Bego dans la Vallée des Merveilles, antérieures de
quelques siècles et interprétées comme la figuration de parcelles
cultivées avec leurs chemins, ce qui en ferait «la plus ancienne
représentation cadastrale connue» 8. On assiste dans les deux cas
à la naissance de représentations graphiques qui ne sont plus de
l'ordre du symbole mais de la reproduction analogique et
proportionnelle- autrementdit à l'apparition d'une cartographie
primitive. Panni les milliers de gravures du Mont Bego, en
existe-t-il qui témoigneraient en outre d'une observation attentive
des phénomènes astronomiques?
11 y a peu Jérôme Magail, du Musée d'Anthopologie
préhistorique de Monaco, faisait état d'un «cadran saisonnier»
gravé sur la dalle dite de la Danseuse, et marquant, grâce au
contour de poignards posés sur la roche, des directions solaires
privilégiées9. Chantal Jègues-Wolkiewiez, dont la Vallée des
Merveilles est le premier terrain de recherche, va plus loin en
nous proposant une audacieuse interprétation de la « Roche du
dieu aux bras en zigzag ». Les différentes gravures occupant la
surface de cette roche constitueraient l'ébauche d'une véritable
7 Nous reprenons ici la formulationdu Pr Schlosser,auteur avec Jan Cierny
d'un ouvrage sur l'archéologie préhistorique (Sterne und Steine.' Eine
praktische Astronomie des Vorzeit, Ed. Konrad Theiss, Stuttgart, 1997). Cet
ouvrage lui avait valu, comme il le rapporte dans l'article cité, quelques
piques et moqueries. C'était avant la découverte de Nebra.
8 L. Carozza et Cyril Marcigny, op. cit., p. 69.
9 Jérôme Magail, « Mont Bégo, un cadran saisonnier vieux de 4000 ans »,
Archéologia, n° 446, juillet-août 2007, p. 10-19.
16cm1e du ciel, dont l'auteur interprète les différents éléments.
Quant au prétendu dieu, il ne serait pas une figuration
anthropomorphe, mais la représentation d'un événement
astronomique fort rare: une éclipse annulaire totale, survenant au
moment du lever du soleil à l'équinoxe. Dans la fourchette
chronologique donnée par les archéologues, soit entre 2200 et
1700 avoJ.-C., les logiciels d'archéoastronomie permettraient de
dater exactement l'événement du 10 octobre 1717. Evénement
aggravé, si l'on peut dire, par une éclipse solaire totale survenue
l'année suivante.
Cette lecture d'une des roches les plus souvent reproduites
de la Vallée des Merveilles pourra donner lieu à débats. Il
n'empêche que les faits ont bien eu lieu et qu'ils n'ont pu
manquer de frapper les esprits. La représentation d'une éclipse
annulaire par les graveurs du Mont Bego, si elle est avérée, ferait
de la roche du « dieu aux bras en zigzag» la première notation
figurée d'un événement astronomique précis et datable. Non plus
l'observation de la régularité circulaire des phénomènes célestes,
mais la notation de ce qui devait au contraire être perçu comme
de prodigieuses et angoissantes perturbations, annonciatrices
d'on ne sait quels bouleversements terrestres.
Ces notations d'événements exceptionnels se poursuivront
au cours des millénaires suivants et ne cesseront plus.
L'observation de ce qu'on nomma en Occident des «étoiles
nouvelles» et en Extrême-Orient des « étoiles invitées» (en fait
l'explosion de supernovae) en fournit les meilleurs exemples.
Dans l'article qu'il consacre au sujet, Jean-Pierre Luminet
rappelle ce que sont ces phénomènes, avant de passer en revue
les principales mentions qui en ont été faites en Chine, au Japon
et en Corée - la plus ancienne, gravée sur carapace de tortue,
remontant au XIVe siècle avant notre ère. Traversant les siècles,
il s'attache ensuite en détail aux documents chinois, japonais,
arabes, occidentaux, voire amérindiens qui concernent l'étoile
nouvelle apparue en 1054 (nommée de nos jours SN 1054), dont
le résidu gazeux constitue maintenant la Nébuleuse du Crabe. On
verra qu'une critique serrée de ces documents invite même à faire
intervenir des considérations de politique intérieure chinoise et de
censure ecclésiastique latine.
Dans le monde gaulois, on sait par César que les druides
étaient d'ardents observateurs du ciel et du «mouvement des
17étoiles» (de sideribus atque eorum motu). En examinant une
série de monnaies des Coriosolites frappées entre 100 et 60
avoJ.c., Silvia Cernuti y découvre des variations qui pounaient
conespondre à des passages de comètes. Des monnaies éduennes
de la même période fixeraient le souvenir de novae ou de
supernovae dont on peut préciser les dates d'apparition. D'autres
monnaies encore pourraient se référer à une éclipse de soleil ou
même, sur une pièce d'argent, à l'exceptionnelle et lumineuse
conjonction de cinq planètes qui eut lieu près de l'étoile Antarès
le 28 novembre 47 avant notre ère.
Toujours dans le domaine celtique, une découverte
récente, que l'on doit à la collaboration de Venceslas Kruta et de
Silvia Cernuti, montre qu'une représentation précise de certaines
constellations à différents moments de l'année, que l'on ne
s'étonnerait pas de trouver à Babylone ou en Grèce, pouvait aussi
être le fait des Celtes de Moravie dans le premier quart du lue
siècle avant notre ère. Sur une cruche cérémonielle en bois
maintenant célèbre, dite cruche de Brno, des résilles de bronze
que l'on pouvait croire simplement décoratives présentent aux
points de croisement des « yeux» énigmatiques. Or ces yeux ne
seraient autres que des étoiles qui correspondent d'un côté au ciel
d'hiver, de l'autre au ciel d'été tels qu'on pouvait les voir à
l'époque et à cette latitude. Couverte d'autres motifs qui en
confirment la signification cosmique, cette cruche fait figure
désormais d'objet savant autant que d'instrument sacré.
*
Il est temps cependant de quitter les cultures d'âge pré- ou
proto-historique pour aborder les rivages mieux balisés des
civilisations pour lesquelles une abondante documentation écrite
est à la disposition des chercheurs (bien que l'écart entre les unes
et les autres, on l'aura compris, ne soit peut-être pas aussi
considérable qu'on l'a pensé longtemps). Deux grands ensembles
s'imposent d'emblée, par leur ancienneté autant que par le
nombre de documents qu'ils nous ont légués: le monde chinois
et la Babylonie. Deux civilisations pour lesquelles l'observation
du ciel était d'une importance primordiale, en dépit de cadres
religieux et mentaux fort différents
Commençons par Babylone, dont il est convenu de dire
qu'elle marque la naissance de l'astronomie, de l'astrologie et du
18zodiaque. On sait qu'à partir du ne millénaire les jeunes scribes
de Mésopotamie apprenaient à l'école des listes de noms oÙ l'on
trouve les cinq planètes visibles à l'œil nu, des étoiles brillantes
(Sirius, Regulus, Vega, Antarès...) et plusieurs constellations.
Celles-ci, aux contours d'abord flous, furent peu à peu stabilisées
et nommées en référence aux dieux. Dans son étude, Roland
Laffitte s'attache à la naissance et à la nomenclature du zodiaque
à partir d'étoiles repérées sur la ceinture écliptique puis
regroupées en constellations. Un regroupement permit de passer
de dix-sept constellations à douze: le cercle écliptique sera
désorn1ais divisé en 12 patties égales de 30° chacune,
correspondant aux douze mois de l'année babylonienne et
pennettant de localiser les planètes à un moment donné. Il ressort
des recherches de l'auteur que la nomenclature de ces
constellations fut diffusée dans le monde grec par l'intennédiaire
de l'araméen, langue populaire de la Mésopotamie devenue
langue officielle de l'Empire achéménide à l'ouest de l'Euphrate.
On en retrouve des échos dans le zodiaque égyptien et dans le
zodiaque latin, dont certaines dénominations ne peuvent pas
provenir du grec.
Parallèlementà Babylone,antérieurementpeut-être- mais
la chronologie est ici tributaire des découvertes archéologiques -
on se livrait en Chine à des observations astronomiques
incessantes et rigoureuses. On en a vu une illustration avec la
découverte, au début de la seconde moitié du deuxième
millénaire avant notre ère, de « l'étoile invitée» à l'origine de la
Nébuleuse du Crabe. C'est plus largement l'histoire des
observatoires astronomiques chinois que retrace pour nous
JeanMarc Bonnet-Bidaud. Le terme prend ici son sens actuel.
Lorsqu'on parle en effet d'« observatoires» pré- ou
protohistoriques, il ne peut s'agir que de sites aménagés pour
l'observation du ciel, à l'exclusion de tout appareillage. Les trois
dernières études de ce volume concernent en revanche des lieux
bien spécialisés, pourvus d'instruments qui sont les ancêtres plus
ou moins lointains de ceux qu'utilisent encore les astronomes
modernes.
Dans un pays comme la Chine, oÙ l'astronomie devint
rapidement « science d'Etat », une évolution progressive se laisse
appréhender, depuis des sites d'observation comme celui de
Taosi, vieux de plus de 4000 ans, limité à douze repères
19d'alignement autour d'une vaste plate-forme en demi-cercle, en
passant par les «plates-formes de l'esprit », observatoires
impériaux de l'époque des Han, pour aboutir à la «Tour de
l'Ombre» édifiée en 1276 à Dengfeng par l'astronome Guo
Shouxing, créateur trois ans plus tard du premier observatoire de
Pékin. Les instruments se multiplient et s'affinent: d'abord
simples gnomons, premières clepsydres, puis sphères armillaires
- on en connaîtdont le mouvementest assurépar une
clepsydre, «horloge sidérale» du temps de l'empereur Wen Di au ne
siècle avant notre ère, instruments métalliques enfin qui
provoquèrent au début du xvne siècle l'admiration du jésuite
Matteo Ricci. Instruments réglés selon des coordonnées polaires
et équatoriales que l'astronomie européenne, comme le rappelle
l-M. Bonnet-Bidaud, n'adoptera qu'à partir de Tycho Brahé.
L'observatoire qu'Ulugh Beg fit édifier à Samarkand à
partir de 1420 se rattache à d'autres traditions qu'à celles des
observatoires chinois, bien que ce petit-fils de Tamerlan, comme
Lucien Kheren le rappelle dans son étude, ait envoyé en Chine
son proche collaborateur Ali Kushchi pour en rapporter des
traités d'astronomie. Mais l'héritage de l'école d'astronomie de
Samarkand est avant tout grec et islamique: c'est celui des écoles
de Bagdad (florissante dès le VIne siècle), de Syrie, d'Egypte et
de Perse. D'après les vestiges retrouvés en 1908, l'observatoire
d'Ulugh Beg était divisé en deux moitiés symétriques par un
grand arc de sextant d'orientation nord-sud, commençant par une
tranchée profonde de Il m et se déployant jusqu'à une hauteur
qu'on peut évaluer à 40 m. Des sextants de ce genre, quoique
plus petits, avaient déjà été construits, nous apprend L. Kheren,
« l'un à Rayy en Iran, utilisé par al-Khujandi en 994 pour étudier
l'obliquité de l'écliptique, et un autre à Marâgua, construit par
AlTusi en 1259 ». L'instrument de Samarkand aurait permis de
calculer la durée de l'année à 1 minute près et l'inclinaison de
l'écliptique à 28 secondes d'arc près. Rapidement abandonné
après la mort de son constructeur, l'observatoire d'Ulugh Beg fut
défintivement détruit par les Ouzbeks en 1499. Cependant
l'œuvre astronomique d'Ulugh Beg survécut grâce aux Tables
qu'il fit rédiger à partir de 1420 environ et auxquelles lui-même
mit la main. Elles parvinrent en Occident et furent éditées au
milieu du XVII" siècle à Oxford, un peu plus tard en Pologne.
Nous voici donc au seuil de l'astronomie moderne.
20