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Géologie pratique de la Louisiane

De
342 pages

Considérations préliminaires sur ce sujet ; William Darby en a compris l’importance, mais ne l’a abordé que pour y échouer. — Valeur des cartes allemandes de l’ancienne Louisiane. — Combien les cartes anglaises sont supérieures à cet égard, par l’aveu loyal qu’elles n’ont fait que copier les cartes françaises. — Prétentions contraires de la France et de l’Angleterre, révélées et précisées par leurs cartes géographiques. — La Cartographie Louisianaise, unie à celles de la Caroline et du Canada, s’élève à la plus haute importance historique.

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Raymond Thomassy
Géologie pratique de la Louisiane
AVANT-PROPOS
Ce premier Essai sur laGéologie pratique de la Louisiane n’est point un livre fait seulement avec le secours d’autres livres ; ce sera it bien plutôt le contraire, car il est surtout résulté d’observations personnelles, durant quatre et cinq campagnes d’exploration sur les bords du Mississipi et les co ntours de son delta, sur le littoral Louisianais et celui des États voisins. Un mérite o u un défaut de ce travail sera donc l’indépendance des idées préconçues. J’ajoute que, coordonné à la hâte, par mon empressement à répondre aux désirs de quelques amis , il pèche encore par beaucoup de lacunes ; néanmoins, je n’ai point hésité de le livrer à l’impression, à titre d’étude limitée à la Basse-Louisiane et au bassin inférieur du Mississipi. Le prospectus, qui fit accueillir l’idée de cette p ublication par mes souscripteurs américains, ne saurait lui nuire en France, et lui sert maintenant de préambule.
I
La Louisiane, qui aspire à bon droit au premier ran g des États de l’Union, est peut-être le seul d’entre eux qui n’ait point encore été l’objet d’une exploration géologique. L’oubli où elle s’est laissée choir sous ce rapport , a quelque chose de singulier, pour ne pas dire d’affligeant. Il ferait en effet suppos er qu’elle ignore ou dédaigne l’importance universellement attribuée à la géologi e : science, qui seule peut lui apprendre à connaître ses richesses souterraines, e t mille ressources inaperçues, dont l’exploitation mettrait le comble à sa prospérité présente. Il est vrai que certaines explorations géologiques ont paru d’une utilité fort contestables, et, quoique très-coûteuses, n’ont abo uti qu’aux plus minces résultats : de là peut-être, parmi nous, tant d’indifférence po ur ce genre de recherches. Trop souvent enfin les traités sur la géologie l’on t rendue stérile autant que prétentieuse, par une nomenclature incohérente et u netechnicalitéC’est superflue. ainsi que cette science est devenue inintelligible, repoussante même pour bien des gens désireux d’en pénétrer les secrets. Dans la Lo uisiane, en particulier, d’excellents esprits s’en éloignent obstinément, alors pourtant que le vaste territoire de cet État en rendrait l’étude aussi attrayante sous le rapport s péculatif, qu’utile dans ses innombrables applications.
II
Ce territoire offre, en effet, les deux champs d’ob servation les plus distincts, avec toutes facilités de passer de l’un à l’autre, soit pour étudier leurs rapports, soit pour jouir de leurs contrastes. L’un est le domaine créé par les alluvions du Mississipi, du Washita et de la Rivière Rouge. C’est le dernier-né de la géologie américaine, datant à peine de l’époque où la terre devenait habitable, e t où le sol raffermi, l’air purifié y permettaient le développement des sociétés humaines . C’est la région de la Basse-Louisiane, dont les secrets ont été entrevus par le forage du puits artésien de la Nouvelle-Orléans, et dont la formation peut d’autan t mieux être étudiée à l’embouchure du fleuve, qu’elle s’y poursuit comme par le passé, en empiétant sans cesse sur le golfe du Mexique. L’autre région, bien moins observée que la précéden te, est néanmoins assez connue quant à l’antiquité de son origine, pour nou s convaincre que sa formation est
une des plus anciennes et des plus curieuses du con tinent américain. Cette dernière est celle des monts Washita, qui, bien que s’étenda nt dans l’état de l’Arkansas, n’en appartient pas moins d’abord à la Louisiane, et jus tifierait à elle seule une exploration géologique. Toutes les richesses minérales semblent s’y être donné rendez-vous, et pourtant, malgré le besoin des métaux utiles, malgr é la soif des métaux précieux, on n’en sait rien encore de positif. Bien plus, un géo logue de mérite me disait, tout récemment : « Que faire en Louisiane ? Et quelle co llection de roches y former ? », oubliant ainsi les monts Washita, et se méprenant s ous un autre rapport, au point de borner la géologie à l’étude des roches, qui n’est que le point de départ d’où cette science ne tarde pas à se bifurquer. Considérées dans leur composition et leur gisement, les roches sont la base de la géologie appliquée à l’industrie et aux arts, lesqu els trouvent au milieu d’elles les minérais fournissant les métaux utiles. Mais consid érées dans leur décomposition et les alluvions qui en dérivent, elles n’offrent pas une étude moins intéressante, surtout quand ces alluvions proviennent, comme en Louisiane , des monts Alleghanies par l’Ohio, du plateau du Minnesota par le Haut-Mississ ipi, des Montagnes Rocheuses par le Missouri, duLlano Estacadoers par la Rivière Rouge, enfin du Washita par les div courants formant la Rivière Noire. Ces atterrisseme nts, gigantesques et si divers, se sont alternés et superposés sous nos pieds, par sui te d’inondations, dont il importerait de bien connaître la puissance respective et les po ints de départ. Arrivaient-elles surtout du nord, ou bien de l’est ou de l’ouest ? S i nous le savions, nous pourrions bien mieux déterminer la part qui revient au Missis sipi et à chacun de ses affluents, dans la formation de notre territoire. En attendant que ce problème soit résolu, il est au moins éclairci, en Louisiane, par la nature et l’épaisseur des diverses couches soute rraines, qui reportent notre pensée aux phénomènes de leur origine, et aux régions loin taines d’où leurs sédiments ont été transportés par les eaux. Ce faisant, nous remo ntons des effets à la cause, c’est-à-dire du fond du bassin géologique à ses gradins e t plateaux supérieurs, comme nous descendons de la cause aux effets, quand, pour mieux étudier les roches de ces plateaux, nous en suivons la décomposition et pouvo ns en reconnaître les éléments à mille lieues de distance, jusque dans le delta du M ississipi. Or, dans l’un ou l’autre cas, il est évident que l’étude des alluvions et ce lle des roches sont également importantes en géologie, l’une étant tour-à-tour le point de départ ou d’arrivée de l’autre, et toutes d’eux se contrôlant et se vérifiant mutuellement. C’est donc à ce titre que la géologie de la Louisia ne, fût-elle réduite à la seule étude de ses terrains d’alluvion, serait encore indispens able à la géologie de la grande vallée américaine. Elle y joue de plus un rôle déci sif ; car, sans elle, comment comprendre les fonctions sédimentaires du Mississip i ? Elle tient donc la clef de ce grand problème d’une si haute portée pour le monde savant ; et grâce à la solution qu’elle seule peut en donner, il ne faudrait pas s’ étonner que notre État, si dédaigné des géologues contemporains, ne devînt à son tour l e champ favori des géologues à venir. Ce n’est pas tout : dans les périodes antérieures à l’existence du Mississipi, parmi les conditions du continent américain alors si diff érentes de celles de nos jours, il y en avait nécessairement de semblables, sinon de parfai tement identiques à ces dernières : par exemple, des æstuaires où les fleuv es diluviens entraînaient toute espèce de débris et de sédiments, et, par suite, de s deltas que leur mode de formation rendait analogues à nos deltas modernes. On conçoit dès-lors combien l’étude de ceux-ci jetterait de lumière sur l’origine des autr es, sur leurs incommensurables
radeaux transformés en bancs de lignites ou de houi lle, et sur les dépôts si divers que les eaux salées et les eaux douces y accumulèrent t our-à-tour. Le connu nous conduisant ainsi à l’inconnu, toute question, bien résolue pour le delta de la Basse-Louisiane, prépara de semblables solutions pour les terrains analogues des périodes antérieures. Nouvelle preuve que l’étude, toute mod este qu’elle semble, des alluvions modernes, tient pourtant la clef des problèmes les plus intéressants par leur antiquité comme par leur importance intrinsèque. C’est dire enfin que, dans les recherches de ce gen re, les considérations spéculatives doivent toujours reposer sur les donné es de l’observation la plus positive, et même de l’expérience la plus usuelle. Ce n’est q ue par les phénomènes qui s’accomplissent sous nos yeux que nous pouvons juge r sainement des phénomènes primitifs. L’action du Mississipi a pu varier dans la mesure de son influence et dans la puissance de ses alluvions ; mais les lois qui régi ssent ce fleuve n’ont pas changé, et, en les bien observant aujourd’hui, nous ne saurions manquer de découvrir comment elles ont fonctionné dès l’origine.
III
C’est sur le delta en cours de formation que le Mis sissipi nous donne le dernier chapitre de son histoire, le résumé de toutes ses i nfluences. Là est donc le théâtre qu’on ne saurait trop bien examiner, et où les moin dres phénomènes peuvent acquérir la plus haute importance. Sir Charles Lyell y dirig ea son esprit d’observation, pour se faire une idée des atterrissements du fleuve. Malhe ureusement, les témoignages les plus irrécusables lui firent défaut ; aussi reconnu t-il lui-même, après avoir publié ses impressions de voyage (vol. II, p. 189), qu’elles n ’avaient à cet égard rien de précis ni de concluant. Par une méprise ou distraction égalem ent regrettable, ce célèbre géologue ne remarqua point le rôle desmud springs etmud lumpset sources monticules de boue, qui sortent des flots du golfe du Mexique, parfois même au milieu des passes du fleuve, et accusent la présence d’un nouvel agent dans la formation progressive du delta. Comme cet agent y intervient sans cesse, on n’en saurait trop bien rechercher l’origine. J’ai cru la reconnaître, et l’ai rattachée à l’existence de nappes d’eau souterraines, dont ces sources de boue seraient les soupiraux visibles, tandis qu’une multitude d’autres orifices resteraie nt cachés à tous les yeux dans les profondeurs du golfe du Mexique. C’est ainsi que le s bouches du Mississipi m’ont offert un sujet d’étude, dont la nouveauté n’était pas le moindre intérêt. Refaisant donc les calculs adoptés par M. Lyell, j’ ai reporté la question des atterrissements sur un terrain plus sûr, celui de l a cartographie comparée, dont les témoignages semblent les seuls concluants, surtout lorsqu’ils sont expliqués et confirmés par les relations des premiers explorateu rs du fleuve. Ayant d’ailleurs retrouvé les plus anciens de ces d ocuments, ceux d’abord du célèbre De la Salle, ensuite ceux des ingénieurs qu i songèrent un instant à fonder, devant l’ancienne Balise, un port et une place mari time, j’avais dans les mains le premier anneau qui a toujours manqué pour un pareil travail. — 25 à 30 autres cartes hydrographiques me sont ensuite parvenues, et compl éteront la série des pièces probantes, dont la dernière sera la reconnaissance du delta, faite par leCoast Survey des États-Unis, sous l’exacte et savante direction de M. Bache. Une fois ces témoignages comparés entre eux et écla ircis, soit par des documents officiels, soit par les traditions les plus authent iques, il serait difficile, à coup sûr, de ne pas se faire une idée juste du progrès des alluvion s du Mississipi. La précision des
témoignages linéaires nous le fera toucher et mesur er au compas. Connaissant alors la quantité précise, dont le fleuve agrandit annuel lement son domaine dans le golfe du Mexique, nous devinerons tous les développements an térieurs du delta, et pourrons en apprécier la durée. — Ajoutons que pour rendre c e calcul plus exact et irréprochable, on ne saurait y négliger le rôle des alluvions maritimes. Celles-ci, par suite des faibles marées du golfe, n’exercèrent peu t-être pas en Louisiane une action aussi puissante que sur d’autres rivages ; néanmoin s, faudra-t-il en tenir compte, pour savoir quelle part revient à la mer dans la formati on du delta. Le développement de ce territoire par le concours d es alluvions fluviales et maritimes, offre un des plus beaux sujets d’étude q ue je connaisse, et il s’agira de lui donner un cadre, en dessinant les contours du grand œstuaire. C’est alors que nous aurons à signaler l’intervention des forces hydro-t hermales et volcaniques : notion entièrement nouvelle dans la géologie de la Louisia ne, et preuve de plus que la variété n’y fera point défaut ! Nous verrons donc comment e t vers quelle époque les soulèvements et les convulsions du sol contribuèren t à former les cordons littoraux, derrière lesquels le Mississipi devait accumuler se s atterrissements. Les buttes de Belle-Ile, Côte Blanche, Grand’-Côte, Petite Anse,sont les témoins irrécusables d’une première convulsion souterraine qui sépara l’æstuai re de la pleine mer, vers le sud-ouest. Un autre mouvement du sol, rayonnant au nord par les coteaux du Vermillon et des Opelousas, fixa de cet autre côté la limite des alluvions, et les distingua des terrains diluviens et tertiaires du Calcassieu et d e la Sabine. Sans examiner encore ces derniers terrains qui sort ent de notre cadre actuel, nous irons reprendre l’œstuaire primitif, au-delà du Mis sissipi, à Port-Hudson et à Bâton-Rouge, pour le compléter, en contournant les lacs M aurepas et Pontchartrain. Les terrains diluviens et tertiaires de ce dernier cont our, aussi bien que ceux de l’ouest, nous rappelleront les limites de ce premier Essai, et nous y rentrerons pour nous occuper exclusivement du meilleur emploi des eaux e t des alluvions. Cette étude générale du Mississipi comprendra quelq ues études particulières, tout-à-fait négligées jusqu’à ce jour, et pourtant d’un intérêt majeur : entre autres, celle de ses fonctions absorbantes et de ses atterrissements souterrains, et celle non moins curieuse de son influence sur le climat du sud. C’e st à la suite des crues, produites par la fonte des neiges dans son bassin supérieur, que l’influence du fleuve se fait sentir sur l’atmosphère, aussi bien que sur le sol de la L ouisiane. Les eaux qu’il y entraîne alors sont à la glace, et leur action réfrigérante y modère les plus fortes chaleurs. C’est à la fois l’inverse et l’analogue dugulf stream,dont les eaux chaudes vont modérer les froids de l’Europe occidentale et la dotent du clim at le plus tempéré. Cette étude du Mississipi, que nous tâcherons de re ndre aussi précise que complète, constitueral’Hydrologie de la Basse-Louisiane, et en sera la première et principale étude géologique, puisque le rôle de l’e au y est vraiment créateur et souverain. Le fleuve, dont le nom indien signifiaitPère des eaux, n’est guère enfin moins puissant pour le mal que pour le bien des contrées qu’il arrose. Les questions de salubrité dépendent beaucoup de ses crues, et c’est alors que l’ingénieur hydraulique et le géologue deviennent, à leur tour, de vrais mé decins. Médecins des terres malsaines et malades, qui sait s’il ne leur est pas réservé de prévenir la fièvre jaune, comme d’autres ont mission de la guérir ? A chacun son rôle ; et, en attendant, cherchons à l’envi un but pratique.
IV
Le titre de cet Essai montre assez que l’applicatio n y suivra toujours de près la théorie, et s’éclairera même, à cette fin, de l’exp érience des contrées étrangères, pour compléter l’étude de chaque sujet. Les aperçus comp aratifs que donne l’habitude des voyages, deviendront alors nos plus utiles auxiliai res ; car eux aussi, comme tous les phénomènes en cours de développement, conduisent du connu à l’inconnu par la méthode de l’induction, et en jetant des éclairs su r les questions les plus obscures, permettent souvent d’en saisir les solutions les pl us inespérées. Grâce, par exemple, aux inondations périodiques du Mississipi, autant qu’à la puissance sédimentaire de ses eaux, la Louisiane es t vraiment l’Égypte du Nouveau-Monde ; ce qui devait bien lui faire imiter les che fs-d’œuvre de l’hydraulique des Pharaons. Malheureusement, la science qui inspira d e pareils travaux, la géologie, fille de l’observation des oeuvres de la nature, est rest ée jusqu’à ce jour négligée des populations ; et ce ne sera probablement qu’à la su ite d’un enseignement populaire et répété, qu’on apprendra aux habitants à tirer le me illeur parti possible des alluvions du Mississipi. Quant à notre méthode de traiter cette question, el le reposera sur des arguments visibles et concluants pour tous les yeux : le succ ès triomphant de l’hydraulique naturelle en Italie, et le témoignage des ingénieur s hollandais qu’on invoquait contre nous, mais qui s’est trouvé précisément le plus déc isif en notre faveur. Nous aurons encore à tenir compte du grand nombre d e sources minérales résultant de la dislocation du sol sur les rebords de l’œstua ire, et y formant quelquefois par agglutination les roches sous-marines du cordon lit toral. Telles sont les sources ferrugineuses, au nord du lac Pontchartrain ; les sources, salées et boueuses tou t ensemble, qui forment desmud lumpsà l’embouchure du Mississipi ; une autre source sa lée près du volcan de Petite-Anse ; d’autres, enfin, dans l’ouest, sur les bords du Tèche et les coteaux des Opelousas. Ajoutons ici que les régions à sources m inérales sont généralement des régions à puits artésiens : ce qui déjà nous montre un des côtés les plus pratiques et les plus utiles de nos recherches sur le simple con tour de l’æstuaire Louisianais. Telles seront les limites de notre premier Essai, q ue nous complèterons plus tard par l’exploration des autres parties de la Louisian e, notamment par celle des monts Washita, la plus importante de toutes sous le rappo rt minéralogique. Nous n’attendrons pas, du reste, ces dernières recherche s pour donner à notre travail tout le caractère pratique qu’il réclame. Nous l’avons déjà dit : les études de géologie ne prendront racine en Louisiane que par l’utilité de leurs applications ; aussi le but spécial de cet Essai est-il de multiplier le plus p ossible les rapports de cette science avec les grands intérêts de l’État.
V
Le premier de ces intérêts est l’agriculture. C’est à répondre à tous ses besoins que notre GÉOLOGIE PRATIQUE travaillera d’abord, en rec herchant, soit dans la connaissance du sous-sol, soit dans l’étude des élé ments de la surface, la meilleure exploitation de chaque espèce de terrain. Bien ente ndu, à ce propos, que nous n’aurons pas la prétention d’apprendre aux planteur s ce qu’ils savent mieux que personne : par exemple, la culture des terres d’all uvion qui semblent inépuisables en Louisiane, et qu’il est d’ailleurs si facile de ren ouveler à l’aide de profonds labours. Quant aux formations antérieures, spécialement aux terrains tertiaires de l’État, on ne saurait en faire l’objet d’une étude trop approf ondie. Il faut, en effet, bien distinguer
les diverses espèces de ces terrains. Quand ils ne renferment que les dépôts d’un seul et même élément, sable ou chaux, la terre végé tale, dénuée d’autres éléments qui lui sont également utiles ou même indispensable s, y devient bientôt impropre à la culture. C’est précisément le cas du sol des Pinières, qui s uffit à peine à une récolte par l’impuissance où sont les plantes d’y puiser et dig érer toujours la même alimentation minérale. La variété des aliments leur est absolume nt nécessaire ; mais si elles n’y trouvent le plus souvent que l’élément siliceux, co mment ne s’épuiseraient-elles pas à cette digestion uniforme ? Elles périraient de même sur un terrain qui ne contiendrait que l’élément calcaire ; car il leur faut l’un et l ’autre élément, et bien d’autres encore, dont les grandes alluvions se trouvent toujours abo ndamment pourvues. Ces derniers terrains, si différents des précédents , ne sont, en effet, qu’un mélange infini d’autres matières minérales provenant d’anci ennes roches, et outre le sable ou la chaux, contenant du mica, feldspath, sulfate de cha ux, alumine, oxyde de fer, etc., auxquels viennent s’ajouter les débris lacustres ou marins. Cette dernière qualité des terrains tertiaires est celle qui se rencontre dans lesbluffsMississipi et ceux de la du Rivière Rouge : inutile de faire remarquer combien elle l’emporte en fertilité sur le pauvre et invariable sol des Pinières. Quand donc o n va s’établir dans celles-ci, il importerait d’examiner si leur élément siliceux, qu and celui-ci domine trop exclusivement, trouvera dans le voisinage ses corre ctifs, et si le chaulage ou l’argilage y est praticable sans trop de frais. Parfois aussi on rencontre dans les coulées des Pinières desglaizes oulicks,les argiles salées seraient les meilleurs dont amendements des terres circonvoisines. Ce sont de v raies mines d’engrais ; pourtant je n’ai jamais vu qu’on y eût recours. N’importerai t-il pas, enfin, de connaître la nature précise de ces sols de Pinières ? Tous ne sont pas siliceux ; il en est d’argileux, de calcaires, de magnésiens ; et pour savoir le meille ur parti à tirer de chaque espèce, il faudrait d’abord les bien distinguer. Aussi leur cl assification sur la carte d’un pays serait-elle un véritable service à rendre à l’agric ulture. J’en dirai autant des terres marécageuses qu’il fau t bien distinguer entre elles. Celles où les eaux douces stagnantes engendrent les tourbes sont par là même rendues impropres à la culture, à moins de puissant s correctifs ; celles, au contraire, qui reposent sur d’anciennes alluvions maritimes, o u que les marées du golfe amendent naturellement de leurs éléments salins, on t une supériorité incontestable et sont éminemment productives. Ce sont celles-là que recherchent surtout les Hollandais, malgré le danger des tempêtes et des in ondations. En faisant la part de ce danger qu’ils estiment à la perte d’une récolte sur dix et considèrent comme le prix d’exploitation de ces terrains, ils se croient très -enrichis par la seule acquisition des neuf autres récoltes. En attendant que l’accroissem ent de valeur dans le sol Louisianais fasse imiter cet exemple, il ne faudra point oublier que les terres du littoral doivent à leurs éléments salins d’être éminemment c onvenables à la culture du coton longue soie, et capables d’en produire d’une qualité sans rivale. Ce dernier exemple suffira sans doute à montrer les notables services que la géologie pourrait rendre à l’agriculture Louisianai se, et comment une meilleure exploitation des terres actuellement habitées et ha bitables serait l’infaillible résultat d’une exploration géologique plus complète.
VI
Quant à l’industrie de l’État, sait-on combien de m atières premières elle devra tôt ou
tard à cette même science ? Le plâtre, le kaolin, l es meilleurs argiles plastiques, les chaux et mortiers hydrauliques, dont la consommatio n est illimitée et la valeur toujours croissante, seraient des trésors dont la seule déco uverte, sans compter celle des métaux précieux ou simplement utiles, paierait au c entuple à la Louisiane les frais de l’exploration qui lui fait défaut. Quant à nous, qui l’avons commencée par le seul amo ur de la science, nous espérons démontrer par ce premier Essai que l’État, sous le rapport pratique, doit incontestablement compter la géologie au nombre de ses grands intérêts publics. Il ne s’est guère occupé jusqu’ici que de ses richesses a pparentes, celles qu’il a partout sous la main et n’a que la peine de recueillir. Mai s il lui reste à connaître également celles cachées dans les entrailles du sol, et à les mettre au service de la surface, c’est-à-dire de l’agriculture, du commerce et de l’ industrie. C’est ainsi que la géologie pratique a toujours ouvert de nouvelles voies à la prospérité d’un pays. La plupart des travaux scientifiques n’ayant été pu bliés dans les États-Unis que sous les auspices de souscriptions privées, nous n’ avons nullement essayé de faire exception à cette règle générale. Nous savions auss i que, tout affairé qu’il est, le peuple n’y a jamais dissimulé ses vives sympathies pour la science : celle-ci estla sentinelle avancéede l’avenir, et lui s’appelle lepeuple enavant ! C’est donc à lui que nous avons dédié notre Essai sur laGéologie pratique de la Louisiane,nous lui en et offrons en ce moment le premier volume.
Nouvelle-Orléans, le 8 mai 1859.