Histoire des ballons et des ascensions célèbres

Histoire des ballons et des ascensions célèbres

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Français
498 pages

Description

SOMMAIRE La flèche d’Abaris. — Le char volant des Mille et un Jours. — Dédale et Icare. — Pégase. — La colombe d’Archytas. — Simon de Samarie et saint Pierre. — Le Sarrasin de Constantinople. — Gusman à Lisbonne. — Barthélemy Lourenço. — Le danseur de corde Allard. — Le marquis de Bacqueville. — Les ailes de Besnier, le serrurier de Sablé. — La voiture volante de l’abbé Desforges : trois cents lieues par jour. — Roger Bacon. — Léonard de Vinci.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 14 novembre 2016
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EAN13 9782346124466
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Alfred Sircos, Th. Pallier
Histoire des ballons et des ascensions célèbres
PRÉFACE
Il est des dictons et des locutions populaires dont l’événement se charge souvent de démontrer la justesse avec un singulier à-propos. Ainsi nous arrive-t-il fréquemment de dire : « Tell e chose est dans l’air ! » Un pressentiment confus, mais profond, quelque chose c omme cette « seconde vue » — dont nous pénétrerons peut-être un jour l’h yperphysique secret, — nous avertit que l’heure va sonner de quelque modificati on dans les conditions de nos existences. Par exemple, dans ce grand et cher pays de France, toujours au premier rang et le premier meurtri dans l’éternelle bataill e de l’Idée, qui de nous — (je parle de ceux qui ont vécu dans la première moitié de ce siè cle) — n’a pas senti son sang monter plus chaud et plus fréquent à ses tempes, à la veille de chacune de nos secousses révolutionnaires, — mystérieuses effluve s plus inéluctablement affirmatives et sûres que tous les oracles des Calc has. Ainsi, vers le mois de juin 1783, lorsque l’étrange nouvelle se répandit à Paris et partout qu’un simple papetier d’Annonay venait de d écouvrir la loi en vertu de laquelle des globes d’étoffe, gonflés par lui d’une certaine façon, quittaient d’eux-mêmes le sol où nous sommes attachés et s’enlevaient automatique ment dans l’air, cette nouvelle causa, comme on peut le croire, une émotion, une ag itation universelles et inouïes. Et pourtant elle venait juste à son heure répondre à d es préoccupations précises même dans leur vogue. L’heure avait en effet sonné de la naissance de l’Aérostation, au milieu de ce nécessaire et merveilleux bouleverseme nt des idées et des choses qui e glorifie à jamais l’admirable fin de notre XVIII siècle. Bien après le mythe dogmatique d’Icare et la colombe d’Archytas, ravivant les lége ndes du Sarrasin de Constantinople, du moine volant de Lisbonne et de Dante de Pérouse, s’emparant de la succession à peine vacante de l’abbé Desforges avec son cabriole t volant, un pauvre ouvrier mécanicien normand, fort ignorant, mais supérieurem ent doué comme ingéniosité et force de vouloir, Blanchard, des Andelys, agitait à lui seul depuis deux bonnes années le public déjà infini des lecteurs de gazettes avec sonChar aérien.Ballon allait Le naître et devait naître à ce moment génésique des s urprises en tous ordres, à côté du
joueur de flûte et du canard digérant de Vaucanson, à l’instant où les têtes parlantes parlaient et faisaient parler, pendant que l’homme aux sabots élastiques s’avançait à peu près majestueusement et debout sur la surface d es fleuves, orné d’un simple balancier. De même à l’heure présente. Tous les signes nous an noncent l’imminente éclosion de l’Aéronautique, — qu’il faut bien se garder de c onfondre avec l’Aérostation pure, dont elle est précisément le principe opposé. L’agi tation créée en 1863 à Paris a eu son précieux contre-coup dans l’univers entier, et son écho persiste de plus en plus retentissant. Des sociétés d’études et de recherche s pour l’aviation se sont fondées partout à l’imitation de la nôtre, depuis Copenhagu e et Londres jusqu’à la Havane, et travaillent avec une émulation opiniâtre, puisqu’il a été si inexorablement, si implacablement stipulé que chacun des progrès de l’ homme, en tous ordres de choses, ne lui serait acquis qu’après avoir été par lui acheté et payé d’avance par l’étude, la peine, le sang. Le sang des martyrs n’a -t-il pas scellé le marché ? Le lendemain du rachat de notre ignorance, glorieus ement soldé par ces morts héroïques et si dignes d’envie, à la veille du gran d événement qui va transmuer si profondément notre monde dans toutes ses conditions d’être, l’heure a aussi sonné pour le livre qui va arrêter les points de cette gr ande partie. Car, s’il est juste de reconnaître que nombre d’œuvres actuelles ne répond ent absolument à rien, — inutiles et dès lors nuisibles (comme tout ce qui est inutile), puisqu’elles détournent les esprits des lectures essentielles, — s’il est même trop de publications malsaines et dangereuses, il n’est pas moins vrai d ’affirmer qu’en France le livre arrive toujours au moment précis pour déterminer ou aider la marche d’une Idée. Parmi ceux qui ont lâché d’apprendre et qui ont l’h onneur de tenir en main la plume qui enseigne, qui ne serait tenté devant cette gran de et émouvante épopée de l’Aéronautique ? Quel sujet plus palpitant d’intérê t que ces premiers essais des Montgolfier, des Pilastre de Rozier, des Lunardi, d es Gerli, des Blanchard, après les légendes significatives de la Fable et de l’histoir e obscure des temps premiers ? Aux théories instinctives et confuses des Cardan, des S caliger, des Bacon, des Lana, des Galien, aux rêves des Cyrano, des Swift et des Réti f, succèdent les travaux substantiels et précis des Charles, Gay-Lussac, Bio t, Barral, poursuivis par les Glaisher, les Tissandier, — et hélas ! par nos deux héroïques victimes d’hier. Ce n’est pas tout : la France républicaine de 93 es t envahie par l’Europe monarchique coalisée contre elle ; la France, qui r eprésente l’éternel Progrès, va apprendre au monde ce que vaut un peuple qui veut ê tre libre ou périr. Sur un signe du Comité de Salut Public, — tant calomnié et à jam ais cher et glorieux pour nous, puisqu’il repoussa l’invasion et sauva la liberté d u monde, — à ce moment suprême où, comme dit Fourcroy, « tout manque, hommes, chos es et temps, » l’âme de la Patrie commande les découvertes à la science, qui s ’empresse d’obéir : l’Aérostation militaire précède nos armées et leur facilite la vi ctoire depuis Sambre-el-Meuse jusqu’au Rhin et même au Danube. Puis suivent à l’infini, jour par jour et partout, les tentatives de direction des Aérostats, cette chimère éternelle et ubiquiste. C’ est partout et toujours la même
irréflexion et la même ignorance ; toujours et part out, justement, le même insuccès. Mais cette multitude d’expériences indéfiniment rép étées, où sont parfois dépensés vainement des trésors d’intelligence et d’argent, n ous sont précieuses encore, puisqu’elles nous démontrent par la série sans fin de leurs déconvenues virtuelles que l’homme doit demander sa voie par les airs, au prin cipe précisément contraire à celui des aérostats. Enfin, pour conclusion, lors de la guerre de 1870, au milieu de la plus lamentable des défaites. l’Aérostation n’oublie pas qu’elle es tla science toute française. Rappelons-nous, pour nous consoler et reprendre esp oir, les commencements si beaux du grand siége parisien. — Débarrassée à l’he ure du danger de ceux qui, après avoir amené sur nous le mal, se sont, comme toujour s, enfuis ou se taisent, la grande cité parisienne, sans gardes, sans police, les trib unaux fermés comme inutiles, donne l’exemple de l’ordre réel le plus merveilleux. Dès avant l’aube jusqu’au soleil couché, places publiques, carrefours, boulevards, la ville immense tout entière est encombrée de milliers de citoyens apprentis soldats, manœuvra nt sans armes encore, — il fallait bien se défier de ces gens-là ! — sérieux comme le Devoir, graves comme la Foi. Par ces longues soirées d’hiver, Paris sans gaz, Paris, la Babylone moderne, est chaste, et le religieux silence des nuits n’est coupé que p ar l’appel répété des clairons et les détonations encore lointaines du canon. Toutes reve ndications, même les plus légitimes, celles qui saignent et demandent merci d epuis tant de siècles, se taisent. Le Quart-État, cette nouvelle et définitive puissance de demain, cette force de jour en jour irrésistible depuis qu’elle a pu se connaître, maît resse souveraine à celte heure et comptant sur la justice du lendemain, se tient pour satisfait si on lui permet seulement de répandre son sang pour la propriété qui n’est po int sienne. On donne tout, on croit tout, et on s’obstine à croire à tout, même aux pla ns déposés chez les notaires. Et si une voix, clairvoyante de ce qui se trame déjà dans l’ombre, vient à s’élever, un cri bien trop généreux et unanime l’étouffe aussitôt :Avant tout, les Prussiens! — Rappelons-nous !... Devant l’attitude recueillie de cet admirable peupl e parisien, si désintéressé. si facile à conduire, quoi qu’ils disent, devant ces hommes, ces femmes, ces enfants, tous égaux devant le sacrifice, tous patients et résigné s sous la plus énervante, la plus insupportable des attentes, l’attente du combat, — lequel de nous ne dut croire que, notre expiation méritée se trouvant enfin accomplie , l’heure du triomphe allait sonner ? A l’heure où la panique planait sur les hordes étra ngères, épouvantées d’avoir été poussées jusqu’au cœur de ce grand peuple, quand su r toutes les routes de la fuite, par la Lorraine et l’Alsace, les couteaux frémissai ent d’eux-mêmes dans les tables des cuisines, qui n’eût juré qu’à ce généreux Paris-cit oyen, toujours le premier ensanglanté dans l’éternelle et navrante bataille h umaine, n’était réservé l’honneur de faire enfin ce que les états-majors monarchiques de nos armées n’avaient pas su faire ? Hélas ! nous oubliions alors que Paris, lui aussi, avait ses états-majors et militaires et civils, et que la République, ainsi gagnée, eût été éternelle ! Mais à qui de droit reviendront les responsabilités terribles des lassitudes préparées, des découragements et de l’abandon ? Con solons-nous dans le présent au moins par le souvenir de ce qui fut alors tenté, et voyons nos Aérostiers militaires et
civils de la Ville de Paris se constituant spontané ment, improvisant de leurs peines et même de leur argent, autant qu’ils le pouvaient ave c un misérable matériel forain, les observations militaires qui, avec le secours de la photographie, pouvaient nous donner moitié de la victoire, selon la propre parole du général Trochu, puisque, en effet, la Photographie Aérostatique constate pour ainsi dire de minute en minute les mouvements ennemis jusqu’à plusieurs kilomètres. Ra ppelons qu’ils ne purent obtenir pendant ces cinq longs mois un seul ballon spécial qui leur avait été si formellement promis pour ces observations, malgré les services s i importants et absolument désintéressés qu’ils rendaient d’autre part en créa nt et organisant la Poste Aérienne. Oui, c’est un beau livre à écrire cetteHistoire des Ballons,et rien n’y manque de ce qui émeut, transporte, indigne, et même fait sourir e, — à la fois héroïde, drame et parodie. Pas d’histoire plus variée assurément, plu s vivante, plus palpitante, plus humaine. Réellement, elle n’a pas encore été écrite chez nous dans son ensemble, bien que l’Aérostation soit nôtre, bien que nos voi sins les Anglais nous aient donné l’exemple avec le somptueux volume du capitaine Hat ton Turnor :Astra Castra. Qu’il soit donc écrit, ce livre, si essentiellement Français, — écrit pour les classes populaires qui ont le plus besoin d’apprendre et de savoir, c’est-à-dire de ce qui console et de ce qui fait espérer, — et que ce soin précieux revienne à des hommes jeunes, qui disent ainsi qu’ils pensent, dégagés de tous liens, en dehors de toutes influences, animés du seul souffle de vérité et de justice. NADAR.
er Paris, ce 1 juin 1875.
CHAPITRE I
SOMMAIRE La flèche d’Abaris. — Le char volant desMille et un Jours.— Dédale et Icare. — Pégase. — La colombe d’Archytas. — Simon de Samarie et saint Pierre. — Le Sarrasin de Constantinople. — Gusman à Lisbonne. — Barthélemy Lourenço. — Le danseur de corde Allard. — Le marquis de Bacqueville. — Les ailes de Besnier, le serrurier de Sablé. — La voiture volante de l’abbé Desforges : trois cents lieues par jour. — Roger Bacon. — Léonard de Vinci. —Le Monde dans la Lune, roman anglais. — Swift. — Cyrano de Bergerac dans la lune et dans le soleil : cinq moyens de locomotion aérienne. — L’homme volant de Rétif de La Bretonne. — L’appareil de M. de La Folie. — Le vaisseau volant de Lana. — Le vaisseau monstre du P. Galien.
I
De tout temps, ces vastes plaines de l’air qui s’ét endent au-dessus de nous, sorte de coupole immense dont nous ne pouvons atteindre l e faîte, ont tenté les efforts et l’ambition de l’homme ; de tout temps nous en avons rêvé la périlleuse conquête, et les siècles ont succédé aux siècles sans que le ter rible problème fût résolu : il était réservé à la génération même qui précéda celle de 8 9 d’ouvrir à l’humanité la route du ciel. Jusque-là, l’homme impuissant s’était épuisé en vai nes et stériles tentatives ; jusque-là surtout, renonçant à entrer de vive force en lutte avec la nature, il avait suppléé par l’effort de son esprit à sa faiblesse m atérielle et avait demandé à son imagination de lui dépeindre, comme en un songe, ce s mondes inconnus qui l’attiraient et repoussaient en même temps son étre inte. 1 Que de fables écrites sur le vide depuis cet Abaris qui, à en croire Diodore de Sicile, avait fait le tourdeterre monté sur une flèche d’or, présent d’Apol  la lon, jusqu’au personnage desMille et un Joursqui ne voyageait qu’en char volant ; depuis Dédale et Icare qui s’enfuient à tire-d’aile de la sombre prison où ils gémissent, depuis 2 Pégase , ce cheval aérien que la poésie classique s’est do nné pour emblème, jusqu’à Cyrano de Bergerac qui nous raconte son voyage dans la Lune, qui nous explique, avec une grande abondance, une grande précision de détails, les phénomènes qu’il n’a point constatés !
Le serrurier Besnier et son projet d’appareil pour s’élever dans les airs.
Entre Dédale et Cyrano, que d’inventeurs, de charla tans et aussi de savants ont poursuivi de leurs tentatives ou de leurs études ce grand problème qui, tant de fois séculaire et en apparence insoluble, semblait devoi r lasser les générations humaines avant qu’aucune d’elles en pût entrevoir la solutio n ! e Au IV siècle avant Jésus-Christ, Archytas de Tarente, ph ilosophe pythagoricien et am idens l’air et vola réellement.inventa une colombe de bois qui s’éleva da  Platon, Bien que des volumes entiers aient été écrits sur c ette colombe, le mécanisme qui la mettait en mouvement est resté inconnu. Au rapport d’Aulu-Gelle, « elle volait par le moyen d’un artifice mécanique, et se soutenait ains i suspendue par des vibrations ; 3 mais si elle venait à tomber, elle ne se relevait p lus . »
ROGER BACON.
Nous avons vu la question de la navigation aérienne mêlée aux origines du paganisme et les domaines de l’air, interdits aux m ortels, réservés, ainsi qu’un apanage divin, aux immortels ; nous retrouvons enco re la même préoccupation mêlée aux origines fabuleuses du christianisme. Les ailes sont un des attributs des anges ; Milton, dans sonParadis perdu, donne pour char à Uriel un rayon de soleil, « qui lui off re un plan incliné le matin vers la terre, et le soir, au soleil couchant, de la terre au ciel ; idée ingénieuse, on le voit, mais toute poétique encore. » L’aventure de Simon de Samarie se rattache aussi au x premiers temps de la religion chrétienne. Là encore il faut distinguer la fable et la vérité. Simon, qui vivait 66 ans après Jésus-Christ, était « un mécanicien, » dit la science ; « un magicien, » dit la légende. D’abord converti à la foi nouvelle, il la renia bientôt, et une sorte de duel commença entre saint Pierre et lu i : tous deux firent des merveilles, mais celles qu’accomplit saint Pierre ont seules co nservé le nom de miracles. Cette lutte se termina par une scène que les annali stes religieux appellentle combat apostolique, Un jour saint Pierre alla rendre visite à-celui que les Samaritains, voyant en lui un être d’une essence supérieure, avaient surnomméla grande vertu de Dieu. Simon habitait une petite maison bâtie hors de la v ille et n’y avait qu’un seul compagnon, gardien sûr et fidèle : un dogue dont le s crocs suffisaient à défendre le thaumaturge de toute surprise et le débarrassaient de tous ceux dont les visites l’auraient importuné. Saint Pierre, en arrivant à l a porte de son rival, ordonna à la terrible bête d’aller en langage humain annoncer à son maître la venue de Pierre, « serviteur de Dieu ». Le féroce animal, dominé par une puissance supérieure et docile à une volonté plus qu’humaine, s’adoucit sou dain et s’acquitta de son étrange message. Simon étonné, mais non décontenancé, voulu t prouver à saint Pierre que