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L'éthique médicale et la bioéthique

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Description

Le mot « éthique », lorsqu’il est appliqué aux sciences et à la médecine du vivant, semble recouvrir indifféremment l’« éthique médicale » proprement dite, c’est-à-dire l’exigence d’un certain comportement de la médecine au service du malade, et la bioéthique, qui est la mise en forme, à partir d’une recherche pluridisciplinaire, d’un questionnement sur les conflits de valeurs suscités par le développement techno-scientifique dans le domaine du vivant. Ces deux termes ont, du reste, des champs d’application voisins ou croisés lorsqu’il s’agit du don d’organe ou de l’assistance à la procréation.
Cet ouvrage clarifie les enjeux respectifs et communs de l’éthique médicale et de la bioéthique. Il met ainsi en perspective les notions de consentement, de préservation du secret ou encore de non-discrimination, essentielles à cette éthique appliquée.

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Nombre de lectures 1
EAN13 9782130802488
Langue Français

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Exrait

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Que sais-je ?
COLLECTION FONDÉE PAR PAUL ANGOULVENT
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Je remercie particulièrement Amina Mialet et Djamila Rahmani pour leur aide efficace. Sans
leur participation, ce « Que sais-je ? » n’aurait pas existé.
ISBN 978-2-13-080248-8
ISSN 0768-0066
re
Dépôt légal – 1 édition : 2009
e
5 édition mise à jour : 2017, octobre
© Presses Universitaires de France / Humensis, 2017
170 bis, boulevard du Montparnasse, 75014 Paris
Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo.Introduction
L’image du vocable « éthique », lorsqu’il est appliqué aux sciences et à la médecine du
vivant, offre une ambiguïté. Car il recouvre indifféremment l’éthique médicale proprement dite,
c’est-à-dire l’exigence d’une certaine forme de comportement de la médecine au service du
malade, et la bioéthique, qui est la mise en forme à partir d’une recherche pluridisciplinaire d’un
questionnement sur les conflits de valeurs suscités par le développement technoscientifique dans
le domaine du vivant.
Les deux termes – éthique médicale et bioéthique – ont donc des champs d’application
voisins mais aussi croisés : par exemple en clinique, avec un donneur vivant d’organe ou pour un
couple demandeur d’une assistance à la procréation.
Le CCNE (Comité consultatif national d’éthique) n’est pas un comité dit de bioéthique,
même si sa finalité première est le champ spécifique des sciences de la vie. Pour autant, il ne
s’interdit pas de donner des avis sur le consentement du malade à la recherche de l’accès aux
soins pour les plus vulnérables, ou même de la médecine en prison.
Les lois dites de bioéthique ne concernent pas l’éthique médicale proprement dite,
c’est-àdire la relation entre la médecine et le malade ; mais le médecin ne pourra jamais s’empêcher de
s’y référer en telle ou telle occasion.
C’est pourquoi il a semblé opportun de tenter ici de clarifier les enjeux respectifs de
l’éthique médicale et de la bioéthique :
l’éthique médicale couvre tout le champ relationnel de la médecine ;
la bioéthique couvre le questionnement existentiel et ontologique du rapport au vivant.
Toutefois, le mot même « bioéthique » prête plus à la confusion qu’à éclairer le concept.
Pourquoi réserver ce mot à ce qui concerne seulement l’embryon, la greffe, les gènes et pas à la
fin de vie, à la recherche médicale ? L’embryon dans la bioéthique, la fin de vie dans la loi
générale ? Le gène de l’humain dans la bioéthique, le gène des plantes (OGM) nulle part ?
Comme s’il y avait plusieurs éthiques du vivant. Il est d’ailleurs étrange que cette seule loi se
réfère à l’« éthique », comme si les autres aspects du rapport de la science du vivant ne pouvaient
y prétendre. L’éthique enfin révisable tous les cinq ans et la recherche sur l’homme tous les vingt
ans ? N’y a-t-il pas là une étrangeté qui témoignerait simplement que l’interrogation sur le début
de l’existence est plus lourde que ce que l’opinion pense le plus souvent ?
I. – Éthique et morale
L’origine étymologique de ces deux termes renvoie à la même idée : mœurs communes,
comportement :
mos : mores en latin, d’où est dérivé le terme « morale » ;ethos : en grec, d’où est dérivé « éthique », qui porte un jugement sur les comportements,
bien ou mal.
La morale dans l’imaginaire collectif serait normative, articulée à des références religieuses
ou culturelles fortes, fondée sur une tradition principielle. L’éthique serait un questionnement
séculier, dynamique constamment en renouvellement. Claude Huriet a coutume de dire que la
morale, c’est la réponse avant la question et l’éthique un questionnement sans réponse…
Cela étant, il est de fait que la morale a parfois succombé à une vision un peu désuète et que
l’éthique semble plus ouverte, plus adaptée à la science contemporaine où la participation de
chacun à son élaboration est attendue. Pour autant, une éthique de la recherche sans support moral
est bien fragile, et une morale qui ne s’inscrirait pas dans une éthique responsable, bien vaine.
II. – Éthique et déontologie
La déontologie crée une obligation de règles auxquelles le praticien doit se conformer. Il y a
un Code de déontologie qui contient un certain nombre de prescriptions, d’actions pour le
médecin. L’éthique en revanche ne peut pas se soumettre à des règles. Ainsi, si le consentement
d’un malade aux soins ou à la recherche est d’ordre déontologique (il est inscrit dans la loi), son
éclairage est d’ordre éthique, car justement la réflexion éthique s’interroge sur la meilleure façon
d’éclairer un consentement et de lui donner sa vérité.
III. – Les références éthiques
Si, depuis au moins deux mille ans, l’humanité souscrit à quelques grands principes du
Décalogue, il lui est plus difficile d’affronter la nouveauté d’une situation en termes de jugement
moral. Comment aborder éthiquement une technique appliquée à l’homme qui fait soudain
irruption, sans se réfugier immédiatement derrière la simple vision négative d’une transgression
du passé ? Il est illusoire que la réflexion puisse fonctionner sans références, mais il est essentiel
d’interroger ces références pour voir comment elles s’appliquent.
IV. – Situations nouvelles
On ne peut jamais faire l’impasse sur un arrière-plan culturel, théologique ou spirituel, car
depuis toujours les actions humaines ont tendu vers le bien et vers le juste. Cependant, les
références philosophiques sont aussi importantes, en particulier Kant avec ses impératifs
catégoriques de devoir conférer à la volonté autonome humaine d’agir en considérant la personne
comme une fin, jamais uniquement comme un moyen et de façon telle que cette action soit
universalisable.
À partir de ces références, la tentation nord-américaine est d’orienter la réflexion vers
l’utilitarisme. En revanche, en Europe, la bioéthique a une inspiration plus axiologique, plus
kantienne, même si ces séparations, oppositions finissent peu à peu par perdre tout sens, avecmême paradoxalement une éthique américaine de plus en plus tentée par la réflexion non
utilitariste et l’Europe par le contraire.
Les Américains ont fondé la bioéthique de la recherche sur quatre grands principes : le
respect de l’autonomie de la personne, la bienfaisance, la non-malfaisance et la justice, et peu à
peu ces principes se sont appliqués à l’ensemble de l’éthique dite « clinique » qui concerne donc
le rapport au malade : le respect de la vie est situé au sommet, mais ce simplisme apparent de
respecter la vie alimente les extrêmes (comme les mouvements anti-avortement et
antiinterruption de traitement de sujets en état de vie végétative), autant qu’il nourrit les appréciations
qualitatives sur la vie avec l’émergence de QALY (quality adjusted life year). Si l’autonomie
des personnes est plus encouragée par la bioéthique américaine, l’Europe fait plus reposer la
bioéthique sur la recherche d’un sens incarné, indépendant de la situation hic et nunc. La
personne n’est pas propriétaire de son corps à l’opposé de la conception anglo-saxonne. On ne
peut donc ni donner ni vendre ses organes, ses gamètes ou son sang. Les principes d’humanité qui
refusent la réification du corps et cherchent le plus grand bien avec les références permanentes
aux Droits de l’homme ancrent fortement les lois de bioéthique françaises de 1994 révisées en
2004 et 2011 après des débats publics.
V. – Peut-il y avoir un « universel bioéthique » ?
Les Africains sont toujours surpris de l’hétérogénéité des « postures » éthiques de
l’Occident et comprennent mal que celui-ci invoque sans cesse l’universel… Le respect de la
dignité humaine devrait constituer cet universel. Or, l’Occident se déchire entre une conception
ontologique de la dignité de tout être humain appartenant à la communauté humaine (la dignité de
l’homme appartient à son humanité même, dit le CCNE en 1991) et celle seule d’un psychisme
cohérent au sein d’un corps exposable. Comment ne pas être humble dans le port universel de ce
message quand les esclaves ont longtemps été des « biens » et que des nazis ont exterminé, au
nom de leur indignité, des malades mentaux, des personnes appartenant à des minorités
spirituelles ou culturelles, juives en particulier. Où commence la personne ? Quelle est la dignité
d’un fœtus avorté ? Son appartenance à l’espèce humaine pourtant ne fait pas de doute. La dignité
humaine ne dépend pas des circonstances. L’avortement ne remet pas en cause sa dignité d’être
humain, d’unicité. L’Europe, et en particulier la France, considère la personne comme un être
dont l’existence au sein de la communauté humaine fonde sa dignité. L’universel commence là,
mais c’est un universel à construire.