La Foi entre science et raison

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L’homme possède cette faculté à croire et à prendre pour vrai ce qui peut relever de la fabulation ou de l’ésotérisme. Il en est ainsi en matière de foi religieuse, quand certains acceptent, sans les discuter, un certain nombre de dogmes. La Création, l’Immaculée Conception, la Résurrection, etc., sont par exemple totalement acceptés par nombre de fidèles qui ne prennent aucune distance avec la doctrine de l’Église catholique, apostolique et romaine. Et pourtant, que reste-t-il de ces "lois" sous la pression d’abord tâtonnante, puis formidable, de la science? Que reste-t-il de ces croyances une fois qu’on les passe au crible de la raison, de l’histoire de la pensée? Tout le message édifié, au fil des siècles, par l’institution catholique doit-il être pris littéralement et aveuglément, ou bien convient-il de le ramener à sa juste dimension, celle d’une humanité faillible? L’on savait, depuis "Astrologie, théologie, magie et cie", que Claude Ronneau n’avait d’autres objectifs que de dessiller les paupières d’une humanité prisonnière d’aveuglements parfois centenaires, voire millénaires. Il poursuit aujourd’hui son travail en se confrontant à la matière même du christianisme, en revenant au texte biblique, et en lui opposant les découvertes scientifiques qui ont bouleversé, patiemment mais profondément, les fondements les plus improbables de nos conceptions relatives à notre présence au monde. Il en résulte aujourd’hui un essai briseur d’idoles et d’icônes, qui réduit drastiquement les pouvoirs et assertions – parfois dévastateurs – de la foi.

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Date de parution 01 mars 2012
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EAN13 9782748379228
Langue Français

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La Foi
entre science et raison


Du même auteur



Energie, pollution, environnement :
les éléments du débat, 1993

Dictionnaire encyclopédique
des prix Nobel de chimie, 1998

A Century of Nobel Prize Recipients, 2003

Energie, pollution de l’air
et développement durable, 2004

Athéisme : mode d’emploi, 2007

ieAstrologie, théologie, magie et C , 2010 Claude Ronneau










La Foi
entre science et raison




















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Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2012


J’exprime ici toute ma reconnaissance à des amis,
à des proches, croyants ou non, qui m’ont aidé à élaborer
les passages les plus délicats de ce livre,
à savoir les paragraphes relatifs
aux sources de leur foi ou de leur incroyance.


Sommaire






Avant-propos : la foi et la raison........................................................11
Introduction : la doctrine chrétienne ..................................................19

Chapitre I. La foi entre science et raison............................................41
Chapitre II. Eléments de Christologie................................................67 III. Le Mal et ses causes ......................................................91
Chapitre IV. La raison, un héritage grec ..........................................117 V. La naissance de la science : Alexandrie et l’Europe.....135
Chapitre VI Le procès à Galilée, astronome (1633).........................155
Chapitre VII Citations et anecdotes .................................................173

Conclusions......................................................................................191
Annexe : les premiers textes sacrés..................................................203
Support bibliographique...................................................................205


9


Avant-propos : la foi et la raison



Malgré leur disparité, les multiples églises chrétiennes
qui subsistent dans le monde occidental se réclament
toutes, de « l’unique et vraie Foi » révélée par des « Textes
Sacrés », en particulier la Bible et le Nouveau Testament.
Chacune de leur côté, ces églises affirment leur
habilitation (unique !) à expliquer le monde, ainsi que l’être
humain, son passé, son présent et son avenir, en ce
compris dans l’au-delà. Chacune de ces églises, prétend guider
ses fidèles sur le seul et vrai chemin qui mène à
l’immortalité et à la béatitude. Le croyant est prié
d’adhérer à des vérités universelles, intangibles – souvent
contradictoires – révélées par Dieu et propagées par ses
représentants sur terre. La foi du croyant en ces vérités est
un critère majeur d’accessibilité au « paradis céleste » où
l’attend un bonheur éternel.

Les divergences qui opposent les églises chrétiennes
ont pour origine le choix et l’interprétation que les
multiples « Pères » fondateurs ont faits des textes de l’Ancien et
du Nouveau Testament. Bien loin d’apporter un message
divin clair et univoque, ces textes sont, tout au contraire,
source d’interminables dissensions. Par contraste avec les
« certitudes » proposées par une pléthore de clergés
chrétiens, voilà plus de quatre cents ans que des sciences telles
l’astronomie, la géologie, la paléontologie, l’archéologie,
la linguistique, etc. ont entrepris le démantèlement des
principaux textes fondateurs du Christianisme. Cette
révolution de la connaissance n’a pas amené les clercs à
remettre leurs doctrines en question puisque des légendes
11archaïques extraites de la Bible constituent encore et
toujours le fondement de leurs dogmes. Les églises
chrétiennes ne sont évidemment pas les seules à se
prévaloir de leurs multiples certitudes : je ne les ai prises qu’à
titre d’exemple, pour avoir fréquenté l’une d’elles dans
mon enfance. Je me propose de présenter les différentes
étapes d’une réflexion rationnelle à propos de certaines
croyances, en particulier celles qui dérivent de la doctrine
catholique romaine… soit ni plus ni moins que ressasser
les arguments développés par des générations de
rationalistes à l’encontre des croyances qui imprègnent le cerveau
humain.

Le lecteur doit être averti que ce livre entre en conflit
avec l’Église catholique romaine, puisque, dans
l’Osservatore Romano du 9 juillet 1971, Paul VI
(infaillible en matière de foi !) déclarait :
« Dieu n’a pas livré les saintes Écritures aux gens
cultivés pour qu’ils en jugent eux-mêmes, mais à son
Église […] Écrites sous l’inspiration de l’Esprit
Saint, elles ont Dieu pour auteur et elles ont été
transmises comme telles à l’Église ».
La semonce est claire : seul, un théologien catholique
patenté est habilité à comprendre le sens profond et
indiscutable des Textes Sacrés… Il n’empêche !
La foi et la raison
En guise d’avant-propos au sujet qui nous occupe, je
propose ici la transcription d’une brève conversation
tenue, sur le pas de la porte, entre une évangéliste (Év.), très
courtoise, et l’auteur (Aut.), fort incrédule :
Év. Je voudrais vous parler de Dieu.
Aut. Comment pouvez-vous croire que Dieu existe ?
Év. Les Saintes Écritures le confirment.
12Aut. Mais comment savez-vous que les Saintes
Écritures traduisent la vérité ?
Év. Parce qu’elles ont été inspirées par Dieu !
Aut… ! ? ! ?

En philosophie, on appelle cela une « tautologie » ou
encore, plus largement, un « sophisme », soit un
raisonnement dans lequel la déduction dérive de l’argument dont
on est parti. En langage courant, on parlerait d’un « cercle
vicieux ». Un cercle tellement vicieux qu’on ne peut rien
en tirer de très vertueux ! J’ai soumis la teneur de cette
brève entrevue à des amis, parmi lesquels des croyants
(que j’apprécie pour leur largesse d’esprit !) Ce qui m’a
valu quelques sourires condescendants, sinon moqueurs,
assortis de remarques que je résumerai comme suit :
« Cette dame, manifestement naïve, ne se rendait même
pas compte de ce qu’elle disait : alors, pourquoi en faire
un drame théologique ? » Là, je suis bien d’accord !

Mais je souhaiterais aussi retranscrire un texte qui, de
toute évidence, n’a pas été rédigé par des personnes
incultes. En deux phrases très peaufinées, les auteurs de ce
paragraphe sidérant parviennent à exprimer strictement le
même sophisme que celui de ma très charmante
évangéliste. En caractères gras, mes propres insistances sur le
texte :
« Au point de départ de toute réflexion que l’Église
entreprend, il y a la conscience d’être dépositaire
d’un message […] qui a son origine en Dieu même.
La connaissance qu’elle propose à l’homme ne lui
vient pas de sa propre spéculation, fût-ce la plus
élevée, mais du fait d’avoir accueilli la parole de
Dieu dans la foi »
Soit, en abrégé :
13« Le message sur lequel nous basons notre réflexion
a été inspiré par Dieu » et :
« La foi nous mène à professer que Dieu a écrit ce
message ».
On aura vite compris que l’argument « rationnel »
fondamental pour croire à un Être supérieur,… c’est, avant
tout, de souhaiter y croire, tout simplement. Et, bien
entendu, sans la moindre argumentation, puisque aucun
sophisme n’est rationnellement valide !

L’œuvre doctrinale que nous évoquons ici est la lettre
encyclique « Fides et Ratio » (La Foi et la Raison, 1,7)
produite par Jean-Paul II et publiée en français en 1998
aux éditions Centurion à Paris. Josef Ratzinger, le Saint
Père actuel, en fut le rédacteur. La « naïve » évangéliste et
la toute-puissante Église romaine se rejoignent ainsi dans
l’illogisme le plus profond pour appliquer les préceptes
que l’on retrouve dans toutes les magies, croyances,
superstitions et religions de l’humanité : « il suffit d’y
croire ! » On ne saurait s’empêcher de sourire du fait que
« encyclique », par son étymologie, fasse écho à cette
circularité dans laquelle s’enlise, entre autres, la pensée
catholique. Et pourtant, Fides et Ratio débute par un texte
censé mettre la Foi au diapason de la raison (… si ce n’est
l’inverse !) :
« La foi et la raison sont comme les deux ailes qui
permettent à l’esprit humain de s’élever vers la
contemplation de la vérité. C’est Dieu qui a mis au
cœur de l’homme le désir de connaître la vérité et,
au terme, de Le connaître lui-même afin que, Le
connaissant et L’aimant, il puisse atteindre la pleine
vérité sur lui-même. »
14Exprimé en termes moins élaborés : « Je souhaite
croire en la vérité de Dieu, parce que Dieu m’a instillé le
désir de croire en sa vérité ! » A nouveau, une subtile
variante du sophisme évoqué plus haut qui, en fin de compte,
n’apporte aucun argument supplémentaire en faveur de
l’existence d’un Dieu, trop « irraisonnable » à mon
estime… Sauf, encore une fois, pour ceux qui y croient !
Blaise Pascal, croyant sincère, ne s’exprimait pas
autrement :
« L’esprit de l’homme étant trop faible pour y
arriver par ses propres efforts, il ne peut parvenir à ces
hautes intelligences que s’il n’y est porté par une
force toute puissante et surnaturelle. »
Dans un tout autre domaine de croyances, mais dans la
même veine, j’ai un jour ouï une perle tout aussi
stupéfiante que celle proposée par les pasteurs catholiques :
« Les astres influencent le destin de l’homme : c’est
écrit dans le ciel ! »
Dans ce cas, comme dans celui de la foi religieuse, le
« croyant » doit être imprégné d’une foi inébranlable : elle
seule donne accès aux vérités révélées par Dieu… mais
aussi, dans d’autres domaines de croyances, un accès aux
vérités occultes affirmées par les mages, devins et
rebouteux de tout acabit qui continuent à sévir dans nos sociétés
dites « civilisées ».
Premiers constats
La religion reste avant tout une question de foi («
fides »), de sentiments personnels parfaitement respectables
mais purement subjectifs (ce « désir de connaître la vérité
divine ») qui n’ont absolument rien de commun avec la
raison. Des générations de théologiens et de philosophes
se sont échinés à raisonner sur l’existence de Dieu et sur
15sa Révélation : ils se sont égarés en d’interminables et
stériles arguties pour aboutir à l’impasse énoncée
cidessus, à savoir que l’esprit humain ne disposerait en
définitive que d’une seule aile (le désir de croire) pour
s’élever vers le soleil éblouissant de la vérité religieuse.
G.W. Leibniz (1646-1713) affirmait :
« Je suis persuadé que la religion ne doit rien avoir
qui soit contraire à la raison ».
Nous souhaiterions montrer que Leibniz n’émettait là
qu’un vœu pieu. Notre raison doit pouvoir s’immiscer
dans le « cercle vicieux » des croyances, mais en laissant
de côté tous les a priori qu’elles imposent. Et, à ce
moment,
« la religion a tout qui soit contraire à la raison ! »
Une mise au point s’impose à l’entame de ce livre : je
n’éprouve aucune rancœur à l’égard de Dieu, quel qu’Il
soit – pour autant qu’Il existe – dilué qu’Il est dans ses
multiples avatars. Tout être humain a le droit absolu de
croire en ce qu’il estime être son destin et son éventuelle
vie post mortem dans un au-delà de délices. Tout au plus
le rationaliste que je suis pourrait-il ruiner cette espérance
chez certains croyants prêts à aborder une réflexion
sincère à propos de leur foi. En ce qui concerne le présent
ouvrage, mes objurgations s’adressent avant tout aux
clergés qui font flèche de la détresse des hommes et se sont
immiscés entre Dieu et eux pour leur imposer
l’invraisemblable « goulag » des dogmes qu’ils ont
élaborés pour justifier leur intercession (religio = « qui relie »).
Il faut aussi constater que la coexistence qui s’est installée
entre les cultures et les religions du monde a entraîné – en
tout cas dans nos régions européennes – une relativisation
les croyances : au point que l’on se demande ce qu’il va
pouvoir subsister de ces grands pôles doctrinaux qui, il y a
16quelques décennies à peine, dictaient encore leurs lois
absolues sur des populations isolées.

Quelques décennies après Leibniz, E. Kant (1724-1804)
proposait :
« La doctrine de l’existence de Dieu
appartient à la foi dogmatique. »
En 1927, Bertrand Russell, mathématicien, logicien,
1philosophe, historien, moraliste, déclarait :
« Je considère sans exception
les grandes religions du monde
– le bouddhisme, l’hindouisme, le christianisme,
2 l’islamisme et le communisme –
comme fausses et néfastes. »
D’Albert Einstein dont la plupart des citations qui vont
suivre sont tirées de Comment je vois le monde :
« La religion se vit d’abord comme angoisse.
Elle n’est pas inventée mais essentiellement
structurée par la caste sacerdotale qui s’octroie le rôle
d’intermédiaire entre ces êtres redoutables (les
dieux) et le peuple, fondant ainsi son hégémonie ».

1 Pourquoi je ne suis pas chrétien : textes réunis par Paul Edwards et
publiés par Libertés collection dirigée par Jean-François Revel, 1960.
2 Le nazisme n’avait pas encore été ‘inventé’ : Russel l’eût
certainement inclus dans sa liste des « religions » !
17


Introduction : la doctrine chrétienne



3« Qui oserait évaluer le Talmud
en termes de quotient intellectuel ? »
« La croyance élémentaire de la philosophie en sa
genèse assigne à la pensée pure la possibilité de découvrir
toute connaissance nécessaire. C’était une illusion »
(A. Einstein)


Confrontés aux incohérences accumulées dans les
Saintes Écritures, certains théologiens chrétiens admettent que
ces textes devraient être considérés comme des allégories,
des symboles dont il conviendrait de comprendre le
message, le sens caché ! Des générations d’exégètes, en ce
compris des rabbins et des imams, ont consacré leur vie à
essayer de dénicher, dans les Écritures, ce que Dieu aurait
refusé de nous révéler en termes clairs. Beaucoup de
chrétiens, actuellement, ne souhaitent plus prendre à la lettre
les récits bibliques et évangéliques ; cette attitude, il y a
quelques décennies seulement, les aurait exposés aux
foudres de leur clergé. Un tel revirement dans la foi est
bienvenu mais la question se pose alors ipso facto de
comprendre pourquoi le Dieu sage, omniscient et omnipotent
qui a « inspiré » – voire même dicté – les Saintes
Écritures, n’a pas respecté la logique la plus élémentaire qui Lui
imposait d’annoncer sa Vérité sans ambages, en une
Révélation limpide. Dieu, par essence infiniment bon et parfait,

3 Le Talmud est une compilation de commentaires sur la loi mosaïque
fixant l’enseignement des écoles rabbiniques (Larousse).
19aurait donc préféré se révéler à nous par de puériles
devinettes, truffant ses propres Textes de bêtises indignes de sa
sagesse suprême avec, en prime, des récits imprégnés
4d’une effrayante cruauté .

L’Ancien Testament est, sans conteste, un Livre
éblouissant de lyrisme et de poésie : un sommet de la
littérature humaine mais certainement pas un puits de dogmes.
Ces très Saints Textes ne recèlent aucun « message
caché » : répétons-le, ce sont des sagas tribales, des récits
épiques, destinés à susciter tour à tour l’admiration,
l’enthousiasme et la soumission aux divinités tutélaires !
Ces textes proposent aussi un répertoire de lois divines
impératives qui doivent susciter une crainte révérencielle
des châtiments célestes et imposer le respect des prêtres
qui relaient le message venu d’en haut. Si tous ces textes
étaient vraiment d’origine divine, ils devraient, en toute
logique, apporter à l’humanité tout entière l’éblouissante
lumière de la parole du Dieu Unique et de ses lois. On en
est vraiment très loin ! La Genèse et l’Exode ont été
come eposés entre le 6 et le 4 siècle avant notre ère par des
prêtres, des lettrés fort perturbés par l’exil à Babylone
im5posé au peuple juif par les Assyriens . Ces Saints Textes
s’adressaient à des tribus d’agriculteurs et de pasteurs,
prêts à accepter n’importe quelle légende qui les enchantât
au point d’apaiser leurs « hantises existentielles », de leur
apporter un espoir de vie meilleure et d’exalter leurs
sentiments d’appartenance à une humble mais unique
peuplade « élue de Dieu » : ce qui fut le cas des Juifs.
Nous évoquons ici l’Ancien Testament… Mais les
Évangiles, les Épîtres, les Actes des Apôtres et les théologiens

4
D’Ivan Bounine : « Tout pasteur sait que le mot « tuer » est employé
plus de mille fois dans la Bible et que, dans la plupart des cas, les
meurtriers se vantent de leur acte et en rendent gloire à Dieu. »
5 « Sur les bords des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous
pleurions, en nous souvenant de Sion. » (Psaumes, 137,1)
20contemporains ne cessent de s’y référer puisque le
Christianisme se prétend héritier de la Bible juive : le
Catéchisme de l’Eglise catholique (1992) l’affirme encore.
Nous y reviendrons. Alors, en fin de compte, comment
faut-il apprécier le message livré aux Chrétiens par les
Livres juifs, avant d’aborder le Nouveau Testament ?
La « raison » théologique est-elle raisonnable ?
La réflexion doit guider le raisonnement ; mais les
fruits de la cogitation vaudront ce que valent ses
prémisses. Un exemple pour illustrer ce propos : il y a près de
sept siècles, Saint Thomas d’Aquin, du haut de son
incomparable intelligence, prétendait que le monde ne peut
être infini « parce que seul Dieu est infini… » Voilà qui,
théologiquement parlant, est impeccablement raisonné !
Mais, aujourd’hui, l’astronome le plus savant doit avouer,
en toute humilité, qu’il n’est pas encore capable d’affirmer
si l’univers est infini ou non. Et encore : lorsque, à notre
époque, on parle des dimensions de l’univers « connu »,
on se réfère à des proportions qui eussent paru
invraisemblables il y a seulement un siècle. On évoque ici des
dimensions de l’ordre de quatorze milliards
d’années6lumière , ce que « l’intelligence » supérieure de Saint
Thomas n’eût jamais été en mesure d’appréhender ! Pour
parvenir à de telles estimations, la science se base sur des
observations astronomiques extraordinairement affinées et
sur une démarche intellectuelle qui, évidemment, n’ont
strictement plus rien de commun avec la raison qui guidait
7le « Docteur angélique ».

6 La lumière se propage à la vitesse de 300.000 km par seconde. Une
année-lumière est la distance parcourue par la lumière en un an, soit 9
461 000 000 000 km, soit encore près de dix mille milliards de km !
7 Titre honorifique que les théologiens chrétiens ont décerné à
Thomas, à titre posthume. Ce très « angélique » docteur avait par ailleurs
décrété que les hérétiques devaient être exterminés car ce ne pouvait
21
La Bible ayant été inspirée par Dieu, tout le message
qu’Il a bien voulu nous y transmettre était censé constituer
la vérité unique et incontestable. Outre cette dictature
purement théologique, et pour le plus grand malheur de la
pensée occidentale, Thomas d’Aquin avait aussi décrété
qu’Aristote, ce géant de la philosophie grecque, devait être
pris comme référence majeure pour guider notre réflexion
sur le monde matériel : la scolastique naissait de cette
option périlleuse. A titre d’exemple : Aristote ayant déclaré
que notre monde est immuable, nous devrions conclure
que des faits bien établis actuellement tels que l’expansion
de l’univers, la tectonique des plaques terrestres (la «
dérive des continents ») et l’évolution des espèces sont,
philosophiquement et théologiquement, à rejeter. Le
sentiment d’autosatisfaction généré par ces monceaux de
certitudes intangibles, amena le concile de Trente (1563) à
décréter que le Saint Père était supposé avoir toujours
raison, même en toute matière relative au monde physique !
Trente ans après la condamnation de Galilée, c’était une
manière radicale d’imposer les dogmes les plus farfelus…
sous la menace du bûcher. Bonne route donc sur la voie de
la « raison » ! Le développement de la réflexion
scientifique rendit progressivement intenable cette outrecuidance
théologique. Le concile du Vatican de 1870, dans un
amendement fort tardif mais bienvenu, dut admettre que le
pape, représentant du Christ sur terre, n’est infaillible
qu’en matière de foi… Mais ce même concile avait aussi
réaffirmé que Dieu pouvait être connu de façon certaine
par la raison.

qu’être agréable à Dieu, Celui-là même qui a dit : « Tu ne tueras
point » !
22Réaction
La décision d’entreprendre ce livre a été provoquée par
la lecture (récente) du Catéchisme de l’Église catholique
publié en 1992. Depuis longtemps indifférent aux «
vérités » que m’avait instillées une éducation chrétienne, j’ai
été stupéfait d’apprendre que la doctrine de l’Église de
Rome repose encore et toujours sur une lecture quasiment
littérale des premiers livres de la Bible, en particulier la
Genèse, un amalgame de légendes archaïques et de
préceptes le plus souvent hérités d’un fond de culture
mésopotamienne. La rédaction du présent ouvrage a
ensuite été « catalysée » par une conférence à laquelle j’ai
assisté quelques semaines avant d’entamer la présente
introduction. L’orateur, un prêtre catholique éminemment
cultivé, professeur dans une institution universitaire, avait
proposé d’entretenir son auditoire d’un thème, a priori
fondamental, en l’occurrence :
« Foi et Raison l’impossible union ? »
Le point d’interrogation qui fermait le titre de cette
conférence laissait espérer une réponse… qui ne fut même
pas abordée ! J’attendais, de la part d’un orateur
talentueux, la présentation d’un rigoureux schéma de réflexion
sur cette « impossible union ». En fait, la trame du débat
fut bâclée en un peu plus d’une heure sans que le moindre
argument raisonnable eût été présenté pour répondre à la
question énoncée par le titre. Pour faire bref, l’ensemble
de l’exposé s’est limité à affirmer que, si la foi existe, elle
devrait pouvoir être appréciée et justifiée par la raison.
C’était dans la même veine que l’encyclique « Fides et
ratio » citée dans l’avant-propos qui, elle aussi, a prétendu
aborder cette réflexion mais sans jamais conclure. Dois-je
avouer que, une fois de plus, ma déception fut grande !
Après un exposé brillant mais sans rigueur, aucun point
final (? ou !) ne fut proposé, ni même suggéré. Pour ce qui
23concerne la conclusion de la conférence, ma version toute
personnelle fut et reste :
« Foi et Raison, union impossible ! »
A fortiori devrions-nous ajouter que :
« Science et Foi, union impensable ! »
La foi est une affaire de sentiments personnels très
respectables ; mais elle n’a rien de commun avec la
réflexion… surtout si cette réflexion est guidée par les
données de la science. Ce qui ne signifie nullement qu’un
scientifique ne puisse être croyant, cela va de soi ! Mais,
pas plus qu’un autre penseur, ce scientifique ne sera en
mesure de démontrer l’existence de Dieu ni la
vraisemblance de sa Révélation : domaines qui relèvent de la
croyance, faut-il le répéter. Saint Paul avait ouvert la voie
de la crédulité (celle des chrétiens) lorsqu’il affirmait :
« La foi est une manière de posséder ce que l’on espère,
de connaître des réalités inaccessibles à nos sens ». Blaise
Pascal (1623-1662), mathématicien, physicien,
philosophe, qui ne peut certes passer pour un mécréant ni pour un
irrationnel, admettait lui aussi que la foi religieuse dépend
des sentiments et non de la raison ; la foi sincère l’emporte
donc sur la démarche intellectuelle.

Les religions existent, c’est un fait ; de même que les
croyances, le mysticisme,… qui se réfèrent tous à un
monde supranaturel inaccessible à nos sens et donc
irrationnel. Ainsi d’ailleurs que la magie, la sorcellerie et,
dans une certaine mesure, le sens esthétique, l’art, la
musique, etc. Ce constat est-il valide pour affirmer l’existence
d’un monde de l’au-delà ? En réalité, le domaine des
croyances relève, avant tout, de l’extraordinaire capacité
du cerveau humain à divaguer. Mais l’étude rationnelle
d’un phénomène, fût-il cérébral, impose avant tout que
l’on en détermine les causes et non les manifestations
24(croyances, mysticisme, hallucinations, superstitions, etc.)
C’est le fondement même de la démarche scientifique, qui
s’oppose ainsi, par exemple, à l’aristotélisme. Il
n’appartient pas à la seule « ratio » d’analyser les
croyances mais, en priorité, à l’anthropologie, à l’histoire des
cultures, à la neurobiologie, à la psychologie, voire à la
psychiatrie, toutes disciplines pleinement scientifiques qui
sont en train de mettre en lumière l’origine de ces dérives
de nature « paranormale » auxquelles s’abandonne si
lascivement le cerveau humain. Pour nous en tenir à cet
aspect de la réflexion et en nous limitant aux seuls dogmes
chrétiens, nous allons évoquer quelques arguments
suscités par la raison pour tenter d’ébranler cet édifice de
croyances. Et, pour reformuler la question émise ci-dessus,
nous dirons :
« Avec le plus élémentaire bon sens est-il
concevable que l’on puisse encore accorder quelque crédit
aux affirmations impératives émises depuis des
siècles par les bons pasteurs des innombrables Églises
chrétiennes ? »
Qui, est-il besoin de le rappeler, se réclament toutes du
même Dieu unique,… ce qui est pour le moins loufoque !
Les actes et les textes du Dieu des croyants
Si Dieu, Être immatériel par excellence, échappe de
facto à toute observation directe et, par le fait même, à
toute réflexion scientifique, il n’en irait pas de même pour
les actions qu’Il est censé mener sur notre monde. C’est en
tout cas ce qu’affirment les croyants qui prétendent que, si
le monde existe, il ne peut qu’être attribuable à l’acte
créateur de Dieu qui en a fixé les lois : par exemple, celles qui
régissent l’existence et l’évolution de l’univers, le
mouvement des astres, les propriétés de la matière… ! C’est
aussi Dieu qui a créé la vie : celle-ci se manifeste dans les
25plantes, les animaux et l’Homme. Et, toujours grâce à
l’action divine, l’Homme a été amené à vivre dans un
monde parfaitement adapté à ses besoins et à son
épanouissement. En complément, Dieu, dans son infinie
bonté, guide sa créature préférée (l’Homme) vers ce
bonheur éternel auquel elle aspire. Par ses actions matérielles,
permanentes exercées sur notre monde, sur notre
existence, le Créateur unique et omnipotent justifierait donc la
foi que nous devrions tous Lui dédier. Mais, il est bien
entendu que, dès le moment où ces actes divins sont
observables, ils se prêtent à l’examen critique de la science…
Ce dont ne se sont pas privés les penseurs rationalistes au
cours des derniers siècles… au plus grand dam des
théologiens, faut-il le dire !

Mais le Dieu-Créateur unique a aussi eu la (très)
mauvaise idée de vouloir se révéler par le truchement de textes
dits « sacrés » qui nous ont été transmis par des prêtres,
des scribes, des prophètes, des pythies,… ! Et là, c’est la
pagaille intégrale : là, Dieu s’est carrément « planté » dans
l’embrouillamini de ses prétendues révélations ! Dès lors,
les objections se multiplient !
- Si Dieu existe, s’Il est effectivement cet
ectoplasme polymorphe qui s’est infiltré dans la
multitude des religions du monde par le biais de sa
« Révélation », il n’est certainement pas possible
d’en suggérer un schéma univoque raisonnable.
- Il n’est pas « raisonnablement » admissible que les
conceptions humaines à propos des dieux aient
tellement évolué dans le temps et dans
l’espacemonde, alors que les « actions divines » évoquées
ci-dessus sont censées avoir été identiques partout
et à toutes les époques.
26- Pourquoi a-t-il fallu tant de millénaires pour que
s’élabore la figure du Créateur ? Ne pouvait-il se
révéler plus tôt ?
- Pourquoi la révélation divine (unique) a-t-elle été
transmise, d’abord, au seul peuple d’Israël et,
ensuite, aux seuls Chrétiens ? Et, un peu plus tard
encore, aux seuls Musulmans. Dieu serait-il à ce
point versatile ?
Qui est Dieu ?
Les choses sont bien plus simples ! Dieu ou, mieux, les
multiples dieux qui règnent ici-bas ont été conçus par
l’homme. Le concept « Dieu » résulte de la prolixité du
cerveau humain, un organe éminemment fertile en
créations farfelues (dragons, fées, monstres de toute espèce,
martiens, farfadets,… la liste en est inépuisable). Les
dieux, créés par l’homme, ont été matérialisés par des
totems, par des idoles. Ces dieux ont été imprégnés des
mêmes appétits, des mêmes passions, des mêmes colères,
8que l’homme … Ils (les dieux) ont progressivement
évolué vers des formes plus « spirituelles ». Le Dieu de la
tribu est devenu le Dieu de la cité et enfin celui du peuple
qui le vénère – ce fut le cas en Israël. Avec l’évolution des
civilisations, la cruauté des dieux s’est quelque peu
émoussée ; avec le temps, leur multiplicité et leurs rages
se sont amenuisées, en même temps qu’ils se faisaient de
plus en plus évanescents.

On pourrait admettre que devrait actuellement régner
sur ce bas monde un « Dieu unique » susceptible de
répondre aux critères d’omnipotence, d’omniscience et de

8 « On dit fort bien que si les triangles faisaient un Dieu, ils lui
donneraient trois côtés. » (Montesquieu).

27bonté infinie que nous attendons tous de Lui. Auquel cas
ce Dieu devrait concentrer sur Lui toute notre attention et
même toute notre vénération. Mais, évidemment, il reste à
Le dénicher, ce « vrai Dieu », dans la foule de ceux qui se
proposent à l’adoration des hommes. Personnellement je
me permettrai ici de suggérer le Dieu des Chrétiens à titre
d’archétype. Je crois pouvoir garantir que cette divinité-là
est représentative du Dieu unique revendiqué par les Juifs,
les Musulmans et, bien sûr, par les Églises chrétiennes,…
nonobstant leurs innombrables divergences. Les peuples
croyant en cet Être Unique constituent une fraction
significative de l’humanité. Le Dieu des Chrétiens catholiques
est le seul que j’ai eu l’heur de fréquenter dans ma
jeunesse : Il est celui au sujet duquel je dispose encore
d’informations venues en droite ligne de sa doctrine. Je
proposerai donc de m’y attarder sans pour autant renier le
droit à l’existence des innombrables divinités qui, paraît-il,
régissent notre monde.
Dieu est-il raisonnable ?
On ne peut reprocher à quiconque souhaite raisonner à
propos des dieux et des religions de se référer aux
connaissances actuelles pour y asseoir ses cogitations. De nos
jours, il serait ridicule, par exemple, de nier que la terre est
ronde et qu’elle tourne autour du soleil dans un
univers immense, sinon infini. Il y a quatre cents ans, de telles
affirmations ont déclenché les foudres de l’Inquisition !
Comment une telle évolution a-t-elle pu se développer au
sein des convictions théologiques alors que, pendant des
siècles, l’emprise des clergés sur la pensée humaine a
jugulé toute velléité de progrès de l’intelligence ? C’est la
science bien sûr qui, malgré la résistance farouche des
églises, a progressivement mis les choses au point et
permis de laminer les immuables certitudes des théologiens
relatives à notre monde et à nos origines. Mais alors, que
28reste-t-il des autres certitudes, les certitudes relatives au
monde de l’au-delà et qui s’affirment encore dans des
dogmes impératifs, sinon burlesques ?

Afin de mieux situer le Dieu unique des Chrétiens,
interrogeons des sources autorisées, en l’occurrence
l’encyclique Fides et Ratio susmentionnée. Nous
apprenons ainsi que, selon la religion catholique :
« Dieu s’est révélé aux hommes à travers l’histoire
du peuple juif, auquel il a proposé son alliance,
avant de se révéler pleinement à travers son Fils –
Jésus le Christ mort et ressuscité – en qui il s’est
incarné. »
Ainsi donc, le Dieu des catholiques serait effectivement
celui qu’annonce (laborieusement) la Bible juive ! Mais
nous devons constater que le Dieu unique de la Bible –
appelons-le Jahvé – ne manifeste aucun des critères de
bonté et d’omnipotence que nous pourrions espérer de Lui.
Jahvé, omnipotent ? Alors que six jours lui ont été
nécessaires pour créer le monde et l’homme : c’est bien trop
9long ! Pour un tel Dieu, il eût suffi d’une chiquenaude et
l’univers entier eût été façonné. Et, le comble, après cette
tâche, insignifiante pour Lui, Il éprouve le besoin de se
reposer ! Par ailleurs, si j’ai bien retenu les leçons de mon
catéchisme scolaire, « Dieu sait tout, même les choses à
venir ». Mais cette connaissance du futur se réduit à bien
peu de choses puisque, en créant Adam et Ève, Jahvé ne se
rendait même pas compte qu’Il allait très bientôt se voir
gravement offensé par eux au point de s’en mordre les
doigts. Même scénario avec certains anges, purs esprits,
dont Il est aussi le créateur. De ces esprits qui avaient tout
pour être heureux à son service, une faction rebelle va se

9 Le mot « chiquenaude » a été proposé par Pascal qui reprochait à
Descartes de vouloir éliminer Dieu de l’explication du monde, sinon
par cette chiquenaude divine qui devait démarrer toute l’aventure.
29révolter et se transformer en démons. Mais pourquoi donc
Dieu a-t-il voulu à tout prix créer des êtres à propos
desquels son omniscience devait l’avertir qu’ils allaient se
retourner contre Lui ?

En outre, bien loin de l’infinie bonté qu’on veut lui
attribuer, Jahvé est une divinité immodérément instable,
jalouse, colérique, sinon sadique ! Quelques siècles après
la Création, lassé de ces humains qui Le déçoivent, Jahvé
décide de provoquer une extinction radicale des espèces
vivantes – tout en préservant leur potentiel génétique.
Mais Il refuse de se « fatiguer » dans une nouvelle
création : Il enjoint donc à Noé de construire une arche, de s’y
réfugier, lui et sa famille, et d’y embarquer un couple de
chacune des quelques dizaines de milliers des espèces
animales vivant sur la terre (exception faite des
dinosaures !) Ceci fait, Il provoque le Déluge qui doit « épurer » le
monde (hommes, femmes, enfants, animaux) pour
redémarrer son œuvre avec les couples embarqués dans
l’arche. On ne pouvait rêver mieux que cet immonde
Hitler céleste ! Ce sadisme divin, la Bible va le ressasser ad
nauseam ! Légendes archaïques dira-t-on… oui, mais des
légendes de cet acabit sustentent encore et toujours les
doctrines intangibles des églises chrétiennes ! Alors, en
vertu de quel accommodement « raisonnable » faut-il
aborder les multiples théologies qui en dérivent ?
La foi en Jésus est-elle raisonnable ?
Le Catéchisme de l’Église catholique nous affirme que
Jésus le Christ a bel et bien remis de l’ordre dans le
bric-àbrac des légendes débitées par la Bible. Celle-ci se
réduirait alors à un répertoire de symboles et d’allégories qu’il
conviendrait de comprendre à la seule lumière du message
transmis par le Christ qui a montré la vraie et unique voie
vers une vie éternelle apte à nous séduire. Et nous de-
30vrions y parvenir grâce à la Foi – en pratique, celle de nos
parents, de nos éducateurs, de notre entourage ! La foi se
définit comme suit (Larousse : pour ce qui concerne la
religion) : « Le fait de croire en Dieu, en des vérités
religieuses révélées ». Voilà donc un immense programme
d’engagement de l’esprit et de la réflexion humaine : la
« vraie Foi chrétienne » implique que l’on adhère
pleinement à la Révélation transmise par le seul clergé chrétien.
Mais, en définitive à quoi se ramène donc cette « Foi »
unique et spécifique ?

En priorité, il conviendrait de sonder la personne (très
complexe et très mystérieuse) de Jésus le Christ au sujet
duquel, quoi qu’en disent les Chrétiens, aucun témoignage
fiable ne peut en garantir la crédibilité. Les témoins directs
sur lesquels devraient se fonder les Évangiles étaient morts
depuis longtemps lorsque les paroles de Jésus ou, plus
exactement, les « souvenirs des apôtres » commencèrent à
être retranscrits, soit au deuxième siècle de notre ère. Nous
avons là une première objection à une interprétation
littérale des Évangiles. Comment accorder foi à des textes
basés sur des rumeurs, des paroles perpétuées pendant des
décennies par de multiples sectes judéo-chrétiennes dont
chacune prétendait (il y a deux mille ans déjà) détenir la
seule vérité sur la nature du Christ et sur son message,
donnant ainsi naissance à des hérésies sans fin. Il est bien
évident que de tels récits ne peuvent, non plus que la
Bible, être pris au pied de la lettre. Les autorités chrétiennes
du début ont dû s’adonner à d’interminables palabres pour
fixer les textes qui semblaient acceptables dans le cadre de
la doctrine en voie d’élaboration et rejeter la majeure
partie de l’héritage écrit des premiers « croyants ». Ce fut
donc un tri fondamental, parfois arbitraire, souvent
controversé, qui fixa la pensée chrétienne pour de longs
siècles. La définition du dogme ne commença à s’affirmer
31qu’en 325, au concile de Nicée : un concile imposé et
présidé par l’empereur Constantin lui-même.

La raison, encore elle, se refuse à accepter ces textes
« sacrés » sans quelques réflexions : jusqu’où faut-il
accepter les multiples évangiles, les différentes versions de
la Bible (qui, pour les Chrétiens, annonce Jésus) et les
innombrables écrits qui ont foisonné au début de l’ère
chrétienne ? Il existe différentes options :
- ou bien on dédie sa foi à tous les textes qui ont
porté témoignage sur les débuts du Christianisme :
alors là, c’est la pagaille !
- Ou bien on accepte aveuglément les seuls textes
sélectionnés par les Pères des églises primitives :
option fondamentaliste, foi aveugle.
- Il y a aussi la solution raisonnable qui consiste à
remettre tous ces récits en question face aux doutes
très sérieux qui pèsent sur la véracité d’un divin
Message manifestement remanié et « adapté » par
les Pères et les apologistes du début.

Dans ma jeunesse, la Bible, par exemple, n’était
accessible qu’en version expurgée, orientée par l’Église
catholique romaine dans le sens voulu par sa doctrine
officielle. Il en allait de même pour l’Évangile et
l’Apocalypse de Jean. Les Évangiles de Matthieu, Marc et
Luc, plus accessibles (disons, moins équivoques), sont
appelés synoptiques parce qu’ils présentent une certaine
unité. Des dizaines d’autres écrits, ont été refusés pour
cause de déviances à la doctrine tracée par l’Église… et
non par Jésus, faut-il le souligner. On est donc en droit de
refuser ce capharnaüm des croyances lorsqu’il s’agit de la
Foi, unique et intangible qui doit guider les fondements de
notre vie à nous, les terriens. A ce sujet, le concile Vatican
II, tenu en 1965, n’y a pas été par quatre chemins : à pro-
32pos des Livres saints – ceux retenus par les « Pères » du
début – il affirme, sans aucune retenue, que :
« …il faut admettre, qu’ils enseignent fidèlement,
sûrement et sans aucune erreur la vérité que Dieu a
voulu, pour notre salut, consigner dans les Saintes
Écritures. »
Il faut croire, un point c’est tout, parce que nous, les
pontifes romains, détenons la seule vérité vraie… La
césure est ainsi réaffirmée entre Fides et Ratio !
Le Christ est-il raisonnable ?
Que faut-il penser de cette affirmation fondamentale de
l’Église catholique selon laquelle :
« Jésus est le Dieu incarné qui doit nous mener
vers la vie éternelle » ?
En réalité, la personne même du Christ est fort
nébuleuse et sa « biographie » a bien tardé à se dessiner dans
les Évangiles. Qui plus est, on ne peut se défaire du
sentiment que cette biographie a été élaborée tardivement, sur
base de quelques prophéties extraites de l’Ancien
Testa10ment afin de démontrer que la venue du Christ était, de
tous temps, voulue et préparée par Dieu le Père. Pour nous
en tenir aux seules circonstances de la naissance et de la
petite enfance de Jésus, est-il besoin de rappeler que :
- la naissance, à Bethléem, de Jésus le « Galiléen »
s’est déroulée après un long et périlleux voyage
entrepris depuis Nazareth par Joseph et Marie : 130
km à dos d’âne, alors qu’elle était enceinte de Jé-

10 De Pascal : « La plus grande des preuves de Jésus-Christ sont les
prophéties. C’est aussi à quoi Dieu a le plus pourvu. »… Certes, et
surtout par l’entremise des évangélistes !

33sus ! Ce voyage aurait été justifié par un
recensement qui n’a eu lieu qu’en l’an 7. Et pourquoi à
Bethléem ? : « Car voici ce qui a été écrit par le
prophète (Michée 5, 1) : et toi, Bethléem Ephrata,
petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour
moi celui qui dominera sur Israël,… » (et non sur
le monde !)
- Le Messie devait être un descendant de David à qui
Dieu avait promis (Psaumes 85, 36-38) : « La
maison et ton règne seront pour toujours assurés, ton
trône sera pour toujours affermi. » et « J’ai juré,
une fois par ma sainteté, mentirai-je à David ? Sa
postérité subsistera toujours… ». Joseph était
supposé descendre de David, un incertain roitelet…
Mais, Jésus ayant été conçu dans le sein de Marie
par l’action du Saint-Esprit, Joseph, le « très chaste
époux » de Marie, n’était que le « père nourricier »
de Jésus et ne pouvait donc lui avoir transmis des
gênes davidiens !
- L’invraisemblable « massacre des Innocents »
ordonné par Hérode (mort quatre ans avant la
naissance de Jésus) n’a jamais eu lieu – les
chroniqueurs d’alors en auraient fait mention. En fait,
cette inimaginable monstruosité devait servir de
prétexte évangélique à la « fuite en Egypte » (un
voyage de plusieurs centaines de kilomètres, cette
fois !), puisque Jahvé avait déclaré par la bouche
de son prophète Osée :
« Et j’appellerai mon fils hors d’Egypte. »
Mais, en réalité, cette prophétie – énoncée après
coup – concernait Moïse, le sauveur légendaire du
peuple hébreu auquel Jésus devait être assimilé ! Et
puis, quel besoin de se réfugier dans cette très
lointaine Egypte (à dos d’âne, à nouveau) ? D’autres
lieux auraient pu offrir un refuge discret. D’autant
plus que Joseph disposait alors des dons offerts par
34les « Rois » mages venus d’Orient : de l’or, entre
autres !
- Quant au mythe de la virginité de Marie, il résulte
d’une traduction plus que bancale de la Bible juive
dans sa version grecque (la Septante). Isaïe dit à
son roi, en hébreu : « Et voici, la jeune fille («
alma ») deviendra enceinte, elle engendrera un fils.
Et elle lui donnera le nom d’Emmanuel ». Les
septante traducteurs (des Juifs hellénophones) firent de
« alma » (jeune fille, jeune femme) une «
parthenos = vierge » ! On comprend la stupéfaction des
Israélites, strictement monothéistes, qui, eux, lisent
l’hébreu, quand on leur parle de la « Vierge »
Marie, mère de Dieu !
- Pourquoi Jésus devait-il vivre à Nazareth, une ville
erqui n’existait pas au 1 siècle ? La réponse tient en
ece que Matthieu (2,23 – qui écrivait au 2 siècle), a
voulu utiliser un passage des Écritures censé se
rapporter au Christ à venir : « Il vint demeurer à
Nazareth afin que s’accomplisse ce qui avait été
annoncé par les prophètes : il sera appelé
Nazaréen » – ou plutôt « Naziréen » qui signifie
« consacré à Dieu » et non pas citoyen de
Nazareth. Regrettable confusion de la part
d’évangélistes qui n’étaient pas très imprégnés de
scrupules historiques et se basaient sur des textes
dont l’alphabet ne comportait pas de voyelles !

Les auteurs des Évangiles synoptiques répètent à l’envi
que : « Tout cela est arrivé afin que s’accomplisse ce que
le Seigneur avait annoncé par le prophète ». Encore une
fois, il serait plus honnête, pour l’Église, de reconnaître
que cette biographie mythique de Jésus a été élaborée par
les rédacteurs des évangiles en vue de faire croire que le
Christ avait été annoncé par Dieu lui-même ! L’Église
35chrétienne a ainsi été amenée à délabrer ses écrits
fondateurs par des récits invraisemblables.
La doctrine chrétienne est-elle raisonnable ?
La doctrine chrétienne, principalement dans sa version
catholique romaine, repose sur une dizaine de dogmes ou
« vérités fondamentales » dont voici un condensé.
- Sous l’instigation du démon, nos premiers parents,
créés par Dieu, ont offensé gravement le Créateur
du ciel et de la terre. L’humanité porte ainsi la tare
héréditaire d’un « péché originel » inexorable.
- Jésus le Christ est venu sur terre pour racheter la
faute d’Adam et d’Ève, par son sacrifice sanglant
sur la Croix (dogme de la Rédemption). Après sa
résurrection, Jésus est retourné au ciel (dogme de
l’Ascension) d’où il devait prochainement
redescendre pour établir un règne de mille ans
(Millénarisme) ! Le dogme de la Résurrection du
Christ est le fondement du Christianisme, saint
Paul le proclame : « …si le Christ n’est pas
ressuscité, alors notre prédication est vide et aussi notre
foi » (I Corinthiens, 15, 14)
- Jésus a transmis un message d’espoir aux
hommes : il leur a fait la promesse d’une résurrection
des corps lors de son très prochain retour sur cette
terre (la « Parousie »). Cette résurrection sera
suivie du règne terrestre du Christ, d’une durée de
mille ans, durant lequel les justes (les fidèles)
connaîtront la béatitude paradisiaque que ruinèrent
Adam et Ève. A la fin de ce millénaire, aura lieu le
« Jugement dernier » qui déterminera, parmi les
hommes, lesquels seront admis au Paradis céleste
(les justes) tandis que les autres (les pécheurs) iront
en enfer. Pour plus de détails sur ce processus, on
36se réfèrera à l’extraordinaire Dies irae de la liturgie
chrétienne.
- Jésus a été réellement homme et Dieu à la fois. Il a
souffert sur la croix en tant qu’homme et en tant
que Dieu.
- Jésus est, avec Dieu le Père et avec le Saint Esprit,
l’une des trois personnes « consubstantielles » (de
même substance) qui composent le Dieu unique de
certains chrétiens (dogme de la Trinité).
- Jésus ne pouvait naître d’un couple humain
ordinaire. Il a donc été conçu par l’Esprit-Saint dans le
sein de Marie, sa mère terrestre.
- Pour pouvoir bénéficier du titre de « Mère de
Dieu », Marie devait rester « pure » et conserver,
sa vie durant, une virginité intacte (dogme de la
virginité mariale)… Quand bien même l’apôtre
Jacques est-il présenté comme le « frère » de Jésus.
Dans l’un des évangiles, on parle même des frères
(adelphoï) et des sœurs de Jésus !
- En outre, pour avoir l’honneur prestigieux
d’enfanter un Homme-Dieu, Marie devait
ellemême avoir été conçue sans la tare du péché
originel (dogme de l’Immaculée Conception).
- La Mère de Jésus-Dieu ne pouvait, après sa mort,
subir la corruption des corps commune aux
humains. Elle fut donc « amenée » au ciel (dogme de
11l’Assomption) .

11 La « montée au ciel » de corps humains en bon état est une faveur
relativement fréquente accordée par les Dieux à des personnages hors
du commun. La Vierge Marie allait donc retrouver au ciel (!), entre
autres, Moïse, Elie, Enoch, Hercule, Ganymède, Romulus,… !
Beaucoup d’autres bénéficiaires de ces excursions célestes sont revenus sur
eterre : Saint Paul, Mahomet, Aistolf (roi des Lombards), etc. Au 20
siècle (1961) le premier et le plus célèbre d’entre eux fut Youri
Gagarine !
37- Jésus a confié à son Église (en grec « ekklesia »
= assemblée et non point institution), le soin de
transmettre son message aux générations à venir.
Les pasteurs de cette Église se sont donc crus
habilités à élaborer la doctrine requise pour transmettre
le message christique (dogme de l’infaillibilité
papale).

Cette très catholique entrée en matière ne milite certes
pas en faveur d’une entente cordiale entre foi et raison
puisque pratiquement toutes les affirmations énumérées
cidessus échappent à l’entendement humain : elles
contreviennent à toute logique raisonnable. En fait, est-il besoin
de le rappeler : ce sont des mystères, c’est-à-dire
« des vérités de foi inaccessibles à la seule raison humaine
et qui ne peuvent être connues que par une révélation
divine » (Larousse). Vérités à ce point inaccessibles qu’elles
doivent être assénées aux croyants sous forme de
dogmes incontestables dont le déni mène au bûcher : la raison
est ainsi, littéralement, « passée à la moulinette » ! Nous
verrons, dans certains des chapitres de ce livre, comment
la majeure partie de ces vérités absolues ont eu à subir les
assauts de la raison et de la réflexion scientifique pour, en
fin de compte, se réduire comme peau de chagrin en une
collection de balivernes. Et l’on est en droit de se
demander ce qu’il en subsiste encore après un tel passage au
crible. On se demande surtout comment il est possible que
des théologiens s’acharnent encore à justifier leurs
mystères dogmatisés à la lumière de la raison !
Pour nous résumer
Face au déluge d’incohérences que présentent les
doctrines religieuses, il est manifeste que la raison est
impuissante à justifier l’existence des innombrables et
impalpables divinités et esprits qui animent les croyances
38du monde. En revanche, il est raisonnable de mettre en
doute les multiples dogmes qui contreviennent
manifestement à ce que nous savons actuellement à propos du
monde très matériel dans lequel nous vivons. Et, en ce
domaine, il y a pléthore d’arguments, au point que l’Église
catholique, après quatre ou cinq siècles d’escarmouches
d’arrière-garde, ne conserve plus, de sa citadelle de vérités
intangibles, que quelques bastions auxquels elle
s’accroche désespérément… tout en affirmant son
adhésion aux progrès de la réflexion scientifique. Nous
souhaiterions donc examiner, entre autres, quelques-unes
des certitudes dogmatisées qui font encore partie du fond
doctrinal des clergés chrétiens traditionnels, afin de
montrer qu’un simple bon sens peut mener fort loin sur la voie
du doute, sinon de l’athéisme. La théologie raisonnée
mène à un pitoyable échec : on ne raisonne pas sur
l’inobservable ; on ne raisonne pas sur des légendes
archaïques fussent-elles celées dans des récits admirables !
La foi, le mysticisme, les croyances ne prouvent pas
l’existence des multiples dieux qui ont envahi le monde
mais bien la permanence, dans le cerveau humain, d’une
propension à la fabulation et aux hallucinations. Que des
milliers de gens aient vu ou entendu le diable, que des
dizaines de milliers de sorcières aient été brûlées vives, ne
prouve ni l’existence du démon ni la vraisemblance de la
sorcellerie. La profusion des divinités et des croyances de
toute espèce ne démontre ni l’existence de Dieu ni la
pertinence de la magie mais bien leur irrationalité. En
quelques chapitres, nous souhaitons refaire un bref
parcours à travers l’histoire de la pensée et des croyances qui
ont mené à l’élaboration du monothéisme chrétien et de
ses positions actuelles. On analysera les concepts qui
furent à la base d’une doctrine soumise progressivement aux
critiques et contestations émises par la réflexion
philosophique et par les découvertes scientifiques accumulées,
39ed’abord dans l’empire hellénistique et, depuis les 16 et
e17 siècles, en Europe.
« Ceci est un livre de bonne foi, lecteur »
(Montaigne : Essais)
40


Chapitre I.
La foi entre science et raison



Depuis que l’homme existe, sa réflexion sur le sens de
la vie humaine et sur le monde dans lequel il vit a été
guidée par la pensée dite religieuse : avec les dérives que
nous allons évoquer. Saint Augustin, évêque d’Hippone en
Afrique du nord (354-430) avait affirmé que tout pouvait
être expliqué par la théologie (celle de sa religion à lui,
bien sûr !) Dès lors, toute l’éducation humaine pouvait se
réduire à la lecture et à l’étude de la Bible et du Nouveau
Testament ! Un « projet pédagogique » qu’allaient se fixer
les futures universités européennes avec, en parallèle, les
écoles rabbiniques et coraniques ! Malheureusement,
Augustin et, à sa suite, l’Église se fourvoyaient
irrémédiablement puisque les rédacteurs de la Bible étaient
parvenus à accumuler un monceau de contradictions et
d’invraisemblances qu’il fallait prendre à la lettre, contre
toute raison. Augustin envoyait ainsi toute la pensée
occidentale dans une impasse, pour plus de mille ans !

La croyance en Dieu relève de la seule foi et, si la
raison ne peut accéder au monde du surnaturel, la théologie,
de son côté ne peut émettre aucune prétention à expliquer
notre univers matériel. Le seul avantage « philosophique »
indéniable de la pensée religieuse est qu’elle peut
s’arroger le droit d’affirmer à peu près n’importe quoi à
propos du monde de l’au-delà – dont on ne sait rien – et
produire sans vergogne des « vérités » prétendument
révélées par Dieu. Un discours dont l’intérêt relève bien plus
de l’anthropologie et de la psychologie que de la raison.
41Mais, quand la réflexion scientifique se met à contester la
majeure partie des premiers Textes sacrés, tout cet édifice
dogmatique s’écroule, suscitant chez les théologiens des
réactions violentes dont pâtirent bon nombre de
scientifiques considérés comme hérétiques. L’Europe en eut à
esouffrir, à partir du 15 siècle avec, à la clé,
d’interminables conflits de pensée trop souvent «
résolus », à l’avantage des bigots, dans des salles de torture et
sur des bûchers purificateurs.
Le sentiment religieux est universel
Toutes les populations du monde se sont forgé une
encyclopédie de croyances en un monde « supranaturel »
desquelles émerge un schéma relativement homogène.
Ceci démontre bien que la « pensée » religieuse est un
phénomène universel qui ne peut être rejeté en bloc, sans
réflexion à propos de ses origines et de ses causes. Les
religions de l’humanité, qu’elles soient héritées de modes
de vie primitifs ou de civilisations récentes, qu’elles soient
animistes, mono – ou polythéistes, toutes présentent un
12schéma commun caractérisé par :
- la croyance en un monde invisible où résident des
esprits, des divinités invisibles. Il existerait une
hiérarchie dans ce monde-là dont la divinité
principale a pu créer la terre et la vie qu’elle héberge.
Ces divinités transcendantes sont dotées de
pouvoirs exceptionnels et seraient ainsi capables d’agir
sur notre destinée, en bien ou en mal, suivant que
nous nous sommes pliés ou non aux règles de
conduite qu’elles nous ont dictées. Ces règles et les
récits qui décrivent l’aventure du monde et de ses

12 Adapté de Jean-François Dortier : Le pape et les pygmées, Les
Grands Dossiers des Sciences Humaines, n° 5, Décembre 2006/
janvier-février 2007.
42