La Science vis-à-vis de la religion
35 pages
Français

La Science vis-à-vis de la religion

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Description

Monsieur,

Je tiens beaucoup à vous communiquer dans cette lettre, que je prends la liberté de vous adresser sans avoir l’honneur d’être connu de vous, les diverses réflexions que m’a suggérées la lecture de votre petite brochure sur la démonstration mathématique du dogme de la création et de la récente apparition de l’homme sur la terre, qui vient de me tomber par hasard sous la main. Je regrette que ces réflexions viennent un peu tard, mais quand il s’agit d’une question de science à élucider, il vaut toujours mieux tard que jamais.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 21 juillet 2016
Nombre de lectures 1
EAN13 9782346088256
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos de Collection XIX

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Grégoire Wyrouboff, Émile Goubert, Wladimir Guettée

La Science vis-à-vis de la religion

LETTRE DE M. WYROUBOFF A M. L’ABBÉ MOIGNO

OBSERVATIONS
SUR QUELQUES PAGES DE L’ABBÉ MOIGNO, INTITULÉES :
DEMONSTRATION MATHÉMATIQUE DU DOGME DE LA CREATION
ET DE
La récente apparition de l’homme sur la terre1

Monsieur,

 

Je tiens beaucoup à vous communiquer dans cette lettre, que je prends la liberté de vous adresser sans avoir l’honneur d’être connu de vous, les diverses réflexions que m’a suggérées la lecture de votre petite brochure sur la démonstration mathématique du dogme de la création et de la récente apparition de l’homme sur la terre, qui vient de me tomber par hasard sous la main. Je regrette que ces réflexions viennent un peu tard, mais quand il s’agit d’une question de science à élucider, il vaut toujours mieux tard que jamais. Je me décide à m’adresser à vous, car je suis convaincu que la vérité scientifique, quelle qu’elle soit, trouvera en vous un appréciateur compétent et un défenseur dévoué.

Les lois scientifiques, il me semble, ne peuvent pas être fausses, si les faits sont vrais ; car la loi, en définitive, n’est que le fait se répétant toujours de la même, manière dans les mêmes circonstances. Or, tout système philosophique, pour être stable, doit, d’après l’opinion généralement admise au XIXe siècle, être basé sur des lois ; donc toute discussion philosophique se réduit à une simple question de faits.

C’est sur ce terrain positif que je me propose d’amener l’examen des conclusions de votre brochure.

Vous commencez par démontrer que le nombre actuellement infini est impossible ; au point de vue où vous la prenez, cette vérité est incontestable, mais s’ensuit-il que le nombre ne puisse jamais devenir infini ? c’est ce que je ne crois pas. Vous supposez, dans votre démonstration, qu’en ajoutant un nombre à un autre, on s’arrête à un moment donné pour considérer le nombre qui s’est produit ; on le trouvera évidemment fini comme les unités dont il se compose. Mais ce n’est là qu’un cas particulier.

Je puis supposer, et cette supposition n’a rien qui blesse l’intelligence, que j’ajoute les uns aux autres des chiffres dont le nombre sera toujours indéterminé et croîtra indéfiniment, puisque je ne m’arrêterais jamais. Vous m’objecterez peut-être que cette addition infinie est impossible, puisque ma mort, ou celle des générations postérieures qui la continueraient, lui mettra nécessairement un terme, mais alors votre démonstration n’est pas mathématique, puisqu’elle sera limitée par des conditions physiques, dont l’existence est justement la question en litige. Les mathématiques, science abstraite par excellence, ne peuvent admettre que des solutions abstraites, et à ce point de vue l’accroissement illimité n’a rien qui choque l’esprit ; je dirais plus, il est indispensable de l’admettre. Vous dites que le nombre infini n’existe pas, mais, comme mathématicien, pouvez-vous affirmer que la valeur de π soit finie ? En abstraction, les quantités infinies existent donc, et sans les admettre dans vos calculs, vous en faites journellement usage. Il y a maintenant une autre question qui surgit, c’est celle de l’application du nombre infini au monde physique. Or, il y a là deux cas possibles : ou bien nous voulons rester dans le cadre des spéculations scientifiques, nous n’avons alors que des quantités finies et déterminables à examiner ; ou bien, franchissant le cercle des observations positives, nous voulons aborder les causes premières et finales, alors l’abstraction remplace le fait, et en même temps l’infini devient possible.

C’est sur ce second terrain, que j’appellerai métaphysique pour employer l’expression consacrée, que vous transportez la question ; il faut par conséquent que vous en subissiez les conséquences. Or, c’est justement ce qui arrive : d’une manière ou d’une autre vous reconnaissez (la citation du père Gerdil, dont vous admettez les conclusions, le prouve) l’existence de l’infini, mais seulement dans ce cas particulier que vous appelez Dieu. Je me permets de protester contre cette injustice : dépouiller un objet de ses attributs au profit d’un autre, c’est là un acte d’une partialité évidente ; c’est plus, c’est tout bonnement une faute de logique, car je vous avoue franchement que je suis assez aveugle pour ne pas voir par quelle raison logique Dieu serait plutôt infini que la matière.

Ne vous révoltez pas ; ce n’est pas une question de religion que nous traitons, le titre de votre publication le dit, c’est un problème mathématique que nous tâchons de résoudre. N’oublions pas que Dieu et la matière, étant dans ce cas des abstractions, sont des termes comparables, et pour conserver leur forme abstraite, sans blesser les consciences, désignons Dieu par a et la matière par b. a, dites-vous, = ∞ ; b, au contraire, ne peut pas être = ∞, mais pourquoi ? Voilà la question qui se présente tout naturellement et à laquelle il fallait évidemment répondre pour donner une démonstration. Ce n’est pas de cette manière, toute mathématique pourtant, que vous procédez. Vous partez d’un axiome, vous posez en principe : « L’infini et l’éternité sont des attributs essentiellement divins que Dieu ne peut pas communiquer à ses créatures » (p. 8). Vous partez d’un article de foi, je le répète, ce n’est donc pas une démonstration mathématique.

Le problème ainsi posé, comme vous vous en apercevrez facilement, est de la catégorie de ceux qu’en mathématiques on appelle indéterminés, car il comporte plusieurs solutions, toutes également bonnes. En effet, je puis parfaitement partir du point que vous combattez et dire : « L’infini et l’éternité sont des propriétés immanentes de la matière. Donc que b = ∞, il n’y a pas besoin d’ajouter ce que dans ce cas devient a. »