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Le vivant

De
288 pages
Le vivant, question intemporelle, passionne les savants depuis toujours. Le développement scientifique et technique croissant suscite, plus que jamais, un intense débat, témoignant d'une grande inquiétude animée par des considérations tant culturelles et métaphysiques que politiques et éthiques. Cet ouvrage expose une partie de ces considérations et les enjeux qui en découlent. Il met en évidence la difficulté d'une étude "objective" du vivant, sujet mythique, subjectif, spirituel et énigmatique qui interroge au plus profond notre humanité.
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LE VIVANT

Les Rendez- V ODSd'Archimède
Collection dirigée par Nabil EI-Haggar Universitédes Sciences et Technologies - Lille 1

LE VIVANT enjeux: éthique et développement
Sous la direction de Nabil EI-Haggar et Maurice Porchet

Marcel Blanc Claude Combes Jean Gayon Gilbert Hottois Gérard Huber David Le Breton Hervé Le Guyader Jean-Maurice Monnoyer Michel Morange André Pichot Maurice Porchet Olivier Postel- Vinay Dominique Stehelin Jacques Testart Michel Tibon-Cornillot Bernard Vandenbunder Philippe Vennin

L'Harmattan 5-7. rue de l"École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

L'Harmattnu Italia Via Degli Artisti, 15 10124 TOl"ino ITALIE

@L'Harmattan,2005 ISBN: 2-7475-8090-3 EAN : 9782747580908

Remerciements

à :

- la Direction de l'Enseignement Supérieur, Ministère de l'Éducation Nationale, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche - la Direction Régionale des Affaires Culturelles du Nord-Pas de Calais (DRAC), Ministère de la Culture et de la Communication - le Conseil Régional Nord Pas-de-Calais - la Ville de Villeneuve d'Ascq qui subventionnent les activités organisées par l'Espace Culture. - Alain Souvignon, agent comptable Technologies de Lille - l'équipe de l'Espace Culture de l'USTL : Nabil EI-Haggar, vice-président de l'USTL, chargé de la culture Christiane Fortassin, directrice Communication/Editions: Delphine Poirette, chargée de communication Edith Delbarge, chargée des éditions Julien Lapasset, infographiste Emmanuel Mutimura, assistant aux éditions Administration: Corinne Jouannic, responsable administrative Johanne Waquet, secrétaire de direction Michèle Duthillieux, Martine Fall-Delattre, secrétaires administratives Maryse Loof, aide-comptable Relations jeunesse/étudiants: Mourad Sebbat, chargé des pratiques et initiatives étudiantes Marie-Christine Groslière, chargée de mission sur les publics lycéens Régie technique: Jacques Signabou, régisseur Café culturel: Joëlle Mavet et Philippe Marozzi L'ensemble des textes a été rassemblé par Edith Delbarge, chargée des éditions et Emmanuel Mutimura, son assistant. de l'Université des Sciences et

Collection "Les Rendez- Vous d'Archimède"
« questions de développement: nouvelles approches et enjeux» sous la direction d'André Guichaoua - 1996
« le géographe et les frontières» sous la direction de Jean-Pierre Renard - 1997 "environnement: représentations et concepts de la nature" sous la direction de Jean-Marc Besse et Isabelle Roussel - 1998 « la Méditerranée des femmes» sous la direction de Nabil EI-Haggar - 1998 « altérités: entre visible et invisible» sous la direction de Jean-François Rey - 1998 « spiritualités du temps présent: fragments d'une analyse, jalons pour une recherche» sous la direction de Jean-François Rey - 1999 « emploi et travail: regards croisés» sous la direction de Jean Gadrey - 2000 « l'école entre utopie et réalité» sous la direction de Rudolf Bkouche et Jacques Dufresnes - 2000
«

le temps et ses représentations»

sous la direction de Bernard Piettre - 2001

« politique et responsabilité: enjeux partagés» sous la direction de Nabil EI-Haggar et Jean-François Rey - 2003
« les dons de l'image» sous la direction de Alain Cambier - 2003

« l'infini dans les sciences, l'art et la philosophie» sous la direction de Mohamed Bouazaoui, Jean-Paul Delahaye et Georges Wlodarczark - 2003

« la ville en débat» sous la direction de Nabil EI-Haggar, Didier Paris et Isam Shahrour - 2003
« Art et savoir de la connaissance à la connivence» sous la direction d'Isabelle Kustosz - 2004

A paraître prochainement:
« le hasard» « le cerveau»

SOMMAIRE

SOMMAIRE

Avant-propos
par Nabil EI-Haggar

p. 17

Chapitre I Le vivant, enjeux et développement
L'évolution actuelle de la science. Concept « Recherche et développement techno-scientifiques » Interview de Gilbert Hottois par Maurice Porchet
De la procréation assistée à un nouvel eugénisme par Jacques Testart Le « pouvoir» des gènes par Michel Morange La mobilisation générale des organismes. A propos du déferlement des techniques biomédicales par Michel Tibon-Comillot Les enjeux scientifiques de la Génopole : « construire interactions» par Bernard V andenbunder La découverte des gènes de cancers par Dominique Stehelin des

p.31

P.39 p.57

p.69

p. 87

p.95

13

Médecine prédictive et cancers. À propos des cancers héréditaires du sein et de l'ovaire par Philippe Vennin

p. 101

Chapitre II Éthique du vivant
Faut-il proscrire l'usage du mot « race» biologique et sociale de la notion par Jean Gayon Sur l'impasse actuelle de la bioéthique et de la biopolitique par Gérard Huber De l'intégrisme génétique par David Le Breton Prélèvement et transplantation anthropologiques par David Le Breton Le journaliste scientifique par Olivier Postel-Vinay d'organes. Aspects p. 165 ? Déconstruction

p. 121

p. 131

p. 143

dans les débats de société

p. 185

Chapitre III À propos de l'évolution
L'identique et le différent par Claude Combes L'identique et le différent: Phylogénétique par Hervé Le Guyader une approche p.207 p. 193

14

Un évolutionniste du XXIème Stephen Jay Gould par Marcel Blanc

Siècle:

hommage

à

p.219

Chapitre IV Entre science et Métaphysique
L'amour de la vie. Notes sur Descartes, l'épistémologie du mécanisme et la génération par Jean-Maurice Monnoyer La génétique, aspects épistémologiques par André Pichot et historiques p.233

p.257

Bibliographie

des auteurs

p.279

15

A vaut-propos

Par Nabil EI-Haggar

Le vivant est un des sujets d'étude les plus exigeants par les rapports qu'il engendre entre ceux qui en ont fait l'objet de leur recherche et la société. C'est sans aucun doute une gageure de prétendre cerner la question du vivant à travers un cycle de conférences et une série d'articles. Cette question, intemporelle, passionne les savants depuis toujours. Le développement scientifique et technique croissant suscite, plus que jamais, un intense débat, témoignant d'une grande inquiétude animée par des considérations tant culturelles et métaphysiques que politiques et éthiques. Inquiétude qui grandit au fur et à mesure que les sciences biologiques dévoilent les secrets de la vie et que la sagesse de l'homme est mise à rude épreuve. C'est à la démocratie, là où elle est en exercice, que l'on demande d'arbitrer entre l'admissible et ce qui ne l'est pas, de refuser l'insupportable et d'interdire ce qui est éthiquement inacceptable. Mais, la démocratie peut-elle jouer pleinement son rôle, sans garantir au citoyen une éducation suffisante et une information exhaustive? Les Rendez-vous d'Archimède nous ont permis d'explorer pour partie ces considérations et de discuter des enjeux qui en découlent.

Le rapport qu'une société instaure avec le vivant, c'est-à-dire
avec elle-même, est l'expression qu'elle peut avoir du monde. du regard et de la vision

« S'interroger sur le vivant, c'est faire (au moins, en première approximation) la double hypothèse qu'il existe une nature commune à tous les vivants (unité de la vie), et que les vivants constituent un ordre de réalité distinct qui n'est ni celui de la matière «inerte» ni l'ordre humain «culturel» (spécificité de la vie).

17

On s'expose donc aux difficultés d'une ontologie tripartite (matière/vie/esprit, ou chose/vivants/personnes). ..» 1. Dans ce travail, nous avons laissé de côté les débats sur la caractérisation aristotélicienne du vivant, sur l'âme sensitive et l'âme intellective. La controverse concerne les frontières entre l'inerte et le vivant, ainsi que les traits caractéristiques de la «nature» du vivant et la définition même du vivant, dont l'unité a été prouvée par la biologie moléculaire, et que des instances internationales, telle que l'Union Européenne, ont désormais adopté. Nous nous sommes principalement intéressés à l'humain, cet être vivant connaissant et conscient de l'être. Certains auteurs ont mis en évidence la difficulté d'une étude « objective» du vivant, sujet mythique, subjectif, spirituel et énigmatique qui interroge au plus profond notre humanité et ses rapports au monde dans la diversité des cultures et des civilisations. D'autres ont montré l'extraordinaire développement des sciences et techniques et les enjeux qui en découlent. Quinzième de la collection les Rendez-vous d'Archimède, cet ouvrage restitue une partie des exposés consacrés à ce thème, revus, corrigés et augmentés par les auteurs. Il est composé de quatre parties: : le vivant, enjeux et développement; éthique du vivant; à propos de l'évolution; entre science et métaphysique. I. Enjeux et développement de la question du vivant Gilbert Hottois, interrogé par Maurice Porchet, se penche sur l'évolution actuelle de la science et le développement technoscientifique. Il explique les différents niveaux dans l'évaluation d'un projet scientifique. Il discute du principe de précaution et de l'éthique, du droit et de la morale, pour, finalement, évoquer la position du «bien» dans une pensée laïque. Pour Gilbert Hottois, «il est probable que nous sommes entrés dans une ère de précarité intellectuelle permanente et cela est finalement douloureux»: comment,
1 Anne Fagot-Largeault, in le vivant, Notions de philosophie, I, Paris 1995 18

par exemple, permettre à chacun de suivre le rythme, de s'adapter et de s'imprégner du Droit si ce dernier change tous les cinq ans? Jacques Testart met en évidence les rapports entre chercheurs et décideurs sur le terrain de la procréation assistée. Au cours de sa longue et riche vie de chercheur, il a eu l'occasion de constater qu'aux yeux des décideurs: «Il s'agissait de mettre en avant la compétitivité sans se soucier du chômage, du mal vivre, de la désertification des campagnes. Il s'agissait de mettre la recherche au service de fantasmes économiques (et d'intérêts particuliers réels) plutôt qu'au service de l'homme ». Distinguant reproduction et procréation, l'auteur constate que, bien que l'assistance à la procréation humaine inspire multiples débats et une nouv~lle discipline appelée «bioéthique », jamais les chefs d'Etat n'ont (jusqu'alors) jugé nécessaire de s'y impliquer autant qu'en 1997 pour le cas de la brebis Dolly. Et de s'interroger: peut-être est-ce parce que le clonage humain ne représente encore aucun intérêt industriel, n'ouvre aucun nouveau marché. Jacques Testart discute des techniques, des problèmes qu'elles posent et des dérives qu'elles engendrent quand l'objectif à atteindre prime tout. Ainsi, l'intrusion de la génétique dans la PMA génère surtout de l'inquiétude. Car on ne voit pas quels garde-fous mettraient l'humanité moderne à l'abri de l'idéologie eugénique, à laquelle Jacques Testart consacre une partie de son texte. Sans être très rassuré, il conclut: «La dynamique interne de la recherche est de toujours produire davantage, se greffent làdessus les intérêts particuliers des cl)ercheurs, ceux de médecins, ceux de l'industrie, ceux des Etats... Il me semble, ajoute-t-il, que tout cela va dans le même sens et ne peut pas rendre très optimiste. Il nous reste la démocratie dont on parle beaucoup, mais la démocratie nous protège-t-elle de l'eugénisme? » Seule la loi peut nous protéger de la barbarie, mais l'effort permanent de civilisation doit se réclamer de l'éducation de tous les hommes. Michel Morange s'intéresse au « pouvoir» des gènes. N'estil pas effrayant de penser que, au sein de chacune de nos cellules, est inscrite une part de notre destin? Il est sans doute plus effrayant encore d'imaginer que demain il sera possible de lire directement ce destin. Comment accepter ces faits sans pourtant attribuer aux gènes des pouvoirs qu'ils n'ont pas? 19

Michel Morange démontre, à travers des exemples précis, pris chez la souris, l'être humain et les insectes, ce qui limite le pouvoir des gènes. Depuis quelques années, les résultats obtenus permettent de comprendre comment des modifications géniques peuvent avoir un effet très précis sur les comportements, alors même que la notion de gène du comportement est devenue totalement absurde. Les gènes ne sont en eux-mêmes rien d'autre qu'un matériel chimique inerte. Dans ce texte, Michel Morange apporte en outre une clarification sur les raisons qui expliquent la place qu'occupent les gènes dans les médias et le milieu de la recherche biologique. Michel Tibon-Cornillot
générale des

nous

livre

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mobilisation

organismes

-

texte

sur

la
du

À propos

déferlement des techniques biomédicales. Au-delà de la méfiance grandissante à l'égard des manipulations génétiques et des techniques biomédicales, l'auteur interroge les sciences et les techniques modernes sur leur capacité à élaborer des questionnements portant sur leur dangerosité, leurs limites et leur capacité d'autorégulation. Selon lui, un travail préalable sur le rôle des techniques dans le mixte scientifico-technique contemporain est nécessaire. De nombreux phénomènes biomédicaux doivent être analysés à travers l'anticipation et l'effervescence techniques face à l'affaiblissement conceptuel, processus qui tente d'allier les rentabilités financières et la fécondité biologique, la diffusion industrielle des produits mal connus et le changement d'échelle qui en découle. Les questions posées par le déferlement des techniques contemporaines trouvent leur origine dans ces racines archaïques de l'activité technique... Il faut montrer cependant que cette étude ne trouve sa force que menée conjointement avec une recherche portant sur l'établissement de liens étroits entre la créativité technique et les structures imaginaires des sciences modernes marquées par la volonté d'incarner «réellement» l'infini, conclut l'auteur. En prolongement, Bernard Vandenbunder aborde les enjeux scientifiques de la Génopole, institut de recherche créé à Lille pour mettre à disposition des chercheurs les nouveaux outils de la biologie «poste-génomique» et leur permettre de contribuer à la progression des connaissances et au développement de nouvelles thérapies dans le domaine des maladies multifactorielles. Il nous explique que l'évolution 20

récente des techniques et la miniaturisation des tests biologiques ont révolutionné l'approche du vivant. Ainsi, les interactions disciplinaires permettent une approche dynamique et spatiale du vivant. Cette révolution technologique permet une nouvelle organisation de la recherche. Grâce au séquençage du génome, les chercheurs progressent dans la compréhension et proposent de nouvelles thérapies. Pour conclure, l'auteur relève la nécessité d'une recherche portant sur l'établissement de liens étroits entre la créativité technique et les structures imaginaires des sciences modernes marquées par la volonté d'incarner «réellement» l'infini. Dominique Stehelin évoque, pour sa part, les premiers pas de la découverte des oncogènes (grosseurs) et brosse le tableau actuel des mécanismes de la cancérisation. L'auteur montre comment ces vingt-cinq dernières années ont permis de décrypter un nombre important de mécanismes de cancérisation et de définir six critères d'altérations probablement requis pour conférer à une cellule les caractéristiques nécessaires au développement d'une tumeur invasive. L'auteur formule aussi une prévision idyllique des futures méthodes diagnostiques et pronostiques et des polythérapies spécifiques, actives et dénuées d'effets secondaires néfastes. Bien sûr, comme toutes les prévisions, cette vision idyllique a toutes les chances d'être complètement erronée. Philippe Vennin traite de la médecine prédictive et de son rôle dans la lutte contre les cancers, et particulièrement les cancers héréditaires du sein et de l'ovaire. Il explique comment la médecine moderne et le développement des moyens de diagnostics précoces, pré-symptomatiques ont permis l'extension des interventions médicales sur des personnes en apparente bonne santé. L'auteur poursuit en définissant la population concernée par le risque héréditaire et en expliquant les étapes de diagnostic génétique. Il expose les situations et les choix qui s'en suivent: consulter, se faire tester, etc... Enfin, Philippe Vennin rappelle les responsabilités du médecin, du patient et du législateur. II. L'éthique du vivant Jean Gayon interroge l'usage du mot «race» et la déconstruction biologique et sociale de cette notion. Il 21

examine les deux faces du débat théorique - la race « biologique» et la race «symbolique» - et la genèse des mots « race» et «racisme ». Il montre qu'ils ne sont pas nés dans le cadre de la science et de la biologie. L'auteur se concentre, ensuite, sur la déconstruction du concept de races humaines par les biologistes à la suite de la seconde guerre mondiale. Il rappelle la réflexion et le contexte dans lequel elle a été menée par l'UNESCO, qui a abouti aux déclarations de 1950 et 1951. Il s'intéresse aussi à la manière dont les sciences humaines ont abordé la notion de race et comment elles ont entrepris de montrer que la «race» est moins une réalité concrète qu'une construction symbolique. Enfin, Jean Gayon aborde le discours raciste et souligne que les assertions racistes doivent toujours être ressituées dans un contexte politique et qu'il est dangereux de diluer la notion de racisme. Gérard Hubert traite de l'éthique du vivant humain et souligne l'impasse actuelle de la bioéthique et de la biopolitique. L'auteur montre clairement les contradictions de l'arsenal juridique qui encadre la recherche biologique et ses applications à l'échelle mondiale. Nous comprendrons, alors, comment le biopolitique, jadis considéré comme l'alibi des dictateurs, est devenu celui des démocraties. C'est par la bioéthique que l'on peut porter « démocratiquement» atteinte à l'Habeas Corpus2. Aujourd'hui, le principe d'une division entre «humanité» et «espèce humaine », ainsi qu'entre «crime contre l'humanité» et «crime contre l'espèce humaine» est accepté par les démocraties. La biologie de la reproduction oblige, désormais, à repenser la notion de « crime contre l'humanité ». C'est ainsi que la ligne de convergence des principes protecteurs de l'avenir éthique des êtres humains n'est plus entre Humanité et Universalité, mais entre Vie et Singularité. G. Hubert questionne l'atteinte au principe Humanité et montre, qu'outre la confusion, il y a là une aporie du raisonnement qui commence par le clivage de la notion d'humanité, se prolonge par une obstination à le penser en termes de problème et de solution, et, enfin, par la distinction entre clonage reproductif et clonage
2 Habeas corpus (que tu aies le corps), Institution garantie par la loi anglaise de 1679, communément appelée Habeas corpus Act, en vue d'assurer le respect de la liberté individuelle.

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thérapeutique. N'y a-t-il pas, dans ce double acte de poser l'existence d'une espèce humaine et celle d'un crime contre elle, une rupture avec le principe humanité au nom duquel le sujet de la loi prétend pourtant prendre une position humaniste? David Le Breton traite d'abord de l'intégrisme génétique, c'est -à-dire d'une certaine vision à connotation religieuse, investie comme fin en soi et explication ultime de la condition humaine, fonctionnant comme une croyance passionnée en un salut prochain de l'humanité. Cette vision fait du corps un lieu d'imperfection, d'inachèvement, une part maudite de la condition humaine, un brouillon, au mieux à rectifier, au pire à éliminer. Il développe, alors, ce qu'il appelle lafétichisation de l'ADN à travers une tendance forte du monde contemporain de considérer toute forme vivante comme une somme organisée de messages. L'information impose à l'infinie complexité du monde un modèle unique de comparaison qui permet de mettre sur le même plan des réalités différentes en liquidant leur statut ontologique. La biologie rejoint l'informatique sur son terrain, elle devient à son tour une science de l'information! Dans un second texte, David Le Breton aborde la question, aussi importante, du prélèvement et de la transplantation d'organes à travers quelques aspects anthropologiques: le statut du cadavre, l'ambiguïté du statut de la personne cérébralement morte, l'ambiguïté de la relation de l' homme à son corps, la crise de confiance à l'égard de la médecine, la réticence aux prélèvements, la tyrannie du don d'organes et le statut du corps dans la tradition savante des sociétés occidentales depuis la fin de la Renaissance. Pour terminer cette deuxième partie consacrée à la question de l'éthique du vivant, Olivier Postel- Vinay s'intéresse au rôle du journaliste scientifique dans les débats de société. Ces derniers, qui portent souvent sur des questions relatives à la science, telles que la vache folle, les déchets nucléaires, les OGM, l'effet de serre, l'amiante, etc..., amènent le journaliste scientifique à assumer une responsabilité croissante. Aussi l'auteur s'interroge sur le champ d'intervention du journaliste scientifique, son rapport privilégié avec le monde scientifique, sa formation, ses connaissances et les principaux obstacles auxquels il est confronté.

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III. À propos de l'évolution Ce thème méritait une attention particulière dans notre apport au débat de société. Non seulement, la théorie de l'évolution est au centre de notre compréhension du vivant mais elle est aussi sans cesse l'objet d'attaques virulentes et de plus en plus organisées de la part des créationnistes de tout genre. «Comme tout être vivant, l'homme est le résultat d'une sélection naturelle et de l'adaptation au milieu. Ceci rend caduc tout raisonnement scientifique à prétention déterministe. Admettre ou postuler que l'homme est le résultat abouti d'une pensée planificatrice ne relève pas de la science mais de la croyance. Ces deux domaines de pensées sont irréductibles même lorsqu'ils cohabitent chez un même individu »3. La question posée par l'identique et le différent est illustrée par Claude Combes à travers trois histoires qui n'ont en apparence rien à voir entre elles. Mais seulement en apparence bien sûr... En rappelant l'histoire de la petite mouche du vinaigre qui a engendré des progrès considérables en génétique, l'auteur montre que le résultat expérimental met en évidence la qualité d'adaptation à l'environnement. Dans ces observation,s, on peut saisir à la fois de l'identique et du différent. A travers l'histoire de l'origine des chiens, il constate que le vivant génère continuellement du différent mais que, dans les conditions naturelles, l'identique est dominant. La troisième histoire concerne les populations de souris et des anomalies de chromosomes dont certains fusionnent entre eux. La conclusion de ces «petites» histoires est que la «grande» histoire du vivant est un dialogue de quatre milliards d'années entre deux personnages aussi indispensables l'un que l'autre à la progression de l'intrigue: l'identique que la réplication de l'ADN génère, et le différent qu'elle laisse subsister dans le millionième cas. Avec l'identique seul, il ne se serait rien passé. Avec le différent seul, tout se serait arrêté. Hervé Le Guyader traite, pour sa part, dans une approche phylogénétique, de l'identique et du différent Depuis deux siècles, la biologie a cherché à trouver de « l'identique» chez
3 Alain Blieck et Francis Meilliez, in Propagande spiritualiste à l'USTL, Les Nouvelles d'Archimède n033, avril 2003. 24

des organismes qui, au premier abord, paraissent parfaitement différents. L'un d,es plus beaux résultats de l'anatomie comparée du XIxeme siècle est celui de la disparition de la notion de similitude globale, par ce que l'on a réussi à déceler de « l'identique» caché. C'est alors qu'on a caractérisé un embranchement par un plan d'organisation dont le principal intérêt est de pouvoir comparer de manière scientifique des animaux appartenant au même embranchement. Ainsi a-t-on démontré que le plus proche parent des oiseaux est le crocodile. Une autre question a préoccupé les scientifiques ces vingt dernières années: comment faire pour comparer des organismes qui ne présentent pas le même plan d'organisation? Est-il possible de comparer une plante, un animal, une bactérie? Continuellement, la biologie passe de «l'identique» au « différent ». C'est par l'identique que l'on retrouve les parentés, et donc l'unité du vivant; c'est par le différent que l'on qualifie les originalités des organismes qui constituent la biodiversité. Enfin, pour clore cette partie consacrée à l'évolution, Marcel Blanc rend hommage à Stephen Jay Gould, disparu le ~O mai 2002, dans un texte intitulé Un évolutionniste du xx/erne siècle. S.l. Gould est considéré par ses collègues comme le scientifique qui a révélé, dans le domaine de l'évolution des espèces, le phénomène des équilibres ponctués. Ces derniers, découverts dès 1972, mettaient en question certains aspects de la théorie de l'évolution admise par l'écrasante majorité des évolutionnistes de la deuxième moitié du XXème siècle. Gould développe deux grandes idées. D'une part, il affirme que la sélection naturelle entre individus au sein des populations ne détermine pas, à elle seule, toutes les formes prises par les espèces dans le tableau général de l'évolution. D'autre part, les idées théoriques en science sont soustendues par des préoccupations idéologiques d'origine sociale, et il est impératif que les scientifiques ne l'oublient jamais quand ils formulent leurs explications des phénomènes. IV. Le vivant entre science et métaphysique Jean-Maurice Monnoyer présente, dans son texte L'amour de la vie, notes sur Descartes, l'épistémologie du mécanisme et la génération, le «principe de vie» ou «principe de la 25

vie» chez Descartes. Il met en évidence un principe métaphysique, un principe moteur et un principe affectif, sans oublier de prendre en compte la valeur cognitive qui est attachée au «principe de vie ». La position cartésienne serait unique en son genre en ce qu'elle est d'abord épistémologique. Avec Descartes, nous sommes placés au point critique de la naissance d'une science de la vie, même si son double fondement - épistémologique et métaphysique - est source de controverse inépuisable. Jean-Maurice Monnoyer analyse la situation historique cruciale du mécanisme, sa logique, sa nouveauté, son originalité et ses faiblesses. Ensuite, traitant de la génération mécanique, il rappelle que, si la génération des animaux a paru invalider l'avancée scientifique de Descartes, elle ne constitue pas un fait indifférent. S'il est vrai que «l' homme» n'est pas une substance individuelle, peut-on en conclure qu'il y a un essentialisme méréologique de ce que l'unité soit l'essence de l'homme? Discutant de sympathie et amour de la vie, l'auteur affirme que, s'il est vrai qu'il ne faut pas forcer le rôle de la sympathie, il ne faut pas sous-estimer les «mécanismes invisibles» qui expliquent l'énergie cinétique variable portée par les esprits animaux. Le dualisme reste parfaitement légitimé dans l'unité composite, celle-ci n'étant pas strictement interactive. Descartes dit seulement que l'âme et le corps agissent « l'un contre l'autre », elle est bien plutôt « intra-passionnelle », relevant de l'hétérogénéité des deux sortes de mouvements (du corps et de l'âme). Pour conclure, Monnoyer souligne que, si Descartes ne se comporte pas comme Galilée, il introduit plus qu'un paradigme nouveau dans l'histoire des sciences. C'est bien un changement de métaphysique qu'inaugure à sa façon l'épistémologie cartésienne du vivant. André Pichot étudie les aspects épistémologiques et historiques de la génétique. La notion de gène, omniprésente dans la biologie contemporaine, compte parmi les plus mal définies de cette discipline. Tout comme celle d'hérédité, cette notion est loin d'être claire et évidente, contrairement à ce que pourrait suggérer la facilité avec laquelle on en use et mésuse. L'auteur montre que la genèse de la notion de gène n'est pas facile à retracer, d'autant plus que les textes afférents sont d'une prolixité décourageante. L'insuffisance des fondements et la multiplicité des théories concurrentes sont autant de symptômes de la difficulté qu'il y eut à 26

élaborer une notion de gène. À travers le rappel des théories pangénétiques (de la plus ancienne, celle d'Hippocrate, à celle de Mandel, passant pa~ celles de Maupertuis au XVIIIeme siècle et de Darwin au XIxeme), le lecteur pourra comprendre l'émergence de la théorie moderne de la génétique et les principales lignes de ces théories: le plasma germinatif et les biophores qui portent l'hérédité. Ces théories de l'hérédité se sont développées sur fond d'évolution darwinienne, laquelle nécessite que les individus ne se reproduisent pas à l'identique mais qu'ils varient. Une variation qu'il faudra expliquer. L'explication donnée par De Vries est basée sur la théorie de la mutation. Celle-ci va complètement modifier la manière d'étudier l'hérédité, voire l'inverser. C'est au début du XXème siècle que Morgan, souvent considéré comme l'inventeur de la théorie du gène, synthétise les éléments importants des œuvres de Weismann et De Vries. Il faudra attendre 1944 pour que se produisent deux événements qui vont profondément modifier la génétique. L'un est la découverte expérimentale de la nature du support de l'hérédité. L'autre est la publication des travaux de Schrodinger: qu'est-ce que la vie? En ce qui concerne les progrès accomplis en génétique moléculaire, André Pic hot souligne que l'on invoque tour à tour les facteurs génétiques et les facteurs acquis, sans que jamais on puisse les démêler. Le cadre théorique de la génétique s'est peu à peu dissout, et la définition du gène est, elle-même, devenue de plus en plus vague et incertaine. La diversité des auteurs et la multiplicité des champs disciplinaires qu'ils couvrent donnent à cet ouvrage une grande richesse pour aborder l'une des principales préoccupations de notre modernité. Il pourrait constituer une réponse aux discours portés par certains idéologues, scientifiques, intellectuels, industriels, politiques et autres, pour qui le vivant est un objet d'étude, un produit commercial, un fantasme du bonheur collectif, une idée de la perfection... Que cet ouvrage soit une réponse au philosophe F. Fukuyama qui écrivait dans Le Monde du 17 juin 1999: «Le caractère ouvert des sciences contemporaines de la nature nous permet de supputer que, d'ici les deux prochaines générations, la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d'accomplir ce que, des spécialistes d'ingénierie sociale n'ont pas réussi à faire. A ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l'histoire 27

humaine parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels. »4 On peut lire dans l'Antigone de Sophocle: «Il est bien des merveilles en ce monde: il n'en est pas de plus grande que l'homme (00. ). Bien armé contre tout, il ne se voit désarmé contre rien de ce que lui peut offrir l'avenir. Contre la mort seule, il n'aura jamais de charme permettant de lui échapper, bien qu'il ait déjà su contre les maladies les plus opiniâtres imaginer plus d'un remède (.00). Mais, ainsi maître d'un savoir dont les ingénieuses ressources dépassent toute espérance, il peut prendre ensuite la route du mal tout comme du bien... »5. Enfin, grand merci aux auteurs qui ont bien voulu s'associer à cette démarche dans son intégralité et tout particulièrement à Maurice Porchet, codirecteur de l'ouvrage, grâce auquel le cycle de conférences, restituées dans ces pages, a été élaboré. Merci aussi à Gilles Denis pour la relecture des textes et la sollicitation de Marcel Blanc. Je profite de cet avant-propos pour signaler aux lecteurs qui découvrent cette collection que, depuis treize ans, nous travaillons pour que Les Rendez-vous d'Archimède restent un espace de réflexion, de pensée, de rigueur et de liberté. La pensée a besoin d'espaces de liberté où échanges et rencontres trouvent vie en dehors de toute logique utilitaire. Les savoirs et les connaissances, fruits d'une construction lente et complexe de notre rapport au monde, fondent l'ensemble des rencontres proposées lors de ces rendez-vous. Cet espace multiforme se veut un lien indissociable entre la culture et l'éducation. C'est ainsi que nous espérons apporter une modeste contribution à l'intelligibilité du monde.

4 Cité par David Le Breton, in De l'intégrisme génétique, le vivant. 5 Vers 332-375 ; trad. Fr. P.Mazon, Les belles-Lettres. Cité par Max Marcuzzi, in le Genre Humain, Notions de Philosophie, I, Paris, 1995.

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