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Leçons sur l'homme

De
647 pages

Introduction. — Difficultés inhérentes au sujet. — Choix des matériaux. — Collections de crânes. — Squelettes. — Anatomie des races. — L’homme à considérer comme un autre mammifère. — Opposition du clergé. — Morton et Bachman. — Étude comparée des animaux domestiques. — Age du genre humain. — Opposition des naturalistes. — Recherches de Boucher de Perthes.

Messieurs,

Il n’est certainement aucun sujet de recherches, d’observations ou d’études qui offre plus d’intérêt que l’homme lui-même.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Carl Vogt
Leçons sur l'homme
Sa place dans la création et dans l'histoire de la terre
PRÉFACE DE L’AUTEUR
Des leçons publiques, professées pendant l’hiver 1862-63, à Neuchâtel et à la Chaux-de-Fond, et en 1864, à Genève, sont résumées dans ce livre. J’ai voulu réunir, dans un ensemble, des études pou rsuivies depuis longtemps, abandonnées quelquefois momentanément, mais reprise s toujours avec un intérêt croissant. Ces études se rapportent en partie à l’histoire naturelle proprement dite de l’homme, à sa. place dans la création, à ses rapports avec les autres animaux, et à ses particularités anatomiques et physiologiques ; en partie à son histoire ancienne, à l’époque où il a paru sur la terre et aux traces qu’il a laissées dans de s couches formées au commencement de notre époque géologique actuelle. Je n’aurais pu me charger d’une tâche pareille, trop lourde peut-être pour les épaules d’un seul, si je n’avais été soutenu par les consei ls, les communications et les encouragements de nombreux amis scientifiques. MM. Aeby, Claparède, Desor, His, F. Keller, Lang, Messikomer, Morlot, Rutimeyer, Schild, Schwab et Valentin en Suisse ; MM. Broca, Éd. Collomb, Gervais, Garrigou, Martins, de Mortillet, de Quatrefages en France ; MM. Busk, Hunt et Huxley en Angleterre ; MM. Fuhlrott et Schaaffhausen en Allemagne ; MM. de Filippi et Gastaldi en Italie, et M. Spring en Belgique, ont bien voulu me favoriser de leur appui. — Qu’ils en reçoivent ici mes remercîments. Beaucoup d’observations importantes ont été publiée s depuis que cette édition française est sous presse. Qu’il me soit permis d’en citer quelques-unes. M. Gratiolet a disséqué la main du gorille, si semblable dans l’arrangement de ses os à celle de l’homme. Il trouve que la musculature du p ouce présente une différence profonde et réellement typique avec celle de l’homm e. « Le pouce, dit M. Gratiolet, est fléchi chez le singe par une division du tendon com mun du muscle fléchisseur commun des autres doigts. Il est donc entraîné dans les mouvements communs de flexion, et n’a aucune liberté. Le même type est réalisé dans le Gorille et dans le Chimpanzé, mais ce petit tendon qui meut le pouce, est réduit chez, eu x à un filet tendineux qui n’a plus aucune action, car son origine se perd dans les rep lis synoviaux des tendons fléchisseurs des autres doigts, et il n’aboutit à a ucun faisceau musculaire ; le pouce s’affaiblit donc d’une manière notable dans ces grands singes. Chez aucun d’eux, il n’y a aucune trace de ce grand muscle indépendant qui meut le pouce dans l’homme. Et loin de se perfectionner, ce doigt si caractéristique de la main humaine, semble, chez les plus élevés de tous ces singes, les Orangs, tendre à un anéantissement complet. « Une étude approfondie des muscles du bras et de l ’épaule, dans ces prétendus anthropomorphes, confirme ces résultats. D’ailleurs , c’est surtout dans le singe en apparence le plus semblable à l’homme, dans l’Orang indien, que la main et le pied présentent les dégradations les plus frappantes. Ce paradoxe, ce défaut de parallélisme chez l’homme et chez les grands singes dans le déve loppement d’organes corrélatifs, tels que le cerveau et la main, montre avec une abs olue évidence qu’il s’agit ici d’harmonies différentes et d’autres destinées ; tout dans la forme du singe a pour raison spéciale quelque accommodation matérielle au monde ; tout, au contraire, dans la forme de l’homme, révèle une accommodation supérieure aux fins de l’intelligence. De ces harmonies et de ces fins nouvelles résulte dans ses formes l’expression d’une beauté sans analogue dans la nature, et l’on peut dire, sans exagération, que le type animal se transfigure en lui. » Nous sommes loin de contester la nature des faits que vient de constater M. Gratiolet,
et nous sommes même disposé à accepter en partie ses conclusions. Personne ne niera la distance considérable qui sépare l’homme du singe. — Mais si le type animal a dû se transfigurer pour devenir homme, il est évident que le type animal a dû être la souche du type humain ! Si l’homme n’est que la transfigurati on du singe, comme le veut M. Gratiolet, la figure a dû être singe avant de devenir homme ! Certainement, l’harmonie de conformation est différ ente dans l’homme et dans le singe, mais conclure de là que cette différence consiste dans l’accommodation matérielle au monde dans le singe, et dans l’accommodation sup érieure aux fins de l’intelligence chez l’homme, nous paraît sortir des bornes d’une s aine logique. L’accommodation matérielle au monde existe, en effet, tout aussi bien dans l’homme que l’accommodation aux fins de l’intelligence existe dans le singe ; t out, dans tout organisme animal, est accommodé à ces deux fins, qui, en réalité, n’en fo nt qu’une, car ni l’intelligence ni les conditions matérielles de l’existence ne peuvent dépasser les limites qui leur sont tracées par l’organisation ; L’intelligence de l’homme est certainement supérieure à celle du singe, et les organes sont en rapport avec cette in telligence, c’est-à-dire avec le développement correspondant du cerveau. — Mais le m ême rapport existe entre le cerveau moins développé du singe et le membre moins développé du singe. Mais si le groupe des singes anthropomorphes diffère de l’homme, suivant M. Gratiolet, par la musculature du pouce, en revanche, il présente, en commun avec lui, un caractère remarquable dans la structure du bras, et notamment dans la disposition de l’axe de l’articulation de l’épaule, caractère qui ne se retrouve ni chez les autres singes, ni dans toute la série des mammifères. M. Ch. Martins a dém ontré, en effet, que « dans ce groupe unique, formé par l’Homme, l’Orang, le Chimpanzé, le Gorille et les Gibbons, l’axe du col de l’humérus est dirigé du dehors en dedans et de haut en bas. De là le mouvement de circumduction du bras qui décrit ainsi un cône autour de l’axe dont nous parlons. Aussi, ce mouvement n’existe-t-il que dans le groupe anthropomorphe. Déjà dans les Semnopithèqucs, l’axe du col de l’humérus est dirigé d’avant en arrière, le mouvement de circumduction du bras est impossible, il n’y a plus que le mouvement d’arrière en avant comme dans tous les quadrupèdes. Une autre conséquence géométrique de la disposition de l’axe du col de l’ humérus dans le groupe anthropomorphe est que l’axe du col de l’humérus, c elui du corps de l’os et l’axe de la trochlée humérale sont sensiblement dans un même pl an vertical, perpendiculaire au plan de symétrie de l’animal qui passe, comme on sa it, par la colonne vertébrale et le sternum. Dans les singes inférieurs, à partir des S emnopithèques, des Guenons et des Macaques, qui sont les plus élevés après le groupe anthropomorphe, l’axe du col de l’humérus est, au contraire,perpendiculaireplan commun qui contient l’axe du corps au de l’os et celui de la trochlée humérale. Ce même a xe du col de l’humérus est donc parallèleplan de symétrie, et par conséquent, les mouvem ents exécutés par le bras au sont également parallèles au plan de symétrie, comm e on l’observe sur tous les quadrupèdes ». La musculature du pouce semble éloigner les singes anthropomorphes de l’homme, la disposition entière de l’extrémité antérieure les en rapproche ; s’ils n’ont pas en commun avec l’homme quelques mouvements du pouce, ils ont, en revanche, en commun avec lui, des mouvements du bras entier, refusés à tout le reste des mammifères. — Auquel de ces caractères faut-il attribuer plus de dignité ? La réponse ne nous paraît pas difficile. Rien, du reste, ne doit moins nous étonner que de trouver des différences marquées entre les singe s anthropomorphes et l’homme, — car, où pourrait-on trouver la ligne de démarcation, si ces différences n’existaient pas ? Mais il nous semble que ces diff érences, tant qu’on en a trouvé,
n’excluent point un type commun, se rattachant à un e souche commune, et les observations de M. Gratiolet, dépouillées des ornem ents de style qui les entourent, et réduites aux simples faits, ne nous paraissent pas de nature à infirmer nos conclusions. Les recherches sur l’époque antéhistorique se sont multipliées d’une manière surprenante, et ont fourni des matériaux très-nombreux. Grâce surtout aux recherches de MM. Lartet, de Vibraye, Garrigou et L. Martin, l’âg e du renne a été mieux défini en France, et séparé de l’époque plus ancienne représentée par les instruments en silex de la vallée de la Somme et de la vallée de la Claire, dont nous devons des renseignements à MM. Chevalier et de Mortillet. Les constructions sur pilotis ont vu étendre leur domaine par les recherches de M. Desor, en Bavière, et de M . Ieitteles, à Olmutz. Ces dernières découvertes sont surtout remarquables par la trouva ille d’un crâne entier, magnifiquement conservé, et appartenant à l’époque de bronze, qui se trouve en la possession de M. Ieitteles, et sur lequel M. Rutime yer va probablement publier prochainement un mémoire. Ce crâne paraît être conforme, quant au type, à quelques crânes, du reste, assez rares, du temps de bronze, découverts en Danemark et en Mecklembourg, de manière qu’il pourrait peut-être m ettre sur la trace d’une souche d’hommes qui peuplaient, à l’époque de bronze, le nord et l’est de l’Allemagne actuelle. Je ne puis non plus oublier un crâne trouvé sur un squelette entier, mais décomposé, au milieu du sable diluvien, près d’Ingelheim, sur le Rhin., Il n’y avait point de tombeau, — trois squelettes, couchés à côté, tombèrent en poussière dès qu’on essaya de les relever. Près de deux de ces squelettes, on trouva des vases en argile noire, grossière, non cuite, mêlée de pyrites de fer et de petits morceaux de calcaire. L’un de ces vases, en forme de bassin, était placé sur la p oitrine d’un squelette et couvert avec une pierre calcaire arrondie. On trouva encore un c oin aiguisé et poli, fait d’un schiste siliceux, mais pas de trace de métaux. Ce crâne, au jourd’hui dans la possession de M. Schaaffhausen, à Bonn, fut présenté aux naturalistes allemands assemblés à Giessen en septembre 1864, par M. Grooss, instituteur à Ingelh eim. Les vases et les instruments dénotent l’époque de pierre ; le crâne lui-même ressemble, d’une manière frappante, au crâne d’Engis, et paraît appartenir à la même race. Enfin, en Italie, MM. Strobel, Pigorini, Nicollucci, Stoppani, Gastaldi et autres, ont continué avec succès leurs recherches, tant sur les anciennes couches de civilisation, les terramares et les constructions en pilotis, que sur les crânes découverts dans ces couches, tandis que la question sur l’origine de l’homme a trouvé dans les discussions éloquentes de MM. de Filippi et Bianconi, des vues nouvelles, appuyées sur des faits nouveaux. Je ne pourrai terminer cet avant-propos sans mentionner d’une manière particulière les travaux des Sociétés d’anthropologie de Paris et de Londres. La dernière a bien voulu prendre sous sa protection la traduction anglaise de mon ouvrage qui vient de paraître, et qui est due à la plume de son excellent président, M. James Hunt ; la Société de Paris m’a constamment soutenue dans mes travaux par la communication de moules en plâtre de divers crânes, et je dois en remercier tout particulièrement son secrétaire infatigable, M. Broca. Les bulletins et les mémoires de la Socié té de Paris et la Revue de celle de Londres sont des mines inépuisables pour la science, et leurs discussions si animées et en même temps si nourries de faits et d’aperçus phi losophiques, peuvent être citées comme de véritables modèles de discussions scientifiques. Ce livre ne contient pas de citations, — il m’a semblé que dans un ouvrage destiné au public en général, je ne devais pas hérisser le tex te de cet appareil scientifique dont certains lecteurs pourraient s’effrayer ; — Si les membres de ces sociétés savantes, les auteurs de livres et de mémoires dans lesquels j’ai puisé, ne s’y trouvent souvent pas mentionnés, qu’ils ne croient pas que j’aie voulu m’approprier leur propriété scientifique ;
je ne réclame, en définitive, pour moi, que la coordination des faits et des observations ainsi que des conclusions qui en résultent. Les vues exposées ici trouveront, j’en suis sûr d’avance, beaucoup de contradicteurs, et peut-être peu d’adhérents. Je suis toujours prêt à accepter un fait, une observation avec toutes ses conséquences ; je me défendrai touj ours contre tout raisonnementà priori.La lumière jaillit de la discussion, de la contradiction, du combat même, — pourvu qu’il soit livré avec des armes loyales. Loin de croire qu’il y va de l’honneur de soutenir une idée erronée, je suis persuadé, au contraire, q ue l’on doit abandonner immédiatement sa manière de voir, dès que la fausseté en est prouvée ; mais aussi faut-il des preuves palpables, patentes. La crainte des conséquences ne doit jamais avoir aucune influence sur les conclusions scientifiques. — La nature n’est pas faite pour être l’esclave théorique de l’homme. C. VOGT.
er Genève, ce 1 janvier 1865.
NOTE DU TRADUCTEUR
Nous livrons aujourd’hui au public la traduction fr ançaise d’une des dernières publications de M. le professeur Vogt, l’un des écrivains scientifiques les plus populaires et les plus justement considérés de l’Allemagne, et consacrée à une étude générale de l’homme. Envisageant d’abord l’homme, tel qu’il vit actuellement, l’homme considéré dans ses diverses formes comme l’expression la plus parfaite de la série zoologique, le type supérieur de la création organique, l’auteur aborde ensuite l’homme antéhistorique, l’homme fossile, et traite cette partie nouvelle du sujet avec des développements qui donnent à l’œuvre un puissant intérêt d’actualité. C’est, en effet, aujourd’hui la question à l’ordre du jour ; quelques découvertes heureuses faites depuis peu de temps, et qui ont révélé des traces incontestables de l’existence de l’homme dans une époque géologique très-antérieure à toute tradition, ont attiré l’attention sérieuse d’une foule d’observateurs, dans tous les pays, et provoqué de toutes parts des explorations et des recherches persévérantes, qui porteront leurs fruits. Toutefoi s, les preuves matérielles déjà recueillies sont assez abondantes pour constater av ec certitude l’antiquité de l’homme sur la terre, fait maintenant incontestable, et mêm e pour permettre de tirer de l’étude et de la discussion des faits observés et des restes laissés par ces hommes préhistoriques, des conclusions probables sur l’état primitif et le s origines encore si obscures de l’humanité, et sur sa marche progressive vers là civilisation. En achevant aujourd’hui la tâche que nous avons ent reprise de porter à la connaissance du public français, les Leçons sur l’homme du professeur Vogt, nous nous faisons un devoir de reconnaître que cette tâche no us a été considérablement facilitée par le bienveillant concours que nous avons rencontré chez l’auteur lui-même, - lequel a bien voulu nous aider de ses conseils et assurer l’ exactitude de notre travail en le révisant et en le contrôlant. Nous saisissons avec empressement l’occasion de lui en témoigner ici publiquement notre sincère reconnaissance. J.-J.M.
er Genève, 1 février 1865.
PREMIÈRE- LEÇON
Introduction. — Difficultés inhérentes au sujet. — Choix des matériaux. — Collections de crânes. — Squelettes. — Anatomie des races. — L’homme à considérer comme un autre mammifère. — Opposition du clergé. — Morton et Bachman. — Étude comparée des animaux domestiques. — Age du genre humain. — Opposition des naturalistes. — Recherches de Boucher de Perthes.
Messieurs, Il n’est certainement aucun sujet de recherches, d’observations ou d’études qui offre plus d’intérêt que l’homme lui-même. Dans toute notre activité, de quelque nature qu’elle soit, nous regardons la connaissance de l’homme, qu ’exigeait déjà l’oracle de Delphes, comme la base dont nous partons, et comme la mesure à laquelle nous avons l’habitude de rapporter tous les phénomènes que nous observons dans la nature. De même qu’il arrive fréquemment que l’habitant d’une contrée, supposant connue la localité où il est né et a été élevé, néglige d’en observer les circonsta nces remarquables qui appellent d’ailleurs de tous les côtés le pèlerinage de l’étr anger, dans la conviction qu’une fois il aura l’occasion de les visiter ; de même en est-il pour le plus grand nombre, lorsqu’il s’agit d’approfondir la nature humaine et de cherch er dans son étude les bases nécessaires pour conduire vers des progrès ultérieurs. Le nombre est petit de ceux qui cherchent réellement l’homme, non vraiment avec une lanterne, comme le philosophe de l’antiquité, mais partout où il se trouve ; et encore plus petit est le nombre de ceux qui osent ouvertement e t sans fard exposer les résultats de leurs recherches. La plupart se regardent comme l’incarnation de la notion générique de l’homme, et conservent l’agréable illusion qu’ils d oivent, en définitive, mieux que personne, se bien connaître eux mêmes. L’histoire nous montre, que le même fait s’est mani festé dans le domaine de la science. Dans l’antiquité, on s’est contenté d’expl orer surtout une seule fonction de l’homme, l’activité cérébrale, et cela encore sur q uelques points isolés seulement. Les bases matérielles n’étaient qu’occasionnellement prises en considération, et traitées tout aussi superficiellement que les contrées et les pay s que l’homme habitait. Ce n’est qu’avec la plus grande peine que nous trouvons chez les anciens auteurs, çà et là, de maigres détails jetant quelque lumière sur des questions qui nous paraissent aujourd’hui de la plus haute importance. L’ouverture d’un seul tombeau, contenant un squelette bien conservé, et accompagné de ses armes et de ses obje ts de parure, nous apprend beaucoup plus sur la constitution physique et l’éta t de culture du peuple auquel appartient le sujet exhumé, que dix auteurs de l’an tiquité, dans ce qu’ils nous en transmettent dans leurs écrits. Ce n’est que peu à peu, et pour ainsi dire par la force des choses, qu’on a été conduit à chercher, sinon à tro uver, dans l’étude sérieuse de l’homme lui-même, les bases qui avaient toujours fa it défaut à tant d’échafaudages théoriques. Je me propose, dans les leçons qui vont suivre, de vous faire connaître les résultats acquis dans ces derniers temps sur l’histoire naturelle de l’homme, sur sa situation vis-à-vis des autres animaux, sur l’ancienneté de son existence à la surface terrestre, et sur l’état primitif du genre humain. Beaucoup des questions traitées dans ces leçons ont été, il y a quelques années, discutées par moi d’une manière plus aphoristique d ans plusieurs éditions d’un écrit polémique, dans lequel elles n’ont certainement pas été développées d’une manière suffisamment approfondie, mais qui, à défaut d’autr e mérite, a eu celui de soulever