Les fonctions : des organismes aux artefacts

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Omniprésente dans l’ensemble des sciences de la vie, la catégorie de fonction a les allures d’un scandale épistémologique : attribuer une fonction à une structure ou à un processus biologique, c’est en effet suggérer qu’on l’explique par ses effets.
Cet ouvrage, sans précédent en langue française, examine les débats philosophiques contemporains sur les fonctions depuis une trentaine d’années, et propose de nouvelles voies d’analyse. Il confronte ces débats à l’usage de la notion de fonction dans un large spectre de disciplines biologiques, psychologiques et médicales. Il soulève aussi la question de savoir si cette notion, aussi ancienne dans l’histoire des techniques que dans celle des sciences de la vie, y a le même sens.

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EAN13 9782130740377
Langue Français

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2010
Sous la direction de
Jean Gayon et Armand de Ricqlès
Les fonctions : des organismes aux artefacts
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130740377 ISBN papier : 9782130574415 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Omniprésente dans l’ensemble des sciences de la vie, la catégorie de fonction a les allures d’un scandale épistémologique : attribuer une fonction à une structure ou à un processus biologique, c’est en effet suggérer qu’on l’explique par ses effets. Cet ouvrage, sans précédent en langue française, ex amine les débats philosophiques contemporains sur les fonctions depuis une trentaine d’années, et propose de nouvelles voies d’analyse. Il confronte ces débats à l’usage de la notion de fonction dans un large spectre de disciplines biologiques, psychologiques et médicales. Il soulève aussi la question de savoir si cette notion, aussi ancienne dans l’histoire des techniques que dans celle des sciences de la vie, y a le même sens.
Table des matières
Introduction(Jean Gayon et Armand de Ricqlès)
Première partie. Problèmes conceptuels et historiques
Section 1. Origines du discours fonctionnel dans les sciences de la vie
La fonction biologique : phylogénie d’un concept(James G. Lennox) 1. L’importance de l’histoire d’un concept 2. L’objection « historique » à la « fonction propre » de Millikan 3. Une branche d’une phylogénie complexe et ramifiée 4. Les fonctions propres d’Aristote 5. Les fonctions propres de Galien 6. Les fonctions propres de Harvey 7. Les aristotéliciens, les darwiniens et les fonctions propres 8. Conclusion Rôle du couple « structure/fonction » dans la constitution de la biologie comme science(François Duchesneau) 1. Fonctions et propriétés physiologiques 2. Fonctions et corrélations de propriétés vitales élémentaires 3. Fonctions et théorie cellulaire 4. Fonctions, formes instrumentales et procédés vitaux 5. Fonctions et enchaînements complexes de mécanismes 6. Conclusion Tissus, propriétés, fonctions : le terme « fonction » dans la biologie française du e début du XIX siècle(Laurent Clauzade) 1. Le legs de Bichat 2. La notion de fonction et les critiques de la théorie de Bichat 3. Conclusion « Design », histoire du mot et du concept : sciences de la nature, théologie, esthétique(Daniel Becquemont) 1. Traductions 2. Le mot 3. Le concept 4. Paley : l’argument dudesign 5. Hume : critique de l’analogie dudesign 7. Kant : une analogie nécessaire mais sans fondement 8. Effacement et retour dudesign
9. Dawkins 10.Designet fonction aujourd’hui 11. Conclusion Section 2. Fonction, sélection, adaptation Comment les traits sont-ils typés dans le but de leur attribuer des fonctions ? (Karen Neander) 1. Traits vestigiaux et exaptations 2. Sélection cumulative et fixation des traits Raisonnement fonctionnel et niveaux d’organisation en biologie(Jean Gayon) 1. « Fonction » : libéralité du discours biologique, parcimonie de l’analyse philosophique 2. Entités problématiques pour les attributions fonctionnelles 3. Structures et processus Fonction et adaptation : une démarcation conceptuelle, entreprise à partir de cas-limites pour la théorie étiologique(Philippe Huneman) 1. Fonctions se et adaptation 2. Problèmes avec la théorie étiologique 3. Redéfinir la notion étiologique de fonction dans le cas de la sélection à plusieurs niveaux 4. Connecter le débat sur les fonctions au débat sur l’adaptationnisme 5. Conclusion Fonctions : normativité, téléologie et organisation(Matteo Mossio, Cristian Saborido et Alvaro Moreno) 1. Introduction 2. Approches étiologiques et dispositionnelles : un aperçu critique 3. L’approche organisationnelle des fonctions biologiques 4. Fonctions 5. Conclusions Deuxième partie. Les fonctions en biologie Section 3. Structures et fonctions en morphologie et paléontologie Le problème de la causalité complexe aux sources de la relation structuro-fonctionnelle ; 1/ généralités, 2/ l’exemple du tissu osseux(Armand De Ricqlès et Jorge Cubo) 1. Aspects généraux, problématique 2. L’exemple du tissu osseux Structure, fonction et évolution de l’oreille moyenne des vertébrés actuels et éteints(Michel Laurin) 1. Introduction 2. Principes d’inférence paléobiologique
3. Les principales parties de l’oreille 4. Structure et fonction de l’oreille moyenne chez les vertébrés actuels 5. Évolution de l’oreille 6. Discussion Section 4. Les attributions fonctionnelles en biologie expérimentale L’histoire de l’intégration : de Spencer à Sherrington et après(Jean-Claude Dupont) 1. L’intégration évolutionniste 2. L’appropriation neurologique de l’intégration 3. L’intégration combinatoire 4. Apports et rectifications de l’intégration nerveuse 5. L’intégration régulatrice 6. Vers la biologie « intégrative » ? 7. Conclusion L’attribution de fonctions aux macromolécules individuelles : une histoire complexe, qui reflète les transformations de la biologie(Michel Morange) 1. Naissance et développement de la notion de fonction macromoléculaire 2. Extension, et difficultés de la notion de fonction macromoléculaire 3. L’existence actuelle de tendances divergentes Fonction, fonctionnement, multifonctionnalité (génétique du développement et évolution)(Charles Galperin) 1. Edward B. Lewis et les premiers fondements de l’analyse génétique du développement 2. Aperçus sur la multifonctionnalité des gènes et des protéines 3. Conclusion : les conséquences de la multifonctionnalité Peut-on attribuer une fonction au système immunitaire ?(Thomas Pradeu) 1. L’interprétation téléologique du fonctionnement du système immunitaire 2. La critique de melander : une conception étiologique mais non intentionnaliste du fonctionnement du système immunitaire 3. Critique de la thèse selon laquelle la fonction du système immunitaire est de discriminer entre le soi et le non-soi 4. Autres hypothèses sur la fonction au sens étiologique du système immunitaire 5. Attribuer une fonction « systémique » au système immunitaire 6. Conclusion Remerciements Section 5. Fonctions et origines de la vie Aspects métaboliques de la fonction de nutrition dans le débat sur les origines de e la vie au milieu du XX siècle(Stéphane Tirard) 1. Stéphane Leduc la nutrition à la base de la biologie synthétique
2. La réflexion sur les origines de la vie face à l’alternative hétérotrophieversus autotrophie 3. Le métabolisme du carbone et la question des origines 4. Le monde ARN, les molécules et leur environnement 5. Conclusion Pluralité des attributions fonctionnelles : le cas des ribozymes(Christophe Malaterre) 1. Introduction 2. Les ribozymes 3. Les ribozymes comme molécules fonctionnelles 4. Ribozymes naturels biologiques et insuffisance de la théorie étiologique sélective 5. Ribozymes prébiotiques et conséquences pour la théorie étiologique sélective 6. Ribozymes artificiels et théories des fonctions des artéfacts 7. Implications et conclusion Section 6. Les fonctions en psychologie et dans les neurosciences Les psychologues fonctionnalistes de l’école de Chicago et le premier behaviorisme(Françoise Parot) Introduction 1. La psychologie fonctionnaliste à Chicago 3. Watson et le fonctionnalisme Reconnaissance des visages et analyse fonctionnelle(Denis Forest) Troisième partie. Fonction et dysfonction en médecine et en technologie Section 7. Fonction et dysfonction Dys-, Mal-et Non- : l’autre face de la fonctionnalité(Ulrich Krohs) 1. Introduction 2. Fonctionvsnon-fonction 3. fonctionnement habituelvsmalfonctionnement 4. fonctionVS.dysfonction 5. fonctionVS« malfonction de type » 6. Résumé et conclusion Raisonnement fonctionnel en psychiatrie(Arnaud Plagnol) 1. Facultés et altérations 2. Fonction défensive d’un trouble mental 3. Modèles de compréhension et raisonnement fonctionnel 4. Apport épistémologique 5. Conclusion Section 8. Un même raisonnement fonctionnel en ingénierie et en biologie ? L’idée de fonction en biologie et en robotique, témoignage autour du projet «
RoboCoq »(Anick Abourachid et Vincent Hugel) 1. Introduction 2. Le projet « RoboCoq » 3. Mise en œuvre du projet 4. Résultat de l’analyse 5. Difficultés et enrichissements 6. Conclusion Théories des fonctions techniques : combinaisons sophistiquées de trois archétypes(Wybo Houkes et Pieter E. Vermaas) 1. Introduction 2. Trois théories archétypiques 3. Vers une théorie adéquate des fonctions techniques 4. Combinaisons sophistiquées des archétypes 5. Remarques conclusives Ce qu’explique une explication fonctionnelle : le cas exemplaire des bio-artefacts (Françoise Longy) 1. Pourquoi abandonner la séparation traditionnelle entre fonctions biologiques et fonctions d’artefacts 2. Fonction et explicationtop-down 3. Étude de cas sur une fonction bio-artefactuelle Index nominum(Jean Gayon, Armand de Ricqlès et Matteo Mossio)
Introduction
Jean Gayon Armand de Ricqlès
epuis la Renaissance, la notion de fonction a joué un rôle structurant de premier Dplan dans trois grands domaines : les sciences de la vie et la médecine, la technologie, et les sciences sociales et politiques. Dans ces trois champs, le terme « fonction » évoque l’idée que quelque chose a un rôle, et que cette chose est en fait censée accomplir ce rôle. Par exemple, dire que le cœur a pour fonction de pomper le sang, c’est dire que c’est là son rôle, et qu’il est là pour l’accomplir. Dire qu’une soupape est un obturateur mobile qui a pour fonction de régler le mouvement d’un fluide, c’est dire que ce dispositif est là pour cet effet, et qu’il a été conçu pour cela. Le terme est tout aussi ancien et évident dans le domaine social, où il a d’abord été utilisé, semble-t-il, comme synonyme d’office: tel emploi, telle charge publique, telle institution est une « fonction » au sens où un rôle social, associé à des effets définis, est attribué à une personne ou à une organisation. Le mot « fonctionnaire » témoigne de cette dimension sociale importante du discours fonctionnel. Qu’il s’agisse des sciences de la vie, des artefacts ou des rôles sociaux, le mot « fonction » emporte quasiment toujours avec lui une idée de finalisation et de normativité de quelque chose. C’est dans le domaine social et poli tique que ces connotations sont les plus évidentes. Dans le cas des sciences de la vie et des techniques, le va-et-vient entre ces deux registres d’utilisation du terme a produit une configuration conceptuelle différente, où l’attention se concentre sur un problème de causalité. Demander quelle est la fonction d’un trait organique ou d’un artefact, c’est en effet osciller entre deux types d’interrogation :pour quoichose est-elle là et est-elle faite comme elle est la faite (problème de causalité finale) ? Etquelle est son action caractéristique, ou encore comment(problème de causalité efficiente, où l’on remarque fonctionne-t-elle l’inflexion particulière que le terme dérivé de « fonctionnement » donne à celui de « fonction »). Nous ne pouvons nous empêcher ici de penser à la fameuse phrase de René Descartes, au tout début deL’homme, lorsqu’il propose d’étudier le corps humain comme une machine : « Je suppose que le corps n’est autre chose qu’une statue ou machine de terre, que Dieu forme tout exprès, pour la rendre la plus semblable à nous qu’il est possible : en sorte que, non seulement il lui donne au dehors la couleur et la figure de tous nos membres, mais aussi qu’il met au dedans toutes les pièces qui sont requises pour faire qu’elle marche, qu’elle mange, qu’elle respire, et enfin qu’elle imite toutes celles de nos fonctions qui peuvent être imaginées procéder de la matière, et ne dépendre que de la disposition des organes » (Descartes, 1996 : 120 ; A.T. XI, 120). Comme l’a noté Georges Canguilhem, ces phrases, exemplaires du programme mécaniste, témoignent de son ambivalence conceptuelle profonde : d’un côté le philosophe invite à expliquer les fonctions vitales comme des effets de la disposition matérielle des organes ; de l’autre, l’idée de corps-machine est