Nature et fonctions de la métaphore en science

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Français
213 pages
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Description

L'auteur apporte une réflexion sur le thème de la métaphore en langue de spécialité afin de sortir de la vision traditionnelle où la métaphore n'existerait guère que pour la satisfaction des amateurs de littérature. Souvent formée à partir de vocables de la langue générale on parle ainsi en cardiologie de bruit de galop, de clé de sol ou encore de coeur de lion, mais la métaphore terminologique peut également être composée sur la base de formants grécolatins comme le souffle mésocardiaque.

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Date de parution 01 septembre 2009
Nombre de lectures 368
EAN13 9782296232778
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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À mes parents,
Manuel etEulalie.
Pour leur soutien.
Et pour leur présenceau fil de ma vie.Remerciements
Monsieur le Professeur Philippe THOIRON & Madame le Professeur
TeresaLINO
Ma première dette de reconnaissance s’adresse à Mr. Philippe Thoiron,
Professeur émérite à l’Université Lumière Lyon2, et à Madame Teresa Lino,
Professeur à l’Université Nouvelle de Lisbonne, pour la confiance qu’ils m’ont
témoigné au long de ces années, pour leur soutien inconditionnel et leur
enthousiasme à toute épreuve. Que tous les deux soient assurés de toute mon
estime, de la marque de mon profond respect et de toute monamitié.
DocteurSabinePLOUX
Il me tient aussi à cœur de vous témoigner ma gratitude, dont l’amitié et le
soutien indéfectible m’ont été des plus précieux.
Membres duCRTT/TERMIP/ISC-CNRS
Un grand merci à tous les membres du CRTT de l’Université Lumière Lyon2,
du Centre de Recherche de Lexicologie, Lexicographie et Terminologie de
l’Université Nouvelle de Lisbonne, et les membres de l’Institut des Sciences
Cognitives-CNRS de Lyon, avec qui j’ai eu des échanges privilégiés, que ce
soit sur le plan scientifique,culturel ou tout simplement humain.
Docteur(s)MargaridaOCHOA&PierreZALESSKY
Fidèles amis des bonnes et des mauvaises vagues qui m’ont toujours soutenu
sans jamais se défaire de leur sourire.Je souhaite vous faire part de mon infinie
gratitude pour votreamitié solide et enthousiasmecontagieux.
DocteurMaria-EugéniaPOULET
Soyez remerciée pour votre implication particulière sans qui je ne me serais
sans doute pas lancée dans l’aventure métaphorique. Je souhaite rendre ici un
hommage respectueux au Professeur Jacques Poulet qui s’est éteint en 2007.
Aujourd’hui, nous restons partagés entre l’émotion et le plaisir d’évoquer sa
personnalité extraordinaire et la douleur d’unecicatrice qui ne se referme pas.
DocteurRosaQUEIRÓS
Je tiens à vous exprimer ma profonde reconnaissance pour les nombreuses
discussions partagées, vosconseils toujours stimulants et surtout votre présence
amicale.
DocteurManuelaAugusto
Je souhaite vous adresser un remerciement tout particulier pour votre amitié et
sincérité.
7DocteurLuizMACIEL
Mes remerciements vont aussi au Docteur Luiz Maciel, cardiologue, pour son
dévouement, son professionalisme et sa patience.
Madame le Professeur Ieda ALVES & Madame le Professeur Maria
AparecidaBARBOSA
Soyez particulièrement remerciées pour l’accueilchaleureux qui m’a été réservé
lors de mon séjourauBrésil.Je vous exprime toute monamitié.
FCT
Je tiens à remercier la Fondation pour la Science et la Technologie (FCT),
Ministère de la science, Technologie et de l’enseignement supérieur, pour son
soutien financier lors de la réalisation dece travail de recherche.
DocteurAlfredoCARDOSO
À celui qui m’inspire la détermination, le courage et le goût de l’excellence.
Trouvez ici l’expression de monamitié la plus sincère.
DocteurRitaGOMES
Femme d’exception, femme de réflexion. Soyez ici remerciée de ces moments
exceptionnels, passés età venir, que nous partageons.
DocteurRosaLOURENÇO
Femme de contraste et de vérité qui marque de son empreinte tous ceux qui
croisent sa route.Soyez iciassurée de monamitié.
DocteurHorácioBARRA
Droiture et rigueur. Nous avons affronté des coups de vents ensemble, mais
nous avons tenu bon la barre. Soyez ici remercié de ce que notre rencontre
m’apporte.
DocteurGracieteTEIXEIRA
Nos vies se suivent avec un respect mutuel et une amitié qui laissent une trace
sans fin dans notre sillage.
À mesAmi(e)s de longue date
Caroline Bourdenet, YannBillefod, Deolinda Cardoso, ArmandoSobral, Isabel
Jardim, Vera Lúcia Ribeiro da Silva, Jeannette et Gérard Deveaux, Jean-Marie
Lambert, Amélie et Francine. Les mots ne seront jamais assez forts pour vous
remercier de tousces moments intenses passés ensemble.
8Docteur(s) Madalena ESPERANÇA E PINA, José Luis DÓRIA &
MadalenaADÃO
Je tiensà saluer tout particulièrement le travail duDocteurMadalenaEsperança
e Pina, Professeur d’Histoire de la médecine, le Docteur José Luis Dória,
Professeur d’Histoire de la médecine, le Docteur Madalena Adão, cardiologue,
exerçant tous à la Faculté des Sciences Médicales de Université Nouvelle de
Lisbonne.Sanscesalliéscliniques, j’auraiscertainement glissé quelques erreurs
lors de la recherche des équivalents en portugais.
DocteurManuelSILVAMARQUES
Affection et tendresse pour mon compagnon d’utopies quiest un maillon
essentiel dans ma vie et qui restecherà moncœurà jamais.
Manuel etEulalie
Mes chers parents, vous êtes les artisans de ce que je suis devenue. Vous
m’avez permis d’être ce que je suis aujourd’hui. Soyez ici remerciés de votre
précieux héritage.
Fati
Ma petite sœur, grande par son talent à elle. Ma princesse dont le regard
scintille en moi leschaudesbraises dubonheur.
EtManu quimérite le bonheur qui l’entoure, et tu en mérites plus encore. La
vie que tu mets dans teschants està l’image decelui que tu es.
… età tousceux que j’oublierais deciter ici.
9Avant-Propos
Le présent ouvrage, qui s’appuie sur un projet terminographique
bilingue, par l'intermédiaire de l'élaboration d'une base de données
françaisportugais dans le domaine de la cardiologie, est centré sur l’intérêt de l’auteur
pour la métaphore. Celle-ci est traitée non pas comme ornement mais comme
élément constitutif de la pensée. La question de la métaphore dans la réflexion
et l'activité scientifiques est donc posée ici et c’est sur le domaine de la
médecine queIsabelleOliveiraachoisi de faire porter ses travaux.
Ce choix est très révélateur. Quand on parle de médecine et qu'on se
préoccupe declassification (ce qui estbien le lotcommun de tout terminologue)
on ne sait trop s'il faut parler de science ou d'art.Nousavonscertesà faireà un
1vieux débat, sur lequel on peut rappeler ici les propos d’un éminent lyonnais,
Claude Bernard, dans ses Principes de médecine expérimentale, écrits entre
1858 et 1877:
La médecine n'est pas une science ; c'est un art ; par conséquent, son
application est inséparable de l'artiste.[…]
D'abord, qu'est-ce que la médecine ? Est-ce un art, est-ce une science,
ou même un assemblage de sciences ? Les définitions ont tout dit et chaque
auteur les a faites d'après son point de vue. La médecine a donc été considérée
comme un art, comme une science propre ou même comme assemblage de
sciences.Où est la vérité ?Elle n'est dansaucune deces opinions exclusives.La
médecine est un art, c'est évident ; elle est une science, c'est également
incontestable. En effet, dans toutes les connaissances humaines, il y a à la fois
de la science et de l'art. La science est dans la recherche des lois des
phénomènes et dans la conception des théories ; l'art est dans l'application,
c'est-à-dire dans une réalisation pratique en général utile à l'homme qui
nécessite toujours l'action personnelle d'un individu isolé.Aussi lecaractère de
l'art est-il d'être éminemment personnel, non susceptible de se transmettre ; la
science pure, au contraire, est impersonnelle et peut se transmettre à tous. (p.
2221, édition électronique )
1Ces lignes d’avant-propos sont écritesàLyon.
2
Cette édition électroniquea été réalisée parGemmaPaquet,bénévole, professeureà la
retraite duCégep deChicoutimià partir de:ClaudeBernard (1813-1878),Principes de
médecine expérimentale Ou de l’expérimentation appliquée à la physiologie, à la
pathologie et à la thérapeutique (Écrits entre 1858 et 1877), Paris : Les Presses
universitaires de France, 1947, 308 pages. Collection: Bibliothèque de philosophie
contemporaine.
Consultableà http://classiques.uqac.ca/classiques/bernard
claude/principes_medecine_exp/principes.html
11Quand Isabelle Oliveira traite de la métaphore elle se préoccupe sans
cesse de rassurer le lecteur et de dire qu’elle ne s’intéresse pas à ce qu’elle
appelle un "fard ornemental" (ce qui relèverait de l'art probablement) maisà un
processus cognitif (ce qui nous rapproche sans doute de la sphère scientifique).
En résumé, métaphore et médecineapparaissentà l’auteur, peut-êtreà soncorps
défendant,comme les éléments d'uncouple idéal, ou infernal, selon lescas. On
3les verra secombattre et se déchirer, on les verraaussi s'unir et secompléter .
L’auteur a choisi la cardiologie parce que c'est un domaine en forte
expansion, dans lequel l'innovation technologique tient une large place. Elle en
attend donc un large recours à ce qu’elle appelle l'outil métaphorique. Il
convient d’observer d’emblée que l'hypothèse selon laquelle tout secteur
innovant, techniquement ou scientifiquement, est demandeur de terminologie
est une hypothèse qu'ona peu dechances de falsifier.MaisIsabelleOliveira va
plus loin en précisant à quel type de néologismes elle s’attend. Et elle donne
dans ce volume de nombreux exemples qui confirment son choix et justifient
l'itinéraire quiaconduitàcette préférence néologique.
L’approche de la métaphore comme processus de dénomination est
mise en avant ici et mérite d’être relevée compte tenu de la fréquence des
travaux de recherche sur la métaphore dans lesquels on regarde les textes, le
discours. Y compris lorsqu'il s'agit de travaux sur les langues spécialisées. En
abordant le problème sous l'angle du processus de dénomination l’auteur a pris
des risques, tel que celui du dérapage entre langue et discours, qu'elle a
remarquablement maîtrisés grâce au recours à une synergie entre textes et
dictionnaires.
Isabelle Oliveira se livre à une présentation consciencieuse des
spécificités de la terminologie, ce qui lui permet, compte tenu des thèmes
qu'elle veut traiter, de mettre en évidence les liens de la terminologie avec
d'autres disciplines telles que la sociologie et, par le truchement de la
métaphore,avec les sciencescognitives.
4 5L’auteur poursuit ainsi les réflexions du CRTT sur l'archi-concept et
les approches cognitives de la terminologie multilingue en y intégrant les
processus métaphoriques qui se mettent en œuvre dans la dénomination.
LorsqueIsabelleOliveira développe, dans lacomposante la plus longue
de ce travail, la nature de la métaphore en terminologie elle va de l'approche
traditionnelle à l'approche conceptuelle. Les travaux classiques sont abordés
(Richards, Black, Lakoff, Johnson, Ricoeur, Le Guern, Fauconnier et Turner)
3Voir aussiàce propos Jacques Poirier, La médecine est-elle un art ou une science ?,
Paris:Bureau des longitudes, 2004.
4Centre deRecherche enTerminologie etTraduction de l’UniversitéLumièreLyon 2.
5«Notion d'«archi-concept » et dénomination», Meta ,Vol. 41/4, p. 512-524
12mais l’auteur s'est livrée, à partir de la lecture de ces auteurs, à un examen
soigné etbienciblé en direction de ses préoccupations.Elleaainsi évité de faire
ièmeun n travail sur la métaphore en général sans toutefois escamoter les
problèmes fondamentaux pour son propos. C’est ainsi que sont traitées les
relations entre métaphore, analogie et induction et qu’est montré leur intérêt
dans la démarche scientifique. La métaphore de langue générale est mise en
relation, à des fins de comparaison et de caractérisation finale, avec la
métaphore de langue de spécialité. Le lecteur trouvera ici une distinction bien
argumentée même si, avec prudence et lucidité, l’auteur ne souhaite pas
trancher définitivement la question.On peut voir d’ailleurs dans lacohabitation
d'une terminologie populaire vernaculaire et d'une terminologie supposée
scientifiquement normalisée des éléments qui sont autant d’invitations à une
étude diachronique.
À travers la comparaison français-portugais pour les métaphores de la
langue générale estabordée une question qui n'est pas sans lienavec lesaspects
cognitifs des processus métaphoriques. Il y a là matière à réflexion et,
évidemment, la question se pose de savoir si les métaphores terminologiques
présentent les mêmes particularités. On voit ainsi poindre à travers la question
une hypothèse sous-jacente relative à une plus grande homogénéité
translinguistique du lexique spécialisé. Le lecteur pourra trouver ici des
éléments de réponse à la question posée par l’auteur elle-même "la métaphore
terminologique, qu'est-ce quec'est ? ".
On notera que l’auteur s'intéresse en permanenceà la genèse des termes
métaphoriques, mettant ainsi l'accent sur les questions de diachronie. Elle
évoque la métaphore vive, bien ancrée dans son discours et, à ce stade,
incapable d'en sortir. Et montre que la métaphore de spécialité, ou métaphore
terminologique, parce qu'elle n'est plus vive mais devenueconventionnelle, peut
se libérer de son contexte originel pour s'intégrer dans un autre. Et au terme de
son évolution, par un « réglageconventionnel », elle est devenue terme.
Et parce qu'elle est terme elle peut migrer. Isabelle Oliveira montre bien que le
spécialiste devient l'usager privilégié de ce terme métaphorique sans être
conscient du processus de sacréation.
Elle insiste, à juste titre, sur ce point avec la conscience que s'il n'en
était pas ainsi le risque de dérapage terminologique, donc communicationnel,
réapparaîtrait. En effet, une métaphore morte peut toujours être réveillée. On
verra,à l'aide de l'exemple "bruit de galop", quece que l’auteurappelle l'aspect
pernicieux de la connotation peut aussi être bénéfique lorsque la métaphore est
remise en discours par un locuteur qui précisément vise à la réactivation. Par
exemple pour des motifs didactiques.
13Dans la troisième partie de son ouvrage Isabelle Oliveira intervient sur
les diverses fonctionsassumées par la métaphore et ellecentreà nouveau l'étude
sur la terminologie médicale. Pour elle le recours à la métaphore est lié, dans
plusieurs cas, à une forme de faillite des autres modes de dénomination. En
particulier dans les premières étapes de l'explication et de la théorisation. C'est
la fonction heuristique de la métaphore terminologique qui est étudiée aussi et
le lecteur est conduit à rejeter l'idée d'une antinomie entre métaphore et
"scientificité".
Cette scientificité est traditionnellement, et surtout dans le domaine
médical, véhiculée par les termes dits savants dans lesquels les formants
grécolatins abondent. On pose donc la question de la diffusion des connaissances du
domaine au "grand public" et on en arrive à la vulgarisation. Le caractère
apparemment paradoxal de la situation n’échappe pasà l’auteur.Onconstate en
même temps que le terme métaphorique est indispensable pour les échanges
entre spécialistes parce quec'est un terme (avec les propriétés inhérentesàcette
entité), et qu'il est tout aussi indispensable au grand public parce que c'est une
métaphore. Isabelle Oliveira voit bien que ce paradoxe n'est qu'apparent. La
nature même de ce type de terme fait qu'il a toutes les qualités pour être utilisé
strictement par les uns, qui parfois n'ont rien d'autre à leur disposition, et
librement par lesautres.Ce qui n'est pas lecas du terme savantconfixé typique
qui conduit à l'incompréhension et au rejet dans le grand public.
L'incompréhension du grand public, comme l'interprétation fautive d'étudiants
en cours de formation médicale, peuvent être liées à l'évolution diachronique
des termes.
Le travail d’Isabelle Oliveira fait une bonne place à la dimension
historique et son étude decinq termes est éclairantecar elle met en évidence les
aspectscognitifs et sociologiques de la terminologieainsi que les relations qu'ils
entretiennent.
C’est aussi par l'intermédiaire de ces termes métaphoriques, que
l’auteur montre que le domaine de la cardiologie n'est pas monolithique. Il
existe là aussi des différences de registre. Ces différences de registre ont des
conséquences sur l'usage que l'on peut faire de la métaphore terminologique
dans un cadre didactique. Isabelle Oliveira n’hésite pas à aller à l'encontre des
idées établies selon lesquelles la métaphore est un dangereux vecteur de
confusion. Pour elle la métaphore terminologique a pour fonction d'expliquer,
d'informer, de faciliter la pensée et d'étendre la compréhension du monde
exprimé par la langue.
14Au-delà du travailconduit parIsabelleOliveira le lecteur perçoit que les
outils terminographiques bilingues constituent des ressources dont l'utilité
dépasse largement les emplois classiques, pourvu que leur conception soit
suffisamment réfléchie. Les réflexions sur la métaphore terminologique en sont
ici un excellent exemple. Elles ont permis d'avancer parce qu'elles ont mis en
évidence plusieurs des facettes de la terminologie. L’auteur a eu recours aux
dimensions cognitives, diachroniques, comparatives et ce volume démontre
qu'elle a su les mettre en relation avec l’efficacité souhaitée pour aider à une
meilleure maîtrise desconcepts.
PhilippeThoiron
15Introduction
Aujourd’hui, la métaphore n’est plus l’apanage exclusif des écrivains, mais
touche tout individu de toutes entreprises. En effet, elle ne s’inscrit pas
uniquement dans le domaine littéraire, mais aiguillonneaussi dans les sciences.
Il nous a fallu opérer un choix qui s’est porté sur le thème de la métaphore
terminologique dans le domaine de la cardiologie qui est une science en pleine
ébullition.
L’analyse de la métaphore en langue de spécialité constitue un champ
d’investigation encore très récent. Toutefois, Meyer dans son article
«Metaphorical Internet Terms in English and French » (1998: 523) nous fait
observer que c’est seulement à partir des années 70 que la métaphore en tant
que phénomène de la langue générale a commencé à attiser la curiosité de
certains cognitivistes, lexicologues et terminologues (par ex: Pavel 1993,
Thoiron 1994, Assal 1995, Knowles 1996, Meyer et al. 1997). Ainsi, nous
avons donc décidé d’entamer une recherche sur la métaphore terminologique
afin decontribuerà la réflexion sur un thème encore très peu développé,ce qui
a nourri notremotivation. À ceci s’ajoute notre volonté de sortir de la vision
traditionnelle de la métaphore puisque nous avons avancé, par opposition à la
métaphore comme fard ornemental qui existe pour la satisfaction exclusive des
passionnés de littérature, une métaphore qui surgit en science. Dans cette
perspective, l’analyse de la métaphore en cardiologie a représenté une aventure
ambitieuse car c’est vouloir démontrer qu’elle n’est pas une simple façon de
parler, mais aussi un élément constitutif de notre pensée et de notre expérience
du monde. Autrement dit, nous avons toujours gardé à l’esprit que concepts et
termes évoluent dans deux univers distincts, qu’il convient de dissocier. En
effet, la pensée se manifeste dans le langage sous forme d’expression
métaphorique,ce qui nous permet de distinguer:
- leconcept métaphorique qui est une imageabstraite,
- le terme métaphorique qui est la retombée linguistique de notre façon de
concevoir l’imageabstraite.
À présent, ilconvient decerner les objectifs que nous nous sommes fixée :
l’objectif majeur de cette analyse fut d’apporter une réflexion et une
contribution sur la nature et les différents rôles tenus par la métaphore dans la
terminologie médicale.
Nous ne nous sommes pas intéresséeà la métaphore en tant que procédé de
discours, mais surtout en tant que processus de dénomination. Nous avons
considéré que le problème de la dénomination doit être envisagé essentiellement
en langue puisque ce ne sont pas des dénominations provisoires que nous
analysons mais bien des dénominations définitives dans la terminologie de la
cardiologie.
17Nous avons vu également que quelle que soit la langue sur laquelle on a
travaillé, on a constaté l’existence de métaphores opératoires dans les
dénominations. Nous nous sommes aperçue aussi que la dénomination
métaphorique est enracinée dans l’expérience physique, mais aussi dans les
expériencesculturelles et les relations sociales.
Dans cette analyse sur la métaphore en terminologie plusieurs questions
viennent à l’esprit : Qu’est-ce que la métaphore terminologique ? À quoi
sertelle ? Est-elle bâtie de la même façon dans les deux langues étudiées ?
Obéitelleaux mêmes fonctions dansces deux langues ?
Dans un premier temps, nous nous sommes penchée sur la nature de la
métaphore dans la terminologie médicale qui obéit à un mode d’emploi
particulier. Nous nous sommes intéressée à la notion de terminologie qui a été
l’objet d’étude si particulier qui nous réunira ici, dont l’autonomie progressive
dans lechamp universitaire ne lui permettra pas pourautant de luiconférer une
épistémè propre à se fonder totalement en tant que discipline. Plutôt que
d’imaginer la terminologie comme une continuité de la lexicologie, il s’agit de
comprendre ce qui la fonde, tout en admettant que précisément ce qui la fonde
est uneabsence de légitimité propre.Nous défendons qu’il ne s’agit pascomme
pour Dante entrant aux enfers « d’abandonner toute espérance », mais au
contraire précisément de commencer à poser des jalons théoriques qui donne à
la discipline unecertainecirconférence.Pource faire, il faut se rendre maître de
quelques éléments de base légués par Wüster que l’on enrichira par une
érudition plus vaste et plus fine de ce champ d’étude. Nous devons également
être à même de situer la terminologie dans un contexte social, politique,
économique, philosophique… et de démontrer en quoi la terminologie tisse des
liens indissolublesavec son temps, ses prédécesseurs et sescontemporains.
Dans un deuxième élan, nous nous sommes demandée si on devait
proscrire la métaphore de l’activité scientifique ou être tentée d’accepter un
style spécialisé. Est-il légitime d’opposer science et métaphore ? N’y a-t-il pas
de rationalité dans la métaphore ? Il semblerait d’après notre analyse que ce ne
soit pas une antinomie que nous trouvions entre science et métaphore, mais
plutôt une sympathiecalculée.En effet, nousavons vérifié que la métaphore est
légitimée en scienceàcondition qu’en soient repérées les limites. Pouravoir sa
place dans le monde des sciences, la métaphore demande à être reconnue, et
cette consécration peut-être décrite comme une sorte de verdict marquant ainsi
une fermeture de la frontière littéraire. Ainsi, sortie de son enfermement
littéraire, la métaphore ne nous plongera plus dans un monde déroutant où
s’opère sans cesse un dérèglement systématique des règles habituelles du
langage. En effet, la métaphore n’est pas considérée ici dans son emploi
traditionnelcomme une déviation par rapportà la norme du langage,comme un
simpleaspect ornemental du langage.Par la suite, nousavons tenté decerner la
nature de la métaphore terminologique en utilisant diverses formes d’approche.
18Pour procéder à son identification, nous avons dessiné une démarche de
travailautour de quatre phases: le filconducteur decette recherche d’identitéa
été tracé par un mouvement qui partira des travaux d’Aristote à Black pour
arriver à une analyse de la métaphore dans un cadre plus général et par la suite
nous ferons un détour par la lexicologie pour finir par une percée en sciences
cognitives. Une approche comparatistedes conceptions antiques et modernes
nousaideraà éclairer et expliciter la nature de la métaphore en terminologie.
Nous avons d’abord essayé de réfléchir sur le statut de la métaphore dans
la tradition conçue par Aristote et poursuivie par Cicéron et Quintilien. Dans
cette perspective, la métaphore représentaitalors un moyen subtil utilisé par les
auteurs éloquents afin de modeler leurs pensées et de soigner leur style, avec
l’idée sous-jacente d’un modèle dit substitutif où il est toujours possible de
suppléer l’expression métaphorique par un terme propre.En effet, il s’agit d’une
approche restrictive de la métaphore, qui suppose une substitution d’un terme
propre par un terme imagé basée sur une relation de ressemblance. Précisons
tout de même que les deux termes doivent renvoyer à un même référent de
l’univers extralinguistique. Ainsi, la théorie traditionnelle demeure enfermée
dans une perspective lexicaliste puisque nous avons une métaphore comme
figure de mot.
Plus tard avec I.A. Richards (1936), nous nous sommes confrontée à de
nouvelles directions de la théorie de la métaphore qui rétablit les droits du
discours et restitueà la rhétorique sonamplitude.À partir desannées 1960, une
autre conception de la métaphore a vu le jour, dont on doit les premières
esquisseschezBlack (1962) qui identifie troiscatégories principales: la théorie
de la substitution, de la comparaison et de l’interactionnisme. C’est la théorie
interactionniste qui présente un intérêt particulier pour notreanalyse.Danscette
conception, connue sous le nom de « théorie de l’interaction », la métaphore ne
serait pas simplement fondée sur l’existence de ressemblances mais aurait pour
fonction de créer ces ressemblances à partir d’un domaine-source et d’un
domaine-cible. C’est déjà un changement essentiel qui mènera aux théories de
la métaphore comme figure conceptuelle, comme opération de l’esprit, dont la
première fonction est de naturecognitive et non pas rhétorique.
Lors de l’analyse de la métaphore dans un cadre plus général nous nous
sommesaperçue qu’elle opère paranalogie et substitue un référentà unautre en
établissant un lien sémantique entre les deux. La métaphore comme procédé de
dénomination se caractérise dans le(s) sème(s) sélectionné(s) par la médiation
d’une seconde entité extralinguistique. En conséquence, on parlera de
métaphore lorsque les termes qu’elle met en jeu appartiennent à des univers
sémantiques différents. Autrement dit, en extrayant des mots du lexique
courant, on les affecte d’un ou plusieurs sèmes non prévus dans le programme
de sens d’origine.
19Nous avons fait aussi une incursion en lexicologie qui nous permettra
d’éclairer une des questions phares de ce sujet, à savoir: en quoi la métaphore
en langue générale se distingue-t-elle de la métaphore en langue de spécialité ?
Les caractéristiques propres de la métaphore sont-elles présentées comme étant
identiques, différentes ou complémentaires de celles de la métaphore en langue
générale ? La question est complexe, et il semble assez difficile d’apporter des
réponses définitives. Cependant, nous avons essayé d’apporter quelques
éléments de réponse. Tout porte à croire que la métaphore terminologique
comporte des traits spécifiques qui fondent son autonomie par rapport à la
métaphore en langue générale.
La métaphore connaît des dissensions depuis l’essor des sciences
cognitives qui apportent quelques correctifs aux positions rhétoriques
traditionnelles. La métaphore a dû être repensée à la lumière des plus récentes
études cognitives qui mettent en valeur sa nature et son importance. Le
réexamen de la métaphore en sciences cognitives par Lakoff et Johnson (1985)
nous dévoile une figure omniprésente dans la vie quotidienne, non seulement
dans le langage, mais dans la pensée et l’action. Par le truchement de ces
auteurs, nous constaterons que la métaphore n’est pas seulement présente dans
le terme que le spécialiste utilise, mais elle est surtout présente dans le concept
d’où l’appellation de « métaphoreconceptuelle ».
Cela signifie que, selon les cognitivistes, toute catégorisation des objets, tout
acte de compréhension relève d’une métaphorisation propre non pas à l’objet
maisà la pensée.
Nous en profitons au passage pour rappeler que le principe même de la
métaphore consiste à comprendre un phénomène ou à appréhender un concept,
dans les termes utilisés pour la description d’autres phénomènes, d’autres
notions ou concepts. Nous avons vu également que pour analyser le transfert
métaphorique, il est nécessaire de distinguer deux notions essentielles: le
domaine-source et le domaine-cible. La notion clé pour envisager la métaphore
comme opération cognitive réside dans l’acte d’avouer que, dans la métaphore,
il y a deux concepts qui fonctionnent, qui opèrent simultanément. Dans cette
conception, la métaphore est perçue en tant que phénomène psychologique
systématique d’appréhension d’un nouveau concept au moyen de la projection
(mapping) d’un schémaconceptuel préalable sur lesconcepts émergeants.
Plus tard, nous avons retrouvé les travaux de Fauconnier et Turner (1994)
qui partent du principe que la métaphore manifeste sa force cognitive dans le
transfert de signification entre deux espaces d’entréecorrespondantau
domainesource et au domaine-cible, et le sens métaphorique ne se créera que dans un
troisième espace mixte (blend), surgi de la tension entre les deux premiers.
L’intérêt essentiel des travaux de ces deux auteurs s’arrête à la notion de
«blend » quicomplexifie quelque peu la théorie deLakoff etJohnson.
Nous avons poursuivi notre étude avec une métaphore de spécialité qui
influe sur les limites de noscatégories.
20Nous avons vu que métaphoriser consiste surtout à apprendre à penser, à
s’ouvrir une infinité de nouvelles connections, de nouveaux modes de
catégorisation de l’expérience. Ainsi, la métaphore peut étendre les catégories
existantes en ajoutant de nouveaux membres. Pour comprendre l’organisation
interne des catégories et la complexité des phénomènes d’appartenance nous
avons eu surtout recours à la théorie de la ressemblance de famille qui permet
l’assimilation de la métaphore.
Dans un premier chapitre, nous avons tenté de déterminer l’identité de la
métaphore terminologique.Qu’estce qui la singularise ?En effet, la métaphore,
c’est important, voire essentiel en science, mais la métaphore terminologique,
qu’est-ce que c’est ? Il n’y a sans doute pas de réponse simple à cette
interrogation. En mentionnant les différents aspects de la métaphore de
spécialité, nous n’avons pas oublié pas que nous opérons à l’intérieur de la
langue médicale. Le vocabulaire de la cardiologie est une sorte d’organisme
vivant dont les pulsations sont tantôt courtes et nous échappent, tantôt longues
et nous sont donc perceptibles. De là, ce mouvement dialectique permanent
entre métaphore vive et métaphore morte qui est le moteur de renouvellement
desconnaissances. Nous avons observé, dans un premier temps, l’apparition de
métaphores vives qui, selon lescas, se transformeront en métaphores mortes qui
seront alors adoptées par la communauté scientifique. Dans notre optique, la
métaphore vive se présente comme un conflit conceptuel ouvert sur un nombre
indéfini d’interprétations possibles du milieucommunicatif qui l’accueillealors
que la métaphore terminologique est un agent systématique de structuration et
de mise en forme de sens. Ainsi, la métaphore terminologique reflète une
métaphore lexicalisée qui fait partie de la langue en tant que système alors que
la métaphore vive non lexicalisée appartient à la parole puisqu’elle traduit des
manifestations spontanées du langage, lieu de variations individuelles. En
langue de spécialité, la métaphore vive s’arrête où commence la métaphore
terminologique.
Par la suite, nous avons découvert dans la métaphore de spécialité une
métaphoreconventionnelle dont les usagers de la terminologie de lacardiologie
se servent de façon automatique et naturelle, sans avoir à fournir le moindre
effort d’interprétation. Notons que le spécialiste emploie la métaphore de
spécialité sans être conscient de son processus de création. En effet, le terme
métaphorique, marqué de ses origines perd toute traçabilitéà mesure qu’il entre
dans le stock lexical de la cardiologie. Enfin, la métaphore terminologique
suppose un ensemble de règles stables valables pour tous les membres d’une
communauté scientifique.
Nous avons essayé d’établir une classification de nos constituants à
substrat métaphorique en les associant à des domaines de provenance. Très
rapidement, nous rappelons qu’encardiologie, la perceptionauditive est une des
voies courantes, avec le champ visuel, par lesquelles le spécialiste accède à la
connaissance.
21La métaphore auditive retentit en raison de l’utilisation du stéthoscope et
laisse libre cours à l’imagination du spécialiste alors que la métaphore visuelle
surgit grâce à l’imagerie médicale qui vise à objectiver le réel en évacuant
autant que possible la part de l’imaginaire des individus. En effet, les idées
s’expriment mieux quand on les exposeau moyen de métaphoresattrayantes.
La deuxième partie examine les diverses fonctions assumées par la
métaphore dans la terminologie médicale. Est-ce que le spécialiste use d’un
emploi particulier decette figureàcaractère spécialisé ?
Par ailleurs, la métaphore nous conduit aussi à nous interroger sur son
fondement. Pourquoi l’homme de science se voit-il parfois dans l’obligation de
recourir à cette figure de style ? Nous pouvons déjà apporter une première
réponse qui est sa capacité à dénommer et à briser les barrières du langage.
Ainsi, de nombreux savoirs scientifiques ne peuvent être exprimés autrement
que métaphoriquement, surtout dans les premières tentatives d’explication et de
théorisation.
Dans un deuxièmechapitre, nousavons étudié la fonction heuristique de la
métaphore terminologique et son rôle ainsi que sa place dans la fabrication de
théories scientifiques.La métaphore est-elle un outil de découverte en science ?
Comment la métaphore guide-t-elle la découverte et fournit-elle des cadres
conceptuels structurant les hypothèses ? Comment juger de la fécondité et de
l’intérêt d’une métaphore lors d’une découverte scientifique ? Les métaphores
sont elles éliminées du discours scientifique après la phase de découverte ? Il
n’est pas simple de répondre à ces questions, mais il est indéniable que la
métaphore occupe une place de choix dans les découvertes scientifiques. Dans
ce qui suit, nous avons vu que la métaphore en tant que procédé de
dénomination permet une mise en images de notions abstraites, donnant de ce
fait une forme linguistique à des schémas conceptuels. La métaphore de
spécialité devient alors acteur de la théorie, et sous cet angle nous pouvons
émettre l’idée que métaphore et scientificité ne sont pas antinomiques. Nous
pouvons aussi d’ores et déjà avancer que la métaphore assume une fonction de
médiation à un double niveau: d’abord elle sert de moyen à la formulation
d’une découverte scientifique et, ensuite, nous observerons plus en avant de
notre étude qu’elle crée également une passerelle entre le spécialiste et le reste
de la communauté permettant ainsi une meilleure compréhension du
phénomène. Par ailleurs, nous ne pouvons pas nous dérober devant le constat
que toute nouvelle réalité impose une nouvelle dénomination car ce qui n’est
pas dénommé ne peut pas exister durablement. Nous nous sommes alors
intéressée à la nomination catachrétique qui détient une capacité à exprimer
l’indicible.Le spécialistea recoursà la nominationcatachrétique pour répondre
à desbesoins terminologiques pressants où il va s’appuyer sur un programme de
sens courant d’une unité lexicale de la langue courante. Très souvent un terme
métaphorique est le seul moyen disponible pour dénommer certaines
innovations scientifiques.
22Dans le cas de la cardiologie, nous nous sommes aperçue que certaines
réalités ne peuvent être dénommées que par métaphore puisque aucun terme
savant ne lui correspond. La dénomination métaphorique est donc ici première
et vient combler une lacune. Ainsi, la métaphore est un procédé important
d’enrichissement lexical car elle exerce une influence créatrice sur la science,
sur notre langage et sur la façon dont nous pensons. Nous faisons donc ici un
constat: lacréation lexicale faitappelà des procédés variés qu’il est possible de
ramener à trois grands ensembles: d’une part, nous ne pouvons éviter
d’évoquer la néologie morphologique et la néologie par emprunt. D’autre part,
nous retrouvons la néologie sémantique où la métaphore ne crée pas de
nouveaux mots, mais en déplace tout simplement le sens. Cela consiste en
l’application d’un termeà unconcept nouveau en fonction d’un lienanalogique
avec le concept d’origine. Nous avons examiné le rôle de la métaphore dans la
pensée créative et le développement de nouvelles catégories dans le temps. En
effet, la métaphore terminologique loin d’être morte, demeure une ressource
dynamique et vivace de la créativité lexicale. Nous pensons qu’il est heureux
que les langues de spécialité, à l’instar de la langue générale, fassent appel à
l’outil métaphorique dans le renouvellement du lexique pour mieux habiller
leursconcepts.
La dimension diachronique sera au cœur de nos préoccupations car elle
nous a autorisé à prendre conscience de l’origine de nos termes métaphoriques,
du lien analogique qui a permis leur émergence dans le domaine de la
cardiologie. L’étymologie permet de mieux sensibiliser à la dimension du sens,
de rationaliser les acquisitions du vocabulaire et de faciliter l’accès aux
domaines de spécialité. L’étude en diachronie aide à comprendre que le
déploiement des termes dans de nouveaux contextes s’accompagne alors d’une
transformation de leur concept. Nous avons observé également que la
métaphore de spécialité possède une mémoire culturelle et historique, ce qui
nous incite à penser que la métaphore terminologique introduit la dimension
diachronique dans la langue de spécialité,alors que la terminologiea négligé les
transferts dans le temps. La métaphore a une densité culturelle et historique
puisque le nouveau vient s’ycouler en réempruntant deschemins déjàbalisés.Il
est important alors d’étudier le passé d’un terme métaphorique, son parcours
sémantique ou son évolution en diachronie. Cette nécessité s’impose en
terminologie.
La métaphore de spécialité sera également analysée dans un contexte
herméneutique où nous lui avons attribué une fonction de substitution qui
redécrit la réalité et danscecas nous sommes revenueà la vision traditionnelle de
la métaphore qui serait une solutionalternative ou uneautre façon de dénommer
une réalité qui existe déjà.
Toutefois, rappelons qu’en langue de spécialité la métaphore ne peut se
concevoir dans une simple fonction ornementale.
23Notre réflexion sur la métaphore terminologique nousaconduit également
à réfléchir sur le rôle important qu’elle occupe dans un contexte de
vulgarisation où le spécialiste a notamment recours à celle-ci comme moyen
d’explication de concepts complexes vis-à-vis du grand public. En effet, ne
peut-on pas remplacer le terme savant par une métaphore plus révélatrice dans
certaines situations de communication ? Pourquoi ne parlerait-on pas plutôt de
«aorte enbouclier » que de « pseudocoarctation de l’aorte » ?Dans un souci de
vulgarisation, nous avons vérifié que le recours à la métaphore constitue une
autre façon très efficace de concrétiser l’information et d’en faciliter la
compréhension.Nousavons découvertcomment la métaphore de spécialité peut
« humaniser » la science et la rendre beaucoup plus accessible au néophyte.
Toutefois, notonsau passage que la métaphore terminologique est réservée dans
l’esprit des spécialistesà la vulgarisation desconnaissances,mais reste toujours
considérée comme un outil scientifique. Envisagée dans cette perspective,on
peut se demander pourquoicertaines métaphores restent stricto sensu limitéaux
spécialistesalors que d’autres sont très viteacquises par le grand public.
Finalement, la métaphore terminologique s’inscrit en socioterminologie
puisque nous avons vérifié l’existence de niveaux de langues de spécialité. Il
nous a paru utile d’attirer l’attention sur les stratifications qui compartimentent
la langue de la cardiologie. Le phénomène métaphorique témoigne clairement
de l’importance des stratifications de la langue de spécialité qui fut longtemps
considérée comme monolithique. En cardiologie, on pourrait dire de façon
simplifiée, que des doublets de termes se détachent, l’un savant et l’autre
métaphorique. En effet, le spécialiste n’est pas un individu isolé coupé du
monde, mais appartient bien à une classe sociale, à une communauté
linguistique d’où la présence de niveaux de langue qui permettent de nouer le
dialogueavec un public profane.
Dans le domaine de la cardiologie, nous avons constaté la présence de
deux degrés de spécialisation: un niveau savant et un niveau métaphorique de
semi-vulgarisation. On a affaire à des différences de registres avec des
implications sociolinguistiques.
Le deuxième chapitre expose aussi les potentialités et les limites de
l’utilisation didactique de la métaphore terminologique.L’emploi didactique de
la métaphore mérite d’être davantage exploré afin d’aider les étudiants à
construire plus facilement laconnaissance scientifique en partant de leur propre
construction conceptuelle. S’agit-il de métaphores qui comportent un certain
potentiel didactique ?
Dans cette optique, la métaphore de spécialité permet de percevoir l’objet
avec familiarité et évidence et, loin d’être un vecteur de confusion, elle est un
véhicule decompréhension.
L’intérêt des conceptualisations métaphoriques, dans un cadre didactique,
apparaît quand elles rendent disponibles des réalitésabstraites.Nousavons noté
que la métaphore fournit des schémas conceptuels pour structurer le monde qui
24nous entoure ; elle élargit, pour ainsi dire, l’horizon théorique de l’étudiant. Il
s’agit d’une métaphore explicative qui peut fonctionner comme une sonde
facilitant la compréhension et l’éclaircissement. Ainsi, nous pensons que la
métaphore terminologique a pour fonction d’expliquer, d’informer, de faciliter
la pensée et d’étendre lacompréhension du monde exprimé par la langue.
La troisième partie de cet ouvrage aborde le problème de l’équivalence
puisqu’il s’agit d’un travail de mise en rapport de termes bilingues. Pour les
besoins de cette recherche, nous avons considéré le français comme langue de
départ. Nous avons décidé de présenter une mise en regard de nos termes
métaphoriques français suivis de leurs équivalents en portugais. Dans ce
chapitre, nous nous sommes attachée à expliquer les différents rapports
d’équivalence rencontrés dans le domaine d’application de lacardiologie.
Une étude des types d’équivalences en fonction de la série
CMF-CMPCMI nous a permis d’obtenir une meilleure lisibilité des problèmes concernant
l’équivalence des termes decardiologie entre le français et le portugais.Pour un
meilleur entendement, nous avons fini par séparer les familles de séries. Nous
précisons que l’on a appelé ici « famille » le groupe de séries qui englobe le
même nombre de CMF. Enfin, nous avons noté que c’est au sein de la famille
2** que les différences entre CMF et CMP sont les plus nombreuses.
(L’abréviation CM sous-entend «constituant métaphorique », P pour
« portugais »,F pour « français » etI pour « identiques »).
Nous nous sommes inspirée du schéma introduit par Thoiron (1994) afin
d’illustrer les situations quiapparaissent dans la mise encorrespondance de nos
équivalents dans une optiquebilingue.Danscetteanalyse se détachent deuxcas
de figure dans le processus d’équivalence: T1 = T2 pour C1 = C2 et T1 ;T2
pour C1 = C2. (Avec T pour « terme », C pour «concept » puis 1 et 2 pour
« langue-source » et « languecible » respectivement).
Nous avons alors vérifié que l’acte de traduction ne pose pas de problème
particulier lorsqueT1 =T2 pourC1 =C2ce qui n’est pas lecas lorsqueT1 ;T2
pourC1 =C2.Nousavons traité plus particulièrement dece derniercas qui fait
surgir des problèmes de traduction entre unités structurales.Nous nous sommes
consacrée notamment au cas particulier des métaphores auditives où l’on a
remarqué que les deux langues analysées n’opèrent pas la même structuration
de la réalité référentielle, donnant lieu à des concepts spécifiques à chaque
culture. Ainsi, la métaphore permet l’identification de déterminismes généraux
expliquant la variété des manifestations observables des phénomènes.
Nous nous sommes interrogée sur les avantages de la comparaison
interlinguistique. En effet, est-ce que les approches comparatives sont utiles
dans une situation d’apprentissage ? L’ouverture définitionnelle représente une
ressource puissante dans la saisie langagière du monde, de l’individualité et de
l’invention. Nous pouvons ainsi enrichir nos connaissances à travers le prisme
d’une seule langue lorsque nous disposons d’un terme savant et d’un terme
métaphorique ou de deux termes métaphoriques.
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