Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes

-

Livres
392 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Le premier guide complet et facile à consulter avec chenilles et cartes de répartition.
Les papillons vous fascinent? Découvrez toutes les espèces diurnes de nos régions dans le premier ouvrage sur le marché à vous offrir non seulement des centaines de photos de grande qualité de tous les papillons, mais aussi des illustrations saisissantes de nos chenilles. En plus de textes éclairants sur la biologie et l'écologie de ces captivants insectes, le guide présente des fiches complètes d'identification par espèce (description, espèces semblables, périodes de vol, habitat, plantes hôtes, abondance, etc.). Tout pour combler le débutant comme l'observateur chevronné.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 19 mars 2015
Nombre de lectures 10
EAN13 9782894358566
Langue Français
Signaler un problème

Michel Leboeuf
PAPILLONS ET CHENILLES
Stéphane Le Tirant
DU QUÉBEC ET DES MARITIMES
PAPILLONS
ET CHENILLES
PAPILLONSDU QUÉBEC ET DES MARITIMESLe PREMIER guide complet et facile à consulter
avec CHENILLES et cartes de répartition
Les papillons vous fascinent ? Découvrez toutes les espèces diurnes de
nos régions dans le premier ouvrage sur le marché à vous offrir non
seulement des centaines de photos de grande qualité de tous les papillons,
mais aussi des illustrations saisissantes de nos chenilles. En plus de textes
éclairants sur la biologie et l’écologie de ces captivants insectes, le guide
présente des fi ches complètes d’identifi cation par espèce (description,
espèces semblables, périodes de vol, habitat, plantes hôtes, abondance,
Michel Leboeuf • Stéphane Le Tirantetc.). Tout pour combler le débutant comme l’observateur chevronné.
Rédacteur en chef du magazine Nature sauvage, Michel Leboeuf
est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles de vulgarisation en
sciences naturelles. Son travail journalistique a été primé par la
Société d’entomologie du Québec et le Service canadien des forêts.
Il est, en outre, lauréat du prix Hubert-Reeves pour le meilleur
ouvrage de vulgarisation scientifi que en français au Canada.
Conservateur et responsable des collections de l’Insectarium de
Montréal, Stéphane Le Tirant est aussi l’un des instigateurs de
l’événement annuel Papillons en liberté au Jardin botanique de
Montréal. Consultant pour la création de nombreuses volières un
peu partout dans le monde ainsi que pour la série Insectia, il a
entre autres à son actif plusieurs publications scientifi ques et
des expéditions entomologiques aux quatre coins de la planète.
ISBN 978-2-89435-579-4 editionsmichelquintin.ca
9 782894 355794PAPILLONS
ET CHENILLES
DU QUÉBEC ET DES MARITIMES
Michel Leboeuf
Stéphane Le TirantCatalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales Édition : Johanne Ménard
du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Révision linguistique : Serge Gagné
Leboeuf, Michel, 1962-Illustrations : Marthe Boisjoly
Conception Papillons et chenilles du Québec et des Maritimesgraphique : Ruth Pelletier et Sandy Lampron
Mise en page : Sandy Lampron (Guides nature Quintin)
Retouche photo : Stéphane Jennings Comprend des réf. bibliogr. et un index.
ISBN 978-2-89435-579-4 (br.)
ISBN 978-2-89435-580-0 (rel.)
1. Papillons - Québec (Province). 2. Papillons - Provinces maritimes.
3. Chenilles - Québec (Province). 4. Chenilles - Provinces maritimes.
Gouvernement du Québec 5. Papillons - Ouvrages illustrés. 6. Chenilles - Ouvrages illustrés. I. Le— Programme de crédit d’impôt pour l’édition de
Tirant, Stéphane. II. Titre. III. Collection : Guides nature Quintin.livres — Gestion SODEC
QL552.L42 2012 595.7’8909714 C2011-942860-1Les Éditions Michel Quintin bénéficient du soutien financier de la SODEC et
du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide au dévelop - Édition : Johanne Ménard
pement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour leurs activités d’édition.Révision linguistique : Serge Gagné
IllustrationsTous droits de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays. Toute : Marthe Boisjoly
reproduction d’un extrait quelconque de ce livre, par procédé mécanique ou Conception graphique : Ruth Pelletier et Sandy Lampron
électronique, y compris la microreproduction, est strictement interdite sans Mise en page : Sandy Lampron
l’autorisation écrite de l’éditeur.Retouche photo : Stéphane Jennings
ISBN 978-2-89435-579-4 ( version imprimée, reliure souple)
ISBN 978-2-89435-580-0 ( version imprimée, reliure cartonnée)
ISBN 978-2-89435-856-6 (PDF)
Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition Copyright 2012©de livres — Gestion SODEC
Éditions Michel Quintin
Les Éditions Michel Quintin bénéficient du soutien financier de la SODEC
4770, rue Foster et du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada
Waterloo (Québec) pour leurs activités d’édition.
Canada J0E 2N0
Tous droits de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays. Toute Tél.: (450) 539-3774
reproduction d’un extrait quelconque de ce livre, par procédé mécanique Téléc.: (450) 539-4905
ou électronique, y compris la microreproduction, est strictement interdite www.editionsmichelquintin.ca
sans l’autorisation écrite de l’éditeur.
ISBN 978-2-89435-579-4 (reliure souple)
ISBN 978-2-89435-580-0 (reliure cartonnée)
Dépôt légal – Bibliothèque nationale du Québec, 2012
– Bibliothèque nationale du Canada, 2012
Copyright 2012©
Éditions Michel Quintin
C.P. 340
Waterloo (Québec)
Canada J0E 2N0
Tél.: (450) 539-3774
Téléc.: (450) 539-4905
editionsmichelquintin.ca
12-WK-1
Imprimé en ChineTable des matières
Remerciements ...................................................................................6
Préface ...............................................................................................7
Avant-propos .....................................................................................9
Introduction 11
Première partie
OBSERVER ET IDENTIFIER PAPILLONS ET CHENILLES ............15
1. Évolution, diversité et biologie des lépidoptères ...............17
2. Où et quand observer les papillons .....................................39
3. Approcher et identifer lépidoptères et chenilles ...............61
4. Conserver pour demain ........................................................79
5. Attirer les papillons chez soi .................................................89
Deuxième partie
126 PAPILLONS À CONNAÎTRE ET À RECONNAÎTRE ..............97
Nos papillons diurnes famille par famille ...............................98
Comment utiliser les fches d’espèces ...................................100
Les papilionidés ......................................................................105
Les piéridés .............................................................................119
Les lycénidés ...........................................................................149
Les nymphalidés .....................................................................205
Les hespéridés .........................................................................309
POUR EN SAVOIR PLUS .............................................................367
Glossaire .................................................................................368
Correspondance entre les noms communs
et latins des plantes hôtes citées .......................................372
Liste des lépidoptères à statut précaire au Québec ..............378
Fiche d’observation ................................................................379
Liste des espèces observées ....................................................380
Crédits photographiques ........................................................383
Références bibliographiques .................................................384
Sites Internet ..........................................................................386
Index .......................................................................................388Papillon tigré du Canada
Remerciements
Les auteurs tiennent à remercier Georges Brossard et Anne Charpentier
pour leur chaleureuse contribution, ainsi que les lépidoptéristes Ross
Layberry, Jacqueline Miller et Richard Peigler pour leurs éclairantes
réponses à des questions entomologiques. Des remerciements sont
aussi adressés à des collaborateurs précieux : Gilles Deslisle,
YvesPascal Dion, Alexandre Banko, Julien Delisle, Dave Clermont, Étienne
Normandin-Leclerc, Vincent Lacombe, Thierry Vaglia, Florin Feneru,
Henri Miquet-Sage, Jean Aucoin et Laurent LeSage. Les auteurs
expriment leur gratitude aux personnes suivantes pour le prêt de spécimens
et des avis quant à la classifcation : Jean-François Landry, conservateur
des papillons à la Collection nationale d’insectes du Canada, et Stéphanie
Boucher, conservatrice au Musée Lyman de l’Université McGill.
Nous tenons également à remercier les membres de l’équipe des
collections de l’Insectarium de Montréal pour leur soutien : Pierre Veilleux,
Laurent Desaulniers, Lorraine Bluteau, Paul Harrison et René Limoges.
Soulignons particulièrement l’aide de ce dernier, qui a pho tographié
les spécimens illustrant les fches d’identifcation de la deuxième par -
tie de l’ouvrage. Un travail considérable, précis et impeccable.
Un grand merci également à Marthe Boisjoly, pour les superbes
illustrations de chenilles de même que les diverses fgures reproduites dans
la première partie du livre ; à Serge Gagné, réviseur linguistique, pour
la rigueur et la justesse ; à Michel Quintin, éditeur, pour l’impulsion de
départ et le soutien fnancier ; à Johanne Ménard, éditrice scientifque,
pour l’enthousiasme et le professionnalisme ; à Sandy Lampron, pour
la qualité artistique de la conception graphique et de l’infographie ; à
Stéphane Jennings, pour le travail minutieux de retouche photo et de
détourage. Les auteurs tiennent enfn à remercier conjointes et
enfants pour leur compréhension et leur patience tout au long de la
recherche, de la rédaction et de la production de l’ouvrage : Anne-Marie
Parent, Alexandra et Élisabeth Le Tirant ; Sandra Sultana, Sophie-Mae
et Ian Leboeuf.Préface
est avec plaisir que je rédige aujourd’hui la préface d’un livre C’nouveau sur les lépidoptères du Québec et des Maritimes. Trop
longtemps, il nous a fallu attendre la parution d’ouvrages sérieux sur
le sujet. Voici le dernier-né, mais non le moindre. En effet, grâce à la
plume avisée de Stéphane Le Tirant et Michel Leboeuf, nous voici dotés
d’un ouvrage exceptionnel permettant non seulement la connaissance
de cette biomasse phénoménale constituée par les lépidoptères, mais
aussi une vulgarisation et une sensibilisation éclairées à cet ordre
d’insectes encore méconnu.
Car, oui, il existe un peu partout dans le monde une ignorance face
aux papillons, et le Québec n’échappe point à cette réalité ; vivre en
Amérique du Nord pour un papillon constitue déjà un déf incroyable
d’adaptation, de ruse, d’originalité. Les papillons de nos régions doivent
non seulement survivre à des conditions climatiques rigoureuses, car
nos hivers sont longs et parfois cruellement froids, mais ils doivent
également savoir composer, dans la mesure où ils s’associent étroitement
avec une ou des plantes hôtes durant leur cycle de vie, avec la diversité
végétale plus restreinte de notre contrée nordique.
Quelle belle association, pour ne pas dire symbiose, de deux chercheurs,
de deux communicateurs québécois qui, par des sentiers différents, ont
su parvenir à destination commune : permettre à tous une meilleure
appréciation de ces bijoux volants. La feuille de route de ces deux
passionnés engagés dans la recherche et la vulgarisation scientifques est
exceptionnelle. Je les salue avec émotion pour l’investissement des
moins égoïste qu’ils viennent de réaliser. Je suis assuré que cet ouvrage
connaîtra un succès certain et répété. Souhaitons qu’il se retrouve dans
toutes les bibliothèques publiques, scolaires et privées du pays et que
les enfants aient également la chance de consulter ce livre de référence
des plus valables, conçu aussi en pensant à leur héritage. Merci au nom
de tous les lecteurs qui seront « pollinisés » par cet ouvrage.
Amitiés et respect.
Georges Brossard
Fondateur de l’Insectarium de Montréal MonarqueAvant-propos
ous vivons à une époque où la pression que nous, humains, exer-Nçons sur les ressources de la planète, dépasse du tiers sa capacité
de résilience, une époque où la moitié de la population mondiale vit
en milieu urbain et où les repères qui nous lient à la nature sont peu
explicites pour la majorité. Aussi, l’intérêt que l’on accorde à la nature
varie beaucoup selon nos valeurs personnelles ou collectives. Dans ce
contexte, apprécier, comprendre, mieux vivre la nature… et la laisser
vivre, prend toute son importance, voire toute son urgence.
Par son approche qui met l’accent sur l’observation… sans flet, ce guide
des papillons diurnes et chenilles du Québec et des Maritimes nous
accompagne en douceur pour nous faire découvrir ces magnifques insectes.
Savoir choisir et reconnaître le bon endroit, le bon moment, prendre
le temps… et, oui, avoir la patience, sont autant de clés pour de belles
rencontres avec les papillons. Puis, pourquoi tenter de les capturer alors
qu’une photographie en fournit un tout aussi beau souvenir ?
Grâce à leur beauté, les papillons sont de précieux ambassadeurs de la
biodiversité et, à leur insu, des catalyseurs de notre propre
réenchantement face à la nature.
Je salue les auteurs – Michel Leboeuf, grand conteur de la nature et
prolifque communicateur scientifque, puis Stéphane Le Tirant, ento -
mologiste passionné aux vastes connaissances et apprécié collègue à
l’Insectarium de Montréal – pour ce nouveau regard et cet outil inspirant
sur les papillons.
Anne Charpentier
Directrice
Insectarium de Montréal, espace pour la vieArgynne cibèleIntroduction
« Les papillons ne sont que des feurs envolées un jour de fête
où la nature était en veine d’invention et de fécondité. »
Georges Sand
es papillons fascinent les hom- doivent d’abord s’exhiber volontai-L mes depuis toujours. Nul doute rement, au vu et au su de tous ces
que leurs couleurs chatoyantes, leur prédateurs aux aguets. Plusieurs
apparition aux jours les plus doux périront durant l’épopée, mais
de l’année et le côté éphémère de certains arriveront à s’accoupler,
leur vie d’adulte y sont pour quel- perpétuant ainsi l’espèce.
que chose.
Les lépidoptères fgurent parmi
On les associe aussi, généralement, les plus beaux insectes qui soient.
avec les jardins, l’orée des bois, les Ils forment aussi un groupe
intenprés feuris ; des lieux ouverts, pai- sément étudié. Pas étonnant, dès
sibles, d’une beauté et d’une séré- lors, qu’on en sache plus sur les
nité certaines, que nous, humains, papillons que sur la plupart des
chérissons plus que d’autres. autres ordres d’insectes. Ils sont
bien visibles et présents, voire
omLes lépidoptères sont des symboles niprésents, dans tous les habitats
culturels d’une grande importance. terrestres, même ceux bouleversés
Dans plusieurs pays, ils sont, par en profondeur par les humains.
exemple, perçus comme les
représentants des défunts. Ces multiples facettes du monde
des papillons en font un groupe
fasLe papillon est un animal symbo- cinant à découvrir et à observer.
liquement chargé de sens. L’adulte
métamorphosé, émergeant de son À propos de cet ouvrage
cocon, représente le renouveau ; la
Le livre que vous tenez entre les venue d’une ère d’insouciance, de
mains a pour objet de vous aider grande légèreté, de liberté ; l’âme
à mieux comprendre la biologie et dépouillée de son enveloppe
terl’écologie de nos papillons diurnes, restre, imparfaite, qui la reliait jadis
de même qu’à identifer 126 espèces à la Terre.
qu’il est possible de rencontrer au
Pourtant, la vie du papillon adulte, Québec et dans les Maritimes.
si brève soit-elle, n’est pas
insouciante, loin s’en faut. Le stade La première partie porte
notamadulte est des plus périlleux. Pour ment sur l’évolution et la diversité
des espèces (chapitre 1). On y sur-trouver un partenaire dans l’habitat,
puis se reproduire, mâle et femelle vole également des faits d’intérêt liés à leur cycle de vie ou à leurs La deuxième partie, quant à elle,
brosse le portrait de 126 espèces stratégies de défense et de parade
réparties dans les cinq grandes vis-à-vis des prédateurs. Les
chapifamilles présentes au Québec et tres suivants vous permettront d’en
dans les Maritimes (papilionidés, savoir davantage sur leurs exigences
piéridés, lycénidés, nymphalidés
écologiques de même que sur les
et hespéridés).
lieux et les moments les plus
propices à leur observation (chapitre Chaque espèce y est traitée sur une
2), et de connaître les meilleures double page, avec des planches
manières d’approcher, d’observer et d’identifcation en couleurs pour les
d’identifer lépidoptères et chenilles adultes (photos) et les chenilles
(illustrations), une carte de répartition, (chapitre 3). Alors que le chapitre 4
ainsi que des rubriques permettant s’ouvre sur une discussion à propos
d’identifer le papillon et de connaî -de la conservation des papillons et
tre, par exemple, les périodes de vol de leurs habitats, celui qui clôt cette
et les caractéristiques particulières
partie, le chapitre 5, traite
d’amédes milieux qu’il fréquente.
nagement. On y apprendra
notamment comment attirer les papillons Ce guide s’adressant à un vaste
chez soi, en grande partie pour leur public, nous avons tenté d’utiliser
pérennité, mais aussi pour notre le langage le plus simple possible
petit bonheur à nous. dans les descriptions d’espèces.
12Néanmoins, pour des raisons de Enfn, la troisième et dernière partie
de l’ouvrage regroupe, entre autres, compréhension et de précision,
un glossaire des termes employés nous avons parfois eu recours à
dans les textes, une liste de sites certains termes techniques,
notamInternet et de commerces spéciali-ment pour décrire les motifs et les
sés à visiter, des références biblio-patrons des ailes des lépidoptères.
graphiques, une fche d’observation
modèle et un index.
Avant de prendre la clé des champs et
d’utiliser le guide pour identifer les
De la fantastique odyssée
migraspécimens rencontrés, il est conseillé
trice du monarque au chatoiement
au lecteur de consulter les schémas velouté du morio, de l’éclair bleuté
alaires reproduits en page 103 pour se de l’azur printanier à la discrète
préfamiliariser avec la terminologie uti- sence du lutin mystérieux dans la
lisée. Par ailleurs, une connaissance futaie des hautes forêts, oui, les
pasommaire des caractéristiques pro- pillons éblouissent, séduisent, font
pres aux cinq familles de lépidoptères rêver. Plongez dans cet ouvrage et
présentes sur notre territoire (à ce partez à la rencontre de ces êtres
magnifques, vous verrez, vous ne sujet, voir les pages 98-99) permettra
serez pas déçus. également de déterminer le nombre
d’espèces possibles quand viendra
le temps d’identifer les papillons
sur le terrain.
Monarque
13Première partie
OBSERVER ET IDENTIFIER
PAPILLONS ET CHENILLES
« Même pour le simple envol d’un papillon
tout le ciel est nécessaire. »
Paul ClaudelBoloria des tourbièresÉvolution, diversité et biologie 1 des lépidoptères
L’ordre des lépidoptères (nom dérivé Les papillons se distinguent des
des termes grecs lepidos signifant autres insectes par deux
caracté« écaille » et pteron, « aile ») est un ristiques, soit la présence d’ailes
groupe d’importance dans la classe recouvertes d’écailles et de pièces
des insectes. En nombre d’espèces buccales en forme de trompe pour
recensées à ce jour, les papillons ar- aspirer des liquides (la plupart des
rivent en troisième place, après les papillons adultes ne se nourrissent
coléoptères (coccinelles, hannetons, que de liquides). La trompe,
parlongicornes, etc.) et les hyménoptè- fois fort longue (comme celle des
res (guêpes, abeilles, fourmis, etc.). sphinx, famille des sphingidés), est
On estime à environ un million le enroulée au repos et se déploie
lorsnombre d’espèces d’insectes sur la que le papillon s’abreuve du nectar
planète. D’entre elles, 150 000 à des feurs, de la sève coulant des
180 000 sont des papillons. Plusieurs blessures d’un arbre ou des liquides
spécialistes considèrent toutefois provenant de fruits ou d’animaux
que le nombre exact d’espèces de en décomposition.
lépidoptères oscille entre 300 000
et 500 000, un bon nombre restant Les lépidoptères affchent aussi
à découvrir et à décrire. d’autres caractères morphologiques
Belle dame
17externes partagés, cette fois, avec 100 millions d’années, durant le
Crétacé, alors que s’amorçait, à la les autres insectes : antennes, yeux
composés, organisation du corps même période, la diversifcation
des espèces de plantes à feurs. La en trois parties (tête, thorax,
abdopollinisation par les papillons men). Le thorax est segmenté en
(mais aussi par d’autres insectes trois sections à son tour, chacune
et certains oiseaux) a permis aux munie d’une paire de pattes (pour
plantes à feurs (ou angiospermes) un total de six). Chez la majorité
de se reproduire et de coloniser de des insectes se trouvent aussi deux
nouveaux territoires à la surface paires d’ailes sur les deux derniers
du globe. segments du thorax.
En outre, les trois stades vitaux de Quand les papillons
développement des lépidoptères
prirent leur envol
qui précèdent le stade adulte (œuf,
L’émergence des papillons se chenille, chrysalide) se déroulent
situe quelque part entre 80 et à proximité d’une ou de quelques
AnAtomie du pApillon
Morphologie externe d’un papillon adulte pourvu de deux paires d’ailes, de trois
paires de pattes et d’organes sensoriels (œil composé, antenne, palpe et trompe)
destinés à repérer et extraire de la nourriture (nectar) et à trouver un partenaire
pour l’accouplement, raison d’être du stade adulte.
AILES ANTÉRIEURES
TÊTE
ANTENNES
AILES POSTÉRIEURES
YEUX COMPOSÉS
PALPE LABIAL (souvent
au nombre de deux)
TROMPE
ABDOMEN
PATTES ANTÉRIEURES
(REPLIÉE)
PATTES POSTÉRIEURES PATTES MÉDIANES
THORAX
18Oeil composé d’un hespéridé
plantes qui leur sont étroitement Les premiers lépidoptères auraient
associées (leurs plantes hôtes). été des insectes plutôt nocturnes,
C’est dire toute l’importance de récoltant le nectar à la nuit
tomcette co-évolution, entreprise voilà bée. Certains chercheurs estiment
des millions d’années et toujours que l’émergence de nouvelles
en marche. espèces diurnes aurait été favorisée
Discrets ancêtres
Malgré le peu de traces fossiles (ce qui n’est guère surprenant
considérant la structure fragile et la courte durée de vie du stade adulte
chez les papillons), on estime généralement que la plupart des
familles modernes de lépidoptères existaient
déjà il y a environ 34 à 40 millions d’années.
Un site fossile d’importance, celui de
Florissant, au Colorado, révèle en
effet l’existence à cette époque
de formes que l’on côtoie
aujourd’hui et même de
genres actuels (le genre
Vanessa par exemple).
L’un des premiers
papillons fossiles trouvé sur
ce site est un nymphalidé
du genre Prodryas (photo), qui
avait une envergure de 5 cm.
19par la pression de prédation des diversité des papillons
chauves-souris sur les papillons au Québec
de nuit. Toutefois, vivre en plein et dans les MaritiMes
jour n’est pas de tout repos non
Au Québec, 2577 espèces de lépi-plus, car les prédateurs sont fort
doptères ont été observées. De façon nombreux (oiseaux insectivores,
similaire à ce qu’on observe ailleurs petits et moyens mammifères,
araidans le monde, la vaste majorité gnées, autres insectes – mantes et
de ces espèces sont des papillons libellules, etc.).
actifs la nuit (environ 95 % des
espèces). Les espèces nocturnes de Du fait de leur plus grande taille et
petite taille ou de très petite taille de leurs couleurs vives (pour que
(on les appelle microlépidoptères) les deux sexes se reconnaissent dans
composent la majeure partie des l’habitat), les papillons diurnes sont
effectifs de papillons au Québec des proies plus faciles à détecter que
et dans les Maritimes. Connues les papillons nocturnes. C’est sans
davantage des entomologistes doute, en partie, ce qui explique la
faible proportion de papillons diur- professionnels et des amateurs
nes (après des millions d’années chevronnés, plusieurs d’entre elles
d’évolution, le nombre d’espèces n’ont même pas de nom commun,
seule une désignation latine leur diurnes est considérablement plus
ayant été attribuée. faible que le nombre d’espèces de
papillons nocturnes, lesquels
représentent quelque 90 % du total Certains de ces papillons nocturnes
à l’échelle mondiale). sont par ailleurs fort connus des
Papillon lune
20Les papillons, porte-étendards
de la biodiversité
La crise de la biodiversité est mondiale. Elle frappe donc, ici aussi,
de plein fouet. À cet égard, les papillons sont de bons
ambassadeurs pour la conservation des habitats naturels et, par voie de
conséquence, des petites espèces inconnues qu’ils contiennent, des
espèces qui, bien souvent, nous rendent de précieux services
écologiques. L’omniprésence des papillons dans de multiples habitats, y
compris les habitats modifés par l’humain, s’avère utile en matière de
conservation. Faciles à dénicher, à observer, à dénombrer, ils jouent
à merveille le rôle d’indicateurs sur l’état de santé des écosystèmes.
Par leur abondance, leur diversité, leur distribution et la rapidité
de leur cycle de vie, les papillons sont de véritables baromètres
de l’environnement : ils peuvent nous permettre de mesurer, plus
effcacement et plus rapidement qu’avec d’autres groupes d’êtres
vivants, les impacts de l’homme sur la nature et de tenter de les
atténuer le plus possible.
Belle dame
21Chenilles de la livrée des forêts
spécialistes en raison des ravages généralement plus grande, ils
qu’occasionnent leurs chenilles s’observent dans tous les habitats
dans les cultures destinées à l’ali- possibles.
mentation (vergers, plantations
de maïs, etc.) ou en forêt. Le tort Considérant la diversité
d’écosystècausé aux peuplements de sa- mes et l’énorme superfcie de notre
pins baumiers par les larves de territoire, il n’est pas étonnant de
Choristoneura fumiferana, mieux pouvoir contempler, chez nous,
connue sous le nom de tordeuse une si belle richesse d’espèces.
des bourgeons de l’épinette, est Tour à tour, les forêts décidues et
considérable. L’arpenteuse de la bo réales, les vallées et les
montapruche (Lambdina fscellaria) et la li- gnes, les tourbières et les prés feu -
vrée des forêts (Malacosoma disstria) ris, les milieux d’eau douce ou ceux
sont deux autres lépidoptères sur d’eau salée fournissent des habitats
la liste noire des ingénieurs fores- variés susceptibles d’héberger,
chatiers. Si désastreuses soient-elles en cun, une pléiade d’espèces.
matière économique, les invasions
cycliques de telles espèces sont hau- papillons diurnes
tement bénéfques d’un point de ou papillons nocturnes ?
vue biologique ; elles contribuent
On distingue généralement deux à renouveler naturellement les
écogroupes au sein de l’ordre des lépi-systèmes forestiers.
doptères, soit les papillons diurnes
(rhopalocères) et les papillons noc-Au chapitre des microlépidoptères,
turnes (hétérocères). Cette classifca -des dizaines d’espèces restent à
tion n’est plus reconnue aujourd’hui découvrir. Plusieurs experts
s’enpar les taxonomistes. Il y a tellement tendent pour dire qu’il y aurait au
d’exceptions et de critères obscurs Québec, encore aujourd’hui, de
de distinction qu’il est diffcile pour nombreuses espèces non décrites.
le non-spécialiste de tenter de clas-On estime généralement à 3 000 le
ser les espèces dans l’une ou l’autre nombre maximal de lépidoptères
qui devraient ainsi se trouver sur catégorie selon leur période
quotinotre territoire. De ce nombre, on dienne d’activité, qu’elle soit diurne
compte un peu plus de 125 espè- ou nocturne. La distinction jour∕nuit
ces de papillons diurnes. Mieux demeure néanmoins pratique pour
connus, plus colorés et de taille l’usage commun.
22On désignera alors les espèces de chaque côté de leur corps. Si
cerdiurnes, dans le cadre du présent tains papillons de nuit – comme
ouvrage, comme tous les lépidop- les sphinx – sortent davantage au
tères pourvus d’antennes dont l’ex- crépuscule qu’en pleine nuit (le
trémité est en forme de massue ou sphinx du laurier, le sphinx du
pommier), d’autres volent carrément en de crochet. Ces espèces répondent
aussi aux autres critères suivants : plein soleil et butinent à la façon
des bourdons (le sphinx colibri, le elles sont habituellement parées de
couleurs plutôt vives, sont davan- sphinx du chèvrefeuille). Le critère
tage actives en plein jour et leurs arbitraire pour distinguer ces
papillons actifs de jour des papillons ailes, au repos, sont souvent
redressées et jointes les unes aux autres. dits diurnes est alors celui des
antennes : la partie terminale de leurs
Au repos, les papillons nocturnes antennes ne prend jamais la forme
rabattent leurs ailes à l’horizontale, d’une massue ou d’un crochet.
Un papillon nocturne… actif le jour
Quelques espèces dites nocturnes, comme le sphinx colibri, Hemaris
thysbe, volent en plein jour. On les désigne alors comme des papillons
« actifs de jour ». Mais leurs antennes ne se terminent pas en massue
ou en crochet, comme c’est le cas chez les papillons diurnes.
23Monarque
période (les stades de l’œuf et de la de l’œuf à l’adulte
chrysalide), mais aussi d’exploiter
Les lépidoptères sont des insectes toutes les ressources alimentaires
à métamorphose complète, c’est- d’un habitat donné (le stade de la
à-dire qu’ils passent, au cours de chenille). Le stade adulte, qui n’a
leur cycle vital, par quatre stades de pour fnalité que d’assurer la pé -
développement : l’œuf, la chenille, rennité de l’espèce et de mettre au
la chrysalide et l’adulte (imago). monde la prochaine génération, est
Certains ordres d’insectes plus an- le plus risqué – mâles et femelles
ciens sont dits à métamorphose in- s’exhibent pour se reconnaître, se
complète ; ils n’ont que trois stades rejoindre et procréer.
(le stade nymphal est absent chez
ces groupes). En moyenne, la durée du stade de
l’œuf est de quatre à sept jours ; celle
Le fait de passer par différents sta- du stade larvaire, de deux à quatre
des de développement permet aux semaines ; celle du stade nymphal,
papillons non seulement d’amélio- d’une à deux semaines ; et celle du
rer leurs chances de survie, en res- stade adulte, fort variable selon les
tant immobiles et bien dissimulés espèces, d’une semaine à plusieurs
dans l’habitat pour une certaine mois.
24une vie, quAtre stAdes
ADULTE
CHRYSALIDE
Le cycle vital des papillons passe par quatre stades
de développement : l’œuf, la chenille, la chrysalide et OEUF
l’adulte. Les papillons qui fréquentent nos régions
survivent à la saison froide en ralentissant considérablement
leur métabolisme. Selon l’espèce, ils passent l’hiver sous l’une
ou l’autre forme propre à chaque stade de développement.
Les stratégies varient en fonction de l’écologie de chacune
des espèces et de leur utilisation de l’habitat. Le monarque,
lui, migre jusqu’au Mexique, et c’est sous la forme d’adulte
qu’il y passera l’hiver.
CHENILLE
La ponte d’œufs solitaires permet L’œuf
de diminuer le potentiel
d’attracSelon les espèces, après
fécondation pour les prédateurs potentiels
tion, la femelle pondra tous ses
(coléoptères, autres arthropodes, œufs à un seul ou plusieurs sites.
oiseaux, etc.) et garantit à la femelle Celle du baltimore, Euphydryas
que, du lot, au moins quelques phaeton, préférera déposer les siens
individus émergeront. Mais cette à proximité d’œufs déjà pondus par
stratégie multiplie le nombre de d’autres femelles de son espèce. On
compte parfois jusqu’à 600 œufs de sites exposés et le nombre de fois
baltimore sur une même plante. où elle doit se poser pour pondre,
25risquant derechef d’attirer l’atten- les femelles choisissent
méticuleusetion de prédateurs aux aguets. ment les végétaux sur lesquels elles
pondent leurs œufs, de manière à ce
La ponte d’œufs groupés en un que leurs larves, fraîchement écloses,
seul site a sans doute le mérite de puissent compter sur une nourriture
diminuer la probabilité pour cha- abondante et facile d’accès. La
reque œuf d’être consommé, mais connaissance d’une plante hôte par
en revanche, il est plus probable une femelle se fait visuellement et
pour un prédateur de trouver une chimiquement.
masse d’œufs qu’un œuf solitaire.
Néanmoins, les œufs situés pro- Le nombre d’œufs pondus
(générafondément au centre d’un groupe lement de 200 à 1 000) varie selon
ont une certaine chance de n’être les espèces. Leur forme et leur taille
pas dévorés, les œufs en surface et sont aussi fort différentes mais,
en périphérie étant consommés habituellement, ceux des espèces
en premier. appartenant à une même famille
tendent à se ressembler. Les œufs
Les chenilles – toutes herbivores des papillons sont généralement
sauf en de rares exceptions (celle collés aux tissus de la plante hôte
du moissonneur par exemple) – (sur les tiges, les pétioles, près
s’alimentent souvent sur une seule des bourgeons, des boutons fo -
plante (la plante hôte), parfois sur raux en émergence, à l’endos des
les plantes d’un seul genre ou d’une feuilles, etc.) grâce à une substance
seule famille. Pas étonnant alors que adhésive produite par la femelle.
Oeufs de rhopalocères
26Oeufs de rhopalocères
Certaines espèces (les argynnes) de ces parasitoïdes consomment
pondent, elles, sur le sol ou sur tout alors, de l’intérieur, les embryons
autre support végétal à proximité des lépidoptères et utilisent cette
d’une plante hôte. D’autres encore, riche nourriture pour leur propre
comme l’azur printanier, pondront émergence.
exclusivement sur des plantes
patrouillées par certaines espèces La chenille
de fourmis, lesquelles aideront et
Le stade larvaire – période qui protégeront les chenilles à naître,
s’étend entre le moment où la en échange de sécrétions sucrées
chenille sort de l’œuf et celui où produites par ces dernières durant
elle s’immobilisera, quelques se-leur croissance.
maines plus tard, pour passer au
stade de chrysalide – est une phase Dotés d’une membrane en
plude grande frénésie alimentaire : du-sieurs couches, faite d’une protéine
rant ce laps de temps, la chenille ira résistante qui assure également les
jusqu’à multiplier sa taille par 3 000. échanges gazeux avec l’extérieur, les
Sa croissance est donc extrêmement œufs des lépidoptères sont coriaces
rapide, et elle passe par plusieurs et discrets. Mais cela n’empêche
mues successives (dont le nombre pas bactéries, champignons et
prédateurs de les attaquer. Plusieurs varie selon les espèces) avant
d’atpetites guêpes et mouches, dites teindre sa taille fnale.
parasitoïdes, s’en prennent aussi
aux œufs des lépidoptères en pon- L’enveloppe externe de la chenille
dant leurs propres œufs à l’intérieur compte 13 segments, dont trois –
de ceux des papillons. Les larves les premiers situés juste derrière la
27Chenille de papillon tigré du Canada,
sur le point de passer au stade de chrysalide
tête – composeront le thorax du porte-queue, lutins, etc.) rendent
papillon adulte en devenir. Les six celles-ci à toutes fns pratiques in -
« vraies » pattes de l’adulte à venir visibles aux yeux d’agresseurs
posont localisées sur ces trois seg- tentiels. Certaines autres espèces
ments antérieurs. Sur les 10 autres imitent des pétioles, des ramilles
segments, qui deviendront l’abdo- ou des tiges d’arbres ou d’arbustes.
men, on remarque de « fausses » D’autres encore ont une robe
mipattes, aidant à la locomotion de mant une fente d’oiseau.
la chenille, qui disparaîtront durant
la métamorphose en adulte. Après trois robes successives où
la chenille ressemble à une fente,
Machine à dévorer la végétation, la la quatrième et dernière mue de
chenille ne fait que ça. Pour pou- la chenille du papillon tigré du
voir brouter tranquille, elle doit Canada présente sur son thorax
compter sur des adaptations des- deux grands points noirs cerclés
tinées à la camoufer, à faire peur de jaune, rappelant des yeux
intià d’éventuels prédateurs ou encore, midants vus de face.
par des substances toxiques, à
déComme quelques autres espèces courager tout consommateur de
s’en prendre à elle. de papilionidés, la chenille du
papillon du céleri possède un organe
Au cœur de la végétation, la livrée coloré et bifde près de la tête, l’os -
vert tendre et la texture du corps meterium, qui se déploie vivement
des chenilles de plusieurs espèces en cas d’attaque en libérant des
de la famille des lycénidés (cuivrés, sécrétions acides de manière à faire
28AnAtomie de lA chenille
TÊTE
MANDIBULE
OEIL SIMPLE
THORAX
ABDOMEN
PATTE AMBULATOIRE
« »( VRAIE PATTE)
PATTE VENTOUSE PATTE ANALE
(« FAUSSE » PATTE) « »( FAUSSE PATTE)
fuir l’assaillant. Plusieurs autres La dernière stratégie en liste
conespèces disposent de poils ou de siste à prévenir les prédateurs par
simulacres d’épines pour découra- des couleurs contrastantes. En effet,
ger d’éventuels consommateurs. À dans le monde animal, des coloris
fort grossissement, une minuscule voyants signalent habituellement
goutte d’un liquide huileux est vi- la présence (ou la simulent) de
sible à l’extrémité de chaque poil toxines dangereuses en cas
d’inrecouvrant le corps de la chenille gestion de la proie. Les chenilles
de la piéride du chou (Pieris rapae, du baltimore et du monarque,
nofamille des piéridés). L’huile en tamment, ont recours à ce procédé.
question la rendrait fort désagréa- C’est connu : la chenille du
monarble au goût des prédateurs. que, qui se nourrit de l’asclépiade,
Chenilles de monarque
fraîchement écloses
29Chenille de monarque sur une asclépiade
se gorge de glucosides cardiaques Les oiseaux insectivores comptent
et en concentre la teneur dans ses parmi les prédateurs les plus
assitissus. Ce composé chimique fait dus des chenilles. Pas étonnant que
bondir le rythme cardiaque de tout la ponte et le nourrissage de leurs
prédateur l’ingurgitant. Celui-ci oisillons coïncident habituellement
vomira sans attendre la chenille. avec les périodes d’éclosion larvaire
Confronté une seconde fois à une de plusieurs espèces de
lépidoptètelle proie, il s’en tiendra loin et res. Plusieurs parulines forestières,
cherchera ailleurs de quoi faire notamment, proftent de la manne
son repas. de juin et de juillet pour gaver leurs
petits de chenilles à haute teneur
Malgré tous ces stratagèmes, des en protéines.
quatre stades du cycle vital des
lépidoptères, le stade de la chenille est Tout comme les œufs, les chenilles
celui qui affche le plus haut taux des papillons font, elles aussi,
l’obde mortalité. Car les périls sont jet d’attaques de la part d’animaux
nombreux : sécheresse prolongée, parasitoïdes. Plusieurs minuscules
gelées tardives, champignons, vi- hyménoptères (guêpes) pondent
rus, parasites et une cohorte im- leurs œufs sur ou dans le corps des
pressionnante de prédateurs dont chenilles, assurant ainsi aux larves
d’autres insectes, des araignées une fois écloses une véritable
canembusquées (thomises), des rep- tine mobile, un buffet à volonté
tiles, des amphibiens, des petits qui perdurera tout au long de leur
mammifères. croissance.
30La chrysalide est maintenant prête pour
l’émergence qui, chez plusieurs espèces, a
À la fn du stade chrysalide, la che -
souvent lieu au lever du soleil.
nille s’attache à un support rigide
grâce au crémaster, une structure
Peu après sa sortie de l’enveloppe qui
en forme de crochet située à l’extré- le protégeait, le papillon aug mente
mité du dernier segment abdominal considérablement sa pression interne
(voir la fgure en page 32). À nos et pompe l’hémolymphe, le liquide
yeux, rien ne semble bouger à l’in- interne propre aux insectes, dans ses
térieur de la chrysalide, mais c’est ailes pour lentement les déployer.
au contraire une période d’intenses Celles-ci prendront plusieurs heures
bouleversements physiologiques. à sécher, l’obligeant à une période
Les structures anatomiques de la d’immobilisme avant l’envol.
chenille sont rapidement
désassemblées et celles de l’adulte font leur Si, de manière générale, le stade
apparition. Dans les 48 premières de la chrysalide est relativement
heures, le patron des ailes est rapi- court (7 à 15 jours en moyenne),
dement mis en place. Lorsque la mé- certaines espèces passent toutefois
tamorphose est complétée, soit de considérablement plus de temps
quelques jours à un peu plus d’une sous cette forme. C’est en
chrysemaine plus tard, une hormone salide qu’elles passeront l’hiver
d’éclosion est p roduite. La chrysalide sous nos latitudes. Les papillons
Chrysalide de monarque
31AnAtomie de lA chrysAlide
CRÉMASTER
ABDOMEN STIGMATE
AILES
ANTENNES
THORAX
TÊTE
qui volent très tôt en saison par L’adulte
exemple, alors que les dernières
Si le stade de la chenille en est un
plaques de neige n’ont pas encore
d’alimentation, d’augmentation
totalement disparu des sous-bois
de la biomasse de l’individu, celui ombragés (azur printanier, bleu
de l’adulte en est un de reproduc-argenté, piéride des crucifères,
piétion de l’espèce. La vie adulte ne ride du chou), ont recours à cette
représente donc qu’un bref instant stratégie. Mais, attention, ce n’est
dans l’ensemble du cycle vital du pas une règle absolue ; dans le cas
papillon. de quelques autres espèces hâtives
elles aussi à prendre leur envol au
L’adulte doit néanmoins s’alimen-printemps (morio, polygone
virter pendant cette période (bien que gule), c’est à l’état adulte qu’elles
ce ne soit pas toujours le cas, certai-passent l’hiver.
nes espèces ne se nourrissant pas
du tout sous leur forme adulte). Le Certaines espèces de papillons
nectar des feurs, riche en sucres, nocturnes, comme les saturnidés,
passent aussi l’hiver sous forme demeure l’aliment principal des
de chrysalide, leur épais cocon les papillons adultes, bien que certains
protégeant du froid. consomment également de la sève
32s’écoulant des blessures d’arbres, plus il s’expose aux prédateurs ; en
des fuides corporels de carcasses en revanche, moins il cherche, plus il
décomposition, du pollen ou des accepte de butiner des feurs aux
liquides provenant de déjections nectars de faible qualité, plus il
réanimales. duit son temps d’exposition et sa
probabilité d’être attaqué durant
Compromis entre la viscosité et sa quête alimentaire.
l’énergie contenue dans le liquide
pompé par la trompe, la teneur en Le carburant ainsi emmagasiné
sucre du nectar idéal serait d’environ permet au papillon adulte de
comp40 % pour les lépidoptères, bien que ter sur l’énergie nécessaire en vue de
certains papillons de la famille des mener à bien sa mission : trouver un
hespéridés consomment des nectars ou une partenaire et se reproduire.
concentrés en sucres jusqu’à 65 %.
Pour le papillon adulte en quête Les papillons recherchent aussi des
d’énergie, la préférence d’une feur liquides contenant un taux élevé de
ou d’une autre est affaire de straté- sodium. C’est pourquoi on observe
gie : plus il cherche la feur idéale, parfois au sol des attroupements
d’une grande qualité énergétique, de dizaines d’individus, comme
Vanesse de Virginie
33des papillons tigrés ou des bleus stratégies : la patrouille active (voler
nordiques, léchant la boue d’une sans cesse jusqu’à trouver une
fefaque plus ou moins grande de melle) ou le guet (demeurer perché
vase à la recherche de sels minéraux. jusqu’à ce que passe une femelle).
Des chercheurs ont découvert que Habituellement, les mâles qui se
ces attroupements sont majoritai- perchent et font le guet défendent
rement le lot des mâles (souvent ardemment la zone immédiate de
à plus de 95 %). Les sels minéraux leur perchoir et expulseront tout
sont stockés dans les spermato- rival qui viendra à passer. Chez
phores (sacs contenant la semence les papillons diurnes, c’est donc
mâle transférée à la femelle lors de visuellement que le mâle trouvera
la copulation). Distribués en même une partenaire (alors que chez les
temps que les spermatozoïdes, les espèces nocturnes, les phéromones
suppléments nutritifs offerts par le jouent un grand rôle dans la
découmâle serviraient à améliorer la lon- verte des femelles par les mâles).
gévité et la fertilité de la femelle.
Une fois la femelle trouvée, le mâle
La reproduction se déroule en trois amorce son approche. Si elle est en
étapes : la recherche du partenaire, vol, il la survolera de très près et
tenl’approche, la copulation. tera de la faire atterrir. Si elle est déjà
posée, il se posera dans les parages
En premier lieu, il faut donc trouver immédiats. C’est elle, néanmoins,
son partenaire. Pour ce faire, les qui décidera de la suite des choses,
mâles papillons ont recours à deux qui acceptera ou non de copuler. Si
Bleus nordiques
34Piérides du chou
vie d’un papillon adulte est très la femelle semble réceptive, le mâle
brève, quelques semaines pour la émettra alors des phéromones et
majorité des espèces. s’approchera davantage.
En tenant compte de tous les La copulation est effective lorsque
facteurs de mortalité possibles les deux partenaires sont soudés
(prédation, maladies, parasites, queue à queue. Le mâle transfère
conditions météorologiques dé-alors le spermatophore qui sera
sastreuses, etc.), l’espérance de vie conservé par la femelle dans une
d’un papillon adulte est encore plus chambre abdominale spéciale,
apcourte : une semaine, en moyenne, pelée bursa copulatrix. Selon les
espour la plupart. En général, les fe-pèces, les deux partenaires peuvent
melles tendent à vivre un peu plus demeurer soudés l’un à l’autre de
longtemps que les mâles (quelques 30 à 120 minutes. S’ils sont
déranjours tout au plus). De même, les gés, ils s’envoleront ainsi, un des
grosses espèces vivent un peu plus deux individus battant
vigoureuselongtemps que les plus petites. ment des ailes pour soulever l’autre
et l’emmener au loin.
Si les chenilles sont passées maîtres
dans l’art du camoufage ou encore Les partenaires se sépareront
ensuite et la femelle se préparera à dans celui de se défendre contre leurs
nombreux assaillants, les papillons la ponte. Il n’y a pas de temps à
adultes ne sont pas en reste. perdre : la durée maximale de la
35Vulcain
Alors que la surface dorsale des ou feinte) ou d’un goût trop
ailes du papillon diurne (celle que désagréable. Le monarque adulte
l’on observe quand le papillon contient les mêmes substances que
étale ses ailes à l’horizontale) est sa chenille ; avalé, il sera recraché
habituellement colorée pour fa- aussitôt. Les piérides adultes
(piéciliter la reconnaissance visuelle ride des crucifères, piéride du chou)
entre des individus de la même ont une saveur repoussante en
raiespèce, la surface ventrale des son des huiles provenant des
planailes relevées au repos est souvent tes hôtes de la famille des crucifères
cryptique. Les tons de gris ou de consommées par leurs chenilles.
brun et les motifs marbrés ou
veiQuelques espèces sous nos latitu-nés sont autant d’attributs qui se
marient aux écorces d’arbres ou des ont aussi recours au mimétisme.
aux feuilles mortes sur le par- La livrée du vice-roi par exemple
terre de la forêt pour dissimuler (famille des nymphalidés) est fort
le papillon le plus possible dans semblable à celle du monarque ;
l’habitat. C’est le cas de plusieurs sa ressemblance le protège des
nymphalidés (boloria des prés, prédateurs.
croissant perlé, croissant
nordiOn parle de mimétisme batésien que, polygone à queue violacée,
polygone virgule, morio). (du nom du découvreur du
phénomène, le naturaliste Henry Walter
D’autres espèces, par leurs cou- Bates) lorsqu’une espèce tout à
leurs vives ou voyantes sur les fait comestible – sans substance
faces dorsale et ventrale de leurs d élétère ou très peu – se pare
ailes, avertissent d’avance les comme une espèce toxique ou
consommateurs d’une toxicité dont le goût est très désagréable,
potentielle (qu’elle soit véritable et de mimétisme müllérien (pour
36l’auteur Fritz Müller) lorsque deux de concert avec le monarque, un
mimétisme de type müllérien. espèces semblables sont toutes
deux inconsommables et renforcent
Quant à toutes les espèces qui ne par le fait même le signal d’alerte
ressemblent à aucune autre, qui et le comportement d’évitement
sont relativement voyantes et « bon-d’éventuels consommateurs. Dans
nes » à déguster, le papillon tigré le cas du vice-roi, des études
récendu Canada par exemple, un vol ra-tes indiquent qu’il a aussi mauvais
pide ou saccadé et une surveillance goût, alors que l’on croyait jusqu’à
constante des alentours constituent maintenant qu’il était parfaitement
les meilleurs moyens de défense. consommable. Il pratique donc,
Les avantages du mimétisme
Monarque et vice-roi se ressemblent beaucoup. Le premier possède
de puissantes substances qui forcent tout attaquant à le recracher
aussitôt ; le second a mauvais goût. Tous deux proftent de la colo -
ration semblable de l’autre et bénéfcient d’une protection supplé -
mentaire puisque le dédoublement des livrées renforce le message
auprès des prédateurs potentiels.
Monarque
Vice-roi
37Belle dameOù et quand observer 2 les papillons
Une certaine connaissance des Connaître la période où volent les
habitats des papillons est fonda- adultes des espèces désirées au fl
mentale pour obtenir de bons des saisons sera aussi, évidemment,
succès d’observation et multiplier d’une grande utilité car, si
beaule nombre d’espèces rencontrées coup de papillons diurnes
s’obserau fl du temps. Si certains lépi - vent en juin et en juillet, plusieurs
doptères sont des généralistes et autres sont surtout visibles au
prins’observent aisément dans presque temps ou tard en fn de saison.
tous les milieux – comme la piéride
du chou –, plusieurs autres sont le bon endroit
dits spécialistes, et ne s’observent
Dans la mesure où, contrairement que dans certains types particuliers
à d’autres animaux (mammifères et d’habitats ou dans des conditions
oiseaux), les papillons ne peuvent écologiques bien précises. En ces
pas contrôler leur température in-matières, le climat (température et
précipitations) et la répartition de terne, le climat est un facteur
d’importance pour leur répartition. Les plantes hôtes modulent la présence
ou l’absence des espèces. lépidoptères sont, en quelque sorte,
Piéride du chou
39