TERMINAL N°74

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Au sommaire de ce numéro, des débats sur les enjeux des technologies mobiles; La diffusion, ses contraintes et l'évolution des systèmes mobiles de communication; La concurrence, l'innovation et les stratégies d'appropriation de l'information scientifique et technique; Le groupware : vers une transformation des collectifs de travail ?; Internet ou le grand juke-box planétaire, les paradoxes de I'internet; Les nouveaux défis de la micro-informatique; et Technologies d'information et de défense.

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Ajouté le 01 janvier 1998
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EAN13 9782296353879
Langue Français
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ÉDITO lntemet et le retord fronçais FORUM Débat avec Dominique Carré: Les Technologies mobiles: quels enjeux? Diffusion, contraintes de diffusion et évolution des sytèmes mobiles de communication Mobiles, portage et ergostressie
RÉSEAUX Concurrence, d'appropriation innovation et stratégies de /'information Dimitri Uzunldls~

Jacques Vétols

3

Cbmffé de rédaction

9

Dominique Carré Yves Lasfargue

17 31

du travail

scientifique TRAVAIL

et technique

Blandine Laperche

43

Le Groupware: vers une transformation des collectifs de travail?
MULTIMÉDIA

Sylvie Craipeau, Béatrice Faguet-Picq

61

lntemet ou le grand jUke-box planétaire Les paradoxes
STRATÉGIES

Dominique Desbols Bernard Prince

81 89
t-.. Q.,

de /'Intemet

~Lesnouveaux défis ~de 10 micro-informatique
IDENTITÉS POUVOIRS

Marc Humbert

99

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Technologies

d'information

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Renaud Bellais 123

~etde défense

AU-DELÀ
Discours

DES MOTS syndical:

une banalité spécifique
REPÈRES ln mémoriam : Jean-Louis Rigal "Vanitas, Vanitatis. ? Quelques nouvelles du .Collectif informatique et citoyenneté. L'Internet et le Kamishibaï
BLOC-NOTES
BULLETIN

Maurice Tournier

141

Dominique Desbois
Daniel Naulleau Alex Lafosse

149 152 155
163 6

D'ABONNEMENT

terminal édité par le CIII-Termlnal (Centre d'Information et d'Initiatives sur l'Informatisation Président: Guy lacrolx @ Copyright: terminal! l'Harmattan. Directeur de publication: Jacques Vétols. Maquette: Studio AFTER Dl 43 66 10 16 Comité de rédaction:

- terminal),

AJZENBERG Armand. BRIÉMichelle. BRIEFS

Ulrich. BURNIERMichel. DELAPIERREMichel. DESBOIS Dominique. DESCOlONGES Michèle. DURAND Jean-Pierre. LACROIX Guy. LAMARCHEThomas. NAULLEAU Darial. PRINCE Bernard. RICHARD Chantal. VETOISJacques. VITALIS André. WEISSBERG Jean-louis. ZIMMERMANN Jean-Beno1t

Relecture et corrections:

Sonia Debeauvals.

Adresse du comité de rédaction: 24 rue de la Chine F-75020 Paris. Tél et Fax: +33 Dl 40 33 45 70 Email: vetols@termlnal.ens-cachan.fr Internet: http://termlnal.ens-cachan.fr/Termlnal/
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Couverture: Michel Raby Commission paritaire: W 63526 (dépôt légal à parution) ISSN: 0997-5551 Imprimé en C.E.E. terminal est édité avec le concours du Centre National du LIvre @ L'Harmattan 1997

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ISBN: 2-7384-6103-4

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Internet et le retard français
Jacques Vétois

mation' en présentant un programme destiné à lutter contre le retard français en la matière. Celui-ci est fustigé par plusieurs rapports officiels depuis le début de l'année. Pêle-mêle, on incrimine le faible nombre de foyers français disposant d'un micro-ordinateur et connectés à Internet, la faible présence des serveurs en langue française sur le réseau des réseaux (heureusement, les canadiens francophones sont nettement plus militants que nous dans ce domaine) et le Minitel victime de son succès. Faisons la part de ces critiques en remarquant que pour une grande part, sans doute, les usages d'Internet aux USA recoupent ceux du Minitel en France
(horaires, annuaires, renseignements administratifs...). Avec certes, quelques

U

n Premier Ministre français, pour une fois, ne s'en est pas tenu à des généralités à propos des autoroutes de l'information et
d'Internet, et a souhaité un débat national sur la société de l'infor-

avancées technologiques en plus, les images, la couleur... et surtout un
réseau étendu au monde entier ou presque. Mais en fait, l'offensive contre le retard français recouvre bien autre chose que de mettre à la portée de chaque Français, les œuvres des grands musées, les travaux des principales universités ou les débats politiques ou associatifs. Ou du moins, elle préfigure ce que va devenir le Net dans le prochain millénaire: un gigantesque réseau commercial et une vitrine publicitaire. Les serveurs associatifs, culturels ou scientifiques existeront toujours, mais donneront simplement un supplément d'âme au plus grand marché dont on puisse rêver1 : le fantasme de tous les économistes libéraux enfin réalisé. Les États-Unis se sont empressés par la bouche de Bill Ointon de proposer la suppression de toute entrave réglementaire et de toute taxe sur le réseau, pour faciliter l'émergence du cyber-marché. Un pas de plus vers une société libérée de la tutelle des États: quel plus sûr moyen existe-Hl de limiter l'action de l'État, que de lui couper les vivres en supprimant la plupart des taxes qui
1. La Commission Européenne estime à 1 320 milliards de francs le volume du commerce électronique en l'an 2000
3

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alimentent les budgets de tous les pays du monde? Nous n'en sommes pas encore là. Mais si l'on voit mal vendre ou acheter des logements, des automobiles sur Internet, il n'en est pas de même pour les logiciels, les productions culturelles (vidéos, films, livres ), les services bancaires et les assurances. Tous les domaines, ou presque, où la suprématie des États-Unis n'est plus à démontrer. L'Europe et la France, prisonnières de leur credo libéral, n'ont guère les moyens de résister à cette escalade, comme l'ont montré les dernières négociations qui ont donné naissance à l'Organisation mondiale .du commerce. Le débat sur le retard français traduit, pour certains, la volonté de s'inscrire dans cette nouvelle donne internationale. Même s'il est difficile de revenir en arrière et de stopper l'offensive libérale, nous pouvons défendre un modèle européen qui prenne en compte les réalités sociales et culturelles propres à chaque pays, au lieu de la fuite en avant dans un libéralisme peu soucieux des problèmes sociaux, culturels et écologiques. Voilà qui nous ramène au programme que Lionel Jospin a présenté devant l'Université d'été de la Communication d'Hourtin. Les observateurs avisés ont noté que c'est la première fois qu'en France un tel discours programme était prononcé. Le domaine de la communication ne se limite plus au paysage audiovisuel. Internet en est maintenant une composante essentielle aux yeux des responsables politiques. Le Premier Ministre a souhaité qu'un large débat s'ouvre sur ces propositions. Autant je souscris à l'affirmation de la nécessité de l'intervention de la puissance publique dans le développement de l'Internet en France, encore faut-il qu'elle s'en donne les moyens. Alors, céder Thomson Multimédia au groupe coréen Daewoo, comme le précédent gouvernement ou privatiser, même partiellement, France Télécom, n'est-ce pas abandonner les quelques outils industriels qui restent en sa possession pour peser dans le sens d'une autre politique?
De même, il semble que le Minitel soit condamné. Que gagnerons nous à chercher les horaires de trains ou les numéros de téléphone sur Internet? Sinon à confier à certains serveurs privés et payants des services qui actuellement fonctionnent correctement à faible coût pour les utilisateurs. Lionel Jospin a fixé "un nombre limité de priorités: l'école, la culture, le commerce électronique, les entreprises du secteur des technologies de /'information et de la communication, régulation". la réforme des services publics, la

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Ce programme appelle immédiatement quelques remarques. Concernantl'école,nous avonsconnuplusieursplans d'équipementsucces4

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sifs des écoles et des lycées qui ont tous plus ou moins échoué. Comment faire pour que celui qui sera lancé ne se résume pas à l'achat de matériels et à la connexion aux réseaux d'infonnation ? Comment intégrer Internet à la pratique pédagogique des établissements scolaires? Le problème ne se limite pas à la nécessaire fonnation des enseignants. L'Éducation Nationale n'a jamais su réellement trancher, malgré la multiplication des expériences et la mise en place de certaines options dans les lycées, entre les différentes conceptions de la place de l'infonnatique dans l'éducation. La démocratie ne sortira pas renforcée de l'existence de nouveaux moyens de communication si ceux-ci deviennent un facteur supplémentaire de discrimination sociale. L'équipement de lieux publics" constitue ainsi un corollaire indispensable à cette politique, qu'il s'agisse, par exemple des bureaux de poste ou des agences locales pour l'emploi". On pourrait ajouter les bibliothèques, les mairies, mais l'essentiel n'est peutêtre pas là : là aussi se pose le problème de la fonnation, ou du moins de la familiarisation avec les procédures d'accès et de recherche d'infonnations. Enfin quel meilleur moyen existe-t-il pour à la fois démocratiser Internet et y développer la présence de la langue française, que d'inviter et d'aider les milliers d'associations, de journaux et de revues que compte notre pays, à y diffuser leurs idées? Cest en plus, la seule façon de lutter contre la main mise sur la Toile par les groupes multinationaux que je dénonçais précédemment.

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Jacques Vêtais

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Nomade et branché, que l'on peut joindre à tout instant, corvéable à merci dirontcertains, tel est le portraitdu cadre de
demain. Mais en fait, ces outils de communication séduisent de larges franges de la population, qui au-delà de leur activité professionnelle, les utilisent pour leurs relation familiales et personnelles. Certains sont fournis par l'entreprise, d'autres achetés
spontanément ou offerts comme cadeau. Phénomène de mode ou Il est difficile de répondre, tant le développetendance profonde?

ment de ceux-ci est soutenu par des logiques diverses. Dominique Carré s'attache d'abord à répertorier l'ensemble de l'offre des technologies mobiles et des contraintes techniques et spatio-temporelles qu'elles induisent (incompatibilitédes normes, couverture géographique...). Il souligne l'évolution d'ici quelques années d'une normalisation de ces services et de leur intégration. Dans le débat avec le comijé de rédaction, ilfournij les premières pistes fournies par les enquêtes sur les usages de ces technologies. A l'heure où la réduction du temps de travail occupe le devant des négociations sociales, Yves Lasfargue explique que dans la société de l'information, la réduction du temps de présence dans l'entreprise ne réduit ni la charge de travail, ni le stress des cadres. Les technologies de communication permettront de faire les mêmes tâches en moins de temps ou pendant un temps normalement consacré au repos, à la vie de famille ou aux loisirs. La seule manière de créer des emplois, c'est le partage des tâches et des responsabilités.

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...
Les technologies quels enj eux?
Débat
avec Dominique

mobiles:
Carré!

avec la participation de Michelle Brié, Michel Burnier, Georges Festinger, Guy Lacroix, Bernard Prince, Daniel Naulleau, Chantal Richard, Jacques Vétois, Jean-Louis Weissberg Discutant: Thomas Lamarche

Thomas Lamarche (T. L.) : Voir dans les mobiles la multiplicité des logiques qui soutiennent leur développement, permet de discerner autre chose qu'un phénomène de mode, de marketing... A rebours de pas mal d'explications superficielles, Dominique Carré, que nous accueillons aujourd'hui avec plaisir et intérêt, montre la convergence d'éléments qui soutiennent l'essor des mobiles. L'offre de services de télécommunications, bien sûr, semble trouver ici une nouvelle opportunité de croissance. L'appétit des opérateurs de télécommunications est sur ce marché d'autant plus aiguisé que l'évolution
réglementaire agit dans le sens de la construction d'un marché libre.

La convergence du construit réglementaire et de la découverte d'un segment profitable rencontre un catalyseur: l'usage organisationnel et productif du mobile. On peut s'interroger sur les liens entre le mobile comme élément managérial d'une reconfiguration organisationnelle et le développement (très récent en France) du marché grand public. Quelle logique de transfert de l'usage professionnel vers l'usage grand public peut on établir au-delà de l'attrait que constitue ce gisement de profitabilité ? L'essor du mobile auprès des cadres, des commerciaux et en général des opérationnels correspond à une évolution de l'organisation productive. La recherche de flexibilité des processus de production, de souplesse des équipes et d'adaptation des produits sont des éléments qui constituent un socle de la firme flexible dont on entrevoit les contours
1. Laboratoire des Sciences de l'Information et de la Communication - Université Paris Nord

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dans un post fordisme difficilement délimitable et qui trouve dans le mobile un certain nombre d'atouts. Cette utilisation productive rencontre les conditions réglementaires et d'offre précédemment évoquées. Dans la firme, les TIC, et ici le mobile, peuvent apparaître comme des outils de la réactivité et de la flexibilité, constituant d'un modèle opposé au fordisme des grandes séries. On peut pousser plus loin et considérer le mobile comme un élément de la recomposition du territoire, avec les firmes en réseau et les districts industriels. Et plus loin encore n'y a-t-il pas les germes d'un nouveau mode de coordination entre les agents? Quels sont les changements relationnels que semblent fonder les mobiles? Dominique Carré propose une analyse de la multiplicité des enjeux des mobiles, de façon extensive. La première remarque, ou question, touche le vide de questionnement autour du mobile. Comment peut on expliquer que l'on ait si peu interrogé le mobile comme onfait des études d'impact pour les nouvelles technologies. Il est, semble-t-il, intégré au bloc des télécommunications sans considération particulière. Étrange vide. Cela engendre une absence de planification de l'introduction dans l'entreprise, il est considéré comme un prolongement normal du téléphone Les enjeux présentés montrent, à l'opposé du vide évoqué, que les implications du mobiles sont vastes. Et encore ne sont ici étudiés que les enjeux d'usages, d'autres enjeux, stratégiques, de répartition du marché, de nationalité ou de publicité des opérateurs ouvrent un champ plus vaste encore. Six catégories sont néanmoins distinguées: enjeux organisationnels, communicationnels, sociaux, culturels,juridiques et environnementaux. D'un point de vue organisationnel, responsable; nomadisme et itinérance se diffé-

rencient. Le cadre apparaît finalement plus contrôlé, mais plus
plus mobile et disponible (par exemple l'astreinte de fait tend à supplanter l'astreinte réglementaire). Quelles évolutions (d'ordre réglementaire, organisationnel, social) peut-on discerner entre renforcement du lien et droit à la coupure, droit d'absence? Dominique Carré (D. C.) : Il faut d'abord préciser ce que l'on entend par Technologies mobiles. Notons que la presse et les médias ont souvent une vision très restrictive de celles-ci. Pour eux, technologies mobiles = radio-

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téléphone et pager. Or, par technologies mobiles, il faut entendre l'ensemble des outils et des services faisant appel à des modes non filaires de transmission de voix, de données et d'images, et assurant ou contribuant à assurer une activité de communication en mouvement. Le terme désigne donc différents systèmes qui ont recours à des techniques de télécommunication utilisant la propagation des ondes hertziennes. 10

On peut distinguer trois types de systèmes: -les systèmes de radiotéléphonie: comme la téléphonie sans fil (cordless), la téléphonie cellulaire qu'elle soit analogique ou numérique (exemple le GSM) et les réseaux radioélectriques professionnels, privés ou publics, qui équipent les entreprises de maintenance, les services sous astreinte (EDF, GDF, SAMU...), les taxis parisiens, les Aéroports de Paris... -les systèmes de transmission de données: comme la radio-messagerie et la radio-infonnatique (micro-ordinateur portable avec modem)

- les

systèmes à couverture globale par voie satellitaire qui existaient déjà depuis longtemps pour ceux qui se déplacent à l'échelle des continents, comme les marins et les aviateurs. De nouveaux systèmes sont actuellement en développement. Leur objectif est d'offrir des services de communication non spécialisés à couverture mondiale à l'usage du

grand public. Le projet le plus avancé est sans conteste IRIDIUM de Motorola qui veut assurer un maillage complet de la planète grâce à plusieurs centaines de satellites placés en orbite autour de la terre. Les technologies mobiles se différencient des technologies plus traditionnelles de télécommunications parce qu'elles ne sont pas filaires, bien que pour offrir un service mobile, le réseau utilisé est un réseau fixe sauf à son extrême périphérie (quelques dizaines de mètres à quelques kilomètres en général). Ce serait donc une erreur de croire que les pays en voie de développement ou les anciens pays de l'Est pourraient s'équiper du jour au lendemain d'un système de communication mobile en se passant d'un réseau de télé-

communication traditionnel. Même dans le cas de la mise en œuvre des projets à couverture globale, la couverture de la planète ne sera pas effective avant les années 2005-2010 et à quel prix? On pourrait terminer cette brève présentation en rappelant que les technologies mobiles sont les descendantes des talkies-walkies de Motorola, utilisées par les armées alliées lors du débarquement en 1944 sur les plages de Nonnandie, pour en faciliter la logistique et la coordination. On retrouve ces technologies aujourd'hui dans les finnes qui veu1ent privilégier la flexibilité, la réactivité et assurer une certaine forme de coopération et de coordination dans le travail de leurs salariés. C'est une autre étape d'une informatisation sociale des organisations.
T. L. : Ces technologies favorisent-elles la reconfiguration des entreprises?

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D. C. : Les technologies mobiles ne touchent pas les entreprises d'une
manière globale, mais seu1ement au niveau de quelques services (commercial,

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maintenance, sécurité). On peut trouver plusieurs systèmes de technologies mobiles dans une même entreprise, l'un pour les technico-commerciaux, un autre pour les techniciens de maintenance... En règle générale, on peut dire que les technologies mobiles concernent principalement les salariés qui font le lien entre l'entreprise et son environnement; les autres salariés de l'entreprise ne les utilisant pas forcément. Elles transfol1Dentà la fois: -les modes de coordination au sein de l'entreprise, mais également avec les partenaires extérieurs à celle-ci, particulièrement les sous-traitants ; -les repères spatio-temporels des salariés; - le sentiment d'appartenance à l'entreprise ; -les conditions d'exercice des métiers. Avec les technologies mobiles, par exemple, l'agenda du salarié évolue en "temps réel" au cours de la journée et se négocie de gré à gré avec les différents interlocuteurs. L'urgence devient souvent une routine au quotidien. D'où des conditions de travail qui objectivement empirent à cause du stress. Pourtant, le personnel (c'est ce qui ressort des interviews) se sent valorisé par l'utilisation de ces technologies (comme de la micro-infol1Datique à une certaine époque). En fait, les salariés sont à la fois plus contrôlés et plus autonomes qu'auparavant, car ils sont joignables à tout instant, mais ce contrôle s'effectue a posteriori ou sous forme de recommandations. La diffusion de ces technologies mobiles dans les entreprises n'est en général pas planifiée. Elle ressemblebeaucoup à celle de la micro-infol1Datique dans les années 80. Elle se fait au coup par coup, service par service, sans orientation directrice. Il n'est pas rare de voir des systèmes faisant appel à des opérateurs différents (Bouygues, SFR, France Télécom ) dans une même entreprise, avec souvent des incohérences au niveau de l'abonnement ou de la couverture géographique. La planification n'existe que si l'entreprise développe un réseau radio privé qui concerne l'ensemble de l'entreprise. On rejoint alors un schéma de mise en œuvre proche de celui d'une infol1Datisationtraditionnelle.
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Georges Festinger : La diffusion dans le grand public de ces technologies mobiles ne favorise-t-elle pas une intrusion du travail dans la vie privée des salariés? D. C. : Dans la plupart des cas, c'est indéniable, mais attention, l'inverse est également vrai dans une moindre mesure. On constate un effacement, ou plus exactement une pel1Déabilité plus grande entre la sphère privée et la sphère du travail. C'est un véritable problème. Le droit à la coupure 12

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communicationnelle et organisationnelle va certainement faire l'objet. dans les années à venir, de négociations sociales. fi y a une volonté au niveau des organisations syndicales de le prendre en compte. Une résolution prise lors de la 4ème assemblée du syndicat EuroCadres2 (11 décembre 1996) "Les cadres et les technologies mobiles" est symptomatique de cet état de fait: " [...] Les syndicats. tout en cherchant à réglementer l'usage de cette technologie, doivent aussi comprendre les avantages que les utilisateurs en retirent... le problème est de les rendre attentifs aux nouvelles pressions créées simultanément. Les syndicats représentant les cadres devraient donc concentrer leurs efforts sur la définition de réglementation garantis-

sant :
- la vie privée des individus et une protection contre les appels durant leurs loisirs et leur période de repos;

-des

normes techniques et ergonomiques matériel en dehors du bureau ,.

définissant

l'utilisation

de ce

- à ceux qui travaillent hors du bureau. un contact régulier avec le bureau et le paiement par l'employeur des coats associés (par exemple les frais d'assurance et de services) ;

-des

accords

réglementant ou la disponibilité

les horaires

et la rémunération

du travail

effectué [...]"

hors

du bureau

à €tre appelé

gréice à ces technologies

Michel

Burnier

(M. B.) : Les technologies la surveillance

mobiles enregistrent et fichent leurs et l'espionnage électronique ?

utilisateurs.

Nefacilitent-elles

D. C : C'est le propre de l'informatique et de toutes les technologies de l'information et de la communication de pouvoir garder en mémoire des données, des appels, ou de mémoriser les numéros de l'appelant et de l'appelé. La législation adoptée à la fin des années soixante-dix est là pour nous le rappeler (Loi Informatique et Libertés). Les technologies mobiles numériques (comme le radiotéléphone GSM), qui identifient tout à la fois, la personne, la localisation de l'appelant et de l'appelé et même la localisation, à tout moment et en tout lieu, de tout possesseur de téléphone cellulaire, même si ce dernier n'est qu'en mode veille, peuvent porter atteinte à la liberté des individus. La carte SIM (Subscriber Identification Memory) qu'utilise un abonné disposant d'un abonnement GSM est symptomatique de ce type de situation. En effet, par ce procédé, ce n'est plus la ligne téléphonique qui est identifiée, mais l'abonné nominativement qui possède la carte à puce (carte SIM) contenant les références d'identifica2. EuroCadres regroupe les principaux syndicats de cadres au niveau européen

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13

tion. Par ce procédé technique, l'abonnement devient indépendant du terminal. Ainsi ce n'est plus le tenninal qui est identifié, mais la personne. Par ce procédé, la police arrive à repérer géographiquement où se trouvent des voitures volées. Pour l'espionnage, n'étant pas technicien, il m'est difficile de répondre. Tant que les messages ne seront pas cryptés, l'espionnage en sera facilité. Or la législation française ne le pennet toujours pas. M. B : L'usage des technologies mobiles se différencie selon le statut social. Pour certains, un téléphone cellulaire est avant tout, un signe de standing. Existe-t-il des études sur les usages de ces technologies et plus généralement du téléphone? D. C. : Les technologies mobiles, comme d'autres technologies, se diffusent selon différents processus: effet de mode, imitation, distinction etc... Les études que nous avons menées dans le monde du travail montrent que les cadres sont de gros utilisateurs des technologies mobiles. Le niveau hiérarchique joue un rôle non négligeable, c'est certain; mais la fonction exercée semble plus révélatrice de l'usage des technologies mobiles dans la sphère du travail. Des études, encore limitées, ont été réalisées sur l'usage des technologies mobiles. Des revues ont publié les premiers résultats en France3. Deux grands types d'approche traversent actuellement ces travaux:

- le premier présente les technologies mobiles comme une technique venant en prolongation, plus exactement en filiation, des usages des moyensde télécommunicationtraditionnels; - le deuxièmepostuleque les technologiesmobilessontun nouveaumédia.
Jean-Louis Weissberg: Au-delà de leur impact dans le monde du travail, les technologies mobiles doivent être analysées comme le prolongement
d'une tendance lourde déjà à l'œuvre avec le téléphone, le courrier électronique: un désir profond de pouvoir joindre tout le monde, et en retour la capacité d'être joint par tous.
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D. C. : Pierre

Moeglin distingue deux figures de la communication

mobile: l'omniprésence et l'ubiquité. Pour ce chercheur,l'omniprésence assure à la personne (l'appelant ou l'appelé) d'être partout et nulle part,
3. Il s'agit de la revue Réseaux "sur la communication itinérante (pour les usages grand public et professions libérales)" n° 65 mai-juin 1994 et la revue Technologies de
I1nformation

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mobiles (pour les usages en entreprise). 14

et Société, TIS, qui consacre son volume 8 n° 2

- 1996

aux communications

alors que l'ubiquité lui pennet d'être tout à la fois ici et là-bas en même temps. Ces deux figures sont intéressantes à prendre en compte parce qu'elles représentent,àmon avis, des pratiques, vecteurs d'une organisation sociale moderne au sens où l'entend Anthony Giddens4. Ce sociologue identifie deux tendances des institutions modernes: leur dynamisme et leur mondialisation. Le dynamisme est le résultat de trois causes: la dissociation du temps et de l'espace et leur recombinaison permettant une nouvelle redistribution spatio-temporelle de la vie sociale; le développement des mécanismes de délocalisation et l'organisation réflexive des relations sociales. Quant à la mondialisation, elle concerne avant tout le processus d'étirement entre implications locales (circonstances de co-présence) et interactions à distance (rapports entre présence et absence)
Jacques Vétois : Les technologies mobiles permettent dans de nombreux cas les communications en téléprésence plutôt qu'en co-présence, évitant ainsi les déplacements. Constate-t-on une diminution des déplacements et de quel ordre? D. C. : Même si parfois le recours aux technologies mobiles facilite la mise en cause d'une mobilité télécommunicationnelle, c'est à dire qui se substitue aux déplacements, cette utilisation ne semble pas prépondérante. Les premiers résultats que nous avons le confinne. L'utilisation principale qui est faite des technologies mobiles consiste, le plus souvent, à mettre en œuvre un mode de fonctionnement qui fait interagir quatre facteurs: distance, urgence, itinérance et réactivité. Dans ce contexte, le recours aux technologies mobiles dans le travail consiste à accompagner les déplacements physiques et peuvent même parfois les encourager. De ce fait, les technologies mobiles s'inscrivent le plus souvent dans la continuité des pratiques traditionnelles' de déplacement (le plus souvent, l'utilisation de voitures personnelles ou appartenant à l'entreprise), ou consistent à les renforcer. Pour cette raison, elles vont à l'encontre de mécanismes substitutifs aux déplacements et participent au développement des encombrements routiers, de la consommation d'énergie fossile et, bien entendu, de la pollution atmosphérique de notre pays.

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4. Anthony Giddens, Les conséquences

de la modernité. L'Harmattan,1994

15

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Numéro à l'unité. 10F Collection complète (48 numéros)
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250 F

1-9 (épuisés) 10 Dossier science fiction et informatique Il Leguide des informatisés 12Dossier robotique 13Dossier informatique et santé 14 Dossier micro, associations, politique industrielle 15Dossier technologie et crise. Silicon Valley 16 Dossier micro-informatique. view du C.l.O.D.O inter-

34 Informatique au féminin 35 Dossier nouvelle génération informatique 36 Dossier sortir du travail 37 Lerobot et le pantin. des micros à l'Est 38 Automation sans frontières 39/40/41 Numéro spécial: Entreprise mutante cherche formation 42 Informatique, prendre une bastille à et

'7 Dossier informatique du tiersmonde. tertiaire 18Dossier formation des informaticiens
19-20-21Numéro spécial orwell 22 Dossier: A quoi sert le minitel? 23 Dossier filière Murray Bookchin électronique.

43 Europe. école technologique 44 Virus: la fièvre 45 planète cablée. monde usé 46 Les lendemains qui chantent? 47 L'utilité sociale 48 Lesinterfaces hommachines 49 Glasnost sur les fichiers 50 Ecologie et informatique. mières approches 51Lesexclus de "ordinateur 52 Lemanager et l'informatisation
53

pre-

24 Dossier USAsociété High Tech. le plan ITP
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25 Dossier femmes en tique 26 Dossier informatique du tiersmonde 27/28 Numéro spécial beautés numériques 29 La droite et /'informatique 30 Micro. boulot. dodo 31 32 33 Numéro spécial: Intelligence Artificielle 16 Le virus

L'artificiel et le vivant

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54 L'informatique domestique 55 (Epuisé) 56 Hip-hop et informatique ott. les enfants de la modernité 57 Questions d'écologie 58 Travail sous tension 59 Jeux videos: mise au point 60 (épuisé)