A la rencontre d

A la rencontre d'adolescent.e.s dans des environnements incertains

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Français
206 pages

Description

Comment les adolescent.e.s d'aujourd'hui tentent de garantir la continuité de leur sentiment d'exister quand ils sont confrontés à un environnement qui vacille ? Quelles sont leurs angoisses à l'oeuvre ? Qu'est-ce qui pèse sur eux dans la réalité de l'environnement et peut se heurter à leurs peurs fantasmatiques ? Comment aller à leur rencontre ? Comment appréhender la souffrance psychique des sujets dans notre société hyper moderne ?

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Publié par
Date de parution 02 octobre 2018
Nombre de lectures 1
EAN13 9782140101397
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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O
I
À la rencontre Savoir Sous la direction de
d’adolescent.e.s Cet ouvrage collectif rassemble les contributions Antoine
dans des environnements des intervenants, enseignants-chercheurs et
incertains & Formation Kattarpraticiens au premier colloque international
en sciences de l’éducation sur la thématique de
l’adolescence contemporaine en lien avec la question
de ses environnements. Ce colloque s’est déroulé les 4 et
5 juin 2015 à l’Université de Picardie Jules Verne d’Amiens et
a été organisé par le CAREF (Centre Amiénois de Recherche en
Éducation et Formation).
Les travaux présentés ici sont l’expression d’une pluralité d’approches
et ont en commun le souci de reconnaître, au-delà de l’analyse des
éprouvés des adolescent.e.s, les effets produits sur les sujets adolescents
d’aujourd’hui par les environnements, et plus particulièrement par
l’environnement scolaire. En effet, ces recherches montrent que les
situations dans lesquelles sont assignés à vivre les adolescent.e.s font À la rencontre
parfois obstacle à leur accès à une « aire d’expérience intermédiaire »
(Winnicott) leur permettant d’apprendre à « traiter » intérieurement les d’adolescent.e.s
éléments pulsionnels qui peuvent les envahir, avant de les extérioriser
sous une forme recevable pour autrui. Selon leur approche singulière, les
auteur.e.s tentent de proposer des hypothèses sur la position possible des dans des environnements
professionnels dans l’accompagnement des adolescent.e.s et les manières
de leur ouvrir le monde pour qu’ils y prennent place. D’où un enjeu central : incertains
celui de « faire société ».
Cet ouvrage constitue une précieuse introduction à une voie en pointillés
dans le courant de la clinique d’orientation psychanalytique dans le champ Écoutes croisées
de l’éducation et de la formation.
Antoine Kattar, psychosociologue clinicien, est professeur des universités
en sciences de l’éducation à l’Université de Picardie Jules Verne, au
laboratoire CAREF et à l’Éspé de l’académie d’Amiens. Il a mis en œuvre
le réseau international interdisciplinaire de recherche ACEI (Adolescence
Contemporaine et Environnement Incertain). Il est membre du bureau de
l’association Cliopsy et du comité de direction de la revue Carrefours de
l’éducation.
Ont contribué à cet ouvrage :
Joëlle Bordet, Arnaud Dubois, Laurence Gavarini, Patrick Geffard, Philippe
Gutton, Danielle Hans, Françoise Hatchuel, Mej Hilbold, Dimyanos Kattar,
Caroline Le Roy, Gilles Monceau, Ilaria Pirone, Émile-Henri Riard.
S A V O I R & F OR M A T I ON
SavoirSavoir
& Formation
ISBN : 978-2-343-15510-4
& Formation20,50
T
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À la rencontre d’adolescent.e.s
Sous la direction de
dans des environnements incertains
Antoine Kattar
Écoutes croisées
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À la rencontre d’adolescent.e.s
dans des environnements incertains
Savoir et Formation
Collection dirigée par Claudine Blanchard-Laville,
Nicole Mosconi et Patrick Geffard
Collection créée par Jacky Beillerot (1939-2004),
Dominique Fablet (1953-2013) et Michel Gault
La collection Savoir et formation accueille les manuscrits dont
le contenu relève du champ de l’éducation et de la formation.
Nous serons particulièrement attentifs aux recherches qui, dans
ce champ, s’attachent à considérer les développements
concernant le rapport au savoir des sujets. Les domaines
suivants seront privilégiés : genre et éducation, psychanalyse et
éducation, éducation familiale et protection de l’enfance.
Comité éditorial : Louis-Marie Bossard, Françoise Bréant, Jean
Chami, Sigolène Couchot-Schiex, Arnaud Dubois, Séverine
Euillet, Chantal Humbert, Antoine Kattar, Gaël Pasquier,
Bernard Pechberty, Anna Rurka, Catherine Yelnik.
Dernières parutions
François-Xavier BERNARD, Les apprentissages collectifs
instrumentés. Modélisation des situations, analyse des
interactions, 2018.
Louis-Marie BOSSARD (dir.), Clinique d’orientation
psychanalytique en éducation et formation. Nouvelles
recherches, 2018.
Patricia BESSAOUD-ALONSO (dir), Les dispositifs dans la
« recherche avec », Regards croisés en éducation, 2017.
Arnaud DUBOIS (dir.), Accompagner les enseignants, Pratiques
cliniques groupales, 2017.
Nicole MOSCONI (dir.), Jacky Beillerot et les sciences de
l’éducation, 2017.
Louis-Marie BOSSARD (coord.), Clinique d’orientation
psychanalytique. Recherches en éducation et formation, 2017.
Antoine KATTAR, Adolescent dans un environnement incertain,
Une expérience libanaise, 2016.
Claude RENOTON, Des adolescentes aux prises avec le genre.
Cinq récits, 2016.
Jacqueline FONTAINE, Les étudiantes en médecine à la faculté de
Montpellier au cours de la Troisième République, 2016. Sous la direction
d’Antoine Kattar






À la rencontre d’adolescent.e.s
dans des environnements incertains

Écoutes croisées




















Illustration de couverture
Ellès Kattar-Luttikhuis,
Bois, fer, plâtre et pigments, 2015.





























© L’Harmattan, 2018

5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-15510-4
EAN : 9782343155104 REMERCIEMENTS
Je remercie en premier lieu l’Université de Picardie Jules
Verne pour sa contribution au financement de la publication de
ce livre collectif. Et je remercie plus particulièrement Bruno
Poucet, directeur du laboratoire Caref, d’avoir répondu
favorablement à l’organisation du premier colloque
international sur la thématique adolescence contemporaine et
environnement incertain en sciences de l’éducation à Amiens.
Je tiens à remercier le comité de direction de la collection
Savoir et Formation et plus particulièrement Claudine
Blanchard-Laville pour l’aide précieuse qu’elle m’a apportée
dans la relecture des contributions des auteur.e.s.
Enfin, je remercie tous ceux et celles qui m’ont facilité la
tâche lors de la réalisation de cet ouvrage.
INTRODUCTION
Antoine Kattar
À la rencontre d’adolescent.e.s dans des environnements
incertains. Écoutes croisées : nous avons choisi ce titre pour
rassembler, dans un ouvrage collectif, les contributions des
enseignants-chercheurs et des praticiens au premier colloque
international en sciences de l’éducation concernant la thématique
de l’adolescence contemporaine en lien avec la question de ses
environnements. Ce colloque s’est déroulé les 4 et 5 juin 2015 à
l’Université de Picardie Jules Verne à Amiens et a été organisé par
le CAREF (Centre Amiénois de Recherche en Éducation et
Formation), en partenariat avec le laboratoire ÉMA (École,
Mutations, Apprentissages) de l’Université de Cergy-Pontoise et
l’équipe Clinique de l’éducation et de la formation. Approches
psychanalytique, socio-clinique et institutionnelle (CLEF-apsi),
unité de recherche CIRCEFT de l’Université Paris 8.
La visée de ce colloque était de nous permettre de
renouveler la réflexion sur la manière dont les adolescents et les
adolescentes d’aujourd’hui tentent de garantir la continuité de
leur sentiment d’exister quand ils/elles sont confronté.e.s à un
environnement qui vacille. En effet, comme l’écrivent
Catherine Jousselme et Jean-Luc Douillard, « comment […] ne
pas prendre en compte l’évolution de notre société, […], ses
contradictions, ses clivages, dans notre théorisation actuelle des
1processus d’adolescence ? » . Lors de ce colloque, nous avons

1 Jousselme, C. et Douillard, J.-L. (2012). À la rencontre des adolescents. Les
écouter, les comprendre, les aider. Paris : Odile Jacob, p. 66.
tenté d’identifier la manière dont les adolescent.e.s qualifient
leur environnement actuel. Quelles sont les angoisses à
l’œuvre ? Qu’est-ce qui pèse sur eux/elles dans la réalité de
l’environnement et vient se heurter à leurs peurs
fantasmatiques ? Dans quelles conditions, le collège et le lycée
peuvent-ils répondre à certaines attentes ? Quels rôles jouent les
professionnels dans les nécessaires étayages ? Comment aller à
la rencontre des adolescents et des adolescentes tout en se
laissant surprendre par eux ? Ce colloque a porté sur des
travaux issus de recherches récentes et de réflexions actuelles
de praticiens et d’intervenants ; il a été l’occasion de participer
à l’élaboration de nouvelles hypothèses sur la manière dont
l’adolescent.e se déplace, de position en position, pour parvenir
à construire ses propres compromis identitaires.
Les auteur.e.s intervenant.e.s dans le cadre de ce colloque
ont retravaillé leurs contributions en développant leur analyse
du rapport des adolescent.e.s à leur environnement pour
2comprendre leurs « investissements fantasmatiques » ainsi que
les identifications auxquelles ils/elles tiennent et par lesquelles
ils/elles tiennent. Tous les auteur.e.s de cet ouvrage partagent
une visée compréhensive de l’impact des caractéristiques de
l’environnement contemporain sur la construction identitaire
des adolescent.e.s. L’effort de pensée que nous déployons
depuis 2015 s’est concrétisé par la mise en place du réseau
international interdisciplinaire de recherche ACEI (Adolescence
Contemporaine et Environnement Incertain) avec l’objectif de
dépasser la coupure souvent opérée entre champ social et
domaine psychique en cherchant à soutenir de nouvelles voies
de travail à partir de leur imbrication.
Pour appréhender la souffrance psychique des sujets dans
notre société hypermoderne, nous nous étayons sur les travaux
de certains auteurs qui ont permis d’en éclairer les enjeux. Nous
pensons aux travaux du laboratoire du changement social à
Paris 7, mais aussi à ceux du Centre de Recherche en

2 Gavarini, L. (2012). « L’objet de la clinique d’orientation psychanalytique
en institution ». Dans G. Monceau (dir.). L’analyse institutionnelle des
pratiques, une socio-clinique des tourments institutionnels au Brésil et en
France (p. 37-55). Paris : L’Harmattan.
10 Psychopathologie et Psychologie Clinique à Lyon 2 et plus
particulièrement, au dernier ouvrage de René Kaës, Le Malêtre.
Pour ce dernier auteur, la souffrance est celle « des formations
intermédiaires, des processus de liaison intrapsychique et de
3configuration de liens intersubjectifs » . Ce « malêtre »
contemporain se distingue, selon lui, par des « chaos identitaires
et des défauts de symbolisation » et se présente selon quatre
caractéristiques : « la culture du contrôle » qui génère une
« violence régulée » et une « violence incontrôlée », toutes deux
mettant en péril « les garants méta de la symbolisation et de la
4subjectivation » . La deuxième caractéristique qu’il propose est
« la culture de l’illimité et des limites extrêmes » qui est « à la
fois une culture du danger, mais aussi de l’exploit
transcendant ». Cette caractéristique « a pour fondement le refus
de la castration symbolique et le triomphe de la jouissance sans
limites au service d’un Idéal fétichisé ». La « culture
d’urgence », qui « a transformé la temporalité dans le monde
5postmoderne » serait sa troisième caractéristique. La quatrième
serait constituée par « une culture de mélancolie » comme « le
fond de deuil interminable engendré par les catastrophes du
siècle écoulé ». Pour cet auteur, la « postmodernité cultive à la
fois le catastrophisme, les promesses maniaques et les rêves de
6maîtrise et de contrôle » . Si nous suivons sa démonstration,
« ces quatre caractéristiques se cristallisent dans deux
dimensions majeures du « malêtre » : l’absence du répondant »,
notion que nous reprenons à notre charge dans nos travaux de
7recherche depuis 2015 et « les processus sans sujet » .
Pour nous, la question de l’environnement est centrale : les
dimensions de dedans et dehors, de réalité interne et réalité
8externe sont mobilisées de manière « indissoluble » . En effet,

3 Kaës, R. (2012). Le Malêtre. Paris : Dunod, p. 23.
4 Kaës, R. (2015). « Le Malêtre dans la culture de notre temps ». Dans R.
Kaës et coll. Crises et traumas à l’épreuve du temps, Le travail psychique
dans les groupes, les couples et les institutions (p. 1-25). Paris : Dunod.
5 Ibid., p. 16.
6 Ibid., p. 17.
7 Ibid., p. 17.
8 Geissmann, N. (2011). Penser l’adolescence avec Melanie Klein. Toulouse :
Érès, p. 51.
11 on peut penser que l’environnement désigne ce qui entoure
l’adolescent mais aussi penser que l’adolescent porte en lui et
intériorise une part de cet environnement. Dans son article
« Réalité externe et réalité interne, importance et spécificité de
leur articulation à l’adolescence » paru dans la Revue française
de psychanalyse, Philippe Jeammet évoque le fait que les
psychanalystes de l’adolescence sont « constamment sollicités
par les adolescents à travailler à la frontière de ces [la réalité
interne et la réalité externe] deux faces de la réalité ». Il
développe l’idée que cette sollicitation les amène « à considérer
qu’il était nécessaire de réfléchir sur leur articulation » pour
tenter de « comprendre comment ces deux faces de la réalité
retentissent l’une sur l’autre, et quels liens dynamiques les
unissent, afin de les utiliser conjointement et
9complémentairement » . Et il ajoute plus loin que l’articulation
de ces deux réalités est une problématique centrale à
l’adolescence « compte tenu à cet âge de l’ampleur des
remaniements qui affectent la première [la réalité interne] et du
poids dont pèse la seconde [la réalité externe] sur l’actualité et
10l’avenir de l’adolescent » .
Dans les rencontres avec des adolescent.e.s, la responsabilité
des professionnels prend appui sur les diverses figures ou
11postures d’adulte, ou d’« adulité » selon l’expression de
Philippe Gutton. Celles-ci sont convoquées dans les écrits de
plusieurs psychanalystes sous différentes dénominations :
comme « personnage tiers » (Kestemberg, 1981), « passeur »
(Gutton, 2012), « grand autre autorisant le passage adolescent »
(Rassial, 2010), ou encore, « interprète motivé » selon Piera
Aulagnier en 1975. En ce qui me concerne, j’opte pour la figue
du « répondant ». Comme l’écrit R. Kaës, « le répondant est la
présence humaine à une adresse, à une demande. Le répondant
accepte d’en être le destinateur, il ne se dérobe pas devant le

9 Jeammet, P. (1980). « Réalité externe et réalité interne, importance et
spécificité de leur articulation à l’adolescence. » Revue française de
psychanalyse. 3-4.481-521.
10 Ibid., p. 484.
11 Gutton, P. (2014). « La situation anthropologique fondamentale de
l’adolescence. » Adolescence, 32. 1.11-22.
12 12risque de la rencontre » . Tenir une position d’adulte face à
l’adolescent et pour l’adolescent consiste à lui proposer
l’expérience de la rencontre avec l’altérité qui s’établit à partir
d’une différence de places et de générations, car la perte de « la
dissymétrie adulte-adolescent » engagerait « une nouvelle
13confusion générationnelle » , comme le soulignent F. Marty et
F. Houssier.
C’est dans cette perspective que se tiendra le deuxième
colloque du réseau ACEI : Adolescence terminée, adolescence
interminable ? en octobre 2018 au Liban.
Pour organiser ce livre, j’ai sollicité les neuf chercheurs,
chercheuses et praticiens, praticiennes, qui sont intervenu.e.s
dans le cadre de ce colloque. Leurs contributions à cet ouvrage
collectif sont l’expression d’une pluralité d’approches.
Dans le premier chapitre, « L’adolescence : création d’un
acteur social », Philippe Gutton évoque trois notions autour
desquelles il articule les exemples cliniques issus de sa pratique
de psychanalyste auprès d’adolescent.e.s : le pubertaire, la
création de soi et l’excès. Il propose l’idée d’une « situation
anthropologique fondamentale à l’adolescence » pour sortir en
quelque sorte de la division entre psychanalyse et
anthropologie.
Le texte de Laurence Gavarini intitulé « Que nous
apprennent les adolescentes et les adolescents que l’on dit
décrocheurs dans l’épreuve de la rencontre ? », en deuxième
chapitre, se démarque de l’approche sociologique du
décrochage scolaire pour aborder celui-ci comme un
phénomène « social », « institutionnel » et « psychique ».
L’auteure propose des extraits de la recherche qu’elle a
conduite à propos d’adolescents qu’elle a rencontrés dans des
groupes de paroles.
Le troisième chapitre, « L’exclusion ponctuelle de cours au
collège : Liaisons et déliaisons dans la relation pédagogique »,
est co-écrit par Arnaud Dubois et Danielle Hans. Ces auteur.e.s

12 Kaës, R. (2012). Le Malêtre. Paris : Dunod, p. 257.
13 Houssier, F., Marty, F. (2007). « Introduction ». Dans F. Marty et F.
Houssier (dir.). Éduquer l’adolescent ? Pour une pédagogie psychanalytique.
(p. 9-17) Nîmes : Champ social.
13 tentent de proposer des hypothèses à propos de certains enjeux
psychiques des enseignants lorsqu’ils/elles sont amené.e.s à
prendre la décision d’exclure un élève ponctuellement du cours.
C’est par une démarche d’intervention-recherche au sein de
plusieurs collèges que les chercheurs et chercheuses ont
recueilli et analysé le matériel sur lequel ils/elles s’appuient
dans leurs propos.
La contribution collective d’Ilaria Pirone, de Caroline Le
Roy, de Mej Hilbold et de Patrick Geffard ayant pour titre
« Des espaces entre adultes et adolescents au collège : qu’est-ce
qui décroche ? » prend place dans le quatrième chapitre. Dans
un premier temps, Ilaria Pirone suggère la métaphore de
l’odyssée pour penser les processus de décrochage scolaire
comme la manifestation d’une quête d’un « lieu d’accroche
dans le transfert » entre les différents « espaces » qui
constituent les dispositifs de raccrochage et de remédiation.
Dans un deuxième temps, Caroline Le Roy s’attarde sur certains
de ces dispositifs au sein d’un collège, en étudiant comment
leur agencement dans l’espace scolaire contribue à maintenir
secret l’organisateur inconscient mortifère qui pourrait en être à
l’origine. Dans un troisième temps, Mej Hilbold et Patrick
Geffard explorent ce qu’il en est des espaces entre adolescents
et adultes, lorsqu’ils sont évoqués par des enseignants et des
membres du personnel d’encadrement d’un collège au cours
d’un dispositif de réflexion en situation groupale.
Dans le chapitre cinq et ceux qui suivent, les auteur.e.s font
le lien entre adolescence et jeunesse et adolescence et territoire.
Dimyanos Kattar, dans le chapitre intitulé « La stabilité : un défi
pour la jeunesse du monde », propose une description du monde
arabe en le situant dans sa dimension géopolitique et en
intégrant l’influence de la dimension économique. Cette
contextualisation permet de mieux appréhender les
changements advenus au cours des 25 dernières années et leur
retentissement sur la jeunesse du monde arabe.
Joëlle Bordet aborde la posture de « témoin-interprète » dans
le sixième chapitre, « “Témoins-interprètes” : Accueillir les
jeunes des quartiers populaires ». Pour cette auteure, la posture
de l’intervenant en tant que « témoin-interprète » permet le
14 passage entre l’intime et le politique. Elle favorise, à ses yeux,
les processus de travail collectif (élus, professionnels et jeunes)
et contribue à la dynamique de réassurance collective. Le
parcours de Joëlle Bordet qu’elle relate dans ce chapitre
témoigne de ses multiples investissements
(recherchesintervention ; réseau international) pour créer les conditions
d’accueil des jeunes des quartiers populaires.
Le septième chapitre intitulé « Rapport au savoir,
virtualisation du monde et confusion des espaces. Repères
théoriques et cliniques » est proposé par Françoise Hatchuel.
Cette auteure, en partant des travaux anthropologiques sur les
rites de passage, propose la notion d’anthropologisation des
jeunes en opposition à celle de socialisation. Elle cherche à
interroger les effets de l’accélération numérique sur la capacité
à investir du sujet-adolescent et essaie de montrer en quoi la
virtualisation du monde contribue à la confusion des espaces.
Émile-Henri Riard, dans le chapitre 8 « Temps et projet à
l’adolescence », tente de situer les différents aspects du temps
adolescent au plus près des dimensions sollicitées dans la
construction de son projet. Pour cet auteur, le projet adolescent
est en lien avec les remaniements psychiques à l’adolescence. Il
montre dans ce chapitre ce que peut entraîner l’absence de
projet du fait que ce dernier couvre « l’individuel et le social,
l’affectif et le professionnel, le passé et le futur ».
Gilles Monceau, dans la rubrique contrepoint, propose son
point de vue sur le colloque auquel il a assisté dans son
intégralité. De sa place de « grand témoin », il fait résonner les
contenus des différentes interventions avec ses propres
expériences conduites auprès d’adolescent.e.s selon un référent
socio-clinique institutionnel.
15 CHAPITRE 1

L’adolescence : création d’un acteur social
Philippe Gutton
Antoine Kattar
Philippe Gutton, vous êtes psychiatre, psychanalyste,
professeur émérite de l’Université Paris 7. Vous avez travaillé
pendant de très nombreuses années avec et pour les adolescents.
Vous avez fondé et dirigé depuis 1983 la revue Adolescence.
Pour préparer cette présentation, étant donné l’étendue de
votre œuvre dont je ne connais qu’une petite partie, je me suis
intéressé aujourd’hui à deux de vos derniers écrits :
« Réflexions sur le statut d’analyste dans la cure des
adolescents » (Les Cahiers de Cliniques Psychologiques, 2013)
et Adolescence et idéal démocratique, Accueillir les jeunes des
quartiers populaires (J Bordet, Ph. Gutton, 2014) en co-écriture
avec Joëlle Bordet. Je me suis aussi appuyé sur le chapitre :
« Philippe Gutton : des théorisations originales interrogées »
rédigé par Bernard Brusset qui interroge vos théorisations
originales dans l’ouvrage Le Tourment adolescent, T. III (Ph.
Givre, A. Tassel, 2014).
J’ai trouvé que ces trois écrits me conduisaient à vous
présenter à la fois comme un théoricien et un praticien avec une
pensée toujours en mouvement. Un théoricien qui a introduit un
nouveau paradigme en psychanalyse avec votre thèse de base
du « pubertaire ». Pour vous, l’adolescence n’est pas seulement
une reprise de l’infantile. L’adolescence est une période de
refondation de soi, une « recherche de solution permettant
d’assurer le sentiment continu de l’existence en intégrant la
nouveauté pubertaire ». Vous avez élargi la voie ouverte par
Évelyne Kestemberg et Pierre Mâle et vous avez été artisan de
la conceptualisation de l’adolescence comme un processus de
création. Dans votre ouvrage Le génie adolescent, vous
présentiez le processus intrapsychique qui habite l’adolescent
comme « un acte de création ». Ainsi, pour vous, « l’expérience
de l’adolescence active deux processus dialectiques : la
sublimation dont résulte l’originalité et l’idéalisation qui rend
possible le partage ». Ces deux processus, sublimation et
idéalisation, le premier du côté de l’originalité de cette création
adolescente, le deuxième dans la rencontre avec l’autre pour
contribuer à rendre cette « originalité partageable ». Un
psychanalyste-praticien : un psychanalyste qui a occupé une
place « d’interprète de l’intrication » des processus
d’adolescence infantile et pubertaire pour reprendre vos termes
sans être complice de la métamorphose pubertaire ni
porteparole de l’infantile sur le modèle parental.
Tout au long de votre parcours, votre pensée n’a pas cessé
de s’enrichir et on le voit bien aujourd’hui avec la place que
vous êtes conduit à accorder aux registres socioculturel et
politique. Différents articles parus dans les numéros : Droit de
cité (T. 25 n° 1, 2007), Politique et adolescence (T. 27 n° 2,
2009), Politique et inconscient (T. 28 n° 1, 2010) de la revue
Adolescence en témoignent. Vous allez sûrement évoquer ce
que les développements récents de votre œuvre vous permettent
de penser du lien adolescence et société.
Aussi nous sommes heureux et honorés de votre présence
parmi nous aujourd’hui et impatient de vous entendre.
Philippe Gutton
Je voudrais dire pour commencer l’impression que j’ai en
entendant les premières interventions de ce colloque.
L’adolescence, qui est un processus complexe, a longtemps
souffert – même si c’est peut-être moins le cas aujourd’hui – de
l’absence d’articulation entre les travaux des psychologues, des
anthropologues et des chercheurs en sciences de l’éducation.
18 Cette préoccupation interdisciplinaire a beaucoup compté pour
la revue Adolescence. Récemment encore, dans une journée à
Paris 7 où il était question du djihad, un sociologue a évoqué sa
conception. Quand je l’ai rencontré après son exposé pour lui
poser quelques questions, il m’a répondu : « Vous êtes
psychiatre. Je ne vois pas du tout ce que vous allez me dire ».
J’ai pu ainsi constater qu’il y avait vraiment un clivage entre les
différentes disciplines alors que, pour la compréhension de
l’adolescence, l’approche interdisciplinaire devrait être centrale.
À la revue Adolescence, nous avons organisé, le 5 octobre
2012, avec Françoise Héritier au Collège de France, le colloque
« Anthropologie de l’adolescence ? » où nous avons essayé de
contourner cette différence qui existe dans notre esprit et dans
nos recherches entre jeunesse et adolescence. En effet, dans le
discours des sociologues ou des politiciens, ces deux concepts,
adolescence ou jeunesse, sont en compétition, ce qui oblige à
les définir différemment alors que pour ma part, j’estime qu’il
s’agit plutôt de deux termes que de deux concepts et qu’ils sont
synonymes.
Une grande partie de mon propos dans ma conférence
d’aujourd’hui pourrait relever d’une volonté de sortir de cette
division en proposant l’idée d’une « Situation anthropologique
fondamentale de l’adolescence » (Gutton Ph., 2014,
Adolescence, 32 : 11-21). Jean Laplanche a proposé la notion de
situation anthropologique fondamentale à propos de la relation
mère-bébé. Je reprendrais cette notion en l’appliquant à
l’adolescence et en montrant que la dimension anthropologique
est fondamentale au sens d’être soi, d’être d’abord soi. Le titre
que j’ai donné à cette conférence me semble congruent avec ce
que je cherche à appréhender aujourd’hui, à savoir le fondement
d’être soi et la relation à autrui.
Je vais me rapprocher de l’intitulé du colloque et des
interrogations que pose l’idée d’une adolescence
contemporaine. Qu’est-ce qui est contemporain ? Depuis quand
est-ce contemporain ? L’adolescence est un concept apparu
récemment. Les premiers travaux sur l’adolescence en France
datent des années 1890-1900, en particulier avec ceux de Pierre
Mendousse auxquels je ferai allusion plus tard.
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